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CANCER OU ÉPITHÉLJOMA DE LA VULVE

Marche. Pronostic. — • La période latente, on période du simple prurit, peut durer assez longtemps. Mais, dès que l’ulcération s’est produite, les accidents se succèdent rapidement. En général, la mort survient au bout de 2 ou 5 ans. Les cas où la maladie aurait duré 10 et 20 ans (Deschamps)1 sont d’un diagnostic douteux. Corail2 a signalé un cas où la tumeur, formée par un épithélioma tubulé, fut éliminée en partie et remplacée par une cicatrice.

Diagnostic. — Les végétations papillaires de la vulve ne ressemblent nullement au cancer; j’en dirai autant des polypes du méat urinaire. L’absence d’ulcération est ici un critérium certain.

Le chancre infectant se présente sous la forme d'une ulcération superficielle, ou d’une saillie papuleuse, érodée, très peu suintante. L’engorgement ganglionnaire précoce en forme de pléiade qui l’accompagne et l’apparition d'autres manifestations spécifiques éclaireront le diagnostic.

Les syphilides papulo-érosives sont multiples, aplaties, constituées par une sorte de plateau arrondi, ressemblant à une petite pastille posée sur les téguments5, de la grosseur d’une lentille à celle d’une pièce de 1 franc; la surface est dénudée, humide et sécrétante comme celle d’un vésicatoire; elles disparaissent très rapidement sous l’influence du traitement local et général qui peut, au besoin, servir de pierre de touche.

Lorsque les papules sont confluentes et se réunissent par leurs bords, elles peuvent former des plaques de 15 à 8 centimètres d’étendue, recouvrant toute la région vulvaire et débordant sur le périnée : c’est ce qu’on appelle les syphilides en nappe. Au premier aspect, cette lésion rappelle de loin l’infiltration totale du derme par des nodules cancéreux dans certains cancers en cuirasse. Mais un examen un peu plus attentif fera très vile reconnaître les caractères de la papule syphilitique. Les énormes végétations des syphilides papulo-hypertrophiques (Fournier) n’ont aussi une apparence maligne que pour un clinicien inexpérimenté.

Le chancre simple a une marche aiguë, ne repose sur aucune induration, est entouré depeausaine ; l'ulcérationse composede plusieurs petites plaies, à divers degrés d’évolution; car, selon l’expression pittoresque de Ricord, « le chancre mou vit en famille, entouré de ses rejetons ».

L’esthiomène olïre le double caractère de l’ulcération et de l’hypertrophie, ce dernier élément étant souvent celui qui prédomine. Il existe, dans cette affection, une marche pour ainsi dire indécise, la destruction alternant avec la réparation, ce dont il est facile de se rendre compte

1 PésciiAMPS. Arch. de tocol., 1885, p. 120.

s Connu,. Bull, de la Soc. anat., 1874, p. 257.

“ Billoiu. Contrib. à l'étude clinique de la syphilis vaginale. Thèse de Paris. 1890.

TUMEURS DE LA VULVE

eu examinant les cicatrices, les brides qui s'observent sur les bords de l' ulcère. Les contours en sont plus sinueux que dans le cancer, disposés par étages, avec une tendance plus marquée à s’étaler vers le périnée et les aines; souvent, on aperçoit au fond des anfractuosités un lit rosé, jaune, rougeâtre, couvert d'une cuticule cicatricielle. Rien de pareil ne s’observe dans le cancer, dont la marche destructive est continue. L’engorgement ganglionnaire, nul ou peu marqué dans l'esthiomène, ne tarde pas à se montrer dans le cancer ulcéré.

Traitement. — L'extirpation1 complète du mal est le seul moyen d’en arrêter la marche; on a conseillé de faire cette ablation au thermocautère, pour éviter l'hémorragie. Mais en procédant rapidement avec le bistouri et les ciseaux, et grâce à la forcipressure, on peut rendre la perte de sang insignifiante. Or, il y a tout avantage à obtenir une plaie qu’on puisse réunir immédiatement par des sutures, .l ai ainsi obtenu la cicatrisation complète d’une très grande surface, provenant de la dissection d’un cancer qui avait détruit le vestibule et la plus grande partie des petites lèvres. On apportera un soin particulier à restaurer le méat urinaire, par l'affrontement exact des muqueuses. Dans les cas de cancer péri-urétral, on s’aidera, pour la dissection, d’une sonde introduite'dans le canal, et il pourra être nécessaire de poursuivre le néoplasme jusqu’au col de la vessie.

S’il y a des ganglions inguinaux engorgés, on en fera l’extirpation; mais il faut savoir que la récidive ne peut alors être longtemps conjurée ; cependant Mme Pilliet2 cite l’exemple d’une survie de six années après une première extirpation. Mauclaire5 a conseillé l’extirpation systématique et «en bloc» de la tumeur, des lymphatiques et des ganglions.

Dans les cas où l'on ne pourrait faire l’ablation du mal trop étendu, on aura recours aux palliatifs. On s’attachera surtout à combattre les accidents qui gênent le plus les malades : le suintement ichoreux, l’odeur fétide, l'irritation des parties voisines. On usera de lavages fréquents avec des solutions antiseptiques et désinfectantes; on fera des pansements souvent renouvelés; on recommandera d'oindre les téguments des aines et de la partie interne des cuisses avec un. corps gras, tel que la vaseline boriquée, pour s’opposer à l'érythème que provoque la leucorrhée irritante.

Dans les cas inopérables, la radiothérapie peut rendre des services4.

Comme moyen préventif, il est bon d’extirper les plaques de leucoplàsie vulvaire toutes les fois qu’on les rencontre.

1 Voir les auteurs suivants : Ch. Noth. Amer, journal of obst., 1001, mai et juin. — Baldy. Ibùl., 1898, août, et 1899, janvier. — Koppert. Thèse de loua, 1898.

* Mme Pilliet. Bull, et Mém. de la Soc. anat. de Paris, 1899, p. 405.

5 Mauclaire. Tribune médicale, sept.-oct. 1903.

4 Raymond et Chanoz. Li/oii médical, 51 janvier 1904. — E. Maexion. L'épilhéliotna de la vulve. Thèse de Paris. 1905.

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