CHAPITRE XXVIII
VAGINISME
Définition. Division. - Le vaginisme, ou vaginodynie (Simpson), spasnius vaginæ (Kiwisch), consisle dans une hyperesthésie anormale des organes génitaux externes pouvant aller jusqu'à la contracture spasmodique du constricteur du vagin, et même des autres muscles du plancher pelvien. Il existe trois classes distinctes de celle maladie, ou, pour mieux dire, trois types particuliers :
1" I, hyperesthésie avec contracture ; I hyperesthésie sans contracture; 5° la contracture sans hyperesthésie.
Le premier de ces types est de beaucoup le plus fréquent, et le dernier le plus rare.
On a voulu établir une division basée sur le siège de la contracture, et l'on a distingué un vaginisme inférieur, dépendant du constricteur du vagin, et un vaginisme supérieur, provenant de la crampe des faisceaux les plus inférieurs el les plus internes du releveur de I anus (Ilildebrandt)1. .le ne crois pas que cette distinction mérite d être conservée en clinique, car la contracture de la partie profonde du canal vaginal est une variété tout à fait exceptionnelle. Quant au vaginisme essentiel ou idiopathique, il n’existe probablement pas; le point de départ du réflexe peut seulement rester ignoré.
Aperçu historique. — C'est Marion Sims2 * qui a tracé le tableau clinique le plus complet du vaginisme et lui a donné le nom qu il a depuis conservé. Toutefois, il serait injuste de lui attribuer une priorité entière, el 11. Leroux’ a fort bien mis en relief la part qui revient à ses prédécesseurs. Dès ISÔI, lluguier4 consacrait plusieurs pages à l'étude de la conslrirliou spasmodique du sphincter du vagin et établissait une analogie entre celle affection el la contraction spasmodique de l'anus.
1 IIii.dkbrandt. UcIm']' K c.i 1 1 1 1 > I' des Levalor A 1 1 i lioim Coitus (Arch. /'. Gyn., 1872, t. III. p. 221). — U evi i. lotit. Le vaginisme supérieur et le vaginisme proprement dit [Gai. des Ii6/t., août 1874, p. 7!).". et Ibid., 1881. p. 625). — P. Dcdix. Le releveur de l’anus chez la femme ( Progrès mcd.. 1881. p. 615).
- Marion Sms. Obslet. Tmnsa et., Londres, 1862, I. II. p. 556.
•’ 11. I, sitôt Art. V.MtiMSMh, in Dict. cncycl. des sciences mcd.. 1887. p. 288.
1 llcGi'iKit. I '.ouste i et ion s/uisinodii/uc du sphincter du vagin. Thèse de Paris, 18. >4.
ÉTIOLOGIE, PATHOGÉNIE DU VAGINISME.
Quelques notions assez précises sur ce poinl se trouvent encore éparses dans divers auteurs : Dupuytren1, Lisfranc2, Ilervez de Chégoin3, Kiwisch4, Simpson5 et Scanzoni6. Tous avaient bien indiqué l’hyperesthésie vulvaire et la contracture spasmodique du sphincter vaginal, mais ils ne leur avaient attribué aucune valeur nosologique précise.
Depuis la description de Si ms, les travaux se sont succédé et oui porté à la fois sur l’étiologie et sur la thérapeutique de celle affection. Parmi eux, je mentionnerai, en particulier, ceux de Debout el Michon', Putegnat8, Charrier9, Visca10, Lutaud11, Trélat12, Scanzoni13, Gallard14, Daude15, Budin16, Verneuil17, Leroux18, etc.
Étiologie. Pathogénie. — Deux conditions sont nécessaires pour l’apparition du vaginisme : 1° une grande excitabilité nerveuse do la femme; 2° une irritation des organes génitaux externes donnant lieu, et servant, si l’on peut ainsi dire, de prétexte à des réflexes exagérés du côté des nerfs sensitifs ou moteurs, produisant l’hyperesthésie ou la contracture. La plupart des femmes atteintes de vaginisme sont donc jeunes, nerveuses, parfois hystériques; toutefois l’hystérie n’est pas une condition absolue du vaginisme, qui peut exister en dehors d’elles19.
L’irritation des organes génitaux a, le plus souvent, son point de départ au début de la vie conjugale, dans les tentatives de défloration. Schrôder a signalé l’importance de la situation particulière de la
I Dupuytren. Art. Fissure a l’anus, in Clinique chirurg., 2' édit.. 1839.
- LrsERANc. De l’excès de sensibilité des organes génitaux de la femme, in Clin. chir. de la Pitié , 1842, t. II, p. 263.
° Hervez ue Chégoin. De la fissure à l’anus ( Union méd., 8 mai 1847. p. 227 . — Kiwisch. Klin. Vortràge, 1849. t. II, p. 472.
° J. -7. Simpson. Med. Times, 2 avril 1859, p. 333. — Edinb. med. Jouru., déc. 1861. I. VII, p. 594. — Diseuses of women, 1872, p. 284.
8 Scanzoni. Wie.n. med. Woch., 1867, n° 15. p. 225. et Ibid., n° 18. p. 273.
' Debout et Micho.n. Ilull. de thérap., 1861. t. LXI. p. 110, 154 et 300.
8 Putegnat. Sur une affection assez rare et peu connue du vagin IJown. de méd. de Bruxelles, 1861, t. XXXIII. p. 465).
J E- Charrier. De la contracture spasmodique du sphincter vaqinul. Thèse de Paris.
10 Visca. Du vaginisme . Thèse de Paris. 1874.
II A .-J. Lutaud. Du vaginisme. Thèse de Paris. 1874.
la Trélat. Assoc. franç. /mur l'avancement des sciences. Vantes, 1875, p. 982.
1,1 Scanzoni. Lehrb. der Krankh. der weibl. Sexualorgane, 1875. p. 704.
11 Gallard. Leçons cliniques sur les maladies des femmes. Paris, 1879. p. 591.
1d L Daude. De la contracture spasmodique du constricteur vulvaire. Thèse de Paris.
18 Budin. Loc. cil., 1881, p. 613.
11 Verneuil. Gaz. méd. de Paris, juill. 1884. p. 315.
18 Leroux. Loc. cil.
10 Stoi.tz. Gaz. méd. de Strasbourg, 1871-1872. n° 16. p. 185; n° 17, p. 197; et n" 20. p. 233. — Scanzoni. Loc. cil. — Deciiaud. Hystérie grave compliquée de vaginisme, guérie par 1 or, inlus el extra (Gaz. med. de Paris, 1878, p. 516). — Vedeler. (77V/, for den norsh. Leegef orening, 1896. p. 607).
VAGINISME.
vulve chez certaines femmes, où elle esl placée très en avant et déborde la symphyse, de telle façon que l’orifice urétral et la fosse navieulaire se présentent tout d’abord au pénis, et sonl comprimés contre la svmphyse dans les premières tentatives de coït. Dans certains cas, l’urètre est refoulé, dilaté, et c’est même dans son orifice élargi que se fait une sorte de copulation. Des excoriations en résultent, et l’hyperesthésie devient tellement vive que le plus léger contact est affreusement douloureux.
Chez d’autres femmes, l’hymen offre à l’état normal une dureté particulière; chez d’autres, son orifice est assez large pour que le pénis puisse s’v introduire sans le déchirer. Dans l’un et l’autre cas, qu’il s’agisse du refoulement ou de la dilatation de la membrane, elle s’enflamme, s’épaissit et devient très sensible. Non moins qu’une impétuosité maladroite, le manque de rigidité de l'organe mâle peut être une cause de vaginisme, parce qu'il ne permet pas la déchirure de I hymen.
Le vaginisme s’observe aussi chez des femmes complètement déflorées dont les caroncules myrtiformes ont été enflammés par une irritation quelconque, dont la vulve présente des fissures ou est atteinte de kraurosis (V. p. 1348).
Les petites tumeurs polypoïdes de 1 utérus, les hernies de la muqueuse urétrale, irritée par le coït, produisent les mêmes effets. La fissure à l’anus provoquerait aussi parfois une sphinctéralgie vaginale, par l’effet d’une sorte d’irradiation de la douleur et de la contracture. Enfin, on a prétendu que des affections de l'utérus et, en particulier, des ulcérations du col. pouvaient avoir le même résultat'. On a même cité des cas de vaginisme supérieur provoqué par des affections de l’utérus ou des ovaires2. Je crois qu’il y a là un véritable abus de langage, et qu’on a souvent attribué, à tort, le nom de vaginisme à de simples phénomènes douloureux sans véritable hyperesthésie vulvaire, et aux mouvements de défense qui en sont le résultat.
Tous les faits précédents sont relatifs au vaginisme du type le plus fréquent, où l’hvperesthésie s’accompagne de contracture. Dans des cas beaucoup plus rares, celle dernière fait défaut : cela s’observe, en particulier, chez des jeunes filles vierges, n’ayant subi aucune tentative de coït, mais n’étant pas à l’abri de tout soupçon d’onanisme. Gosselin3 a signalé des faits où l’hymen offre alors une sensibilité exagérée.
E. Martin4 attribue une grande importance à l’infection blennor-
1 Trélat. Loc. cil.
2 IIlLDEBIlANDT. LOC. Clt .
3 Gosselin. Hyperesthésie vulvaire [Clin, de la Charité, Paris, 1875, t. II, p. 467).
4 E. Martin. Ueber don sogcnantiten Vaginismus ( Berl . klin. Woch., 1871, u" 14, p. 166). — R. Ferrer. Zu den Neurosen dcr Selieide [Ibid., n° 15, p. 177).