‹ Traité de l'accent appliqué à la théorie de la versificationChapitre 10 sur 33 · CHAPITRE in · texte numérisé non relu

CHAPITRE in

Nature et place de Taccent- tonique,

V accent tonUpiè est. une modulation aigûe, qui se joint à chaque mot, en' vertu de sa qualité de mot. Son nom d^accent tonique lui vient de ce qu^il consiste en un ton musical.

Ainsi le verbe, le substantif, Fadjectif, Tadverbe, Tin ter jonction ont par eux-mêmes Taccent tonique, et ne le perdent que par position. Au contraire., les petits mots de rapport et de détermination, tels que les articles, les pronoms, la conjonction et la préposition sont naturellement privés de Taccent tonique, et ne le reçoivent que par position.

Il est toujours placé sur la dernière syllabe sonore: cette syllabe est Vultieme dans lés mois à terminaison masculine, et la pénultième^ orthograpbiquement parlant, dans les mots à terminaison féminine, c'est-à-dire en e (eu) faible ou même muet. „Nous appuyons toujours sur la dernière syllabe, dit ^Voltaire, et toutes les autres nations pèsent sur . „rantépénultième, ainsi que les Italiens/' -(Siècle de Louis XIV, Des Peintres.)

L'observation est juste, mais le phénomène est mal

analyse: cette force de voix., que Voltaire avait re-

connue sur la dernière syllabe de wo% txvoV%.j ^icwywîA.

d^un élan de la voix et non d^un appni. Ou ne pouvait pas exiger de lui qu'il expliquât le phénomène en linguiste; c'était déjà beaucoup de Favoir saisi.

La différence des finales masculines et des finales féminines donne deux caractères à Faccent tonique. Nous désignerons Fun par le terme ^accent toniçue miisculin^ Fautre par celui ^accent tonique féminin, £n effet quand je prononce i^tvdu ou perdue^ yanté ou vAniée^ je ne fais point sonner Ve final du féminin, et néanmoins Faccent tonique n'est plus absolument le même sur ces deux u et sur ces deux é: celui de ^erdû et de van/e est plus net, plus ramassé; celui de perdue et de \ttutee a plus de prolongation et de mollesse. C'est sans doute cette nuance qui a contribué à maintenir dans Forthographe Ve muet final d'un grand nombre de mots, oÎL il ne se fait plus entendre comme lettre. J'ai remarqué que les tragédiens, cherchant à donner à leur débit un caractère de vivacité et de fermeté, accentuent quelquefois, à la fin de la phrase, des mots féminins, comme s'ils étaient masculins. Les Français du Nord-est font l'opposé ; ils ont une prononciation molle qui fait ressembler les mots masculins à des mots féminins. Aussi d'Olivet, qui était d'origine francomtoise, a-t-il fait la fausse remarque qui suit:

„ Quand on nous parlera du luace ou d*un Russr, mots ,, français, roreille les distinguera- l-elW Afc lux ^N. ^* .,ri/*, mois latins? Nous ocmoii* Datld <tV «^^«^^«-'«V .,àa/ ef niie àailr, un ospir ^V wie pique ^\«^ *«««»•

„J*ai fil, dit-î/, an cboa j^os grand qa*ane maison. Et mêi, dit Vautre^ an potaasfli grand qu'âne églke.'*

La Fontaine. Fables. IX. 1.

En général tout monosyllabe, qoi ensuit immédiatement nn autre auquel il est intimement uni par le sens, tend à absorber son accent tonique:

^C'est luif dit Vautre. — L'homme paùrre est humble. , — Le paUTre Aomme est sot. — 11 chante bien J^ort „anjourdhiii. — H. chante fort 6/Vn aujourdhuî.''

n doit en être ainsi; sans cela, le français ayant tant de monosyllabes accentués, il se trouverait à tout instant que deux syllabes accentuées se sai- Traienl( immédiatement, sans Finteryalle même d'ope pause, ce qui serait contraire au principe général du rhythme.

U en est de même pour Taccent d'appui, mais c'eat le premier mot qui Tassume:

„L'air>.e^. «î parfujoé! La lumière est ^i pure!''

Lamartine. L'automne.

l^e mot, qui pefd ainsi son accent tonique par abâorption^ prent en revanche Paccent d'appui:

„Le pauvre homme est sot—* H chante èi^n fopt. —

„I1 chante /"or ^ bien." Plat la même canse les prépositions et les adverbes monosyllabiques, qui précèdent leur adjectif ou leur TtNite, prenneni: l'accent d^appui et non l'accent to-

nf^e:

„Mon habit est tout blanc. -- Sans vous l'on ne peut ^rien."

€7€8t est vertu du même principe logique et accenlad

fuê- dftas noBf mots, composés l'accent d'appui se met

sar la première partie, et Vacceiict Vm\^« «ox Vb^.^

Les transpiMitioiis et k« inversions^ s^arant souvent le substantif de son atti^Ant, rtnisiiiaire de son parti(BÎpe, etc. renforceirt Pacceilt tonî^e par ces éloignemeiits et ce$ suspensions:

„ Maître ,corbe««, #i^ wk.a/rbne pei^^, Tf^fBÎt en son bec ^n fromage/

Lk Fontaine. Fahtès, ï. 2.

„Deux mulete cbeaûttaieni, Xtp^ àH^pohe.fàukrgé^ L autre portant Fargent de la gabelle."

ià,l 4.

On etè obligé de détaeber par l'accent ces laots fiooiignés, par conséquent, de p«aer ciur ehacan A'e«m et d'en renforcer eàuBi TaoeeUt tonique. C^ eoustruotions sont nott fleulement fayovabk» à Facoeat, mais beaucdup encore k L^effet piiloresqKe. • En général, les intentions oratoires^ renforeeniy dans toiiio^ les langues du monde, Faccetlt {«ammatical des* mots sur lesquels elles portent.

Le» eewjotieliioBS' pevurent é^M afléetées de Tacoeni tonî<pi«'lorsqu*eUlM:iie lient ffliis deHDEUMittf, mais denl pbi^ases; ' • • '• • ' '• . ••

L'autitbëse, qui joue un si grand rèle^'d^ér te développement de la langue française, contribue puissamment à renforcer Paçcent, soit d'appui, soit tonique, et souvent même Famène. C'est ainsi que Vun et Vautre sont en opposition et fortement accentués dans les exemples précités:

.,DeiuL mulets cheminaient, Y un d'avoine chargé, Vautre portant Fargent de la gabelle.'*

„Tous deux, tous paierez Tamende:

Car toi^ loup, ta te plains, quoiqu'on ne t'ait rien pris^ Et toi, renard, as pris ce que Ton te demande."

Id.

„0n est heureux ailleurs, ici — dans la souffrance.'* Les mots qni n'ont pas l'accent d'appui sur U^ préfixe, Vy placent dans les phrases antithétiques: „I1 ne faut pas le soulever, mais IVn lever. — Ce n'est „pa8 un discours, c'est une conversation. — Ne jouei „pas, Apprenez."

Ainsi VaccerU tTappui a essentiellement rapport à la situation logique de Pidée : absolument il est affecté au radical, dont il montre et maintient importance; accidentellement il se transporte sdr le mot et la préfixe, dont la valeur secondaire reçoit une importance locale et momentanée: "V accent tonique a rapport plutdt à Pensemble de l'idée, au sentiment, à la mélodie, et est affecté aux filnales et désinences.

Le rapport métaphysique des idées aux sons est fin, subtil, infiniment variable et nuancé^ il existe néanmoins, on peut l'apercevoir, et il faut le re» chercher.

IIVRE II.

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