‹ Traité de gynécologie clinique et opératoireChapitre 61 sur 217 · TRAITEMENT DES KYSTES DE L’OVAIRE · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DES KYSTES DE L’OVAIRE

Le traitement médical a été responsable autrefois de la mort de beaucoup de femmes. Tout kyste de l’ovaire reconnu doit être, si possible, enlevé.

La ponction par la paroi abdominale a été employée, non comme traitement curatif, mais, trop fréquemment, comme palliatif avant la vulgarisation de l’ovariotomie. Certaines femmes ont ainsi subi un nombre presque invraisemblable d’évacuations de leur kyste. On peut être amené à faire celle opération d’urgence, en cas de phénomènes de compression excessive, ou encore dans le cas de tumeurs inopérables. On enfoncera alors, de préférence, le trocart sur la ligne blanche ou dans la fosse iliaque en un point dont on aura reconnu la matité parla percussion.

Ponctionner un kyste, sans nécessité absolue et alors qu il est facile

1 Rocher. Ein pathognomisches Zeichen zur Diagnose (1er Dermoïde ( Centr . f. Chir.. 1887, p. 44).

- E. Ivüstku. l!eber die Saoknierë [Déni. mcd. TI oc//., 1888, nos 19 et 22).

OVARIOTOMIE ABDOMIMALE.

de l’extirper, est toujours une mauvaise pratique. Ou expose la malade à des accidents péritonitiques graves et on risque, tout au moins, de provoquer des adhérences. On a longtemps voulu taire une exception pour la catégorie de kystes du ligament large, uniloculaires, à parois minces et à contenu transparent, les kystes parovariens hyalins1. Mais pour quelques guérisons définitives qui ont été constatées, et dont le résultat n’a pas toujours été assez longtemps suivi, on a eu à enregistrer de très nombreuses récidives. Si l’on considère, par- contre, la grande bénignité de l’ovariotomie dans les cas de cette nature, on n’hésitera pas à lui donner la préférence et à renoncer à une doctrine qui, pour quelques cas heureux, compte de nombreux méfaits.

La ponction a généralement été faite à la paroi abdominale : on a aussi pratiqué la ponction par le vagin dans les cas où la tumeur ôtait plus accessible par cette voie. C’est une pratique dangereuse, vu la facilité de l’infection consécutive.

Tavignot n’avait pas craint de recommander la ponction par le rectum : c’est une détestable pratique. -

L’injection iodée, recommandée par Boinet2 avec un enthousiasme excessif, ne compte plus aujourd’hui de partisans. Elle n’a pu rendre de services qu’à une époque où l’ovariotomie était considérée comme une opération téméraire.

Le drainage, après ponction ou incision’, a été, à la même époque, appliqué à des kystes dont l’extirpation complète eût été pourtant facile: il a causé de nombreuses morts. Le drainage 11e doit plus être fait actuellement que pour les reliquats de poche qu’on n’a pu entièrement extirper, ainsi que j’aurai à le décrire.

Ovariotomie abdominale, — Aperçu historique. — - C’est Éphraïrn Mac Dowell (du Kentucky), élève de John Bell (d’Édinburgh), qui a fait la première ovariotomie abdominale pour kyste de l’ovaire en 1809 \ Le pédicule lut rentré dans l’abdomen; guérison. C’est encore un Américain, Nathan Smith (de New-Hawen, Connecticut), qui fut le

1 Panas. Bull. de l'Acad. de Méd., 18 mars 1876.

2 Boinet. Bull, de thèrap ., août 1852, t. XLIII, p. 161. — Bull, de l’Acad. de Med.. 1852, p. 165. — lodotjiérapie, 2° édit., 1865. — Discuss. à l'Acad. de Méd. (Bull., 1856, t. XXII. p. 20 et suiv.).

3 La première incision de kvsle ovarique a été faite par Houston (Philos. Transacl. ,1724,

t. XXXIII). Le Dhan, en 1757, fit la même opération hardie et l'érigea éthode [-Mém.

de l'Acad. de chic ., t. 111, p. 451).

4 C'est à tort qu'on a’attribué la première ovariotomie à Abraham Cypkiamjs. Ce chirurgien a simplement ouvert un kyste fœtal suppuré, provenant d’une grossesse extra-utérine. On trouvera le récit de ce fait dans Ab. Cypiuanus. Lettre rapportant l' histoire d'un fœtus humain de 21 mois. etc. Amsterdam, 17117. — Ce qui parait avoir causé l’erreur de Ladoucu ( Contribution a t'élude du sarcome de l’oraire. Thèse de Paris, 1890), qui a pris celle observation pour le premier cas public d’ovariotomie, c’est l’allusion dont elle est l’objet, à propos des kystes de l’ovaire et des adhérences qu’ils peuvent contracter, par .1.-11. Moiigagni. De sedibus et causis morborum, etc., 1761, XVIII1’ lettre (Trad. franc, par Desormeacx et Destouet, Paris, 1820-1824, l. VI, p. 195).

KYSTES DE L'OVAIRE

second ovariotomiste, Alban Smilh vint le troisième. Ses premiers succès datent de 1827'.

Mais il n’y avait là encore que des hardiesses isolées et sans écho.

J. L. Atlee2 avait fait, en 1845, la première ovariotomie double, quand, l’année suivante, Washington L. Atlee3, qu’il ne faut pas confondre avec lui, commença la remarquable série de ses opérations, qui se montait à 246 en octobre 1871. L’ovariotomie était tout à fait acclimatée eu Amérique dès 1865 (Peaslee).

En Angleterre, Lizars (d'Edinburgh), s’inspirant des cas de Mac Dowcll, pratiqua l’ouverture du ventre, en 1824, par suite d’une erreur de diagnostic, et, l’année suivante, pour des kystes de l’ovaire dont il guérit 1 sur 5. Granville (de Londres) essuya deux échecs qui le découragèrent, et, jusqu’en 1842, l’opération tomba dans le discrédit. Walsh et Clay l’en relevèrent par une série remarquable de succès. Puis viennent ceux de Bird et de Baker-Brown, enfin ceux de Spencer Wells (1858)*.

En Allemagne, Chrysmann fit, en 1825, une tentative malheureuse. Quelques opérateurs isolés, parmi lesquels il convient de mentionner Stilling, s’y hasardèrent ensuite, mais sans que l’opération fût définitivement adoptée5. Elle est entrée dans la pratique courante grâce aux travaux de Olshausen0, Spiegelberg el Waldeyer7, Ilegar8, Czerny9, etc.

En France, Woycikowsky 10 de Quingey (Doubs), en 1844, aurait lait la première ovariotomie. En 1856, l’opération y était condamnée par l’Académie, avec l’unique protestation de Cazeaux. En 1862, Nélaton alla voir Spencer Wells, et, à son retour, pratiqua l’ovariotomie sans succès. Mais Kœberlé, en 1864, publia 9 guérisons sur 12 cas; puis Péan montra d’une manière éclatante que l’opération pouvait réussir à Paris. C’est à ces deux derniers auteurs que l’ovariotomie doit sa vulgarisation dans notre pays11.

1 E. Mac Donnell. Eclectic Itcpository and anah/l. Itcrieir. Philadelphie, avril 1817, p. 242. — Nathan Smith. Amer. med. Record., juin 1822, t. V. p. 124. — Ai, dan Smith. Norlh Amer, med. surg. journ., janv. 1826, t. I. p. 30.

- .1. I,. Ati.ee. Amer, journ. of med. sciences , 1844. t. VII, p. 48.

3 \\. L. Ati.ee. Amer, journ. of med. sciences. 1855. t. XXIX, p. 587.

4 1,1/ahs. Obserr. on the extraction of diseased ovaria, Edinburgh, 1825. — Ch. Ci. a s. Med. Times, 1845, t. XII. p. 43, etc. — Itesnlt of ail the operations for extirpation of diseased ovaria by large incision. Londres, 1848. — Sr. Wei.i.s. History and propress of ovariotomy in Créai Britain Med. cltir. Transart., 1865. t. XI, VI, p. 53,.

5 Paul Giiensku. [Aie Ovariotomie in Dcutscliland, historisch and hritisch dargestellt,

Leipzig. 1870. 4

6 Olshausen. lier!. Idin. Wochenschrift, 1876, p. III.

7 Spie&éliierg et VVai.iiiiïf.r. Virch. Arch., t. XLIV.

8 Hf.gar. Saniml. /clin. Va rtr., 109,

9 Czerny. Arch. /'. klin. Chirurg., t. XXIII. et XXV.

10 Boni Wuïcikowski. Bull, de thérapeutique med. el cliir., 1847, t. XXVIII. p. 62.

11 Olshausen. Loc. cil. — Ko rlhli . G<n. hehd., 15 juill. 1866. p. 436. — Piîan. I, 'ovariotomie peut-elle être faite à Paris avec des chances favorables de succès? [Union méd., 1868,

n05 125-145, el Uni/, de T Acad, de Méd., 1868.1.

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