ÉTIOLOGIE DE LA TUBERCULOSE GÉNITALE
Étiologie. Pathogénie. — Y a-t-il une tuberculose génitale primitive? Le fait n’est pas douteux. Geil 1 et Tomlinson2, précisant des notions déjà indiquées par Namias3, de Cristoforis4 et Rokitansky3, ont depuis longtemps cité de nombreux exemples de tuberculose isolée des annexes. Il est vrai de dire que les observations antérieures à la détermination spécifique du follicule tuberculeux et du bacille caractéristique n’ont pas une importance décisive; mais des constatations plus récentes ont pleinement confirmé le fait6.
La tuberculose primitive des organes génitaux est aussi assez fréquente chez l’homme7. Un des points les plus curieux de cette espèce de tuberculose locale dans les deux sexes c’est qu’elle peut rester longtemps, ou même indéfiniment, latente et méconnue, par suite de son exacte séquestration due aux fausses membranes et à l’inspissation du pus. C’est ce qu’on observe, notamment, dans les trompes, et il peut même être alors impossible de retrouver les bacilles, qui se sont, sans doute, détruits à la longue, quoique la nature tuberculeuse du foyer
1 Geil. Ueber die Tuberkulose .der weibl. Genitalien. Dissert, inaug., Erlangen, 1851.
2 Tomlinson. Obstet. Transact., 1864, t. V, p. 174.
3 Namias. Sulla tuberculosi dell’ utero e degli organi ad esso atlinenti [Mcmor. dell. Inslit. Stesso. Venise, 1858-61, t. VII et IX).
4 M. de Cristoforis. Anal, univer. di Med., 1858, t. LXV, p. 545.
5 C. ItoKiTANSKY. Lchrbuch der pathol. Anat.. 5° édit., 1861, t. III. p. 444. — Lenherdt (Primâre Tuberculose der Tuben bei einer 67 jâhrigen Frau. Beitrage der Berlin. Gesellsch. f. Geb., 1. 1, p. 52) a cité un cas de tuberculose primitive de l’utérus avec oblitération de l’orifice utérin : celle-ci était peut-être antérieure à la tuberculisation, vu l’âge du sujet. — Déraillé ( Loc . cit.) rapporte de nombreuses observations de tuberculose génitale primitive, mais ciuelques-unes paraissent d’une interprétation hasardée.
6 Predôiii, [Soc. obstelr. de Hambourg. 51 janv. 1888 in Centr. f. Gyn., 1888, n° 20, p. 551) a présenté l'observation probante d’une vieille femme de Cl ans, malade de diarrhée depuis un an et demi et souffrant de douleurs dans le côté gauche du bas-ventre, qui mourut subitement de méningite. A l’autopsie, on trouva une double salpingite caséeuse et un grand épaississement de la muqueuse utérine. Quoique la recherche des bacilles ait été négative. on ne peut guère douter qu’il ne s'agit la d’une affection tuberculeuse ancienne :pas de tubercules dans le péritoine, mais des tubercules dans les méninges el dans le foie. L’antériorité des lésions de la trompe paraissait évidente. — Dudekoy (Bull, de la Soc. anal., 13 mars 1889) a montré des lésions avancées des trompes chez une malade, morte de méningite tuberculeuse à marche rapide; il est permis d’admettre avec lui et la nature tuberculeuse des salpingites et leur antériorité. — Friedlandek (Ueber lokale Tuberkulose. YolUmann's klin. Yorlrâge, 1873, n° 64, p. 4) rapporte l’observation d’une jeune femme de 50 ans, morte d’hémorragie cérébrale, à l'autopsie de laquelle on trouva comme unique foyer tuberculeux une ulcération du volume d’une pièce de 50 centimes entourant le museau de tanche. — Hammeii (Erfalirungen iiber die Infection bei der Tuberkulose ( Zeitschr . f. Heilkunde, t. XXI) Nouv. série, t. 1) rapporte un cas plus net encore d’infection génitale primitive. Il s’agit d’une femme qui mourut en présentant une tuberculose localisée des trompes et dont le mari était un tuberculeux pulmonaire avéré. Cet homme, do’nt les organes génitaux étaient sains, avait coutume, pour faciliter l’intromission, d’humecter son pénis avec sa salive fatalement contaminée. — Mdrpiiy (Tuberculosis of the female genitalia. The Amer. Joarn. uf obst.. 1905, t. 48, p. 741) cite également un cas personnel où la contagion par le coït semble indiscutable et où la localisation fut tubaire d’emblée. Cet unique foyer fut. enlevé par laparotomie et la guérison s’en suivit.
1 P. Reclus. Du tubercule du testicule et de l’orchite tuberculeuse. Thèse de Paris, 1876. — SciiAciniANN. Portes d'entrée et voies de propagation des bacilles de la tuberculose ( Arch . gén. de mêd., 1885, 7° série, t. XV, p. 584).
TUBERCULOSE GENITALE.
soil clairement démontrée, après l’opération, par l’explosion d’une éruption miliaire aiguë, soit dans les poumons, soil dans les méninges. L’histoire des vieux foyers de tuberculose des os ou des articulations fournit au chirurgien de nombreux exemples analogues.
Comment le bacille tuberculeux est-il amené dans les organes génitaux de la femme? Leur communication facile avec l’extérieur semble, a priori, permettre l'infection fréquente, soit par l’atmosphère, soit par l’introduction de corps infectants, soit par le sperme tuberculeux. Cette notion ne pouvait être admise, à la vérité, avant que les travaux de Villemin et de Koch eussent bouleversé les idées reçues sur l’origine de la tuberculose. Même actuellement, cette théorie de l’infection directe n’est pas adoptée sans conteste1. Il semble qu’elle ail eu, à la fois, des défenseurs trop enthousiastes, disposés à l’accepter sans démonstration suffisante dans beaucoup d’observations douteuses, et, aussi, des détracteurs systématiques. En somme, celte voie paraît très probable, quoiqu'elle constitue assurément l’exception. C’est ainsi que Veit considère qu’il n’existe dans toute la littérature que 18 cas de tuberculose génitale par infection directe, dont la nature soil assez nette pour délier toute critique.
La fréquence de ces tuberculoses primitives a été recherchée comparativement aux tuberculisations secondaires : Mosler2 a trouvé 8 cas primitifs sur 40 observations; Frerichs3 donne la proportion de 15 sur 96, et Schramm4 seulement de I sur 34; pour Williams3, on l'observerait surtout de 20 à 40 ans6.
Quant aux agents de l'infection des malades dans la tuberculose primitive, il est facile de s’en rendre compte si elles sont en contact avec des tuberculeux; un linge, une canule, un hystéromètre, un pessaire, le doigt d’un médecin ou d’une sage-femme peuvent porter le germe. La cohabitation avec un homme atteint de tuberculose génitale ou pulmonaire parait être une cause avérée, dans de nombreuses observations7. Est-ce, alors par le sperme, par la salive, par le sang d’une
1 Aman» (Loc. cil.) cl Jamix et Violet (Quelques cas de tuberculose génitale chez la femme Lyon Médical. 1904, t. CI1I, p. 457 et 497 pensent que l’existence de la plupart de ces tuberculoses soi-disant primitives ne reposent que sur des contrôles opératoires el qu'à lexarnen nécropsique on n'en trouve presque plus.
a Mosler. Die Tuberculose der weibl. Génital. Dissert, liiuiir/., Breslau, 1883.
3 E. Tu. Frerichs. Beilr. zur Lchre von der Tuberculose, Marbourg, 1882.
4 Sciikam». Zur Kenntniss der Eileitertuberculose (. Arch . f. Gyn., 1882, t. MX. p. 416).
5 Wiiitridge Williams. Tuberculosis bf lhe l’emale generative organs ( Johns Hopkins Hospital llcjtorls, 1892, vol. III, n° l,p. 3).
G On l'observe aussi, quoique rarement, dans l'enfance. A cet âge, la tuberculose des organes génitaux est peu fréquente. Bnüxixi; (Tuberlculosc der weiblichen Gesclileclitsorgane im kindesalter. Monats. /.. Gcl>. u. Gyn., 1902, t. XVI, p. 144), qui s’e-t livré à ce sujet à des recherches très consciencieuses, n'en a rencontré que 44 cas dans la littérature. Sur ce nombre il a trouvé 11 cas de tuberculose primitive, soil 25 pour 100.
7 Observ. de Fernet. Verneuil, etc., citées par Sciiachmakk, toc. cil., p. 584. — Deux cas peuvent, à ce point de vue, être distingués, selon que l'individu infectant présente des tuber-