‹ Traité de gynécologie clinique et opératoireChapitre 57 sur 217 · SYMPTOMES DES KYSTES DE L’OVAIRE · texte numérisé non relu

SYMPTOMES DES KYSTES DE L’OVAIRE

rarement élastique ou irrégulière. Quand la tumeur est franchement pédiculée, elle est très mobile et n’est sentie par le toucher vaginal que si on la refoule de haut eu bas avec l’autre main. Quand elle est incluse dans le ligament large, elle peut paraître faire corps avec l’utérus, mais on découvre, en examinant avec beaucoup de soin, entre cet organe et elle, un léger sillon; il ne faut pas oublier qu’en pareil cas le corps utérin est dévié, soit sur les côtés, soit en arrière, soit même en avant. Dans les kystes papillaires, la tumeur est souvent bilatérale et on peut exceptionnellement sentir les végétations à sa surface, à travers le culde-sac vaginal; il y a généralement aussi de l’ascite.

2U Tumeur devenue abdominale. — La possibilité de sentir le fond de la tumeur à une certaine hauteur, au-dessus du pelvis, change complètement les caractères extérieurs. Par la palpation de l’abdomen, on sent une tumeur sphérique qu’on limite facilement en haut et sur les côtés, plus vaguement en bas; des irrégularités et proéminences annoncent, ordinairement, une tumeur polykystique; la résistance est plus élastique, moins dure, à mesure que la tumeur est plus grosse; la fluctuation, qu’il est impossible de sentir auparavant, devient souvent très appréciable aussitôt que la malade est endormie. La percussion au niveau de la -tumeur donne une matité souvent obscure : il faut percuter très légèrement, sans quoi on obtient la sonorité transmise du paquet intestinal; celte sonorité de voisinage rend môme trop souvent illusoire la délimitation exacte du kyste, par ce mode d’exploration.

Dans des cas exceptionnels, si la femme est très grasse, ou si, étant nullipare, elle présente des parois abdominales très fermes et contracturées, l’anesthésie peut être utile pour les relâcher, établir le diagnostic et faire un examen complet des connexions du kyste.

Par le toucher et la palpation bi-rnanuelle, on sent, le plus souvent, l’utérus couché au-devant du pubis en antéversion, un peu dévié du côté opposé à celui où siège le kyste. Le col, attiré en haut, est moins facilement accessible, et parfois il est comme absorbé par le déplissementdes culs-de-sac du vagin. Au cathétérisme, on peut trouver alors une élongation notable de la cavité utérine1. Plus tard, en se développant, le kyste repousse l’utérus en arrière (Peaslee). Enfin, il est des cas où l’utérus est refoulé en bas, en prolapsus2 : j’en ai observé un sur une malade guérie après l’ovariotomie avec fixation du pédicule dans la plaie abdominale. Dans les grands kystes du ligament large, l'utérus peut être tout à fait luxé sur le côté.

Quand le kyste a atteint des dimensions énormes, les parois abdomi-

1 W. F ami (Hypertrophie élongation of the utérus upward inlo the abdominal cavity, etc. in Amer. Journ. of Obstet ., 1890, t. XXIII, p. 1195) a décrit un cas d’énorme élongation de l’utérus (‘21 centimètres) due à un volumineux kyste de l’ovaire.

* Thiiuaii. Du prolapsus utéro-vaginal dans les kvsles de l’ovaire ( Ann.de la Soc. belge, de Chir., 1895, n» 5).

KYSTES DE L’OVAIRE

nales sont amincies, craquelées, la ligne blanche est élargie, l’ombilic est très distendu; ce n’est que s'il existe aussi de l’ascite que l’ombilic est proéminent . Des veines dilatées rampent sur les parois abdominales, surtout dans la région des fosses iliaques. Quand la tumeur a dépassé l’ombilic, la fluctuation est facile à sentir, au moins dans une grande portion de la tumeur; c’est surtout dans les kystes parovariens à parois minces qu’elle est très nette. En déterminant l’étendue de sa répercussion, on peut avoir une idée du volume des poches, et, s’il y a plusieurs centres de fluctuation, affirmer que la tumeur est polykystique. Parfois, on perçoit plutôt une vibration, un ébranlement qu’une vraie fluctuation. En d’autres points, généralement vers les flancs, on trouve des niasses solides, en forme de gâteau, de placenta. Ce sont des agglomérations microkystiques généralement aréolaires et colloïdes. La percussion accuse une matité irrégulièrement sphérique, convexe en haut, séparée par une zone claire de la matité hépatique à moins de dimensions excessives de la tumeur qui amènent la confusion des deux matités. Tout autour existe encore la sonorité intestinale. Celle de l’estomac peut être diminuée, mais elle persiste toujours à l’épigastre et sur le bord gauche du thorax. Les changements de position sont sans influence sur la répartition de la matité. Dans les cas extrêmes, les cartilages costaux de l’appendice xyphoïde sont déjetés; le foie, devenu horizontal, est repoussé dans la concavité du diaphragme, le cœur est soulevé, l’abdomen fait saillie dans le thorax; le ventre n’est plus cylindrique, mais proéminent en avant et se continue en pente douce avec la poitrine qui semble en être devenue une dépendance.

La pression sur les vaisseaux, aorte, artères crurales, peut amener la production de souffles vasculaires qui n’ont aucune importance.

Il est un bruit que la main perçoit mieux que l’oreille : c’est, quand on palpe avec force certaines tumeurs, un cri de neige écrasée; il serait dû, d’après Olshausen, au déplacement de matière colloïde soit d’une cavité dans l’autre, soit à la surface du kyste, s’il est rompu ; je crois qu’un simple frottement péritonéal donne la même sensation, et il m’est difficile de lui accorder beaucoup de valeur.

Les troubles du côté de la menstruation sont beaucoup plus rares qu’on ne pourrait le supposer a priori-, il ne faut pas oublier que l’afleclion étant le plus souvent unilatérale, dans les grands kystes, l’ovaire sain suffit à assurer la régularité des règles.

Si les deux ovaires sont transformés en kystes, on peut observer l’aménorrhée, qui a plusieurs fois donné lieu à des erreurs de diagnostic en faisant croire à une grossesse utérine ou ectopique.

Gallard1, pour préciser l'influence des kystes sur la menstruation, a analysé cent soixante-neuf observations : une fois sur cinq, il y £a eu

(jAi.i.ARD. Leçons clin, sur les maladies des ovaires. Paris, 1880.

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