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PATHOGÉNIE DES KYSTES DU VAGIN

symptomatologie presque nulle, et dont la thérapeutique se confond avec celle de la vaginite chronique.

Pathogénie. — Les théories les plus diverses ont été émises sur l’origine des kystes du vagin.

Huguier1, dans un mémoire longtemps resté classique, leur assignait une origine glandulaire , et les divisait en superficiels et profonds, suivant le siège de deux ordres de glandes qu’il décrivait dans les parois vaginales. Or ces glandes n’existent pas, mais elles peuvent être simulées, anatomiquement, par des cryptes ou lacunes, qui, par l’oblitération de leur orifice rétréci, jouent le même rôle pathologique. Virchow'2, A. Guériiüet Preuschen4 5 se sont ralliés à cette théorie de kystes glandulaires ou pseudo-glandulaires ; Poupinel 3 l’admet dans un certain nombre de cas. Il en est de même de Davidsohn6 ; dans un important mémoire publié en 1900, cet auteur affirme que le vagin peut, exceptionnellement, présenter de vraies glandes et que ces glandes constituent une malformation due à une ectopie des glandes cervicales ou vulvaires.

D’autre part, Von Herff7 aurait obtenu des préparations montrant des glandes vaginales en voie de transformation kystique par rétention sécrétoire; ce (pii ne l’empêche pas de considérer la plupart des kystes vaginaux comme provenant des canaux de Gartner.

D’autres auteurs, parmi lesquels il faut ranger Eustache8 9, Tillaux8 et son élève Thalinger10, sont disposés à y voir des hygromas ou bourses séreuses accidentelles (professionnelles, selon Courty, qui croit avoir remarqué leur fréquence chez les filles publiques).

C’est à une hypothèse analogue que se rattache W. Thorn 11 ; pour les kystes observés chez des femmes (pii ont eu des enfants, il croit à un épanchement traumatique de sérosité, analogue à ceux que Morel- Lavallée a décrits en d’autres régions.

Une théorie qui s’appuie sur des faits très probants a été mise en avant par Veit12, c’est celle qui assigne pour origine aux kystes du

1 Huguier. Mérn. de la Soc. de Chir., 1847, 1. I. p. 241.

2 Virchow. Die krankhaften Geschiuïilste, 1865, t. 1. p. 247.

3 A. Guérin. Maladies des organes génitaux externes de la femme, 1864, p. 429.

I Preuschen. Centr. f. Med., 1871, p. 775.

5 Poupinel. Bull, de la Soc. anat., 4 888, p. 224.

6 Davidsohn. Archiv fïir Gyn., 1900. t. I.XI, p. 418. — Cn. Winumer. Ueber Sclieidendnisen und Scheidencysten [Beitr. z. Geb. u. Gyn., 1905, t. VII, n° 1, p. 106).

7 Von Herff. Réunion des nat. et méd. allemands tenue à Brunswick, 1897, septembre.

s Eustache. Arch. de tocol., 1878. t. V, p. 191.

9 Tillaux. Gaz. des 116 p., 1 885, p. 505.

111 Tiiai.ingeii . Des kystes du vagin, en particulier des kystes de la paroi antérieure . Tl lèse de Paris, 1885.

II AV. Thoiin. Zur Ætiologie der Yaginalcysten [Centr. f. Gyn., 4 889, n° 58, p. 657).

12 .1. Veit. Krankli. der weibl. Gesehlecbtsorgane, in Virchow's Handb. der spec. Path. und 'Hier., 1887, t. VI, p. 544; — Ueber einen Fall von grosser Scheidencyste [Zeitschr. f. Geb. und Gyn., 1882. t. VIII. p. 471). — C. Rieher. Ueber die Gàrtner'schen

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vagin les vestiges du canal de Wolff, qui chez certains animaux, où ils sont très apparents, portent le nom de canal de Gartner.

On a attribué la formation de certains kystes du vagin à l’indépendance des canaux de Müller et à l’existence d’une cavité vaginale latérale, borgne inférieurement, résultat d’une bilidité avortée. Cette origine a d’abord été soutenue par Freund. Potherat et Robert1 l’ont, à nouveau, invoquée pour expliquer la genèse de certains kystes de la paroi postérieure, dans le voisinage du col, en un point où les débris wolffiens n’ont jamais été rencontrés.

Quelques grands kystes sont-ils le résultat d’une ectasie lymphatique comme le sont peut-être les lacunes gazeuses de la paehyvaginite kystique? Cette théorie, d’abord soutenue par Klebs, a été acceptée, pour un certain nombre de cas, par d’autres auteurs2.

En résumé, si l’on jette un coup d’œil d’ensemble sur les théories qui ont été émises et sont encore soutenues sur la pathogénie du groupe clinique assez complexe qui constitue les kystes du vagin, on voit (pie les auteurs les rattachent encore à diverses origines, sans que pourtant chacune d’elles corresponde à un type anatomique défini. Une seule pathogénie parait hors de doute pour une certaine espèce; c’est l'origine embryonnaire, caractérisée dans les cas les plus accusés par la présence de plusieurs kystes en chapelet ou par un prolongement supérieur vers le ligament large. Toutes les autres provenances sont sinon hypothétiques, du moins tout à fait exceptionnelles. Je crois que tous les grands kystes dépassant le volume d'une noisette doivent être rattachés à celte origine embryonnaire. On remarquera qu'ils sont souvent uniques, ou très peu nombreux et disposés en série verticale, comme s'ils provenaient de l’ectasie moniliforme d’un cordon rectiligne. Quant aux petits kystes, nombreux, disséminés sur toute la surface ou sur une région limitée du vagin, sans ordre, par groupes, j’admettrais volontiers leur formation pseudo-glandulaire par oblitération de crvples ou de lacunes au fond desquelles l’épithélium s’est accumulé d’abord, pour faire place ensuite à une .exhalation liquide. Il esl facile de reconnaître la réalité de ces deux types anatomiques et cliniques par la lecture des observations publiées.

Sans nier absolument les autres origines, je les crois excessivement

Kauale beim menschlichen Weibe ( Virchow’ s Arch., 18X4. i. XCVI. n° I. p. 100). — VV. Fischei,. IJebcr (las Vorkommen von Resten des Wolffscheii Gangcs in der Yaginalportion (Arch. f. Gyn ., 1884, 1. XXIV. p. 119).

1 Robert. Thèse de Paris, 1899. — Voy. aussi : Feuutet, Thèse de Paris, 1901. el Pages, Thèse de Paris, 1902. — Abadie. lù/sles de la paroi posl. du vagin (Soc. anatomique, 1903, 8 mai).

2 Iw.Eus. Cystenbildung, Ilandb. der pâlit. Anal.. 1870, I. I. p. 904. — Fischei.

Kasuistischer Beilrag zur ladire von den Selieidencysten (Arch. f. Gyn., 1888. t. XX XI 1 1 , p. 219). — W. Kr.MMEi,. jtjfebcr cyslisclie Dildungen in der Vagina und im Vestibuhnn vaginæ ( Virchow' s Arch., 1888, i. G XIV, p. 407).

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rares. Marion 1 * 3 pense aussi qu’une seule théorie n’est pas applicable à tous les cas : la théorie de l’hygroma est possible, de même celle de kyste provenant de glandes anormalement situées; mais la grande majorité de ces tumeurs est d’origine congénitale : ce sont des kystes d’origine presque toujours wolffienne, quelquefois mullerienne.

Je dois mentionner un cas de kyste hydatique des parois vaginales, observé par Porak \

On a décrit aussi des kystes dermoides’.

Étiologie. - — Les kystes du vagin s’observent à tout âge, chez les vierges comme chez les femmes ayant accouché; les excès de coït ontils une réelle influence, ainsi que le pense Courty? Le fait est douteux. Par contre, l’accouchement pourrait avoir une certaine action, non comme conséquence du traumatisme du vagin, mais par la suractivité nutritive que la grossesse imprime à tout l’appareil génital, et qui peut avoir son retentissement sur les résidus fœtaux anormalement persistants, ou sur l’épithélium qui tapisse les plis et les cryptes de la muqueuse.

Anatomie pathologique. — Les kystes du vagin sont le plus souvent solitaires.

Sur 128 cas rassemblés par Poupinel4, 28 fois seulement (soit presque 22 fois pour 100), on en a rencontré plusieurs. Il y en a rarement plus de 5 ou 4; Poupinel en a observé 15, agglomérés dans une région restreinte et formant une seule tumeur; il s’agissait là, très vraisemblablement, de kystes pseudo-glandulaires. Les kystes qui semblent provenir1 du corps de Wolff sont le plus souvent isolés ou, plus rarement, multiples et disposés à la suite les uns des

Fig. 698. — Coupe île la paroi d’un kyste du vagin (Schrôder).

En haut, épithélium pavinienteux du vagin; en lias; épithélium cylindrique du kyste.

1 Maiiion. Gazelle ries hôp., 1902. p. 117.

* Porak. Arcli. de locol., 1884. p. 163. Yov. aussi : Daviusohn. Arc/nv fïir Gynàk., 1900. 1. LXI. p. 410. — [,. Pincus. Central!), f. Gyn., 1900. n° 20. — Castaing et Dieui.afé. Arcli. prov. rie ehir., 1902. p. 25.

3 Vii.lar. Jauni, de méd. de Bordeaux , 1895. avril, el Nouvei.. Thèse de Bordeaux, 1895.

4 Poui'ixei,. Des kystes du vagin ( Bévue de chir., juill.. août, 1889. p. 555 et 657). — Neugedaier. Les kystes du vagin ( Monats . /'. Geb. und Gyn., 1896, t. IV, n° 5).

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autres, eu chapelet (Johnston)1. Leur volume varie de celui d'un pois à celui d un œuf de dinde. Voit en a vu un de la grosseur d'une tète de fœtus2. Leur siège de prédilection est sur le tiers supérieur de la paroi

antérieure, ou postérieure. Dans un cas, dû à Bastelberger3, l'hymen était compris dans la paroi kystique. Parfois. la poche a présenté un prolongement supérieur.

Dans un fait, souvent cité, de Watts4, la sonde introduite dans le kyste par une incision s’enfonça jusque dans la direction du ligament large. Boursier3 a vu un pédicule plein se diriger profondément en haut. Reboul 6 a aussi observé un cas du même genre; le pédicule était en partie creux. Ces

i. Viiiviit; un ivvsie. -. ne v eienium epiuitriidi. o. îupnio ucuuuees. j* • < « .

Leur couché épithéliale s’est détachée, -i. Couche conjonctive coin- S( I rl|)|)OI ILlll,

pacte avec nombreux noyaux. 5. Couche conjonctive plus lâche, à r\ idrill lll(‘ll I i\ (|(*S faisceaux flexueux. 0. Nombreux capillaires contenant du sang coa- ,

gu lé, de telle sorte <juc la pièce semble injectée. KYSlGS (1 O 1*1 ^1 11

wolffienne.

La paroi es I formée de tissu conjonctif finement fibrillaire : elle contient parfois des libres musculaires qui ne paraissent pas avoir, du reste, la signification pathognomonique que leur attribue Poupinel, pour caractériser les kystes provenant du canal de Gartner. La muqueuse vaginale recouvre ordinairement le kyste; mais il peu t se

1 Johnston. A contribution lo l.lu: sUu.lv ol’ cvsts of llie vagina [Amer. Journ. of Obstet ., 1887, t. XX, ]). 1144).

2 .1. Yeit. Zeilschr. f. Gel). und Gi/n ., 1882. I. VIII. p. 471. r‘ Bastelbeiigek. Arch. f. Gyn ., 1884. I. XXIII. p. 427.

4 Watts. Cyst ol‘ anlcrior vaginal Avait cleveloped from Giirtner canal (Amer. Journ. of Obstet., 1881,' t. XIV. p. 848).

5 BomtsiEii (de Bordeaux). Leçons de clin, chir., p. 257.

*’ Reboul. Annal de Gyn., 1889, t. XXXII. p. 126.

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ANATOMIE PATHOLOGIQUE DES KYSTES DU VAGIN

l'aire que son développement l’ail usée et amincie de manière à la fusionner en avant avec la paroi kystique qui est, dès lors, transparente. D’autre part, pareille usure a pu se produire en arrière et amener une perforation dans la vessie, comme dans un fai I unique, observé par Veit1. Dans la majorité des cas, la surface interne du kyste esl tapissée d’épithélium cy- I i n d r i q u e (R tige, Cazin 2 ) , bien qu’on ait aussi noté dans la même cavité, ou dans d’autres, l’épithélium pavimenteux (Meyer, Lebedelî , R üge,

Fig. 700. — Kyste du vagin. Loupe de la paroi (fort grossissement). (La tleux.)

te

1. Couche de cellules cornées lamellaires. 2. Couche de cellules polyédriques allongées et crénelées (la plupart ne laissent plus apercevoir de noyaux). 5. Couche profonde de cellules cylindriques, la plupart munies de noyaux, i. Une papille formée de tissu compact avec gros noyaux arrondis. 5. Tissu conjonctif moins dense, (i. Vaisseaux remplis de globules sanguins.

ten3, etc.). La compression excentrique de l’épithélium due à la distension de la poche a pu, dans certains cas, donner à l’épithélium cylindrique un aspect aplati et quasi pavimenteux (Max Graefe)4 * * * (fig. 700).

On a assez rarement observé l’épithélium à cils vibratiles (6 fois sur ÀTi observations, d’après Poupin©!).

La paroi interne et le revêtement épithélial ont paru complètement manquer dans 4 cas publiés (Verneuil, Ladreit de la Charrière8, Lebedeff). Ce sont ces cas qui ont prêté quelque appui à la théorie de l’hygroma. Mais, en supposant que l’examen ait été fait dans des conditions parfaites, la destruction du revêtement interne peut être attribuée à bien des causes différentes.

1 Veit. Loc. rit. — L’orifice de communication admettait le petit doigt; le kyste présentait un contenu dermoïde, sans poils ni dents, et une paroi tapissée d’épithélium pavi-

menteux.

- M. Cazix. Anatomie pathologique et pathogénie des kystes du vagin [France méd., 1896,

t. N LUI, p. 129).

r> IIaumg.uitex. Ueber Vaginalcysten (Virchow’ s Arch., 1887. t. CYIII. p. 528).

1 M. Giiaefe. Zehn Fiille von Vaginalcysten (Zeitschr. /'. Geb. und Gyn., 1882, t. VIII,

■’ Ladreit de i.a Ljiaruiére. Arch. cjén. t le méd., 1858. t. 1. p. 528.

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On a parfois vu sur la surface interne des saillies papillaires (fig- 699) (Kaltenbach1 2, M. Graefe). Kleinwàcliler* a rencontré la dégénérescence adénoïde de la paroi kystique.

Le contenu des kystes est variable dans sa consistance et sa couleur. Le plus souvent il est visqueux, transparent ou d’une teinte sucre d’orge; il peut contenir du pus ou du sang altéré.

Chéron3 a décrit un kyste du vagin ouvert dans l'urètre et renfermant un calcul; mais il s’agissait vraisemblablement là d’une simple

urétrocèle (fig. 480, p. 709) méconnue. Breiskv ne considère pas, du reste, comme impossible qu’une, poche d’urétrocèle s’isole, par I oblitération de son orifice, de façon à constituer un pseudokvstc.

Symptômes. — Au début, le kyste passe inaperçu. Le premier signe qui indique ordinairement sa présence est le prolapsus du vagin qu’entraîne la saillie croissante de la tumeur, ce qui constitue pour la malade une descente de matrice. Parfois, c’est l'examen fortuit du médecin, provoqué par une grossesse, une blennorragie, qui amène la découverte de la lésion. La tumeur est arrondie, lisse, sessile, ou avec tendance à la pédicii lisa lion ; la muqueuse qui la recouvre conserve sa couleur normale; elle est rarement amincie et transparente. La fluctuation est souvent difficile à percevoir quand le kyste est petit et tendu; on peut, quelquefois, la percevoir en saisissant la tumeur entre deux doigts, et par la combinaison du toucher rectal avec le toucher vaginal.

Quand on fait faire un effort à la femme, on voit la tumeur se pré-

1 Kai.tkmiacii. Zusaïunicngcselzlc Gysle (1er Scheide (Air h. /’. Gyn., 1875. I. V. p. 158).

2 I,. Ki.EiNWACin un. Ein Beitrng zu den Yaginalcysten ( Zritsrhr . /'. Geh. mut Gyn., 1880. I. XV. ii" 1. p. 56). Travail basé sur l’élude de 9 cas inédits.

r’ Ciiékon. Volumineux calcul développé dans un kysle du vagin ouvert dans l'urèlre, chez une foin me de 67 ans (Gai. des Hôp., 50 avril 1887. p. 429). -- Eueriiakdt. Congiès des nal. et méd, allcm. tenu à Dusseldorf, en 1898. — Stokes JoIiiis Hop/,. Ilosp. 1898, n”’ 1 et‘2).

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