ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES VAGINITES
liale, en sorte que la vaginite simple se distingue de la vaginite granuleuse par une moindre extension de ce processus (fig. 697).
5° Vaginite sénile ( colpitis vetularum). — Des taches plus ou moins grandes font saillie à la surface de la muqueuse et se fusionnent par places; on y observe une structure variable; tantôt ce sont des sortes d’ecchymoses, tantôt des saillies aplaties qui offrent à leur centre un point de ramollissement; le revêtement épithélial est très aminci ou détruit, ce qui permet la formation d’adhérences qui peuvent oblitérer le vagin. La vaginite miliaire, la vaginite vésiculeuse, décrite par Eppinger1, paraît appartenir à cette forme, ainsi que la vaginite ulcéreuse adhésive de Hildebrandt2.
4° Vaginite emphysémateuse ou pachyvaginite kystique. — J’ai indiqué plus haut le gonflement inflammatoire que subit parfois la muqueuse vaginale durant la grossesse3. Les saillies, séparées par des sillons qu’on y observe, ont été comparées par Winckel à celles des grains de maïs sur leur épi. Elles peuvent se creuser de lacunes renfermant du liquide ou des gaz. Cette forme est très rare en dehors de la grossesse; elle a été appelée colpohyperplasie kystique (Winckel). Comme ce n’est pas dans des cavités kystiques véritables (pie s’infiltre le gaz, mais bien dans les mailles du tissu conjonctif (C. Hüge), il vaut mieux l'appeler vaginite emphysémateuse. 11 est probable que les gaz se forment sur place, à la suite de la désintégration moléculaire du tissu de prolifération inflammatoire, quoique cette origine reste encore à démontrer. Chiari a affirmé que les gaz se développent dans les capillaires élargis du système lymphatique, remplis d’endothélium tuméfié. Ces vésicules peuvent se rompre et se transformer momentanément en petites ulcérations, ou se dessécher sous forme de squames.
Les auteurs étrangers décrivent sous le nom de vaginite croupale ou diphtéritique la production de fausses membranes due à la mortification superficielle de la muqueuse et qui souvent n’ont rien de commun avec la signification donnée, en France, au mot diphtérie; ce n’est qu’une gangrène du vagin, désignation plus exacte que celle de vaginite gangréneuse, qu’on l'encontre dans les cas d’infection septique intense du vagin ou dans certains cas de cancer de l’utérus, de fibrome sphacélé, ou de pessaire indéfiniment oublié dans un vagin soustrait
1 11. Eppinger. Zeilschr. /'. Heilkunde, 1880, t. I, p. 369 et 1882, t. 111, p. 177.
2 H. Hildebrandt. Monalsschr. f. Geb.. 1868, t. XXXII, p. 128 et suiv.
3 Consulter sur la vaginite durant la grossesse, en général, et sur cette forme en particulier : F. Winckel. Arch. /'. Gyn., 1871, t. 11, p. 406. — Sciiroder. Deu/sches Arch. f.Klin. Med., 1874, p. 538. — M. Sciimolling. Ueber Golpohyperplasia cystica und Luflcyslen der Schéide. Dissert, inaug., Berlin, 1875. — P. Naecke. Arch. /'. Gyn., 1876, l. IX. 1». 461. — E. Ciienevière. Ibid., 1877. t. XI. p. 551. — Zweifel. Ibid. t. XII. p. 59. — C. Rüge. Zeilschr. /'. Geb. und Gyn., 1878, t. II, p. 29. — Eppinger. Loc. cil., p. 569. — Hueckel. Vircliow’s Arch., 1883, t. XCIII, n° 2, p. 204. — T. Ciiiari. Pray. Zeilschr. /'. Heilk., 1885, t. VI. p. 81.
VAGINITES.
à tout soin de propreté. On a pu l'observer aussi dans des blennorragies intenses, dans l’état puerpéral, dans le cours de maladies infectieuses aiguës (rougeole, variole, typhus). On maintiendra, pour cela, dans le vagin, des tampons antiseptiques fréquemment renouvelés, isolant les surfaces1.
Symptômes. — Au début, si la vaginite résulte d'une infection blennorragique ou d'une violence extérieure, une vive douleur locale peut marquer l’envahissement du mal. Il s'y joint bientôt de la leucorrhée, d'abord séreuse, puis blanc verdâtre, puriforme ou franchement purulente. Son abondance peut être extrême, donner lieu à un prurit vulvaire des plus pénibles, et devenir une cause d’affaiblissement.
En dehors de la période aiguë, l’ écoulement est beaucoup moins considérable, et l'on doit parfois en rechercher les traces dans les culsde-sac vaginaux, sorte de clapier naturel où se réfugient, pendant longtemps, les vestiges d une inflammation ancienne : c’est ce qui a fait créer le nom de blennorragie des culs-de-sac (Alph. Guérin, Martineau). Les glandules qui siègent au voisinage du méat urinaire peuvent aussi rester longtemps infectées. L'infection gonorrhéique de la vulve et de ses glandes ne détermine jamais, à elle seule, l’engorgement des ganglions inguinaux2.
L'examen au spéculum permet d’étaler largement les parois du vagin et de les observer dans son entrebâillement.
Le toucher permettra de se rendre compte de l’état granuleux et rugueux du vagin, qui est chaud et douloureux à la période aiguë.
Dans la vaginite blennorragique, il existe toujours en même temps de l'urétrite. Pour la rechercher, on examinera la femme avant qu’elle ait uriné depuis peu, et l'on pressera de haut en bas sur l’urètre de manière à ramener vers le méat la goutte de pus qu'il peut contenir.
L'étatgénéral est souvent affecté par une leucorrhée intense : il se produit, en particulier, des troubles gastralgiques fort pénibles el un état fébrile passager, survenant par des poussées aiguës ou subaiguës : celles-ci sont dues à la salpingite séreuse, que Nôggerath a décrite, en pareil cas, sous le nom de paramétrite récurrente.
La vaginite sénile ne provoque souvent aucun symptôme, ou seulement un peu de leucorrhée séreuse ou teintée de sang (Schrôder). Celle vaginite chronique amène la perte de tonicité de la muqueuse et favorise son prolapsus.
1 La diphtérie vulvo-vaginale vraie a été observée assez fréquemment chez des petites tilles au cours de la diphtérie pharyngo-laryngée.
2 Saxgeii. De la blennorragie rhez ht femme, t.rad. par Labusquière. [Annal, de Gyn., fév. 1890. t. XXXlll. p. 139.)