‹ Traité de gynécologie clinique et opératoireChapitre 70 sur 217 · II. TUMEURS ÉPITHÉLIALES. — ÉPITHÉLIOMES OU CARCINOMES · texte numérisé non relu

II. TUMEURS ÉPITHÉLIALES. — ÉPITHÉLIOMES OU CARCINOMES

1° Épithéliome ou carcinome primitif de l’ovaire. — Si

l'on fait abstraction de la dégénérescence maligne des kystes mucoïdes ou dermoïdes, l’épithéliome ou carcinome primitif de l’ovaire éit rare. On l'observe pourtant à tout âge et même dans Leu Dm ce1.

Anatomie pathologique. — On a décrit deux formes anatomiques d’épithéliome ou carcinome primitif de l’ovaire : une forme diffuse ou

615- — Épithéliome ou carcinome massif de l'ovaire. (Poids 2 kilog. 400.)

Aspect de la tumeur sectionnée en son milieu. (F. Jayle.)

médullaire el une forme superficielle ou papillaire. Il semble qu’il règne, en ce qui concerne cette dernière variété, une certaine confusion. Il est possible qu il existe des épithéliomes papillaires primitifs, mais ils sont assurément exceptionnels ; la plupart des observations qui ont été publiées sous cette étiquette n’entraînent pas la conviction el il est infiniment probable qu’il s’agissait, dans la majorité des cas, de

1 \\ . lli n vud [Gm. Iiebd. des sciences méd. de Bordeaux, janv. 1890) a opéré une jeune fille de 17 ans d’un cancer primitif de l’ovaire droit. — Koüzxetzky [Ann. de Gyn. eld'Obsl., 1904, p. 191) a enlevé un cancer médullaire des deux ovaires chez une fillette de 14 ans.

EPITHELIOME OU CARCINOME DE L’OVAIRE.

kystes papillaires dégénérés et déhiscents. La forme habituelle, commune, de l’épithéliome primitif de l’ovaire, est sans contredit l’épithéliome massif ou médullaire (fig. (345).

Il s'agit dans ce cas d’une tumeur généralement volumineuse, globuleuse ou ovoïde, souvent bosselée ou même lobulée. La bilatéralité est fréquente. La consistance est ferme mais souvent variable suivant les points considérés.

A la coupe, le tissu néoplasique apparaît compact, blanchâtre, par-

Fig. 646. — Cysto-épilhéliome primitif do l’ovaire. (Grossissement, 75 diamètres). (X. Bender.)

semé de taches plus foncées, grisâtres, qui donnent parfois à la surface de section une apparence marbrée. Il n’est pas rare de trouver, disséminés, des foyers de ramollissement, excavés et remplis d’une sorte de bouillie grumeleuse. On observe aussi, très communément, des infarctus hémorragiques, brunâtres ou noirâtres.

Ces tumeurs sont habituellement libres et très nettement pédiculées ; le développement intraligamentaire est exceptionnel.

Au point de vue histologique, on peut distinguer dans l’épithéliome massif de l’ovaire, deux formes : une forme alvéolaire et une forme diffuse.

Dans l’épithéliome alvéolaire, on trouve, noyés au milieu d’un stroma conjonctif généralement abondant et très dense, des amas

TUMEURS SOLIDES DE L'OVAIRE

lobules ou bien, au contraire, des cordons anastomosés formés par des

cellules épithéliales cubiques ou polyédriques, à corps protoplasmique nettement limité, à noyau fortement coloré. Ces formations épithéliales affectent parfois la disposition de cavités tapissées par un épithélium polymorphe, composé en général de plusieurs assises cellulaires.

On trouve assez communément,soit, au centre, de petits amas cellulaires pleins, soit, faisant saillie dans la lumière d’une cavité pseudo-glandulaire, des cellules épilhé-

Fig. 647. — Épilhéliome ou carcinome Je l'ovaire droit secondaire à un épithéliome du col de l'utérus.

par propagation directe. (F. Jayle et E. Papin.)

I. 'ovaire est petit ; il forme une masse dure et compacte, comme le montre la section.

La trompe est transformée en un liydrosalpinx.

Fig'. 648. — Épithéliome de l’ovaire, secondaire à un épithéfiome du col de l’utérus, par propagation directe. (Grossissement de 100 diamètres.) Coupe de l'ovaire reproduit figure G47. (X.Bender.)

A. Stroma ovarien. 1t. Ilots épithéliomateux formés par des cellules pavi menteuses.

liales beaucoup plus volumineuses que les cellules avoisinantes dont

ÉPITHÉLIOME OU CARCINOME DE L’OVAIRE, elles se distinguent aisément par leur corps protoplasmique transparent et par leur noyaii vésiculeux et clair. Quelques auteurs ont considéré ces éléments comme des ovules; les uns ont pensé qu’il y avait, dans le cancer de l’ovaire, néoformation pathologique d’ovules primordiaux; d’autres ont admis l’existence d’une variété spéciale de cancer ovarien, dérivant de l’épithélium folliculaire, et à laquelle ils ont donné le nom de folliculome malin1. Ce sont de simples hypothèses; les formations que l’on a considérées comme des ovules ne sont autre chose que l’aboutissant de métamorphoses cellulaires régressives. Il n’est pas impossible que certains cancers naissent de l’épithélium de la membrane granuleuse du follicule, mais il n’en existe pas encore de preuve histologique indiscutable. Le point de départ habituel de ces néoplasmes est l’épithélium superficiel de l’ovaire.

L’épithéliome diffus se caractérise par une infiltration épithéliale très abondante et désordonnée au milieu d’un stroma conjonctif lâche et pauvre en éléments cellulaires. Les cellules épithéliales sont très fré- 1 quemment le siège d’une transformation muqueuse; le corps protoplasmique se gonfle et devient transparent; le noyau, aplati et incurvé, se trouve refoulé vers l’un des pôles de la cellule.

Symptômes ■ — Les symptômes du carcinome de l’ovaire n’ont, au début, rien de bien caractéristique. On a insisté cependant sur la fréquence et la précocité des douleurs survenant souvent sous forme de crises paroxystiques avec irradiations vers la racine des cuisses. Bientôt le développement d’une ascite, dont le liquide est souvent sanguinolent, le dépérissement général, ainsi que l’accroissement parfois extraordinairement rapide de la tumeur, viennent affirmer son caractère malin. On observe fréquemment l’œdème des membres inférieurs, parfois des phlébites. La mort survient par cachexie ; elle est souvent hâtée par des métastases ganglionnaires ou viscérales.

Diagnostic. — Le diagnostic n’est guère hésitant qu’au début, . alors qu’il n’existe pas encore d’ascite et que la tumeur n’a pas eu de retentissement sur l’état général ; on peut croire alors à un fibrome de l’ovaire, ou à un sarcome, ou même à un fibrome sous-péritonéal pédiculé implanté sur une des cornes de l’utérus. La marche se charge de lever bientôt les doutes.

1 Voir : Gottsciiaik. Ein neuer Tvpus einer kleincystisclien bôsartigen Eierstocksgesclnvulst (Arch. f. Gyn., 1901, t. LXIX, p. 679). — Sciiroeder. Ueber das Vorkoirimen von Follikelanlagen in Neubildungen [Arch. /'. Gyn., 1901, t. LX1Y). — Gottsciiaik. Ueber das Folliculome malignum ovarii ( Berl . klin. Woch. , 1 902, p. 607). — Delépine et Augier. Folliculome malin de l’ovaire ( Journal des sciences méd. de Lille, 26 sept. 1903). — Lippmann. Ueber « Eibildung » in Carcinomen des Ovariums (. Zeitschr f. Geb. und Gyn., 1904, t. LII, p. 248). — Voir aussi : Glockner. Beitràge zur Kenntniss der soliden Ovarialtumoren (Arch.f. Gyn., \ 905, t. LXV, p. 49). — Gediiard. (Path.Anat. de) weibl. Sexualorgane, p. 346). — A. Martin. ( Loc . cit).

TUMEURS SOLIDES DE L’OVAIRE

Traitement. — L’opération doit toujours être tentée dans tous les cas où l’extirpation entière paraît possible, malgré le peu d’espoir d’une guérison définitive. Dans ce cas on devra toujours enlever systématiquement l'utérus et les annexes du côté opposé, même dans les cas où l’on n’aura pas la certitude de pouvoir faire une opération radicale.

Fig'. 619. — Épithéliome ou carcinome de l’ovaire secondaire à un épithéliome du col de l’utérus, par infection lymphatique. (X Bender 1 .)

L. !... Lymphatiques de la zone médullaire envahis par les cellules épithéliales.

Cette laparotomie exploratrice n'a pas le fâcheux pronostic que lui attribue Olshausen. Dans les cas où je l'ai pratiquée, en la faisant suivre d'un drainage temporaire, plusieurs malades semblent en avoir retiré le bénéfice réel de voir l’ascite diminuer pour quelques mois dans des proportions considérables1 2 * * 5.

2° Épithéliome ou carcinome secondaire de l’ovaire. —

La connaissance de l'épithéliome ou carcinome secondaire de l'ovaire0

1 Les fig. Oifi, (148, G49 et 650 sont extraites du mémoire de F. .Jayle el E. Papin. Berne de Gyn. et de Chir. abd., 1904, p. 939.

2 Voir sur la question du traitement la discussion à la Soc. d'obsl. et de gyn. de Berlin, le

27 nov. 1885. — Voir aussi : G. Egrot, Thèse Paris, 1898, Estor et Puech. Résultats du traitement chirurgical du cancer des ovaires ( Revue de Gyn. et de Chir. abd.. 1900, n° 9, p. 949) et la discussion au XIe Congrès de la Soc. allemande de gynécologie, Kiel, 1905

[Gentr. f. Gyn.. 1905. n°s 26 et 27).

5 Kraus. — L’eber das Zustandekornmen von Krebsmetastasen im Ovarium bei primiirem

ÉPITHÉLIOME OU CARCINOME DE L’OVAIRE.

est de date assez récente. Les carcinomes qui se généralisent le plus souvent à l’ovaire sont les carcinomes de l'utérus1, carcinomes du corps ou du col. La propagation se fait soit par voie directe, soit indirectement, par l’intermédiaire des vaisseaux lymphatiques. On a publié égale-

A,J5e s s ijv

Fis. 650. — Épitliéiiome de l’ovaire secondaire à un épithéliome du col de l’ulérus. (X. Bender.)

Pointde la fig. 619 vu à un fort grossissement, montrant les lymphatiques bourrés de cellules

épithéliales.

A. Cellules épithéliales. B. Endothélium du lymphatique. C Stroma ovarien.

ment des observations de carcinomes métastatiques des ovaires secondaires à des carcinomes de l’estomac2, de l'intestin3 et même à des carcinomes du sein1.

Krebs eines anderen Bauchorganes (. Monatsclir . f. Geb. u. Gyn., 1901, t. XIV, p. 1). — Romer. Ueber scheinbar primàre, in Wirkliclikeit metastatische Krebserkrankungen der inneren Geii italien bei Tumorbildung in Abdominalorganen [Archiv f. Gyn., 1902. t. LXVI. p. 144). — Keiirer. Ueber metastatische Ovarialcarcinom (Müncli. med. Woch , 1903, p. 1853). — Gi.ockner. Ueber secundiires Ovarialcarcinom ( Arch . f. Gyn.. 1903, I. LX.XII, p. 410). — Omori. Klinische und anatomische Beitriige zur Lebre vont metastatisclien Eierstockskrebs. Thèse de Wünburg, 1904. — Papaioannou. Zur Lebre der endotli. und metastatisclien Ovarialluinoren (. Monalschr . f. Geb. und Gyn., 1 904, t. XX, p, 802j.

1 Funk. Ueber das gleichzeitige Vorkommen von Krebs der Gebârmutter und des Eierstocks. Thèse de Tübingen, 1901. — Peteiison. Carcinoma of the utérus with secondary deposils in bot li tubes and right ovary (Amer. Journ. of Obst., 1903, avril, p. 500). — F.Jayle et E. P AP in. De la dégénérescence néoplasique des ovaires dans le cancer de l’utérus (Berne de Gyn. et de Chir. abd., 1901, p, 959), etc.

2 Lamparter. Ueber Kombination maligner Ovorialtumoren mit Magencarcinom. Thèse de Tübingen, 1901. — Souligoux. Tumeurs épithéliales des ovaires consécutives à un cancer de l’estomac (Bull, et Méni. de la Soc. anat. de Paris, 1901, p. 287. — Schlagenhaufer. Ueber das metastatische Ovarialcarcinom nacli Krebs des Magens, Darmes und anderer Bauchorgane IMonalsschr. /'. Geb. und Gyn., 1902, t. XV, p. 485).

3 Le Dextu. Epitbèlioma secondaire de l'ovaire droit chez une femme ayant subi une entérectomie, il y a trois ans, pour un épithélioma de l’intestin grêle (Bull, et Mém. de la Soc. de Chir. de Paris, 1901, p. 551, 27 mars). — Kavser. Ueber einen in patll. anat. und klin. Ilinsicld bemerkenswerten Fall eines Dickdarmcarcinoms mit Ovarialmetastasen, etc. (Archiv /'• Gyn., 1905, t. LXVIII, p. 576).

4 Xauig. Ueber Carcinommetastasen in beiden Ovarien. Thèse de Zurich, 1900. Ces tumeurs

TUMEURS SOLIDES DE L’OVAIRE

Ces généralisations ovariennes de carcinomes utérins ou extra-génitaux constituent habituellement des trouvailles d’autopsie et de simples curiosités anatomiques. Mais il est des cas où le carcinome ovarien, par son volume, par les troubles qu’il détermine, attire l’attention d’une façon exclusive et masque le néoplasme initial, resté complètement latent. 11 y a là quelque chose de tout à fait comparable à ce qui se passe pour ces énormes carcinomes du foie qui viennent compliquer un carcinome latent de l’estomac.

La structure de ces carcinomes secondaires de l'ovaire, naturellement polymorphe, est en rapport avec celle de la tumeur qui leur a donné naissance.

Page 1