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L'ORGANISATION DE L'ÉGLISE RÉFORMÉE

Par la loi du 18 Germinal an X

L'Eglise Réformée fut à son origine constituée suivant le régime presbytérien-synodal.

Le Synode qui se tint à Paris le 23 mai 1559 l'organisa d'une manière régulière ; en trois jours, il rédigea une confession de foi et adopta une discipline qui fui revisée en certains points par le Synode de la Rochelle en 1571.

D'après l'ancienne discipline, toutes le^ Eglises étaient égales entre elles : « Nulle ne pourra prétendre primauté ni domination sur l'autre. »

A la tète de cha(|ue paroisse se trouvaient un ou plusieurs pasteurs et un consistoire composé des anciens, des diacres et des pasteurs (1). S'inspiranlde l'exemple donné par les apôtres qui avaient convoqué la multitude pour élire ses conducteurs spirituels, l'ancienne discipline accordait au peuple le droit de choisir les membres de chaque consistoire.

Au-dessus du consistoire était placé le colloque, composé des ministres et d'un ancien désigné par chaque consistoire. Toutes les églises se divisaient en seize provinces avec un synode provincial pour chacune d'elle. Ce synode

(I) Consultez : La Discipline des Eglises vi-formées de France, par 1. D'Huisseau, ministre à Saiimur. Genève, IGÔG, in-4o. — Etude historique et bibliographique sur la Discipline des Eglises réformées de France, par Ch. Frossard. — Discipline ecclésiastique, Projet présenta au Syiiodc de la III^ circonscription, par Paul de Felice.

était formé par les pasteurs de la province et par un ou deux anciens élus par chaque consistoire. Ces assemblées décidaient des différends qui avaient pu naître soit entre les ministres et les consistoires, soit entre les consistoires et la communauté religieuse.

Le synode national, sorte de diète générale de toutes les petites républiques ecclésiastiques, était une émanation directe des synodes provinciau.\: appelés à désigner chacun deux ministres et deux anciens (Ij, il formait le couronnement de cet édifice ecclésiastique.

Ce système, savamment combiné, était encore en vigueur à la veille de la Révolution; il a, selon la judicieuse remarque de M. le j)asleur Bersier, servi de base aux institutions parlementaires des nations modernes.

Au péril de leur vie, les calvinistes avaient réussi à réunir huit synodes nationaux depuis la révocation de l'édit de Nantes, le dernier se tint à Loudun du l'"' au 10 juin 1763. Quant aux synodes provinciaux, ils fonctionnèrent assez régulièrement dans certaines provinces jusqu'en 1796 (2)..

Sous la pression de l'opinion publique, Louis XVI se rendit aux vœux formulés par les philosophes, les jurisconsultes, et consentit enfin à s'intéresser au sort malheureux et injuste des protestants.

Rabaut de Saint-Etienne (3', était installé à Paris depuis 1785, délégué par |)lusieurs consistoires avec la mission de continuer l'œuvre d'Antoine Court et celle de son père, Paul Rabaut, le grand pasteur du Désert, c'està-dire de « veiller aux intérêts de la cause commune des

(1) Consultez : Cuiiilz. ConsidôraHons historiques sur le développement du d)-oit ecclésiastique protestant en France. Strasbourg 1840, in-8°.

(2) Consultez : E. Doumeriiue. La Veille de l'An X, Etude sur l'Eglise réformée à la fin du XVIII' siècle. Paris, in-V2, Hugues : Les Synodes du Désert.

(.3) Voir : Armand Lods. Essai sur la vie de Rabaut de Saint-Etienne . Paris, 1893, in-8°.

SIR l'ohganisation de l'église réformée 3

protestants du royaume. » Il avait eu l'occasion de voir à Nimes le marquis de Lafayette et de l'intéresser à la défense des persécutés et il obtint son intervention directe à l'Assemblée des notables. En effet, dans le troisième bureau, le général Lafayette s'éleva avec force contre les actes arbitraires et les excès de l'autorité supérieure contre les protestants. Le comte d'Artois l'interrompit, mais il continua, parce que, ajouta-t-il, les notables ont été assem blés pour faire parvenir la vérité au Roi, et il pro])osa la restitution de l'état civil à a ceux de la religion réformée. » Le bureau adopta cette motion, et le 17 novembre 1787, redit de Tolérance fut signé par Louis XVI (i).

Tous les esprits indépendants accueillirent avec enthousiasme cet édit, et pourtant il ne donnait pas aux protestants une existence légale, il ne les rétablissait pas dans la situation qui leur avait été faite par l'édit de Nantes, il se bornait à leur permettre de fain» constater d'une manière purement civile leur mariage, leur naissance et leur mort, et c'est avec raison que Kabaut de Saint-Elienne affirmait à l'Assemblée nationale « que les non catholiques n'avaient reçu de l'Edit de Novembre 1787, que ce que l'on n'avait pu leur refuser. »

Celte loi était pourtant un acheminement vers le système de la tolérance absolue et de la liberté.

Les événements se i)récipitenL les Etats-Généraux sont convoqués, et dans les provinces un mouvement irrésistible se ])roduit contre tous les privilèges et contre toutes les oppressions; cependant le clergé catholique, qui n'a guère appris et qui n'a rien oublié, demande dans plusieurs provinces l'abrogation de l'édit 1787 et sa révocation (( comme contraire aux lois ecclésiastiques avouées et adoptées par plusieurs actes émanés de l'autorité des lois. ))

(1) Consultez : Cli;iiies Danlier. Le Ce)itenaire de l'édit de Tolérance. Rullelin de la société de l'Histoire du Protestantisme, tome xxxvi (1887), p. 623 et suivantes, et Correspondance de Paul Rabaut avec divers.

Loin détenir compte de ces revendications d'un autre âge, l'Assemblée constituante fit disparaître par la Déclaratmi des droits de rHommc, l'inégalité qui existait entre les rdujionnaircs et les catholiques. Désormais les anciens réfugiés seront citoyens «admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, ils ne devront pas être inquiétés pour leurs opinions, même religieuses)).

C'est l'ère de la réparation qui s'ouvre, aussi trouvonsnous toute une série de décrets sur la restitution des biens des religionnaires fugitifs, sur la nalicmalité des enfants nés en pays étrangers de français expulsés i)Our cause de religion, sur la rédaction des actes de l'état civil qui est confiée aux municipalités (I).

L'œuvre bienfaisante ainsi opérée en quelques mois ])ar l'Assemblée nationale, subit un temps d'arrêt pendant le fatal régime de la Terreur. La persécution recommence contre toute religion, ne distinguant plus rette fois entre catholiques et protestants. Les temples qui venaient à peine de s'ouvrir, furent fermés par ordre des conventionnels en mission (2), et les pasteurs qui ne consentirent pas à abdiquer leurs fonctions furent traités en suspects. Les cérémonies du culte, assimilées à des attroupements et à des réunions fanati([ues, furent interdites dès le mois de juillet 1794. Renouvelant les scènes du Désert, les protestants tenaient leurs assemblées pendant la nuit, ils méditaient ensemble les Ecritures et chantaient les vieux psaumes huguenots.

(1) Voir : Armand Lods. — La Lôylslation des cuHes proleilanls. Paris, Grassart, I8s7, iii-8°.

(2). Le 16 prairial, an m (14 juin 1794) Borie, e;i mission dans le Gard, prenait un arrêté cojitre les prêtres elles pasiears dont l'arlicle 1" est ainsi conçu : « Tout prêtre on minisire protestant qui a exercé des fonctions de son ministère dans une commune, sera tenu de s'en éloigner à la dislance de vingt lieues dans le délai de huitaine à compter du jour du présent arrêté, à peine d'être j'épute suspect et puni comme tel.» Dans le Doubs, les représentants du peuple Besson et Pelletier, arrêtent le 20 novembre IVJi : -i Les prêtres et tous autres particuliers qui exercent ou exerceront publiquement un culte quelconque, seront mis en état d'arrestation et poursuivis par les accusateurs publics près les tribunaux. »

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