‹ Traité de gynécologie clinique et opératoireChapitre 53 sur 217 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — ADHÉRENCES. ASCITE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — ADHÉRENCES. ASCITE

Complications des kystes de l’ovaire. — Adhérences. — Dans les premières phases du développement des kystes, l’épithélium cylindrique qui les recouvre les protège contre la formation d'adhérences (Waldeyer). Mais la desquamation de ce revêtement permet ensuite la production des adhérences, sous l’influence des frottements et des irritations extérieures. Lâches et glutineuses au début, elles deviennent de plus en plus intimes, avec le temps. On a vu la face antérieure d’un kyste tellement soudée au péritoine que des opérateurs ont largement décollé celui-ci des parois abdominales, croyant dégager le kyste lui-même. Les adhérences épiploïques peuvent être si étendues et si riches en vaisseaux que le kyste y puise désormais les principaux élémenls de sa nutrition. Dans un cas de ce genre, j’ai trouvé plus pratique de commencer l’ovariotomie par la section du pédicule, relativement grêle, puis de procéder à la ligature successive des adhérences, en faisant pivoter le kyste de bas en haut. L’intestin peut aussi être, pour ainsi dire, fusionné avec la paroi, de telle sorte qu’une dissection devienne impossible et qu’il faille entamer le kyste pour le séparer. Les adhérences aux parois pelviennes sont surtout graves à cause du danger qu’il y a à déchirer l’uretère ou un gros vaisseau; il est parfois impossible de les vaincre quand elles sont très étendues; il s’agit alors presque toujours d’adhérences directes de kystes rétro-péritonéaux, sans l’intermédiaire de la séreuse1.

Ascite. — La présence d’une très petite quantité de liquide dans le péritoine est assez fréquente, mais son accumulation sous forme d’épanchement ascitique ne se rencontre que rarement. Terrier2 parait être tombé sur une série exceptionnelle quand il a trouvé, sur 100 ovariotomies, lOcas d’ascite abondante et 25 cas d’ascite légère. Terrillon3, sur 68 ovariotomies, ne note qu’une fois cette complication.

Dans la grande majorité des cas, il s’agit alors de kystes papillaires avec issue de végétations en dehors de la poche, parfois même avec métastase abondante dans le péritoine voisin. Dans les cas de kyste glandulaire, il peut y avoir dégénérescence graisseuse partielle de la paroi, ou même, selon Quénu4, rupture de très petits kystes superficiels dont le contenu irrite le péritoine. Cet auteur attribue un rôle exagéré, je crois, aux phénomènes d’osmose provoqués par la matière colloïde

1 I‘ uKUND. Ueber Leber und Galleublascnadhâsioncn bei Gescliwülsten der weiblichen Geschlechtsorgane ( Deutsche med. Woch., 1898, n° 18). — Couturier. Des kystes de l'ovaire à grand développement adhérents au péritoine pariétal. Thèse de Lyon, 1895. — Condamin. Kyste de l’ovaire et grossesse. Adhérence au foie avant amené après l'accouchement des accidents simulant la torsion du pédicule. ( Semaine gyn., 1902, n° 22, p. 169). — Emmet, Amer. Jauni, of Obstet., 1904, mai, p. 688.

2 Terrier. l\evue de Chir., 1882, p. 549; 1884, p. 1; 1885, p. 12; 1886, p. 985.

3 Terrillon. Soc. de Chir., 1884, p. 659, 1886, p. 904. — Corn. Kist endopapilar al ovardni stang, ascita,elc. [Rev. de chir., Bucarest, 1901, V, p. 275).

4 Que’nu. Revue de Chir., 1886, p. 265.

KYSTES DE L’OVAIRE

sécrétée par les végétations ou déversée par les petits kystes; point n’est besoin de cette considération pour comprendre la production de l’épanchement ascitique causé par l'irritation d’un liquide pathologique; l’ascite constitue un véritable mode de défense du péritoine, quand il n’a pu isoler le corps irritant parla production d’adhérences. On a aussi incriminé, pour expliquer l’ascite, la richesse vasculaire des tumeurs1 *. Mais ce facteur ne parait avoir qu’une bien médiocre importance, puisque des fibromes télangiectasiques peuvent exister sans ascite.

Apoplexie intra-kystique. — 11 se produit fréquemment, à l'intérieur des poches des kystes de l’ovaire, de petites hémorragies, sans importance clinique, et dont le seul résultat est de donner au liquide une coloration plus ou moins foncée, parfois chocolat. Dans d’autres ras, beaucoup plus rares, il se produit des hémorragies beaucoup plus abondantes, de véritables apoplexies. — L’apoplexie intra-kystique est le plus habituellement consécutive à la torsion du pédicule, mais elle peut survenir indépendamment de celte torsion.

L'hémorragie peut être secondaire à un traumatisme divers de la poche, à un choc, à une ponction. D’après llegar et Kalfenbach*, les hémorragies consécutives, à une ponction peuvent reconnaître différents mécanismes. Tantôt il se fait une hémorragie ex vacuo, par suite de l’abaissement de la pression dans le kyste ; tantôt, au contraire, l'hémorragie est duc à la blessure d’un gros vaisseau artériel et veineux, de la paroi kystique.

Parfois enfin, l’apoplexie est due à une altération des parois du kyste3.

Les hémorragies intra-kystiques ont pu être assez abondantes pour déterminer la mort4. Dans les cas moins graves on peut voir les kystes, d’abord distendus par l’épanchement sanguin, se rétracter ensuite par coagulation et dépôt de caillots. Enfin si l’hémorragie conli-

1 Gundelach. De lasciie symptomatique des tumeurs ovariques. Thèse de Paris, 1 S87 .

4 Hegar et Kai.te.nbach. Traité de gynécologie opératoire. Trad. française, 1885, p. 252. Voir aussi : Lohi.ein. Ueber Blutungen in Ovarialcysten ( Dculsch med. Woch.. 1896, p. 29 .

Couvreur. Les hémorragies des kystes de l'ovaire. Thèse de Paris, 1902. — Dervaux et

Faucon. Hémorragie dans un kyste de l'ovaire compliquant la grossesse. Avortement consécutif. [Journ. des sciences méd. de Lille , 1902, II, p. 57). — Daniel. Étude sur les hémorragies des grands kystes de l'ovaire sans torsion du pédicule ( Revue de Gyn. et de ('dur. abd., 1905, n« 1, p. 5).

3 Les hémorragies sont plus fréquentes dans les cas de kystes végétants et spécialement dans les kystes papillaires dont les végétations renferment un réseau vasculaire bien développé et très délicat.

4 Suencer Wells ( Diagnostic et traitement des tumeurs abdominales, trad. franc., 1886) cite deux observations où des femmes ont succombé à cet accident. Dans l'une il y eut un épanchement de 2 kilogrammes de sang dans le kyste. Dans l’autre la tumeur s’était rompue et son contenu s’était répandu dans la cavité péritonéale. — Hegar et Kai.tenbacii (loc. cil.) citent également des accidents mortels consécutifs à la ponction évacuatrice. — llorusier, à l'occasion d’un cas observé par lui, a réuni un certain nombre de faits analogues

ijaz. hebd. des sciences médicales de Bordeaux, 1895, p. 210).

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