‹ Traité de l'acupuncture, d'après les observations de Jules Cloquet -- et pubChapitre 4 sur 7 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pour procéder sûrement dans les sciences, il faut s’appuyer sur des faits. C’est pourquoi, avant de me livrer à des considérations généi-ales sur la manière dont M. Jules Cloquet pi’atique l’acupuncture, j’ai cru devoir donner les observations que j’ai recueillies sous ses yeux.

Quelques observations éparses n’avaient pas jusqu’à pi’ésent réussi à vaincre lesobstables qu’élevait contre cette opération un septicisme. outré, né d’ailleurs des miracles que les voyageurs avaient rapportés de la médecine des Chinois. Aussi ai-je voulu en publier un certain nombre, afin d’exciter l’attention des médecins sur un moyen thérapeutique trop long-temps négligé et dont on peut retirer de grands avantages dans beaucoup de maladies.

DE L’AGUPÜINCTURE.

OBSERYAÏIONS (i).

PREMIÈKE SÉRIE ,d’observations (2).

Elle renferme les cas où une seule acupuncture a suffi pour la cure radicale de la maladie.

Première Observation : Névralgie tibiale antérieure.

Le nommé ChartieT (Jean Nicolas), âgé de 64 ans, d’ün'e forte constitution-, exerçant à l’iiôpital Saint-Louis la profession de tourneur,. avait éprouvé à différentes époques, tantôt dans le membre inférieur droit, tantôt dans le gauclfe , des douleurs qui chaque fois avaient'cédé a des bains de vapeurs. Depuis trois jours Lsans cause connue, il ressentait des élancemens le long de la partie antérieure de la jambe gauche, suivant le trajet du nerf tibial antérieur. Les douleurs, vives et continuelles, allaient toujours en croissant ; elles étaient devenues telles, que la veille le malade

(i) La plupartdes observations qu’on valireontétépiises parmi celles que j’ai recueillies dans l’espace d’environ deux mois et

( 1 ) ,Te sais bien qu’une classification fondée sur la nature des maladies eût été' plus scientifique. Mais comme il s’agit ici d’un moyen the'rapeutique, j’ai pensé qu’il valait, mieux rassembler dans un même groupe les observations des maladies dans lesquelles ses effets avaient été à peu près les mêmes. ,

avait été obligé de suspendre ses travaux , et qu’il avait passé la nuit fortement agité. Pendant la marche les douleurs retentissaient dans le mollet. Le malade vint, le 1“''décembre 1824, nous trouver, en boitant et en s’appuyant sur un bâton. M. Jüles Cloquet introduisit une aiguille dans la partie moyenne de la face antérieure de la jambe, point,le jllus douloureux. 11 se servit d’une aiguille à manche d’ivoire en spirale, semblable à celles des Chinois. Il pénétra à la profondeur d’environ ün pouce. On n’y adapta-point de conducteur;. au bout de trois minutes, les élancemens furent remplacés parde l’engourdissement; et, douze minutes après ,• quand ,on Retira l’aiguillé, :T’engourdissement avait lui-même entièrement disparu. Lamarche devint extrêmement facile.:et non douloureuse, le malade,s’en alla sans bâton et sans boiter. Ce jour-là même, il fut travailler comme à l’ordinaire ; la nuit, il dormit parfaitement , et le lendemain il nous dit qu’il était si bien guéri, qu’il ne saurait plus distinguer à quelle jambe il avait eu mal. Le janvier, il n’y avait aucun retour des douleurs.

2' Observation : Névralgie sciatique poplitée externe.

Le nommé Sinadot (Louis-François), âgé de 59 ans, serrurier, éprouvait depuis cinq ans.

suivant le trajet des nerfs sciatique et poplité extéme, des douleurs qui s’étendaient jusqu’à la face dorsale du pied; des bains de vapeurs les avaient presque entièrement fait disparaître, mais depuis dix jours elles étaient revenues si vives que le malade ne pouvait dormir. Il n’avait cependant pas perdu l’appétit ; il pouvait marcher, mais avec la plus gtande difficulté et en boitant. Pour peu que le pied heurtât quelque corps, les dou- ■ leurs retentissaient dans tout le membre ; la chaleur du lit les calmait. Elles augmentaient dans le décubitus sur le côté affecté. Les bains de vapeurs ne produisant, cette fois, aucun soulagement, le malade vint, le fo décembre 1824, à la consultation chirurgicale de Saint-Louis. M. Cloquet lui introduisit une aiguille d’acier vers la partie moyenne de la face antérieure de la jambe (c’était l’endroit où la douleur était alors le plus vive), et il y adapta un conducteur en laiton, qu’il fit plonger par son extrémité libre dans un verre d’eau salée. Au bout de cinq minutes, les douleurs devinrent plus fortes à l’endi'oit de la piqûre, mais bientôt elles diminuèrent peu à peu, et il ne resta plus que de l’engourdissement. L’aiguille retirée au bout d’une heure, le malade nous dit d’abofd qu’auparavant il n’aurait pu rester .si long-temps assis. Il se leva ensuite, et marcha sans la moindre claudication . quoiqu’il ressentît toute-

fois encore de l’engourdissement. Palpant alors sa jambe, il fut fort étonné de ne plus éprouver de sensation pénible. Le 1 3, l’engourdissement existait encore, mais il était si léger, que le malade ne put nous en déterminer le siège principal. M. Jules. Cloquet lui ^^rescrivit alors dés bains de vapeurs. Nous n’avons pas revu ce malade.

3® Observation : Névralgie faciale.

Le nommé Serbrousse (Adolphe), âgé de ans, infirmier à l’hôpital Saint-Louis, d’une constitution lymphatico - nerveuse, sortant d’un bain chaud, qu’il avait pris par propreté,les janvier 1 SsÔ, sentit tout à coup un froid très-vif à la joue gauche. Le lendemain, léger gonflement, rougeur vive à la joue, œil de ce côté plus brillant, douleurs fortes qui allèrent en atigmentant jusqu’au 1 3. Elles furent alors si violentes, que le malade s’étant persuadé qu’elles dépendaient d’une dent molaire, se la fit arracher quoiqu’elle fût parfaitement saine. La douleur de l’extraction ne fut nullement comparable à celles qu’il ressentait déjà. Il ne s’écoula pas plus de sang qu’il ne s’en écoule ordinairement après cette opération.. Alors les douleurs, loin d’être moins vives, devinrent de plus en plus intenses, et le malade passa une nuit

fort agitée, au milieu d’angoisses inexprimables. Le i[\, la joue étant toujours très-rouge et légèrement gonflée, les mouvemens de la mâchoire ne pouvant s’exécuter sans augmenter encore les douleurs , qui d’ailleurs étaient continuelles, M. Jules Cloquet introduisit une aiguille dans l’épaisseur de la joue malade, dirigeant sa pointe vers l’origine du nerf facial ( on y adapta un conducteur comme dans le cas précédent) : au bout de huit minutes, engourdissement des parties affectées ; la pression fut à peine douloureuse , les mouvemens de la mâchoire devinrent de plus en plus faciles. Au bout d’un quart d’heure, l’aiguille étant retirée, la rougeur de la peau s’était presque entièrement dissipée, ainsi que celle de l’œil, qui reprit sa mobilité naturelle ; les douleurs avaient entièrement disparu. Le malade, qui auparavant ne pouvait ouvrir la bouche, put aussitôt manger sans difficulté ; leléger gonflementpersista seul, et ce ne fut que deux jours après qu’il disparut entièrement, sans autre moyen thérapeutique. Le 3 février 1826, il n’avait reparu aucun symptôme de la maladie.

4' Observation : Névralgie sus-orjntaire. (Observation recueillie par M. Godart, élève de l’hôpital Saint-Louis.)

Madame Isaac, âgée de 60 ans environ, éprouvait depuis six semaines des douleurs très-vives

dans toute la partie latérale gauche de la tête* Ces douleurs semblaient partir du trou sus-orbitaire , et se répandre de là à toute la partie correspondante du front et de la tempe, jusqu’à la nuque. Depuis quinze jours, elles étaiént continuelles, et empêchaient la malade de dormir. Des applications narcotiques et des potions calmantes avaient été sans effet; l’œil et la partie gauche de la face étaient rouges et animés, les paupières étaient légèrement gonflées, le côté gauche de la tête, et surtout la nuque, étaient très-douloureux à la pression. Ce fut à cette dernière partie que, le 22 décembre 1824, M. Jules Cloquet pratic|ua l’acupuncture, avec une aiguille d’acier armée d’un conducteur métallique dont il plongea l’extrémité libre dans un verre d’eausalée. Un quart d’heure après l’opération, la malade sentit de la diminution dans ses douleurs ; elle éprouva un sentiment de traction et de froid, depuis le trou sus-orbitaire jusqu’à la nuque, suivant la direction des nerfs. L’œil et la face semblèrent un peu moins rouges.

L’aiguille fut retirée au bout de soixante et dix minutes. Alors l’œil et la face avaient presque entièrement perdu leur rougeur ; la douleur à la nuque était nulle : la malade y appuya les doigts sans éprouver aucune sensation désagréable. Le soulagement fut partout complet, excepté au

front, où madame I*** éprouvait encore un léger sentiment de douleur quand elle y appuyait la main. Trois jours après, cette douleur dii front existait encore, mais elle n’était sensible qu’à la pression, et elle était d’ailleurs si légère, que M. J. Cloquet ne jugea pas nécessaire de pratiquer une nouvelle acupuncture. Le 8 janvier M. Godart vit madame I*** : elle dormait bien, et ne ressentait pas la moindre douleur.

5“ Observation : Rhumatisme de la partie latérale gauche

du tronc et du membre supérieur correspondant.

Le nommé Launay (Joseph),, âgé de 3o ans, d’uneforte constitution, éprouvaitdepuis quelques mois, dans le côté gauche du tronc et dans le membre supérieur correspondant, des douleurs qu’il .rapportait à une suppression de transpiration. Il ne pouvait s’habiller seul; quand il vonlait lever le bras, il le sentait retenu par une espèce de cordé douloureuse qui s’étendait le long du côté gauche du tronc jusqu’à la cuisse. Le 3. décembre 1824, M. Jules Cloquet introduisit unt; aiguille au sommet dé l’épaule et une autre au ■bras. Un instant après il en mit une troisième à là partie supérieure de la cuisse du même côté. Au bout de quinze minutes il y eut une lipothymie; on retira de suite les aiguilles, et le malade

5o TRAITÉ

s’en alla. Le 6 il nous di t qü’après l’opération du 3, 41 s’était servi de son bras aussi bien qu’avant la maladie., seulement le matin il y avait un peu de roideur.Tl fit devant nous exécuter facilement à son bras les mouvemens les plus étendus. 11 éprouvait cependant encore un sentiment de froid dans le côté gauche. M. Jules Cloquet ne jugeant pas nécessaire une deuxième acupuncture, se contenta de lui prescrii’e des bains de fumigations aromatiques.

6' Observation ; Rhumatisme lombaire..

Le nommé .Gbrétien (Joseph ), âgé de 14 ans, d’une constitution robuste, éprouvait depuis six mois une douleur profonde à la région lombaire. Cette douleur augmentait peu par la pression et l’exercice de la marche, mais elle devenait extrêmement vive quand le malade voulait soulever un fardeau, et faire un mouvement qui exigeât l’action des muscles sacro-spinauX. Aucun moyen curatif n’avait encore été employé contre cette affection, lorsqüe, le sp novembre 1824, AL Jules Cloquet introduisit dans la région lombaire deux aiguilles, une de chaquecôté de la colonne vertébrale. On ne laissa ces aiguilles que dix minutes, et cependant quand elles furent retirées, le malade se baissa'et souleva une pièce

DE L’ACUPUNCTURE. 5 i

de bois sans éprouver la moindre douleur. Il répéta trois fois la même épreuve, et toujours sans la moindre incommodité. Le i 5 janvier 1826, il ne lui était rien, survenu depuis l’acupuncture.

7 ° Observation : Contracture musculaire.

Le nommé Vérelle (Antoine), âgé de 87 ans, journalier, avait depuis six semaines une contracture du muscle droit interne de la cuisse. 11 attribuait cette affection à un mouvement brusque qu’il avait fait pour soulever une pelle chargée. En touchant la partie interne de la Cuisse, on sentait comme une corde tendue suivant la direction du muscle droit interne. Depuis deux jours, la tension était plus forte , ainsi que la douleur qu’elle occasionait. Cependant ces symptômes ne se manifestaient guère que quand le malade voulait se redresser ou soulever quélque fardeau. Quand il se baissait, il était obligé de porter tout le poids du Corps sur le membre sain , et se maintenait seulement sur la pointe du pied de l’autre membre. Vérelle ne s’était encore soumis à aucun traitement. Le 3 décembre 1824, M. Jules Cloq’uet introduisit une aiguille dans l’épaisseur du muscle contracté : buit ou dix minutes après, la tension diminua L’aiguille retirée au bout d’une demi-heuré, le

5 a TRAITÉ

malade se baissa plusieurs fois en s'appuyant sur

les deux membres. Il souleva une pièce de bois

sans éprouver la moindre douleur. On ne sentait

plus de, tension dans le muscle droit interne ; il avait

la même mollesse que les, autres muscles de la

cuisse.

8° 01)ser\'ation : Irritation spasmodique.

Le nommé Storhaye (Jean-Baptiste), âgé de 22 ans, d’une constitution lymphatique, entra le 20 août 1824 à l’hôpital Saipt-Louis, pour une ophthalmie scrofuleuse, rebelle à tous les moyens ordinaires. M. J. Cloquet guérit cette maladie en .passant à plusieurs reprises un morceau, de nitrate diargent fondu sur la face interne des paupières renversées, et même sur la conjonctive’ oculaire, énormément tuméfiée. Quelques jours après son entrée à l’hôpital,- on lui avait appliqué à la nuque un. vésicatoire , qui détermina, une forte frritation à la suite de laquelle il se manifesta de légères douleui’s dans tout le cou. Plus vives depuis deux jours, ces douleurs se faisaient surtout sentir dans le nez, le pharynx,'Ijif trachée artère, et s’étendaient jusque dans l’intérieur de la poitrine. Elles étaient accompafgnées d’un sentiment de chaleur,. avec , difficulté de respirer, mais sans fièyre ni toux. Il y avait céphalalgie vifMente, et le malade ne pouvait

DE L’ACUPUNCTUDE.

pas avaler. Le 3 décembre 1^24, M. Jules Cloquet lui introduisit une aiguille, sans conducteur, dans la partie antérieure du cou. Il la fit pénétrer jusqu’à la trachée artère : au bout d’un quart d’heure, .la respiration et la déglutition furent plus faciles : on retira l’aiguille, et la dbuleur avait cessé totalement. Plus de céphalalgie ; il ne restait qu’un peu de chaleur qui, quelques instans après, disparut entièrement du cou et de la poitrine, et ne persista qu’à la face. La nuit suivante, il y eut des sueurs abondantes avec des douleurs vagues vers» la région malade. Mais le matin, oesMouleurs avaient cessé ; la déglutition s’exécutait aussi bien qu’avant la maladie, et les chaleurs de la figure s’étaient également dissipées. Le 20, aucun symptôme n’avait reparu.

9' Observation : Torticolis.

Le nommé Colombert (Antoine-Louis), âgé de i4 ans, garçon tailleur à l’hôpital Saint-Louis, en tournant brusquement la tête à droite, éprouva tout à coup une douleur vive à la partie latérale droite du cou. Immédiatement après cet accident, sa tête se tourna à gauche, et il lui fut impossible de la tourner à droite ou de regarder ses pieds. Des cataplasmes émolliens avaient un peu

diminué la doubleur, mais ils n’avaient rien changé aux autres *symptômes. Le 3 o décembre 1824, M. J. Cloquet introduisit une aiguille, sans conducteur, dans les muscles de la partie latérale droite etunpeupostérieure du cou (c’était l’endroit le plus douloureux). Une demi-heure après l’opération, le malade porta plus facilement la fac^ à droite, il baissa la tête et la releva sans aucune douleur. Au bout de quarante-cinq minutes, on retira l’aiguille ; Colombert redressa la tête et la porta sans aucune gêne à droite et à gauche. iPn voyait cependacit que, quand le malade n’y songeait^as, elle avait encore une certaine tencîance à s’incliner à gauche. Le lendemain , il ne s’était manifesté aucunte douleur ; la tête avait repris sa rectitude naturelle, et le malade exécutait librement tous les mouvemens )ossibles. Le 18 janvier, il n’était rien survenu.

10® Observation : Névralgie plantaire.

Le nommé Voisin (Louis-Heureux), âgé de 24 ans, herboriste, éprouvait depuis huit ans des douleurs légères, errantes par tout le corps, et ne se faisant sentir que lors des variations athmosphériques : elles ne troublaient nullement ses travaux , et cédaient chaque fois à des bains de vapeur.; lorsqu’il y a deux ans environ, après s’être

livré à la danse, il ressentit à l'extrémité antérieure du pied gauche, et surtout dans les orteils, des douleurs lancinantes extrêmement vives. Celles-ci ne se manifestaient que lorsque le malade s’appuyait sur le côté externe d^la plante du pied, ou que celle-ci portait sur un sol inégal. Il éprouvait alors un sentiment de crépitation suivi d’élancemens extrêmement douloureux, qui cessaient un instant après. C’était surtout le matin, au sortir du lit, que des symptômes offraient le plus d’intensité, et ils étaient tels, que le ma^lade ne pouvait s’appuyer sur le pied, ni faire usage de bottes. Croyant que ces élancemens pouvaient dépendre d’une syphilis dont il n’avait été cependant infecté que depuis l’invasion de ses douleurs. Voisin se fit des frictions mercurieljes à la plante du pied. Mais ces frictions augmentèrent les douleurs, bien loin de les diminuer. Des bains de vapeur furent sans effet. Le 14 iSaS,

M. J. Cloquet introduisit perpendiculauement une aiguille dans la plante du pied, entre. les deuxième et troisième orteils. Au bout de trois quarts d’heure, quand l’aiguille, fut retirée, le malade s’appuya à plusieurs reprises sur le côté externe de la plante du pied, sans éprouver la moindre sensation douloureuse. Dès le lendemain, il put faire usage de bottes, et fit unemarche de douze lieues environ, ce qui lui eût

été iïnpossible ' auparavant; En s’appuyant sur læpointe du pied, il éprouvait bien encore le sentiment de'crépitation, mais sans douleur. Le 17, celle-ci n’avait pas reparu (1).

•jnc: '

11'Observation :

Le nommé Ozun (Pierre), âgé de 29 ans, cordonnier, éprouvait, depuis quinze jours, sans causes connues, une douleur vive au côté droit de la poitrine, vers la sixième côte à peu près. Cette douleur l’empêchait de se tourner de côté, et les mouvemens de la respiration l’augmentaient tellement que le malade appréhendait d’inspirer. Quelquefois dans la marche, à l’air froid surtout, il se sentait comme suffoqué, et il était obligé de s’arrêter à l’instant. La pression était douloureuse, le sommeil agité; mais s’il y avait parfois un peu de fièvre , if n’y avait ni expectoration ni toux.

A tous ces accidens Ozun avait opposé d’abord, sans-beaucoup de soulagement, une saignée de trois palettes et de la tisane pectorale ; puis il eut recours aux bains simples. Après le second bain, la douleur s’était déplacée, et était

(i) Le malade m’a dit, le i"' feVrier, que depuis quelques jours il ressentait quelques douleurs; mais elles e'taient si légères qu’il crut inutile de se soumettre à raciipuncture.

DE L’ACUPUNCTUEE. 57

venue se fixer à k partie antérieure du thorax ; maisi qp:elques jours après, elle reprit son siège primitif, sans que les symptômes que j’ai décrits fussent en rien diminués.

Le i 4 décembre 1824, M. Jules Cloquet lui introduisit profondément une aiguille dans le point douloureux, sans pénétrer cependant dans la cavité de la poitrine. Quelques minutes après cette acupuncture, les douleurs vives se changèrent en un sentiment de pesanteur, d’engourdissement. Au bout d’une demi-heure, la respiration 'était devenue parfaitement libre. Les mouvemens, du tronc n’occasîonaient plus la moindre douleur. Dans le trajet de l’hôpital à sa demeure, elles revinrent presque aussi fortes qu’avant l’acupuncture, mais bientôt elles allèrent en diminuant jusqu’au lendemain i 5 , où elles disparurent entièrement. Le 28, il n’était revenu aucun symptôme, de là maladie.

I a Observation : Céphalalgie chronique.

Le nommé Delacroix (Jean-Louis ), âgé‘de 38 ans, éprouvait de temps à autre, depuis l’âge de 12 ans, des maux de tête très-vifs. (Son père avait éprouvé la môme affection, des suites de laquelle il paraît même être mort. ) Depuis onze ans, ces douleurs étaient devenues continuelles, mais si fortes à certaines époques, que le malade

<^tait obligé de suspendre ses travaux et de garder le lit. Ses cheveux étaient devenus gris; sans cesse il éprouvait des pesanteurs de tête et des étourdissemens qui augmentaient quand il se baissait. Alors aussi, il semblait au malade qu’il s’écoulait un liquide de l’intérieur du crâne, le long de la face, et cette fausse sensation était accompagnée de douleurs vives, pendant lesquelles la vue était trouble, comme si un nuage avait été étendu au devant de l’oeif droit particulièrement. De temps à autre (tous les quatre à cinq jours), il se manifestait des élancemens très-vifs avec pesanteur de tète considérable, la vue devenait plus trouble ; alors les objets paraissaient tourner et revêtir une couleur rougeâtre; les yeux étaient rouges et gonflés. Pendant ces accès, qui duraient de douze heuresàvingt-quatre, le malade ne pouvait prendre aucun repos, ni aucun aliment. Immédiatement après, il éprouvait de la courbature dans tous les membres. Le lendemain, les cheveux, quand on les touchait, donnaient la sensation de flls métalliques implantés dans le cuir chevelu, et occasionaient de vives douleurs. En vain employaiton des sangsues, des vésicatoires, des caïmans^ des purgatifs etc., pour calmer ces accès ; des bains et l’application d’un corps très-froid sür les parties malades pouvaient seuls apporter un léger Koulagqpient.

Il y avait quelques jours que Delacroix n’avait eu d’accès semblables, lorsque, le 26 janvier, toupies symptômes ordinaires existant (céphalalgie intense, vue trouble,étourdissemens, etc.), M. J. Cloquet lui introduisit une aiguille à demeure dans le milieu du front. A peine quelques minutes s’étaient écoulées depuis l’opération, que des douleurs vives se firent Sentir autour de l’aiguille; bientôt après, le malade eut la sensation d’un courant qui, de toute la région du front, se serait porté vers l’aiguille, et, un pouce environ avant d’y arriver, «urait donné lietP à de légers picotemens. Ce phénomène persista jusqu’au lendemain. Pendant qu’il dura, Ifts douleurs allèrent en diminuant; la vue devint de tooins eh moins trouble; le 27, il n’y avait plus d’élourdissemens, plus de douleurs ; le nuage que le malade disait exister sur l’œil droit, avait disparu. Dès lors, la vue devint parfaitement nette ; le malade put lire même à la lumière des flambeaux (chose impossible auparavant) ;,ense baissant, il n’éprouvait plus rien. L’aiguille fut laissée jusqu’au 3 i, et à cette époque il ne s’était Veproduit aucun symptôme de la maladie. Le 1 5 avril, Delacroix était en pleine santé ; et cependant" il nous dit qu’il aurait dû avoir au moins à cinq ou six accès.

J 3 ”. Observation recueillie par M. le docteur Dronsart à l’hôpUal de la Charité, dans les salles de M. Fouquier, et communiquée à M. Cloquet. ’

Une femme d’un tempérament nervoso-sangnin entre à la Charité, éprouvant à l’épigastre une douleur excessive, que la moindre pression et les mouvemens du tronc, rendaient insupportable, mais sans aucun autre signe d’inflammation intérieure. M. Fouquier prononce, sans hésiter, le nom de gastrodynie, et M. Lautenois, élève interne, est? chargé de pratiquer l’acupuncture. La partie malade était extrêmement douloureuse ; l’introduction de l’aiguille le fut également. Mais bientôt on put toucher cette aiguille, enfoncée à peu près de 4 à 5 lignes, sans faire trop souffrir, et la douleur primitive s’amoindrit de plus en plus. Au reste, comme c’est le résultat qui nous intéresse surtout en pratique, j’abrège en disant que l’aiguille ayant été enlevée environ une heure après son introduction (i), la malade se trouva tout-à-fait guérie ; que le lendemain elle n’avait rien ressenti, et que le surlendemain sa première demande à M. Fouquier fut son billet de sortie.

Nota. M. Fouquier lui a bien recommandé de revenir à la Charité, si sa douleur reparaissait.

(i) line .liguille d’argent à manche.

1 4 * Observation : Céphalalgie compliquée de strabisme et d’un grand trouble dans la vision.

Une femme âgée de 58 ans, d’un tempérament lymphatieo - nerveux, éprouvait depuis six semaines une douleur extrêmement vive dans tout le côté droit de la tête , et spécialement dans la région orbitaire correspondante, avec une altération très-remarquable dans l’exercice de la vision’ de l’œil du même côté. L’aflèction avait paru sans cause connue, et les'élancemens que cette femme ressentait dans les parties affectées étaient continuels et tellement violeris, qu’il n’y avait point eu de repos, ni jour ni nuit, depuis l’invasion de la maladie. Le 20 décembre' iSàA , la malade vint à l’hôpital Saint-Louis trouver M. CloqiTet, et voici dans quel état nous lâ trouvâmes : sa face était pâle , resserrée, comnie grippée, et portait l’empreinte d’une vive douleur ; les paupières de l’œil droit étaient convülsiveinerit contractées, et ce dernier organe pffrôit un léger strabisme au dedans. La vision était presque complètement abolie. La malade ne distinguait les objets les plus volumineux qu’avec peine, et au lieu de le’s voir simples, elle apercevait trois images placées l’une à côté de l’autre, et entourées d’un épais brouillard. M. J. Cloquet

introduisit une aiguille de deux pouces de longueur, et obliquement d’arrière en avant, dans la région temporale droite; L’opération fut à peine douloureuse; et, au bout de.dix minutes, à notre grand étonnement, la malade n’éprouvait presque plus de douleurs dans la tête ni dans L’orbite. Les paupières étaient moins contractées, et l’expression de la face beaucoup plus calme. Cinq minutes après., les paupières s’ouvraient librement; la malade voyait beaucoup plus distinctement; la vue n’était plus que double, et les images enveloppées d’un nuage léger ; le strabisme était beaucoup moins prononcé. Une demi - heure après l’introduction de l’aiguille, les douleurs avaient entièrement disparu; il n’y avait plus de strabisme ; les paupières n’étaient plus contractées; les objets étaient vus simples et très-distinctement. L’aiguille fut encore laissée dix minutes, et lorsqu’on la retira, il ne s’écoula pas une goutte de sang. Nous avions perdu la malade de vue, lorsque deux; mois et demi après elle vint à l’hôpital Saint-Louis pour remercier M.Cloquet. Aucun symptôme de sa première affection n’avait reparu, et cette pauvre femme se portait parfaitement bien.

i 5 ° Observation, (commiiniquée par M. Devergie , chirurgien-major, démonstrateur à l’hôpital militaire du Valde-Grâce). Douleurs rhumatismales.

Un,soldat du 7° de ligne se plaignait de douleurs rhumatismales dans la cuisse droite, surtout à la partie externe, existant depuis une cpinzaine de jours : deux aiguilles de deux pouces et derni, laissées seulement une demi-heure, ont fait disparaître sans retour ces douleurs.

Un fait à peu près semblable a eu lieu (salle 24, lit 5q) sur un jeune militaire à qui il n’a fallu que deux piqûres pour être entièrement débarrassé.

iG^Observation, ( communiquée par M. Devergie ) : Douleurs rhumatismales.

Un sergent-major au 8'’ régiment de ligne, entré à l’hôpital portant des chancres et un bubon , fut pris, en touriiant l’articulation, d’une douleur scapulo-humérale , qui depuis quelques, jours l’empêchait d’exécuter les mouvemens ordinaires ; trois aiguilles plongées dans le deltoïde, et laissées en place une demi-heure, suffirent pour le débarrasser entièrement de ,sa douleur et ramener les mouvemens à leur liberté ordinaire.

17' Observation (communiquée par M. Devergie) : Douleurs rhumatismales.

Le nommé Delage, infirmier au même hôpital, se plaignait depuis vingt jours d’une douleur dans l’articulation humévo-cubitale, augmentant par les mouvemens et par la pression. Le séjour d’une aiguille pendant sept à huit minutes dans le muscle épitroclo-radial suffit pour la 'faire disparaître complètement. Qdinze jours se sont écoulés depuis cetté opération sans récidive.

18' Observation (communiquée-par M. Devergic):

Hémicranie.

Une dame âgée de 26 ans fut atteinte, le 1 5 janvier 1826, d’une gastro-bronchite, qui fut facilement enlëvéé par les moyens antiphlogistiques., Le 19 tous les symptômes avaient disparu,-à Tèxception d’une hémicranie très-violente, qui ayant résisté aüx'pédiluves chauds, ne lui laissait pas un instant de repos. Le 20 au soir, une aiguille fut introduite dans la région temporale gauche, siège du mal, entre la peau et l’aponévrose; quatre minutes après , la douleur s étant portée vers le milieu du front, la malade demandai introduction d’une autre aiguille dans la partie dou-

loureuse, ce qui eut lieu avec le succès le plus complet dans l’espace de trois minutes. Elle jouit alors d’un sommeil dont elle était privée depuis trois nuits. Il n’y a point eu de récidive.

iq' Observation : Ophllialmie très douloureuse , ( communiquée par M. le docteur Bonpard).

Le 6 décembre dernier, le nommé Sclimit, chapelier, se présenta chez moi avec une ophthalmie violente à l’œil gauche : la conjonctive était boursoufflée et d’un rouge foncé. Le malade disait éprouver des douleurs intolérables dans toute la région orbitaire, mais particulièrement sur la bossé frontale, ^et homme.réclamait avec instance du soulagement ; ses douleurs étaient des plus vives ; il se sentait, disait-il, incapable de les supporter plus long-temps, et il était décidé à-mettre un terme à son existence, si je n’apportais du remède à son- mal. Je calmai d’abord son moral , et je lui proposai l’acupuncture comme le moyen le plus efficace pour faire cesser ses souffrances. Les bons effets obtenus à Saint- Louis par M. J. Cloquet, dans des cas de douleur inflammatoii’e, m’autorisaient à lui donner en quelque sorte cette assurance. Je pris une aiguille ordinaire , je lui fis une tête en cire, et j’en portai la pointe vis-à-vis de la partie

externe gauche de l’arcade sourcillière. Après l’avoir enfoncée à peu près de toute l’épaisseur de la peau, je la dirigeai de gauche à droite, et je la lis pénétrer ainsi de dix-huit à vingt lignes. Peu de temps après l’introduction de l’aiguille , la douleur parut prendre beaucoup d’intensité. Cinq minutes après son introduction, Schmit me dit -qu’il ressentait une sorte d’engourdissement dans les parties occupées par la douleur ; plusieurs bâillemens successifs eurent lieu ; le malade s’est endormi. Après une heure de sommeil , il se réveille, et ne ressent pas la plus légère douleur , seulement une gêne pour clore les paupières. Douze sangsues- à l’anus furent mises le soir même, et six jours suffiïent pour que la conjonctive reprît sa couleur ordinaire.

Schmit ne put rester long-temps sans se livrer à ses habitudes, il recommença à boire ; la douleur reparut, moins vive que dans le principe, et céda à l’application d’une nouvelle aiguille. Le malade a repris ses travaux dix-huit jours après la première acupuncture, et jouit aujourd’hui , 12 juillet, d’une santé parfaite.

3.0'' Observation : Rliumalisme musculaire , ( communiquée par M. le docteur Bonpard).

Une dame âgée de trente ans, demeurant rue du Cadran, éprouvait depuis six mois des douleurs intolérables dans l’épaisseur des deltoïdes ; cependant l’embonpoint n’était pas diminué ; l’appétit était bon , et toutes les fonctions s’exécutaient parfaitement ; seulement la malade ne pouvait se servir de ses bras sans augmenter ses souffrances. On n’observait aucun gonflement, aucune rougeur. Des frictions faites avec le Uniment ammoniacal et addition de laudanum liquide , ne procurèrent aucun soulagement ; d’ailleurs la malade ne s’y soumettait qu’avec répugnance. Elle consent à l’opération de l’acupuncture. Je place une aiguille dans l’épaisseur de chaque deltoïde ; cette opération n’apporte aucune amélioration ; deux heures s’écoulent dans une attente infi’uctueuse ; alors je me fis apporter du fil de laiton, des vases remplis d’eau. Je disposai une extrémité du laiton de manière à pouvoir l’accrocher à l’aiguille, tandis que l’autre bout trempait dans l’eau chargée de muriate de soude. Aussitôt il survint- de l’engourdissement dans toute l’étendue des extrémités thorachiques. Cet engourdissement

abandonna les mains . et successivement les avant - bras , les bras eux - mêmes, et persista quelque temps aux environs de la piqûre, qui était entourée d’une auréole rosée d’un pouce d’étendue. Les aiguilles restèrent près de cinq heures; en les retirant, plies étaient oxydées. La malade n’a plus souffert depuis le lo février, époque où l’opération lui a été pratiquée, jusqu’à ce jour, i4 juillet iSaB.

'21® Observation : Rhumatisme aigu du cou, (communiqucc par le docteur Toirac).

Madame Lancel, âgée de 28 à 00 ans, n’avait jamais eu de rhumatisme. Dans la nuit du 12 février 1825, elle fut réveillée par une douleur ex- Irêrnement vive au cou. Ses plaintes réveillèrent bientôt toutes les personnes de lamaison.-Quand le jour parut, elle ne pouvait exécuter aucun mouvement, ni endurer le contact le plus léger, sans éprouver des souffrances intolérables.

Appelé le matin près de la malade, je reconnus un rhumatisme aigu qui occupait particulièrement le muscle sterno-mastoïdien.

Une aiguille fut introduite perpendiculairement à la partie moyenne de ce muscle, dans le point que la malade m’indiqua comme le plus douloureux. Au bout de quelques instans un soulage-

uient èensihJe so manifesta, mais il fut de courte durée ; la douleur sembla se porter un peu plus haut avec plus d’intensité. Une deuxième acupuncture fut faite à deux pouces de la première , dans la direction du muscle mentionné.

Quatre heures après je revis la malade. Elle souffrait moins, quoicju’elle souffrît cependant encore beaucoup ; mais à peine les aiguilles, que j’avais introduites à un pouce et quelques lignés de profondeur, furent-elles enlevées, que le visage de la malade, où se peignaient les plus grandes souffrances, changea d’expression : ses yeux devinrent hrillans; un sourire de contentement et de bien-être intérieur annonça Tin soulagement que j’étais bien loin d’attendre.

Un quart d’heure après que les aiguilles furent retirées, elle pnt mouvoir le cou, se mettre sur son séant, et même se» lever et s’habiller. Le soir il ne restait qn’un peu de roideur d’ans les mouvemens de la tête. La malade se coucha à son heure ordinaire, dormit bien, et fut entièrement guérie le lendemain.

23“ Obsei’vatioxi : Odontalgie , (communiquée par le docteur Toirac).

Le nommé Joseph, commissionnaire, est venu chez moi le 20 décembre 1-8.34, pour se faire

extraire la première grosse dent molaire du côté droit de la mâchoire inférieure. Depuis trois jours il y éprouvait de grandes douleurs. Cette dent me parut peu gâtée, mais assez cependant pomme déterminer à l’extraire, si je n’avais pas eu l’intention de tenter l’acupuncture.

J’introduisis donc perpendiculairement une aigixiile (i) dans l’épaissédr de la gencive, dans le point compris entre la deuxième petite molaire et la grosse molaire, siège principal du mal.

, La douleur au bout de quelques instans disparut entièrement et alla subitement se porter vers le cuir chevelu près de la suture frontale, où je la poursuivis par une deuxième acupuncture, qui la fit cette fois disparaître entièrement. Je maintins les aiguilles attachées une bonne demiheure.

Le malade, que j’ai occasion de voir tous les jours, n’a plus ressenti de douleurs, si ce n’est une fort légère le lendemain matin, mais elle n’a duré qu’une minute ou deux et s’est dissipée seule.

(i) Afin de n’éti-e pas obligé de maintenir la bouche ouverte par le moyen du doigt, quand on agit sur les gencives qui bordent les molaires, j’ai construit des aiguilles longues seulement d’une ligne ou deux; elles se terminent par une spirale à laquelle on peut adapter un conducteur en fil métallique. Ou peut aussi y adapter un fil quelconque pour fixer l’aiguille à une dent voisine, quand on yeut la laisser à demeure plus ou moins de temps.

a3‘Observation : Odontalgie , ( communiquée par le dooleiir ïoirac).

La nommée Annette, âgée de 19 ans, éprouvait depuis quekpes jours des douleurs vives vers la première dent grosse molaire du côté gauche de la mâchoire inférieure. Cette dent n’était pas cariée. Ces douleurs, se propageaient dans toute la joue de ce côté jusqu’à l’oreille. La mastication était devenue impossihle. Les gencives étaient pâles.

Une aiguille fut introduite dans la gencive près de la dent. Un instant après , la douleur disparut à la dent et vers la région de l’oreille. Les mouvemens de la mâchoire étant encore douloureux, j’introduisis une autre aiguille dans l’épaisseur du muscle masséter ; et bientôt la malade put mouvoir ses mâchoires sans douleur. Au bout d’une heure et demie d’acupuncture, l’affection avait entièrement disparu.

Le lendemain, la malacle a ressenti une douleur vague, légère , qui s’est dissipée dans la nuit .suivante.

Aujourd’hui, vingtième jour depuis la guérison , il n’est survenu aucune douleur.

24° Observation : Névralgie faciale^ (communiquée par le docteur Toirac).

Madame..., âgée de Lfi à 45 ans, d’une taille plus qu’ordinaire, d’une constitution sùche et éminemment nerveuse , était, depuis dix-huit mois, affectée d’un tic douloureux de la face , dont les accès avaient fégulièrement lieu deux fois dans les vingt-quatre heures, pendant quelques jours; ils devenaient ensuite irréguliers, en changeant d’heure seulement, sans que pour cela il y eût diminution dans leur nombre ; puis, la malade restait sans souffrir pendant trentesix, quarante heures, quelquefois trois jours de suite, lorsqu’on lui administrait un médicament convenable et auquel elle n’était point accoutumée.

Ainsi le quinquina, le sulfate de quinine, les pilules de Méglin, les frictions, les adoucissans et les antiphlogistiques, avaient tour à- tour et plus d’une fois suspendu les accès ; mais ils revenaient, après les temps indiqués plus haut, malgré la continuation des mêmes moyens.

Lorsque je la. vis (le 24 janvier iSaS), la douleur avait pris un type régulier, et je m’empressai , malgré la répugnance de la malade, à employer l’acupuncture. ^

Une seule aiguille fut introduite dans la partie moyenne du muscle zygomato-labial, endroit désigné par la malade comme le point le plus douloureux.

La douleur augmenta pendant cinq minutes, et détermina une sensation de chaleur que la malade n’avait encore jamais éprouvée ; elle l’assimila à un jet de feu qui traverserait la joue. Au bout de six à sept minutes, la douleur diminua, et dix ou douze minutes après, elle n’éprouvait plus rien. L’aiguille resta en place à peu près deux heures un quart. Toute la partie qui avait pénétré était oxidée.

Aujourd’hui,, c’est le cjuinzième jour depuis la guérison , et il est à remai’quer que la malade n’avait jamais joui d’un repos aussi long depuis l’invasion de la maladie.

25° Observation : NéuHagie de la face,, (commuaiiqmée par le docteur ïoirac).

Sophie Barbot, âgée de Sa ans, était affectée depuis trois mois d’une névralgie continue, qui occupait alternativement le côté droit de la face, du cou et du cuir chevelu.

Cette malade avait été soumise par le docteur Boutin, avec toute la sagfcité qu’on lui connaît,

à divers traitemeas, sans pour cela qu’on eût obtenu de soulagement bien marqué. Soupçonnant alors que la maladie pouvait être entretenue par quelques dents gâtées, il me l’adressa le 22 janvier de cette année.

Je fis avec soin l’inspection de sa bouche, qui ne m’offrit rien qui pût m’y faire présumer la cause du mal; dès lors, je ne balançai pas à la soumettre à l’acupuncture. '

La douleur occupait dans ce moment tout le côté droit de la face. Une première aiguille fut enfoncée dans la.partie moyenne de la joue , de manière à ce que la pointe fut dirigée vers l’origine du nerf facial. Voici ce qui ^ût lieu :

Engourdissement de la douleur, qui semble sè porter vers la région temporale, f Feu d’irist-ans après, elle se dissipe entièrement;à la face, et se fixe sur le muscle antérieur de l’oreille, que bientôt elle abandonne, après.avoir été poursuivie par l’introduction d’une nouvelle aiguille. La douleur monte peu à peu, se porte sur le cuir chevelu, où je fais une troisième piqûre. iElle quitte brusquement cet endroit, et va enfin se fixer au cou, près de l’angle de la mâchoire, OÙ je la sou mets encore à .une quatrième et dernière acupuncture.

Au bout d’un quaiF- d’heure , disparition to-

talc de la douleur dans toutes les régions , et la malade me dit que c’est la première fois depuis trois mois qu’elle ne souffre pas.

Les aiguilles ne sont restées en place que trois quarts d’heure. *

Sophie Barbot, en sortant de chez moi, fut i-etrouver le docteur Boutin pour lui annoncer l’heureux changement qui venait de s’opérer en elle.

La douleur depuis n’a pas reparu.*

26° Observation : Epilepsie , (communiquée par le docteur Toirac).

Mademoiselle A. G***, jeune et jolie personne, âgée de 20 ans, est épileptique depuis l’âge de i 3 ans, par suite d’une grande frayeur.

Les accès dans le principe étaient fotrt éloignés les uns des autres ; peu à peu ils se sont rapproches ; maintenant ils ont lieu régulièrement tous les deux mois.

La malade a été soumise par des praticiens fort distingués, mais inutilement, à une foule de traitemens.

Comme prodrome à l’accès, il se manifeste quelque malaise, et plusieurs jours avant qu’il ait lieu, une très-vive douleur au sein droit , à deux pouces externes du mamelon. Cette dou-

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