CHAPITRE I
Du rhythme absolu.
Khythme a nginifié primitivement proportion du mouvement f et e^est en effet la vraie notion du rhythme. L'égalité entre les moments d^un mouvement continu ou leur progression réglée est donc ce qui constitue le rhythme absolu.
Le Moment est une unité de tems divisée en un certain nombre ^instants ,* c^est un groupe d^instants. Mais quand un grand nombre d'instants se succèdent, comment y marquer ou y reconnaître des groupes? L'Instant est un coup, soit des membres, soit de la voix: si dans des intervalles égaux un coup est toujours donné plus fort que les autres, il est clair qu'on établit des moments dans la succession coniinue des instants; on divise le mouvement en tranches égales, si Ton peut s'exprimer ainsi.
Le Moment constitue la mesure musicale ou Ronde; les instants sont représentés par les blanches, les noires et les croches. Chaque mesuré est marquée par un tems fort; on appelle Cadence Texpression de ces tems forts.
Dans le discours, les momcnls sont appelés Pieds; les instants sont les syllabes, et le tems fort est, soit une syllabe longue, soit une syllabe accentuée. II suit de cette définition du rhythme que deux lems forts, ou en français deux accents toniques, ne peuvent pas se suivre immédiatement, c^est-à-dire sans Tentrexistence d'une syllabe atonique ou d^une pause; car autrement le rhytbme est détruit.
Un mouvement qui se règle devient pliis facile et plus puissant; de là le plaisir que Thomme éprouve à soumettre aux lois du rhythme le mouvement de sa vie, soit dans Fagitation des mèmbret, soit d«il rémission' de ia voix. En ^néral, tout monyeiiieBl durable dans la aatore tend à la périodicité y' par isonséqnent au rhytbme: mouvement des éléments, mouvement de la vio, ma^veII]ient des mondesi: Des iliouvements brusques et irréguliers semblent plutôt provenir d'un ^lérangement de la vie qu'être «a pra* gressien naturelle et parfaite; dé là déplaisir et fatigue. As eontrairs le rhythme produit une &ûUtati^u de la vie; et ayant en soi l^nitë organique par la liaison et ia proportion entre le tout et les parties, il a au^si en lui la eausa du plaisir et le prineipe du«'beau*: par-conaéquent, il est la forme propre et parfaite des mouvements poétiques.
„Le rlijtbme régnlier de la versification, dit Mme. VJt „ Staël, donne une sorte de plaisir auquel la prose ne „peut atteiidre; c'est une sensation physique qui dispose j,à Fattendrissement ou à Tenthousiasme. '' (De la lA^ térature^ le partie ch. 20.) Cette observation confirme notre explication.
SI
CHAPIl'RE U.
Des combinaisons rhyihmiques.
Le rhythme repose sur la relatioti proporiionèlle des tems forts aux instants. Chez les tirées cette relation était, comme en musique, fondée ' sûr une division exacte de la durée; chez nous ta relation s^établit entre le nombre dés syllabes et celtii des accents. H y a de ciila'deîix riiâsons: c^èst daltord que nous sommés ïdioÎds ' profoiiâément sensibles & la quantité que les anciens Grecs, par suite de la formation différente de notre langue; secondement par la relation plus faible de là syllabe longue à là syllabe br^e? ainsi que je l'ai' jprbuvlS ailleurs *), et par Vexistence d^un grand nombre dé syllabes iiio'yennes: ce qui fait' qiié deux' vers français équlsytlabiques sont aussi en général équîieniporaux où isochrones.
Dans les langues d^une harmonie aussi compliquée que la nôtre, on est lontems avant de démêler et surtout de savoir analyser les principes du rhythme.
Le premier moyen que nos aïeux trouvèrent pôionr produire un effet de périodicité dans te mouvetïi'eiit
*) Bëê€ii sur Fimùlyêe physique de% loH\gae«<
VU. p. aa
verbal fut la rime, qui donnait en outre le plaisir plus ou moins grossier de la consonance. Il en résulta rhabitude de faire des verts courts, car autrement Teffet de la rime eût été fort affaibli.
Cependant la brièveté, la court esse de ces vers ne pouvait pas suffire aux besoins d^expression d^un sentiment poétique grave et fort \ on forma des mètres plus longs, auxquels on conserva la rime ; mais pour subvenir à Fatténuatiou de Teffet de la rime, produit par une distance plus forte, on introduisit l'hémistiche. Ces deux seules règles ont été jusqu'ici imposées aux poètes.
Mais ces deux moyens rhythmiques, sensibles l*Ia yérité, mais grossiers et incomplets, ne pouvaient pas satisfaire Toreille des poètes d'une langue cultivée et fixée; ils saisirent d^une manière inconsciencieuse les effets de l'accent, et ils ont jcn cela agi conformé* ment à la constitution et à la rigueur de la laoïfiie.
Ce sont leurs procédés que nous avons cherché à analyser. Désormais le rhythme se fondera pour nous sur le rapport proportionel des accents aux syllabes, et la rime ainsi que l'hémistiche n'apparaissent plus qu'en sousordre dans les règles versificatives.
Toute progression d^une grandeur divisible est fondée sur 2, sur 3, ou sur im nombre dérivant de 2 ou de 3, ou sur un nombre composé de 2 et de 3. Les multiples de 2 forment les nombres pairs ^ les multiples de 3, et les composés de 2 et de 3 forment les nombres impairs $ enfin les combinaisons rhythnùqneSf fondées sur un élément pair et an élément impa/r, forment des rhythmes pair-impairs ou mioptes*