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A QUOI DOIT SE RÉDUIRE LEUR « ACCOMPAGNEMENT

Une seule région de l'Office peut comporter une harmonisation appropriée : c’est la partie psalmodique, à condition que soit respectée rigoureusement l’homophonie de l’Antienne qui précède le psaume et lui sert de conclusion. Tel est, en effet, le rôle musical de l’Antienne : sa réitération s’impose après l’exécution des versets, toujours.

Ce n’est pas que l’harmonisation soit plus logique dans le verset du psaume qu’ailleurs. Elle est seulement moins condamnable, et elle peut être tolérée. Même elle semble offrir quelques avantages, en introduisant de la variété dans le mode d’exécution, et en mettant en relief, par contraste, la dénudation systématique de tout ce qui n’est point psalmodié. Je donne à ce dernier mot un sens quelque peu étroit. J’appelle psalmodie tout chant de psaume ou de verset psalmique exécuté sur une formule type, déterminée et fixe pour chaque « ton », abstraction faite des variantes de la terminaison.

Dans les chants de la Messe, Yintroit seul présente des versets conformes à la définition ci-dessus : ils pourront recevoir l’adjonction de quelques accords ou provoquer quelques combinaisons contrapontiques, dont le choix sera plus loin déterminé. Les autres chants psalmiques à versets ^Graduel, Alléluia! n’appliquant point à ceux ci des formules toutes

faites et leur donnant au contraire un développement mélodique très libre et très varié, ne peuvent y admettre ni harmonisation, ni contrepoint polyphones.

Il en est de même des chants communs de la Messe [Kyrie, Gloria, Credo, Sanctus, Agnus ] : ils ne doivent en aucun cas recevoir une adjonction harmonique. Quelques-uns sont fort anciens. Les plus récents eux-mêmes, ceux qui sont tout à fait modernes, répugnent sinon par leur structure, du moins par leur rôle et le milieu où ils furent introduits, à l'hahillage des accords. Leur régime est celui de l’homophonie, qui doit être conservée, rigoureuse, si l’on a souci du style général que réclame l’office. A fortiori, seront présentées toutes nues les Hymnes, Séquences, Proses, appartenant pour la plupart au répertoire ancien.

Le fait que, dans l’exécution de toutes ces pièces [le Credo mis à part], les grandes orgues ont le droit d’alternance et que l’organiste ne peut décemment « répondre avec un doigt », crée une difficulté. Il est évident que l’homophonie, dans l’état actuel des choses, sur les claviers de nos modernes instruments, est une contradiction. Le moyen d’échapper à la fois à un anachronisme et à une disparate, — en harmonisant aux grandes orgues, alors que le chant, au chœur, n'est pas harmonisé, — serait que l’organiste, avec infiniment de goût, paraphrasât la cantilène liturgique confiée à ses soins, au lieu de l’exécuter polyphoniquement. Mais pour en prendre à son aise avec le texte et se donner ainsi le droit de le parer d’accords, il faut posséder une science et une adresse qui ne sont pas monnaie courante. La question reste épineuse. L’harmonisation aux grandes orgues fera l’objet d’un chapitre spécial [VII].

Comment réglera-t-on le rôle de l’organiste de chœur, lequel dispose dans les grandes églises d’un instrument à tuyaux plus ou moins ronflants, et ailleurs d'un harmonium plus ou moins nasillard ? La réponse est fort simple : si la

nécessité s’impose de soutenir les voix des plainchantistes par un « accompagnement » de renfort, servant de tuteur et de guide, cet accompagnement devra être « homophone », s’exécuter par conséquent à l’unisson ou en octaves.

A l’unisson. — C’est le cas le plus fréquent, correspondant à la présence, au chœur, de voix d’une seule espèce : voix masculines ou féminines [les voix d’enfants sont féminines]. Si des hommes seuls chantent, l’organiste accompagnateur les soutiendra en émettant avec eux, à la hauteur du clavier correspondante, c’est-à-dire dans la région moyenne des voix masculines [ré 2 — re3], la cantilène en cause. A la fin de chaque pièce, et, dans chaque pièce à la fin de l’Antienne et du Verset, il pourra, sous le dernier son, quelquefois sous le dernier groupe de sons, installer la Quinte Modale ; à cet ultime instant, loin de contrevenir à l’assiette modale, ou d’escompter l’effet de la Finale, elle apportera à la conclusion le concours le plus efficace, et quelquefois [échelles intenses] le plus inattendu. Si le chœur se compose d’enfants, l’accompagnateur transportera sa doublure mélodique à l’octave moyenne féminine, ré 3 — ré4, et toujours en « huit-pieds ».

Faites-vous du choix exclusif et logique des « huit-pieds » une règle absolue, sous peine d’empâter la voix en des bourdonnements affreux.

En un mot que votre béquillage accompagnateur ait toute la discrétion d’un secours miséricordieux, dont la qualité sera d’autant plus haute que sa modestie sera plus grande. Cherchez à obtenir une intensité suffisante pour que vos chanteurs vous entendent et vous suivent ; telle cependant que les assistants ne vous soupçonnent qu’à peine et, si possible, ne vous entendent point du tout.

Que si les assistants eux-mêmes chantent, — ce qui est la plus souhaitable des manières et la plus digne, sinon la plus pratique , hélas ! — l’organiste de chœur et, au besoin,

l’organiste du grand orgue, soutiendront les voix masculines et féminines en octaves équivalant à celles des deux espèces vocales; sans « seize-pieds », sans pédales, avec des « fonds de 8 ». Les anches seront éternellement proscrites.

Quand la Quinte Modale, installée au dernier instant sur le son terminal, fera son apparition discrète, elle sera pour l’auditeur attentif un plaisir et donnera à son esprit, en même temps qu’à son oreille, le contentement d’une solution claire, adéquate à la question posée par le mystérieux déroulement de la mélodie liturgique.

Cette Quinte Modale conclusive, l’unique support harmonique que puisse admettre l’homophonie des chants liturgiques, doit être l’objet des principales préoccupations de l’accompagnateur et du maître de chapelle. Reconnaître en une cantilène médiévale sa région essentielle, assise sur la Fondamentale, est le premier devoir qui leur incombe. Qu’il s’agisse d’une pièce d’un bout à l’autre ennemie de toute harmonisation — c’est l’immense majorité, — ou d’une pièce à versets psalmiques tolérant quelques accords, la Quinte Modale sera l’essentielle directrice de l’organiste ou du chef de chœur. Sa spécification est liée à celle de la Fondamentale.

A l’octave. — Lorsque les hommes et les enfants chantent ensemble, donc à l’octave, l’organiste de chœur peut les « soutenir » en octaves dans la région moyenne ré2-ré4. L’adjonction de la Quinte Modale conclusive aura même effet que plus haut. Ici encore, éviter avec le plus grand soin les « seize-pieds », ainsi qu’il a été dit ci-dessus.

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