CHAPITRE m
Nature et place de Taccent' ionique.
V accent tonique est, une modulation aigtie, qui se joint à chaque mot, en' vertu de sa qualité de mot. Son nom d^accent tonique lui vient de ce quMl consiste en un ton musical.
Ainsi le verbe, le substantif, Tadjectif, Tadverbe, Tinterjonction ont par eux-mêmes Taccent tonique, et ne le perdent que par position. Au contraire., les petits mots de rapport et de détermination, tels que les articles, les pronoms, la conjonction et la préposition sont naturellement privés de Taccent to. nique, et ne le reçoivent que par position.
Il est toujours placé sur la dernière syllabe sonore: cette syllabe est Vultieme dans lés mots à terminaison masculine, et la pénuJtihne^ orthographiquement parlant, dans les mots à terminaison féminine, c^est-à-dire en e (eu) faible ou même muet. „Nous appuyons toujours sur la dernière syllabe, dit „ Voltaire, et toutes les autres nations pèsent sur „rantépénultième, ainsi que les Italiens." Ji, Siècle de Louis XI F. Des Peintres.)
L^observation est juste, mais le phénomène est mal analyse: ceiït force de voix, que Voltaire avait re- ^nnuc sur la dernière syllabe de nos moV^, igi\w\«û\.
d'un élan de la voix et non d*un appui. Ou ne pouvait pas exiger de lui qu^il expliquât le phénomène en linguiste; celait déjà beaucoup de Tavoir saisi.
La différence des finales masculines et des finales féminines donne deux caractères à Faccent tonique. Nous dé-siguerons Fun par le terme à^accent tonique masculin^ Fautre par celui ^accent tonique féminin. En effet qaand je prononce percb ou perdue^ yanté ou yantée, je ne fais point sonner IV final du féminin, et néanmoins Taccent tonique n'est plus absolument le même sur ces deux u et sur ces deux e': celui de perJii et de van/e est plus net, plus ramassé; celui de perdue et de \aiïtee a plus de prolongation et de mollesse. Oest sans doute cette nuance qui a contribué à maintenir dans For* thographe Ve muet final d*uu grand nombre de mots, où il ne se fait plus entendre comme lettre. J'ai remarqué que les tragédiens, cherchant à donner à leur débit un caractère de vivacité et de fermeté, accentuent quelquefois, à la fin de la phrase, des mots féminins, comme s'ils étaient masculins. Les Français du Nord-est font Fopposé ; ils ont une prononciation molle qui fait ressembler les mots masculins à des mots féminins. Aussi d'Olivet, qui était d'origloc francomtoise, a-t-il fait la fausse remarque qui suit:
„ Quand on nous parlera da lujpe on d*iin Russr^ mots ,, français, l'oreille les distinguera -\,-«\\^ ^^ lux vV ^« ,,rus, molR latins? Nous «cmoii* Dat>îd ^V o-^xAc^^ „àa/ e« nite àailr, un ospUr «tl we pique ^V »on»«
„et il sommeille^ mortel et morielle^ caduc et cadu- „ que^ an froc et il croque etc. ; jamais un aveugle de „ naissance ne soupçonnerait qu^il y eût une orthographe „ différente pour ces dernières syllabes, dont la dési- 9, nence est absolument la même.'' (D'Olivet. Prosodie françaUe, §. II. p. 49.)
11 résulte de notre règle accentale, qae les Français placent Faccent dWe manière fausse dans les langues étrangères, et réciproquement les. étrangers en français. C'est à Tinfluence romane et à Finfluence allemande, qu'il faut attribuer la manière vicieuse dont les Suisses et les Francomtois d'une part, et de Fautre les LoiTains et les Flamands accentuent les dissyllabes, plaçant toujours le ton sur la première syllabe, au lieu de le mettre sur la seconde. Voilà donc le fait empiriquement constaté. Mais d'oîi vient cette loi étrange, particulière à la langue française, que nous devons placer Faccent tonique sur la- dernière syllabe du mot'^ L'explication s'en trouve dans la formation même de la , langue. Lorsque ngnorânce germaine eut' totalement méconnu Tusage des cas latins, et- que la rude prononciation des nouveaux habitants de la Gaule se plut, poussée par cette ignorance, à rejeter la syllabe désînentîelle des mots latins^ la dernière syllabe du mot français se trouva être celle qui avait l'accent en latin, et Tàccent y resta avec son caractère d'acuité.
„iVb^ura, quasi modularetur hominum orationem^ „ditCiC£KON, in omni verbo posuii acutam vocem^ ^,nec una plusj"' (Orat. 18.) Ainsi nous avons généralement conservé à l'accent tonique^ non pas la même place raVioueVie^ \xuù& \^
même place malérielle, si je puis m^exprimer ainsi, quiïï a eue dans le mot latin : ainsi , la/m , la/ine, de la^nam, la/zna, romain de romanus, etc; il arriva même que la contraction fit tomber les syllabes jusqu^à celle qui avait Faccent, quand ce n'était pas la pénultième: dom^ don 9 de cfomimis, Aommes, on, de domines. Cet accent, qui netait plus rationel, mais seulement harmonique, s^établissant par la force des choses sur l'immense majorité de nos syllabes finales, Foreille en forma une analo^e rigoureuse, un type forcé pour tous les mots de la langue, anciens et nouveaux. C'est ainsi que se sont déterminés en français le caractère et la place de l'accent tonique. -