CHAPITRE XXXVIII
Étiologie et symptômes. — J’ai indiqué dans quelles conditions le canal génital pouvait se trouver fermé par des atrésies, siégeant en divers points de son trajet, depuis l’hymen jusqu’à la portion rétrécie d’une corne rudimentaire. Cette occlusion, on l'a vu, peut complètement obstruer le canal, entièrement fermer une des moitiés provenant de son dédoublement, ou seulement séquestrer un diverticule provenant de la mauvaise conformation des parties. Quoi qu’il en soit, si l'état des ovaires et de la muqueuse tubo-utérine permet, au momentde la puberté, aux phénomènes menstruels de se produire, le sang qui s’exhale à la fois dans les trompes et dans l’utérus ne trouve pas d’issue au dehors. Il s’accumule alors dans l’espace clos qui lui est réservé, et le distend dans ses diverses parties.
Hématocolpos. — L’hématocolpos (aîpa, sang, xôXtîoç, vagin) est la collection de sang dans le vagin oblitéré.
11 se montre, dans les imperforations de l’hymen ou de la partie inférieure du vagin, sous la forme d’une tumeur qui comprime le rectum et la vessie et fait saillir la membrane qui la limite du côté de la vulve. L’utérus est refoulé en haut et coiffe la tumeur d'une espèce de bouton plus dur. La cavité sevde du col est d’abord distendue, tandis que le corps lui résiste très longtemps. Par la palpation bimanuelle pratiquée à l’aide du toucher rectal, on perçoit de la fluctuation. La petite tumeur dure qui surmonte la poche, et qui est le corps de l’utérus non dilaté, provoque souvent des hésitations dans le diagnostic (fig. 887).
Lorsque la partie inférieure du vagin fait défaut, l’hématocolpos est limité à la portion du canal qui existe et au col de l’utérus. Mais, là encore, le corps de l’utérus n’est pas dilaté au début, et si sa dilatation survient, ce n’est que très tardivement. Quand l’ouverture de la collection sanguine est faite, le doigt ne perçoit aucune démarcation entre le vagin et le col distendus.
j. 887. — Hématocolpos par atrésie de l'hymen (Schrôder).
Fig. 888. — Ilydrocolpos congénital (CranwelIJi
U, utérus; Vag, vagin; V, vessie; Ur, urètre; 11, rectum; A, anus ; I, imperforation du vagin; H, hymen; Olly, orilice hyincnal.
L’oblitération du vagin peut se compliquer d’une accumulation de* liquide citrin ou muqueux1 dans la cavité vaginale close, à laid
tpielle J. Cranwell2 a donné le nom d’hydrocolpos congénital (fig. 888).
Hématométrie. — L’hématométrie (alpa, sang, utr'-rpa, matrice) est la rétention du sang menstruel dans l’utérus par suite de sténose ou d’atrésie du col, d’absence du vagin ou exceptionnellement d’imperforation de l’hymen5. Alors, toute la matrice se transforme en une poche, à parois le plus souvent épaisses, où corps et col sonl confondus. Si l’atrésie siège au niveau de l’orifice interne, le corps seul se distend et le col conserve ses dimensions (fig. 889).
Si le canal génital est atteint de duplicité, les mêmes accidents (l’hématométrie peuvent survenir avec quelques particularités dues à la disposition anatomie anormale4.
1 En. Sçiiwartz. Un cas d’absence congénitale des deux tiers inférieurs du vagin avec développement incomplet des organes génitaux profonds. Iiev. de Gyn. cl de Chic. a bd 1897, p. 961.;
- Haniei. J. Cranwell. lieu, de Gyn. cl de Chic, abd., 1905, p. 635.
Gelbkk. Soc. r/yn. de Dresde, 6 avril 1891 ( Cenlr . f. Gyn., 1892, p. 106).
'* Guoss. Hématométrie et liémalocolpos dans les cas de duplicité du canal génital. Thl'se Paris 1901.
IIEMATO-SALPINX.
PYOCOLPOS. — PYOMETR1E
Hémato-salpinx. — L’hémato-salpinx (aqua, sang, trompe)
est une collection de sang retenu dans la cavité de la trompe. Dans tous les cas d’hématométrie, et dans beaucoup de cas d’hématocolpos, les trompes se dilatent en hémato-salpinx. Le sang ne s’v accumule pas par regorgement de l’utérus, et, ce qui le prouve bien, c’est qu'il peut ne pas y avoir de communication entre la collection utérine et, la collection tubaire1, celle-ci même pouvant exister en l’absence de celle-là. On ne saurait se refuser à admettre que le sang de l’hématosalpinx a été versé sur place par l’exhalation de la muqueuse des trompes, qui coïncide avec celle de la muqueuse de l’utérus, pendant la menstruation. Le peu d’épaisseur de la paroi des oviductes
, Fi" 889. — Ilématométrie par oblitération
tait qu ils se distendent, lorsque la près- de roi.jlice interne du eoi. sion augmente, dans l’intérieur du canal
génital, par l’occlusion de la partie inférieure du vagin, tandis que l’épaisse tunique musculaire de l’utérus résiste longtemps.
Dans les cas de vagin et d’utérus doubles, l hématocolpos ou l’hématoniétrie présentent des dispositions spéciales de forme (tîg. 891 et 899).
Les tumeurs tubaires, bosselées, contournées, peuvent acquérir un énorme volume. Parfois, une petite quantité de sang parvient à filtrer à travers l’orifice abdominal fermé, et alors de petites poussées de périmétro-salpingite (pelvi-péritonite) se manifestent. Si le sang s’épanche dans l’abdomen en grande abondance, il ne peut plus se résorber, et constitue une hématocèle pelvienne,. qui peut elle-même s'accompagner de péritonite généralisée.
Pyocolpos , pyométrie , physométrie. — Le contenu de ces diverses poches formées par la rétention des règles est un sang pour ainsi dire concentré, couleur chocolat, de consistance épaisse et sirupeuse comme le goudron; les globules rouges sont très déformés. Après une ponction évacuatrice, on peut voir la poche suppurer et se transformer en pyocolpos (ttjov, pus: xôà-o;, vagin) ou en pyométrie (tojov, pus; ar,vp a, matrice)2; la décomposition des liquides peut amener un développement de gaz ou physométrie.
1 Gosselin . Gaz. des H 6p.. 18U7, n° 57, p. 225. — Do très nombreux cas analogues ont été publiés depuis.
î On a vu exceptionnellement une accumulation de mucus constituer la tumeur vaginale. — Goiikfrov Gaz . des Hôp.. 1850, n" 42. p. 507, l'a observée derrière un hymen imperforé, chez une Fillette de deux mois, chez laquelle il y avait compression du rectum et de l’urètre.
Pozzi.
4° édit.
Outre l'apprition de la tumeur, <j u i débute avec la puberté et s'accroît progressivement ou observe des phénomènes de douleur au inomenl des règles, sous tonne de coliques qtt on peul attribuer tant à la distension qu'à l'issue d une petite quan li lé de sang dans le péri-
Fig. 890. — Hématocolpos et hématométrie par atrésie de la partie inférieure du vagin. v. Vagin distendu : o. it. Orifice interne du col (Barnes).
toine. Ces douleurs deviennent peu à peu plus fréquentes, puis constat! les, et amènent le dépérissement dos malades.
Dans certains faits qui correspondent, sans doute, à ceux où l’exha-
— Bkkiski (Loc. cil.) a clé I é i noir i de deux faits analogues, chez îles nouveau-nés, et, a pu se convaincre que la nonce membrane obturatrice était non hymcnale, mais rétro-hyménale.
— A. Buvc.ii (IF/en. med. Wnch., 1865, n° II. p. 169) a trouvé du mucus, au lieu de sang, chez une jeune tille de 18 ans. — Chez une jeune tille de 25 ans, le même fait a été observé par Viar (observ. publiée par Stroettek. Disscrl. inaug.,p. 26). — Les collections sanguines peuvent être infectées d'une manière parfois difficile à déterminer et suppurent, comme le prouve un fait de Uiu:[nstai:hteh : Primarcr Pyocolpos und Pyometra bei einem 15 jahrigeu Kiude ( Ccnlr . /'. Gyn., 1890, n® 9, p. 142). Cet auteur a observé un cas curieux de pvoinétrie et de pyocolpos primitifs, par imperforation de l’hymen, sans accumulation sanguine préalable, chez une jeune fille impubère.