III. — TÉRATOMES
Les tératomes ou embryomes solides sont plus rares, à beaucoup près, <pie les embryomes kystiques ou kystes dermoïdes. Ces tumeurs, décrites tout d’abord par Virchow1 et Marchand2, ont été bien étudiées, ensuite, .par Relier3, Ivramer4, Emanuel6, Wernitz6;' Martin7 en a observé personnellement 5 cas.
Macroscopiquement, les tératomes de l’ovaire se présentent sous la forme de tumeurs arrondies ou ovoïdes, à surface lisse et unie, ou bien, au contraire, rugueuse et parsemée de bosselures. Ces tumeurs peuvent acquérir en peu de mois des dimensions considérables, et il n’est pas rare de les voir atteindre et même dépasser le volume d’une tète d’adulte ; elles contractent fréquemment des adhérences avec les organes voisins.
A la coupe, la surface de section apparaît divisée, par des travées conjonctives épaisses, en une série de territoires de coloration et de consistance très variables, où l’on reconnaît déjà, à l’œil nu, des ilôts osseux et cartilagineux. On trouve presque toujours, irrégulièrement disséminées au milieu des parties solides, des cavités kystiques. Les
lurent trouvées à l’autopsie d’une malade qui avait été opérée quelque temps auparavant d’un cancer du sein gauche. — Wigham. Cancer of tlie breast with secondary growths in ovaries ( Brit . vieil. Joarn., 1903, 10 déc., p. 1593).
1 Virciiow-Litten. ( Virchow' s Archiv, 1879, t. LXXV, p. 329).
2 Marchand. [Breslauer arzll. Zcitschr ., 1881, cité par Martin. Loc. rit).
3 Kei.der. [Zeitsckr. /’. Geb. und Gyn., t. XVI).
4 Kramer. ( Zcitsch . f. Gel), u. Gyn., t. XVII I. p. 121).
3 Emanuel. Ueber Teratoma Ovarii ( Zeitsckr . f. Geb. u. Gyn., t. XXV, p. 187).
0 Wernitz. ( Zcitschr . f. Geb. und Gyn., t XXXI. p. 117).
7 A. Martin. ( Die Kranliheiten lier Eierstôche., p. 607). — Voir aussi : Wci.kow. Thèse < c MarUury, 1901. — Rotiie (Monatsschr. f. Geb. und Gyn., 1903, I. XVII, p. 550). — Steiseut ( Virchow' s Archiv, 1903, t. CLXXIV, p. 232). — Gotii (in Centr. f. Gyn., 1901, p. 1523.,
TÉRATOMES DE L’OVAIRE.
unes, petites et étroitement tassées les unes contre les autres, gorgées d’une substance visqueuse, demi-solide, ressemblent absolument à un rayon de miel; d’autres, plus volumineuses, contiennent de la matière sébacée mélangée à des poils ; d’autres enfin, irrégulières et anfractueuses, remplies d’un liquide louche et grumeleux, ne sont autre chose que des foyers de désintégration, comme on en rencontre communément dans toutes les variétés de tumeurs solides de l’ovaire.
Lorsque le tératome n’a pas encore acquis des dimensions trop considérables, on reconnaît presque toujours l’ovaire, aplati et étalé en un point superficiel de la tumeur; ceci démontre que le néoplasme a pris naissance aux dépens d’un point très limité de la glande ovarienne.
Au microscope, on retrouve, comme dans les kystes dermoïdes, les éléments tissulaires les plus divers, dérivés de l’ectoderme, du mésoderme et de l’entoderme. Mais la prolifération est ici particulièrement désordonnée, et la prédominance des éléments ectodermiques n’est pas aussi accusée que dans les embryomes kystiques. 11 n’est pas rare de trouver, en des régions plus ou moins étendues, l’aspect caractéristique du sarcome ou de Vépithélioma.
L’histogénèse des embryomes solides se confond avec celle des kystes dermoïdes de l’ovaire et je n’y reviendrai pas ici.
On a beaucoup discuté au sujet du pronostic des tératomes de l’ovaire. Certains auteurs, Pfannenstiel1 en particulier, se basant sur ce fait que la généralisation est loin d’être exceptionnelle dans les tératomes solides, admettent sans discussion que ces tumeurs sont toujours des tumeurs malignes. Martin2 s’élève avec raison contre cette opinion excessive. Pour lui, les embryomes solides sont des tumeurs bénignes, mais qui, de même que les embryomes kystiques, sont exposées à subir divers modes de dégénérescence maligne. Les éléments conjonctifs qu'ils renferment peuvent donner naissance à du sarcome, les éléments épithéliaux à de l’épithélioma pavimenteux ou cylindrique. Ce qui est particulier aux tératomes solides, c’est que les différents tissus dégénèrent souvent simultanément. Il en résulte alors des tumeurs mixtes, tout à fait analogues à celles que l’on observe dans le testicule, et dont la malignité est très grande.
1 Pfannenstiel. [Verhandlungen derDeutschen Gesellsch. fur Gyn., Leipzig, 1897, in Cenlr. /. Gyn., 1897, p. 799) et die Teratome (in J. Veit. Randb. der Gynàkologie , t. III, p. 309).
2 A. Martin. ( Loc . cit.)
TUMEURS SOLIDES DE L'OVAIRE
TUMEURS SOLIDES DE L’OVAIRE ET GROSSESSE
Les tumeurs solides de l’ovaire peuvent, comme les kystes, se compliquer de grossesse1. Les observations, toutefois, en sont assez peu nombreuses, en raison de la rareté relative des tumeurs solides ovariennes, par rapport aux kystes. On a rencontré, an cours de la puerpéralité, les néoplasmes les plus divers, des fibromes2, des sarcomes3, des épithéliomasL L’histoire clinique et le traitement des tumeurs solides de l’ovaire, au cours de la grossesse, se confondent avec ceux des tumeurs kystiques. (V. p. 1008).
1 Coudert. Les grossesses compliquées de tumeurs solides de l’ovaire. Thèse de Pans,
- Coudert. ( Loc . cil .) Griffith. ( Ohst . transact. 1892, XXX II I . p. 140). — Couvelaire (.Soc. d'Obst.,de Gyn. et de Pèd. de Paris, 14 oct., 1901).
3 Wernich [Perl. Beilr. zur Geb. und Gyn.. 1872). — Dubois. Thèse de Paris. 1898. — Pinard (C. B. de la Clinique Baudelocque, 1891, obs. 928). — Wagner ( Chicago Gyn. Soc., 21 nov. 1902, in Am. Joarn. of Ohst., 1903, vol. 47, p. 227).
1 Lange [Deutsche Klinilt, 1860, p. 289).