IV. Atrésie et sténose congénitales, brides transversales
— L’histoire de l’atrésie du vagin se confond, au point de vue anatomiqué, avec celles des imperforations de l’hymen, de l’absence et du développement rudimentaire du vagin, qui ont déjà été décrits.
La sténose (ou rétrécissement) d’origine congénitale, quand elle se présente sous forme d’adhérences partielles et de brides transversales, est sans doute due à la persistance partielle de la soudure qui unit les parois vaginales à un certain moment de l’existence embryonnaire, ainsi que Geigel l a constaté sur un fœtusdei mois. Mais elle peut aussi provenir d’un arrêt de développement plus accusé des canaux de Muller, en un point déterminé de leur trajet; c’est ainsi qu’on a vu un rétrécissement considérable, admettant à peine une sonde de trousse, occuper le tiers supérieur seulement du vagin '. Les rétrécissements de cette nature siègent sur une assez grande hauteur.
Je mentionnerai simplement l’étroitesse du vagin dans les cas d’utérus unicorne; elle est sans doute due à ce que l’organe s’est formé aux dépens d’un seul conduit de Millier, l'autre ayant avorté dans toute la longueur du canal génital.
Les rétrécissements qui sont formés par des brides transversales peuvent affecter la forme de croissants ou de diaphragmes incomplets: ce sont assurément ces cas qu’on a parfois décrits comme des hymens
1 Kvm. Soc. obst. et gyn. de Vienne , 15 mai 1888 [Cenlr. f. Gyn., 1880, n° 7, p. 110 . Dans co cas, il y cul d'abord avortement, puis hématométrie. — M. Rothenberg ( Missbil rlungen (les weiblichen Genitalschlauches. bisser! . inaug., lùenigsberg, 1887) a observé une sténose siégeant au-dessus d’un vagin double.
Pozzi. — 4° édit.
MALFORMATIONS DES ORGANES 'GENITAUX
supplémentaires1. Ces rétrécissements causent la rétention du sanjj, dans l’utérus quand un obstacle momentané vient en obstruer la lumière; puis une débâcle se produit, suivie elle-même d une nouvelle accumulation de liquide; des accidents sérieux peuvent ainsi survenir.
L’obstacle à la copulation et à l’accouchement nécessite souvent l’intervention opératoire2. Je dois pourtant faire remarquer, ici comme dans les cas de cloisonnement vaginal, que, pendant le travail, les tissus se gonflent, s’amollissent et se distendent à un degré tout à fait inespéré, ce qui rend parfois inutile une intervention qu’on aurait crue nécessaire3 4. Cette extensibilité a des limites, et il ne faut pas hésiter à diviser avec des ciseaux une bride qui offrirait une résistance manifeste au moment de l’accouchement. Pour avoir trop temporisé, on a vu survenir la rupture de l'utérus1.
On peut rapprocher l’anomalie que constituent les brides transversales observées dans le vagin, chez la femme, de la disposition qui existe, à l’état normal, chez certains animaux. Chez les cétacés5 6 on a trouvé jusqu’à huit replis successifs simulant une série de museaux de tanche superposés. Chez la femelle du chimpanzé0, les plis du vagin forment des croissants fort étendus; chez la brebis7, les anneaux ou diaphragmes se succèdent dans le vagin jusqu’au col de l’utérus.
Malformations de l’utérus.
I. Absence de l’utérus, développement rudimentaire de l’utérus. — Ces deux malformations méritent d’être réunies dans une même description, car les différences qui les séparent, intéressantes au point de vue tératologique, n’ont aucune importance en clinique.Dans l’un et l’autre cas, l’organe est annihilé au point qu’on n’en trouve aucune trace ou qu’il en existe un vestige insignifiant.
l/absence complète ( defectus iiteri) est extrêmement rare et plusieurs des cas qui en ont été rapportés sont dus à une erreur d’interprétation; dans plusieurs autopsies, on parait avoir pris pour les
1 Fr.-L. Die Fraûenziininerliraiikhcileii., 1845. I. I. p. 555. — I,. Kieinwachter (Die angeboreneh partiellen Verengerungen der Vagina, in Prag. mcd. Woch ., 18!)0, n° 48, p. 580) |icnse <[ue ces rétrécissements sont plus rares que les autres; sur 21 cas. dont 1 personnel, de sténose congénitale, il n’a trouvé qu'un seul rétrécissement occupant la partie supérieure du vagin.
2 (1. Hevdhh [Arch. f. Gyn., 1889, t. XXXVI, p. 502) a fait l’excision au thermo-caulèrc d'un rétrécissement congénital à la liu d'une grossesse qui continua à évoluer normalement.
3 Sanger. Sor. obst. et gyn. de Leipzig, 21 janv. 1880 ( Ccutr . /. Gya., 1880, n° 25, p. 440).
4 E. Ivennedv. Dublin Journ ., 1840. t. XVI. p. 88.
'■'< H. Eeaiibegard et Boucard. Journ. de l'anat. cl de la physiol., 1882, t. XVIII, p. 187.
6 G. V. Hoffmann. Zeitschr. /. Geb. und Gyn.. 1878. t. II, p. 4.
7 P. Mil, uat. Ibid., !.. III, p. 104.
MALFORMATIONS 1)E L’UTERUS.
trompes ce qui n’était, en réalité, que des cornes utérines rudimentaires. L’insertion exacte des ligaments ronds est pour cette détermination un précieux point de repère. Dans l’absence complète d’utérus, le rectum et la vessie se touchent et les ligaments ronds se perdent dans le tissu conjonctif situé entre ces deux cavités. Les ovaires peuvent aussi faire défaut. Une pareille anomalie se rencontre surtout, avec d’autres graves malformations, du côté des viscères, chez des fœtus non viables.
L’utérus rudimentaire (utérus vudimentarius ) est constitué par une
petite masse de forme variable, occupant la place où devait se rencontrer l’utérus. A son degré le plus accusé, qui a souvent été confondu, à tort, avec l’absence complète, il existe seulement un léger
V. Vagin fermé; U. Col de l’utérus; h. Corne rudimentaire; T. Trompe de Fallope; r. Ligament rond; O. Ovaire; b. Ligament large.
épaississement de la paroi postérieure de la vessie (Veit), ou bien quelques travées libro-musculaires renforcent simplement les ligaments larges (Langenbeck), ou encore il existe une sorte de bandelette étendue entre les deux trompes (Nega). Quand celle-ci se joint à un col pour former une sorte de T, on a appelé utérus biparti tus l’organe ainsi réduit à deux cornes, reproduisant le type de certaines espèces animales. Ces cornes sont parfois creuses et tapissées d’une muqueuse. Les ovaires peuvent manquer, ou, s'ils existent, être atrophiés, aplatis ou effilés, mais ils peuvent aussi être normalement développés (fig. 869 et 870).
MALFORMATIONS DES ORGANES GENITAUX
L'ovulation a lieu en pareil cas, mais elle ne provoque pas de >nolimen, en règle générale, et il n’y a pas de menstruation. Du reste, le vagin manque le plus souvent en totalité ou, au moins, dans toute sa partie müllérienne, et n’est inférieurement simulé que par un court canal vestibulaire. Les parties génitales externes sont régulièrement conformées.
Dans certains cas, le vagin est complètement développé. J'en ai observé deux exemples1. .Mundé2 en a rapporté une observation personnelle: Léopold parait aussi avoir vu un cas de ce genre, l’ne observation, suivie de castration pour douleurs causées par l'ovulation, a été rapportée par Max Strauch3. On est, en effet, parfois obligé d'avoir recours à l’ablation des ovaires quand leur développement s’est fait normalemement, malgré l’atrophie de l'utérus, et que l’ovulation provoque le retour de douleurs et de troubles nerveux périodiques. C’est une des indications de Y opération de Batteij (voir p. 786).
Chez les femmes qui présentent ces anomalies rien ne peut les faire soupçonner extérieurement: les formes du corps, la voix, les caractères psychiques sont ceux d’une femme bien conformée; le développement des seins est normal. Elles ont, le plus souvent, des rapports avec des hommes, et les rapprochements finissent par déprimer la vulve ou le canal vestibulaire en un cul-de-sac assez profond; d’autres fois, c’est l'urètre qui est dilaté et qui sert à la copulation.
Le diagnostic entre un utérus normal et un organe atrophié est facile à établir grâce à l’exploration bimanuelle en s’aidant, au besoin, du tou-
1 Dans un premier cas. il s'agissait d'une jeune tille d’apparence lymphatique, mais parfaitement conformée du reste, présentant un vagin normal, terminé en cul-de-sac. Aucune trace d'utérus ni d'ovaires par la palpation bimanuelle, pas de molimen menstruel. Elle n’éprouvait, aucune douleur et me consultait uniquement pour son aménorrhée. Dans un second cas. il y avait aussi des organes génitaux externes normaux, mais l'aménorrhée s'accompagnait de douleurs intenses, .le fis la castration et je trouvai des ovaires normaux et un utérus gros comme un dé à coudre. Guérison parfaite.
2 Mundiî. Zur Kasuistik des totalen Mangels der Gebârmuttcr bei normaler Vagina und ciner seltener Zwitterbidung ( Cehtr . f. Gyn., 1887. n° 42’, p. 670). — Ce travail pourrait induire en erreur, s'il n’était soumis à une soigneuse critique. En effet, des quatre observations que Mundé rapproche de la sienne, trois, sans aucun doute, sont essentiellement différentes et se l'apportent à des pseudo-hermaphrodites mâles, hypospades à pseudovagin vestibulaire (cas de Ricc.o, Stkglehnkr, Giraud. Chamdeiis). — La seule observation de Léopold (ci .é par Mundé. lot:, cil., p. 071) parait se rapporter à une femme n’ayant pas d'utérus, mais un vagin complet. Les ovaires (que Léopold croit avoir été des testicules) siégeaient à l’entrée du canal vaginal. Chez l'individu observé par Mundé. il existait aussi une double hernie inguinale et. après sa réduction, on constatait dans les grandes lèvres deux corps ovoïdes que Gaillard Thomas qualifie d'ovaires el que Mundé, sans preuve suflisante, qualifie de testicules, ce qui ferait de son sujet un hermaphrodite. Kien dans la conformation des organes génitaux externes ne permet pourtant de croire à un hypospadias périnéo-scrolal, comme cela serait si l'individu était mâle et si les corps des grandes lèvres étaient, des testicules el non des ovaires herniés.
3 Max Straucii. Zur Castration xvegen functionirenden Ovarien bei rudimcntârer Entwieklung der Müljer'schen Gange (Zeitschr. /'. Geb. und Gyn.. 1888. t. XV. n° I. p. 158). — l u cas analogue a été publié par 0. Bloch. M>rd mal. Ark., 1891, n° 2. — Voir aussi A. Dkcser. Uebcr Castration bei rudimentâren Genitalien. Dissert, inaug.. Leipzig, 1895.
MALFORMATIONS DE L’UTERUS.
cher rectal. La position dorso-sacrée demi-déclive (fig. 151 p. 148), ou dorso-sacrée déclive facilite beaucoup l’exploration et, par suite, permet de mieux différencier un utérus normal d'un utérus rudimentaire. Quant à déterminer, sur le vivant, s’il y a absence totale de l’utérus ou utérus rudimentaire, cela est ordinairement tout à fait impossible.
Breisky a établi une division particulière pour les cas d’absence et d’atrophie du col utérin, qui coïncident souvent avec une absence de la partie supérieure du vagin. L’utérus est atrophié, membraniforme, mais diffère de l’utérus rudimentaire par la présence d’une véritable cavité utérine où se fait parfois l’exhalation menstruelle, ce qui constitue une hématométrie. Le col est tout à fait absent, ou représenté par un simple renflement mal limité. S’il ne se produit pas d’effusion de sang dans l’utérus, les symptômes n’ont rien qui diffère de ceux de l’utérus rudimentaire. En cas contraire, les symptômes sont ceux de Ehématométrie.
11. Utérus unicorne. — L’utérus s’est développé aux dépens d’unTseul des canaux de Muller, l’autre s’étant atrophié. L’organe, à
n. Portion cervicale; b. Corps; c. d. Axe longitudinal du corps du fœtus; e. Sommet de la cavité utérine; c. e. Axe longitudinal du corps de l’utérus; f. Trompe; g. Ovaire; h. Ligament de l’ovaire; i. Ligament rond; k. Parovarium.
partir du col, s’allonge et s’effile en se courbant vers la trompe, avec laquelle il se continué directement et dont il ne constitue que l’expansion inférieure; du sommet de la corne part aussi l’ovaire.
Il n’existe, en réalité, que la moitié du corps de l’utérus; aussi, sa cavité est-elle très petite, relativement à celle du col: le vagin est fort étroit (fig. 871).
M \LFORMATIONS DES ORGANES GENITAUX.
Du côté oppose, il peut n'exister aucun vestige du canal de Miillei , et alors lutérus est absolument unicorne.
Une variété importante est constituée par la présence d’une corne rudimentaire. Celle-ci peut être formée d’une bande compacte de tissu musculaire, ou être creusée d’une petite cavité qui communique avec celle de la grande corne et en constitue une sorte de diverticule. La corne rudimentaire s’insère au niveau de l'orifice interne du col. car,
Fig'. 872. — Utérus unicorne (Schrôder).
11. Côté droit; L. Côté gauche : la corne gauche (h) est normalement développée et communique avec la cavité utérine. La corne droite se présente sous la forme d’une bandelette allongée: son point de jonction avec la trompe est indiqué par l’insertion du ligament rond, qui est hypertrophié; v. Ligament rond; 0. Ovaire; T. Trompe; Y. Vagin.
on pareil cas, le corps de l’utérus n'existe pas; elle se porte en haut et en dehors. Elle est fort longue, comme étirée, ainsi que l’ovaire du côté correspondant, et sujette à de grandes variations de forme.
L’utérus unicorne est un organe mutilé à son origine, mais, quand il est devenu adulte, il fonctionne comme Lutérus normal; la menstruation est régulière; la grossesse évolue, sans perturbation, dans la grande corne. Il en est tout autrement si l’œuf s’est greffé dans la corne rudimentaire ; alors ses parois, incapables de fournir une étoile suffisante pour la cavité qu’exige le développement de l’œuf, se rompent du 5e au 6e mois. Aussi cette grossesse est-elle rangée, avec raison, parmi les grossesses ectopiques, et étudiée dans le même chapitre que les grossesses extra-utérines, avec lesquelles elle olfre les plus grandes analogies.
Il esl rare qu’on en fasse le diagnostic: on pourra pourtant soupçonner la malformation quand, avec un vagin étroit, un col gros et court, on limitera par la palpation bimanuelle un utérus allongé et recourbé en croissant.
La grossesse dans une corne rudimentaire esl presque toujours prise pour une grossesse tubaire, à cause du pédicule qui sépare la tumeur de la grande corne; celle-ci simule alors le corps d'un utérus bien conformé.
MALFORMATIONS DE L’UTERUS.
III. Utérus double. — L’utérus est réellement dédoublé quand les canaux de Müller ne sont pas fusionnés, ou ne se sont réunis que
Fig. 875. — Utérus bicorne double ; corps indépendants, cols accolés.
Fig. 875. — Utérus biloculairc complet ( utérus septus bipartitus) ; corps accolés, cols accolés.
Fig. 877. — Utérus biloculairc partiel ( utérus subsepius) ; corps fusionnés, cols accolés.
Fig. 871. — Utérus bicorne unieervic corps indépendants, cols fusionnés.
Fig. 876. — Utérus biloculairc partiel (utérus subsepius ) ; corps accolés, cols fusionnés.
Fig. 878. — Utérus didelplie ; corps indépendants, cols indépendants.
Schéma des divers types d'utérus double (Ombredanne et A. Martin).
partiellement, tout en prenant, chacun de leur côté, un développement complet.
Il existe plusieurs espèces d’utérus double !.
1° Utérus bicorne. — L’utérus bicorne (utérus bicornis ), est celui où les deux cornes de l’utérus se différencient et s’écartent Lune de l’autre. Diverses variétés peuvent exister. Si ce dédoublement se poursuit jusqu’au col qui est lui-même cloisonné, on a affaire à l’utérus
1 Ombredanne et. A. Martin. Les utérus doubles, ftev. clc Gyn. et de Chir. abd., 1905, p. 959.
MALFORMATIONS DES ORGANES GENITAUX
bicorne double proprement dit ( utérus bicornis duplex, ou seplus) (fig. 8730 Quand la coalescence est plus avancée, le col n'offre plus aucune trace de division, mais reste très gros : c'est l'utérus bicorne
Fig-. 879. — Utérus double bicorne unicervical (les corps sont indépendants et les cols fusionnés) avec salpingo-ovarite (Ombredanne et A. Martin).
unicervical (utérus bicornis unicollis ) (fig. 874, 87!) et 880). Enfin, I union des deux moitiés de l'utérus peut être presque complète, et la tendance à la bifidité ne se manifeste que par une dépression du fond de l’organe, très étalé : c'est l'utérus bicorne arqué (utérus arcuatus), forme de transition et dernière étape vers l'état normal (fig. 801).
Fig, 880. — Utérus double bicorne unicervical. (Coupe de la pièce représentée fig. 879).
portance de vieil I de dystocie.
Les deux moitiés de l'utérus sont toutes les transitions
En général, la corne gau che est dirigée en avant, en sorte que l'utérus a subi un certain degré de rotation sur son axe vertical. On trouve li és fréquemment une bride qui va de la face postérieure de la vessie à la face antérieure du rectum, en passant par-dessus la dépression qui sépare les deux cornes utérines : elle est soit l’origine, soit la conséquence de la malformation. Son imde grossesse, comme cause
rarement égales, et l’on observe et l’utérus unicorne avec
très grande dans les cas
entre l’utérus bicorne
MALFORMATIONS DE L’UTERUS.
corne rudimentaire. Le côté le moins développé peut être atteint d’atrésie et donner lieu à l’hématométrie.
Les parties génitales externes et les mamelles offrent un développement normal. Mais le vagin est souvent double et l’une des moitiés peut être borgne et atteinte d’bématocolpos latéral.
La menstruation, dans l’utérus bicorne avec développement égal des deux segments, peut se faire par les deux côtés.
La grossesse a parfois laissé persister la menstruation d’un côté1.
La grossesse2 peut suivre un cours régulier et le fœtus être mené à terme.
La moitié vide de l’utérus s’hypertrophie en même temps que la moitié gravide, et l’on
a observé l’ex- Fig. 881. — Utérus bicorne arqué (Barnes).
pulsion d’une
caduque. Pendant le travail, les deux cornes se contractent.
Gontermann3 a rapporté un cas où la grossesse a paru s’effectuer alternativement dans chacune des cornes. On a observé des grossesses gémellaires avec un fœtus dans chaque corne ou les deux fœtus dans une seule. Dans le cas d 'utérus arqué, les positions transverses sont fréquentes. Cette malformation de l’utérus serait, comme toutes les autres, une cause d’insertion vicieuse du placenta. On a observé la rupture de l’utérus.
La bride vésico-rectale que j’ai signalée peut former un obstacle pour la tête fœtale. Parfois il suffira de corriger l’obliquité de la corne gra-
1 F. Henderson. Glasgow med. Joiini., avril 1885. t. XIX, p. 268.
2 Sur le diagnostic dos anomalies utérines pendant la grossesse, consulter: !.. G. Litschküs. Ileitrag zur Frage über die Anomalien des Utérus ( Zeilschr . /'. Geb. und Gyn., 1888, t. XIV, n° 2, p. 569). G.-E. Curatui.o. Gravidanza in utero doppio ( Ri forma med., 1891, ii° 104).
3 E. Gontermann. Geschichte cines Utérus bicornis ( Berl . klin. Woch., 1879, n" 41,
MALFORMATIONS DES ORGANES GÉNITAUX
vide, ou de cojtçher la malade sur le côté opposé; dans le cas con Ira ire, mi fera la version podalique et l’extraction. Les brides cloisonnant le vagin seront, au besoin, divisées. On évacuerait une hématomélrie latérale qui serait une cause de dystocie.
•le dois noter, en terminant, combien il est fréquent de voir une anomalie utérine passer inaperçue pendant la grossesse ou le travail et n cire reconnue qu ultérieurement1 ; la cloison intermédiaire est prise au toucher pour la paroi vaginale ou utérine.
O" Utérus biloculaire (utérus bilocularis; utérus sept us biparti tus).
Le trait caractéristique de cette malformation consiste dans la configuration sensiblement normale de l'utérus à l’extérieur, tandis que sa cavité est séparée en deux parties par une cloison médiane. Cette division peut être complète flîg. 875) ou séparer seulement soit le corps (fig. 87fi) soit le col (fig. 877) (utérus subseptus \ ou enfin être criblée de lacunes qui ne laissent subsister que des brides.
Le vagin peut être unique ou cloisonné ; dans ce dernier cas, chacune des cavités vaginales correspond à un segment du col (fig. 88‘2). Corazza2 a observé un fait exceptionnel où la duplicité du vagin existait, sans que l'utérus fût également cloisonné.
Ce que j'ai dit pour l'utérus bicorne relativement à la menstruation, à la grossesse, à l'atrésie d’un des segments suivi d hémalométrie, s’applique également à l'utérus biloculaire.
5" Utérus didelphe (utérus duplex, séparai us, diductus). — Il y a véritablement, dans ce cas, deux utérus, séparés jusqu’au corps inclusivement (fig. 878). et non plus seulement deux corps utérins plus ou moins divergents, comme dans l’utérus bicorne. Ici, chaque segment a presque I apparence d’un utérus complet ; on dirait, avec raison, deux utérus unicornes également développés et juxtaposés sans fusion. On a cru longtemps que cette malformation ne se produisait que chez
1 Rieiiinueh. Wirn /clin. Work., 1880. n° 45. ji . 859. — IIunning (Utérus bilocuhiris, in Jourii. limer, mat. Assoc., 25 aoûl 1890, p. 282) n'a reconnu l'existence d’un utérus double qu'à la deuxième grossesse. — T. A. IIkamy (Transael. otmlel. Soc.. Cincinnati. 12 fév. 1891) a rapporté le cas d'une femme chez laquelle ou ne reconnut un Utérus double qu’à la quatrième grossesse.
a Corazza. Sclunitll's Jnhrb., 1870.. t. CXLYIIi, p. 148.
C. Cloison qui sépare la cavité utérine en deux parties latérales; T. Trompes; V.
Vagin partagé en deux par la prolongation de la cloison utérine.
MALFORMATIONS DE L’UTERUS.
les fœtus non viables, avec d’autres monstruosités graves. On la rencontre, en effet, dans ces conditions, coïncidant avec l’exstrophio vésicale, l’atrésie de l’anus et la persistance du cloaque. Les cas observés chez les adultes sont tous de date relativement récente; mais il est probable qu'il faut reviser et attribuer à l’utérus didelphe plusieurs observations anciennes, classées parmi les utérus bicornes1 *. Le cas le plus probant d’utérus didelphe chez la femme adulte est celui d’Ollivier*
(fig. 885), trouvé à l’autopsie d’une femme de 42 ans, mère de 6 enfants. Ileitzmann3 en a observé un cas chez une jeune tille de 25 ans: le vagin était cloisonné et divisait le col; le cathétérisme simultané des deux cavités montrait que, réunies au niveau du col, elles divergeaient beaucoup audessus et se trouvaient dans deux organes distincts et mobiles.
On n’a pas signalé dans l’utérus didelphe la présence du ligament vésico-rectal,
qui passe si souvent au-dessus de la division de l'utérus bicorne.
11 est toujours très difficile, dans les examens cliniques, de décider s’il s’agit d’un utérus bicorne complet ou d’un utérus didelphe. Celte détermination ne peut guère se faire, avec certitude, que sur des pièces anatomiques. L’histoire clinique de ces deux' malformations paraît, du reste, se confondre, autant qu’on en peut juger par le peu d’exemples que nous possédons de la dernière.
Fig. 883. — Utérus didelphe et vagin cloisonné (Ollrvier).
a. Segment droit; b. Segment gauche; c. d. Ovaire et ligament rond droits; f. e. Ovaire et ligament rond gauches; g. ,j. Col et vagin gauches; k. Cloison qui sépare les deux vagins; h. i. Col et vagin droits.
1 La classification exacte donne encore maintenant matière à contestations; ainsi le cas de Heppner ( Schmidl's Jahrb., 1871. t. III. p. 1 Cil), considéré par Schrôder ( Lac . ci/., p. 50. en note) comme un cas d'utérus didelphe, est formellement rejeté par Breisky (Loc. cil., p. 265) au rang d'utérus rudimentaire biparti /us.
- A. Ollivier (Compte rendu de la Soc. de Biologie, in Gaz. méd. dp Paris, 1872, p. 165) rapproche son cas d’un autre, relatif à une femme de 25 ans, observé par Bonnet, cité par Le Fort (Loc. cit p. 25). — 'Franz Freudkxberg (Zeilschr. f. geb. and Gyn.. 1880. t. V. p. 554) a publié une observation d'utérus didelphe où l'utérus droit était fermé. — Fritz Bemcke (Ibid.. 1877. I. I. p. 566) a assisté à un accouchemen! où le fœtus était placé dans le segment gauche d'un utérus didelphe.
3 .1. IIeitzmann. S])ipgelbilder drr gesunden uiul liranken Yaginalportion tend Vaginaux. Vienne, 1884, p. 71 — F. C. Ameiss (A case of utérus didclphis and vagina duplex. Amer. Jauni, nf Obsl. 1896, l. XXXIII, p. 693) a publié récemment un cas analogue.
MALFORMATIONS LES ORGANES GÉNITAUX
L atrésie d'un des segments de l’utérus didelphe peut produire I hématométrie latérale1 *.
Le Bec5 a observé un cas d’utérus didelphe avec atrésie complète du col du segment gauche et salpingo-ovarite kystique hématique correspondante (lig. 884).
La grossesse peut se produire dans les deux cavités simultanément3 *.