CHAPITRE XVI
INFLAMMATION DES ANNEXES DE L’UTÉRUS
Considérations générales. — Classification des salpingites. — Le rôle capital que joue, en gynécologie, l’inflammation de ce qu’on est convenu d’appeler les annexes de l’utérus (ovaire et trompe) n’a été définitivement admis qu’à une période relativement récente. Aran et son élève Siredey1 l’avaient nettement entrevu et indiqué. Mais ces notions importantes, formulées par des médecins et dépourvues du contrôle et de la sanction de l’intervention chirurgicale, devaient passer inaperçues. Les opérations retentissantes de Lawson Tait2 ont plus fait pour la vulgarisation de cette vérité que toutes les considérations de physiologie et d’anatomie pathologique ; l’histoire si controversée des inflammations péri-utérines3 * 5 en a été éclairée d’un jour nouveau.
L’interminable et fastidieuse discussion qui a fatigué toute une génération, à savoir si l’inflammation se produisait dans le tissu cellulaire circum-utérin ou dans le péritoine voisin, s’il y avait phlegmon péri-utérin ou pelvi-péritonite, n’est plus qu’un lointain souvenir; l’ardente controverse à ce sujet entre Nonat, Bernutz, Goupil et Gallard, nous paraît aussi surannée que les débats entre Gendrin et Lisfranc sur Y engorgement de Vutérus et la métrite chronique partielle, pour expliquer les mêmes symptômes. La distinction même entre la paramétrite et la périmétrite, conservée par les auteurs contemporains, parait à peine justifiée, en clinique. C’est un vestige attardé des anciennes doctrines.
Pour bien comprendre l’étroite solidarité de l’utérus et des trompes,
1 Aran. Leçons cliniques sur les maladies de Vutérus et de ses annexes. Paris, 1858. — Siredey. De la fréquence des altérations des annexes de l’utérus dans les maladies dites utérines. Thèse de Paris, 1860.
Au siècle dernier déjà, en France, la fréquente propagation de l’inflammation de l’utérus aux trompes et aux ovaires avait été formellement signalée. Astrdc. Traité des maladies, 1770, t. VI, p. 46. — Lieutaud. Précis de médecine pratique, 1776, t. II, p. 462.
2 Lawson Tait, loc. cil., 4”* édit. 1883 (trad. franc, par Olivier). — IIegar revendique
la priorité des opérations de pyo-salpingotomie. — Voir Wiedow. Zur operativen Behand-
lung des Pyosalpinx ( Centr . f. Gyn., 1885rn° 10, p. 145).
5 On se sert fréquemment des mots : péri-utérin, péri-ovarite, ovario-saljnngite, qu’a consacrés l’usage, bien que leur composition soit très défectueuse puisqu’ils résultent de la combinaison hybride d’un mot grec et d’un mot latin : il faudrait dire, pour parler correctement : circum-utérin, circum-ovarien, lubo-ovarite ou bien périmétrite, périoophorite, oophoro-salpinqile.
INFLAMMATION DES ANNEXES DE L’UTËRUS
il faut se souvenir que leur origine embryonnaire est commune. A la fin du second mois de la vie intra-utérine, les canaux de Muller se fusionnent inférieurement pour former l'utérus et le vagin, tandis qu’ils restent distincts en haut et constituent les trompes. Celles-ci ne sont, en réalité, que le prolongement effilé des cornes utérines; il y a continuité immédiate entre leurs diverses tuniques, d’où la possibilité d’une salpingite ascendante consécutive à la métrite, de même qu’il y a une pyélite ascendante à la suite d’une cystite invétérée. L’ovaire, relié à la trompe par le ligament tubo-ovarien et en contact presque irniné-
Fig. 527. — Vaisseaux lymphatiques de l’utérus (P. Poirier).
1. Lymphatiques venant du corps et du fond de l’utérus. — 2. Ovaire. — 5. Vagin. — 4. Trompe. — 5. Lymphatiques venant du col utérin. — 6. Vaisseaux lymphatiques venant du col utérin et se rendant aux ganglions iliaques. —7. Vaisseaux lymphatiques venant du corps et du fond de l’utérus et se rendant aux ganglions lombaires. — 8. Grande anastomose unissant les vaisseaux du col et du corps utérin. — 9. Petit vaisseau lymphatique situé dans le ligament rond et se rendant aux ganglions inguinaux. — 10, 11. Vaisseaux lymphatiques de la trompe allant se jeter dans les gros vaisseaux lymphatiques nés du corps utérin. — 12. Ligament de l’ovaire.
diat avec son pavillon, peut de même être facilement infecté par voisinage.
En outre, ces organes sont reliés par des connexions vasculaires et lymphatiques importantes. Je rappellerai les anastomoses des artères et veines utéro-ovariennes avec les artères utérines. Bien pins dignes encore d’attention sont les connexions lymphatiques. Lucas-Champion-