‹ Traité de gynécologie clinique et opératoireChapitre 59 sur 217 · ACCIDENTS DES KYSTES DE L’OVAIRE · texte numérisé non relu

ACCIDENTS DES KYSTES DE L’OVAIRE

pédicule 57 fois. Cet accident semble moins fréquent que du temps de Rokitansky, car il était alors de 15,8 pour 100 et n’est plus maintenant que de 9,5 pour 100 *. Cela tient à ce qu’on opère maintenant les kystes beaucoup plus tôt. Comme étiologie il faut signaler la grossesse; sur six cas de kystes compliqués de grossesse opérés par Thornton, la torsion existait 5 fois, et, dans 9 cas, les phénomènes aigus commencèrent après un accouchement ou un avortement. Dans quatre de ses observations, Thornton mentionne l’arrêt de la menstruation par le froid; 4 fois, la ponction du kyste; 8 fois, il n’existait aucune cause appréciable.

On a vu la torsion du pédicule se produire par l’elfet de l’exploration d’une tumeur très mobile (Olsbausen), par le changement de position dû à l’évacuation du kyste. Tout ce qui accroît la mobilité de la tumeur, ascite, longueur et gracilité du pédicule, est une cause prédisposante2. Les kystes dermoïdes y sont spécialement sujets, pour peu qu’ils soient mobiles, à cause de leur poids considérable.

Lawson Tait a vu plus souvent la torsion à droite. Olshausen à gauche. Veit, Rohrig et Thornton l’ont vue des deux côtés.

Quand cette. torsion se fait lentement, on a soutenu qu'il peut en résulter une diminution progressive de la tumeur; pour moi, je ne crois pas que ce soit jamais un événement favorable. En effet, une torsion d’abord légère peut être bientôt suivie d’une torsion complète et amener de graves accidents. Une douleur vive, instantanée, en est le premier indice. Si la torsion est complète, des signes de réaction péritonéale se produisent bientôt, ils peuvent être très légers si le pédicule est Iamelleux et peu vasculaire, comme dans les cas exceptionnels de kystes du parovaire pédiculés3. Le plus souvent ils sont le prélude d’une péritonite d’intensité variable. Celle-ci peut être rapidement mortelle, ou bien elle revêt le caractère d’hydropisie; du météorisme et une ascite aiguë se manifestent. On a vu ces accidents se dissiper en quelques jours, et Olshausen ne doute pas qu’il y ait des torsions du pédicule temporaires : il en a observé deux exemples qui lui paraissent certains. Enfin les accidents fébriles peuvent continuer par suite de la résorption (les matériaux de mortification lente de la tumeur (intoxication plutôt qu’ infection) , et la malade meurt dans le

1 0. Temiillon (De la torsion du pédicule des kystes de l’ovaire, in Rente de chir., 1887, p. ‘245) indique le ch i lire de 5 pour 100, el Olshausen celui de 6,5 pour 100. — 0. Küstneh (Centr. /'. Gyn ., 1891, n° 11, p. ‘210) parait avoir exceptionnellement observé une série de 11 torsions du pédicule sur 33 cas.

2 J’ai même observé un cas où toutes les lésions et les accidents occasionnés par torsion progressive du pédicule avaient été produits par sa seule élongation exagérée, ayant succédé à une grossesse pendant laquelle le kyste avait contracté îles adhérences à la partie supérieure de l’abdomen. — S. Pozzt. Remarques clin, et opérât, sur trente laparotomies [Annal.de Gyn., avril 1890, t. XXXIII, p. ‘252 et sttiv.).

3 W. Bixxud et Ciia vanna/. Torsion du pédicule d’un kyste du parovaire [Gaz. hebd.de Méd. et de Chir., 1896, p. 531).

KYSTES DE L’OVAIRE

marasme el la cachexie1. La rupture du kyste coïncide souvent avec la torsion du pédicule; celle-ci se complique parfois d'hémorragies intérieures considérables, le sang artériel continuant à affluer, tandis que les veines ont leur calibre effacé par la torsion. Ces hémorragies viennent ajouter une anémie aiguë à l’état déjà grave de la malade. Des signes de péritonite autour de la poche se montrent bientôt après, et la formation d’adhérences étendues est un des effets les plus constants de la torsion.

Rupture du kyste. — La rupture des petits kystes dus à l'hydropisie folliculaire parait être sans grande conséquence; elle peut se faire par déhiscence spontanée2.

Quant aux grandes poches kystiques, leur rupture peut être causée, soit par un traumatisme, un coup sur le ventre, une chute, un effort de vomissement3, soit par un travail antérieur d’usure de la paroi ou de dégénérescence graisseuse causée par la thrombose; on l’a observée au cours d’une exploration chirurgicale4 5 6. Ce sont les kystes gélatineux qui présentent le plus fréquemment cet accident; la torsion du pédicule la précède souvent. L’érosion delà poche par des végétations papillaires peut encore être une cause suffisante.

La perforation peut se faire dans la cavité péritonéale, ou dans un organe voisin. Le premier cas est le plus fréquent : la résorption du liquide peut avoir lieu, sans grande réaction, si ce liquide n'est pas trop irritant, comme dans les kystes séreux3. Sur 127 cas recueillis par Nepveu, il y aurait eu 45 guérisons prolongées, 21 disparitions temporaires et 65 morts0. La mort peut être si rapide qu’elle semble

1 Oi.siiausen. Loc. cit., p. 109. — Terrillon. Iterue de c/tir., nov. 1886, p. 950. — On a noté la parotidite au nombre des accidents infectieux que peut provoquer la torsion du pédicule.

- Toutefois, si ces kystes ont été le siège d'une hémorragie, leur rupture peut provoquer un épanchement sanguin [dus ou moins grave dans le péritoine. C’est peut-être là l’origine de certaines hématocèles pelviennes. E. Bœckel. Des kystes métrorragiques de l'ovaire ( Gaz- . tard, de Strasbourg, 1861, p. 79).— F. Rollin. Des hémorragies de l'ovaire. Thèse de Paris, 1889, p. ‘25. — Bender et Maiicili.e. Inondation péritonéale due à la rupture d’un petit kyste folliculaire hémorragique de l’ovaire {La Tribune médic., 1904, août, p. 355). — Daniel. Ile v. de ggn. el de chir. abdo ni., 1905, p. 195.

3 Sanger (Soc. gynéc. de Leipzig, in Centr. f. Ggn., 1887, n° 9, p. 147) a vu un kyste ovarique se rompre spontanément sous l'influence des efforts de vomissement, durant l’anesthésie, sur la l ahle d’opération, avant l’incision abdominale. Si le diagnostic n'eût été soigneusement établi d’avance, la disparition de la tumeur eût pu faire croire à une erreur clinique. — Mon frère, Adrien Pozzi, a été témoin d'un fait semblable, en 1885, dans le service de Trklat, où il était interne. — -Fossard. De la rupture spontanée des hyslcs de l'ovaire. Thèse de Paris, 1901.

4 Démons. Gaz. hebd. des sciences méd. de Bordeaux, 1896, p. 219.

5 Laxnelongue, de Bordeaux ( Leçons de clin, chir., 1888, p. 565 et suiv.), en a cilé un bel exemple. — Boursier. Ann. de Gyn. et d'Obsl., 1897, p. 299.

6 G. Nepveu. Ann de Gyn., juill. 1875, 1 . IV, p. 14. — Consulter sur ce sujet Aronson [Dissent. inaug., Zurich, 1882), qui a réuni 255 cas. — J. Heitzmann. Teber Ruplur der Ovarialcvsten [Al/g. Wien. med. /cit., 1889, p. 45 et 56). — S. Rosinski. Dissert, inaug., Breslau,

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