‹ Traité de l'administration des cultes protestantsChapitre 10 sur 151 · I.NTUODLCTION XIX · texte numérisé non relu

I.NTUODLCTION XIX

immigrés en France, celui des luthérieiii nouveauxveaus serait d'environ 35,ooo pour l'ensemble du pays, et grossirait, dans une forte proportion, le chiffre des statistiques officielles. Quant à Paris, comme malgré Texode provoqué par la guerre les trois années 1870, 1871 et 1872 fournissent une moyenne de 280 mariages et indiquent ainsi une population de 35, 000 personnes, on arriverait, en y ajoutant les Alsaciens immigrés, à une communauté de 58,000 luthériens.

Ces chiffres, si on les rapproche du nombre actuel des actes pastoraux et des évaluations que donne M. Lods, ne prouvent évidemment qu'une seule chose, c'est qu'il existe à Paris et en province de nombreux luthériens disséminés que les statistiques ignorent. Bea icoup d'entre eux se rattachent un à un à Ti^^glise réformée, d'autres restent privés du culte de leur enfance et insensiblement, par des mariages mixtes, tendent à se confondre dans TEglise catholique. Et pourquoi ? par la disproportion qui existe entre les devoirs et les charges que la perte de l'Alsace -Lorraine a imposés à TEglise luthérienne française et les ressources qui ont été mises à sa disposition pour y faire face.

Tout se borna à la création a Paris de deux postes de pasteur, et quand, cédant aux impérieuses nécessités de Tétat de disbémination de ses nouveaux fidèles, TEglise de Paris s'imposa la charge de pasteurs auxiliaires, elle se vit — ironie de logique ^ refuser par la ville le supplément de traitement de tous ses pasteurs titulaires.

Si cet aspect de la question religieuse, qui engage à un si haut degré notre patriotisme, au regard des provinces perdues, avait été mieux aperçu, peut-être l'Eglise luthérienne aurait-elle rencontré plus de bienveillance auprès des auto-

iCX INTRODUCTION

rites municipales, et plus de libéralité auprès des pouvoirs publics. L'exposé doctrinal de iVl. Lods ne porterait pas des traces si multiples et si profondes de la lutte qu'elle a dû soutenir pour la défense de ses droits et des conditions difficiles où elle s'est vue réduite.

Elxposé doctrinal, ai je dit. Telle est, en effet, la riclie substance de ce livre. Par sa nature il ne se prête ni à un résumé nia une analyse^et sa valeur, j'en suis certain, se révélera surtout à Tépreuve. Je n'ai garde de vouloir y guider le lecteur, il s'y dirigera sans effort. Je lui demanderai seulement d'observer, chemin faisant, combien sont identiques (abstraction faite de la discipline ecclésiastique que M. Lods a laissée en deliors de son cadre pour s'en tenir au droit proprement dit) les inté- I êts des deux grandes communautés jDrotestantes, quelle foule de questions leur sont communes et auraient pu, à mon gré, être groupées par l'auteur dans une partie générale.

Il pourra constater aussi que le protestantisme français ne réclame ni privilèges ni faveurs, mais un régime d'équitable liberté, conforme à ses traditions séculaires et à cette juste réciprocité que les auteurs des lois organiques ont voulu sanctionner et que l'un des principaux d'entre eux, l'ancien oratorien d'Hauterive, proclamait en ces termes mémorables :

« // est du devoir du goupernement d'assurer sa protection aux réunions paisibles de cette minorité éclairée et généreuse de citoyens rassemblés dans des temples dans la vue louable de recueillir et de pratiquer les préceptes de la religion du Christ.

Ses fondateurs ont les premiers répandu en Europe des maximes libérales de gouvernement. Ils ont fait j aire des progrès à la morale, à la philosophie, aux sciences et aux arts utiles. Les protestants se sont rangés des premiers sous les drapeaux de la liberté et ne les ont jamais abajidonnés.T)

Jacques Flach.

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