X INTRODUCTION
Si je vois bien, l'histoire de l'Eglise réformée de France est dominée, comme par trois cimes, par trois actes législatifs : Téditde Nantes (i5g8), redit de tolérance (1787), les articles organiques de germinal an X (1802). Entre les deux premiers de ces actes un gouffre avait été creusé que les siècles écoulés n'ont pu combler : la révocation de i685, un des plus grands crimes de lèse-nation qu'aucun souverain ait perpétré en aucun pays, et dont la responsabilité pèse plus directement sur la mémoire de Louis XIV et de madame de Maintenon, que la Saint-Barthélémy sur la mémoire de Charles IX et de Catherine de Alédicis, crime d'autant plus odieux qu'il procédait d'un manque de fji^ de la rupture d'un traité solennel conclu entre les protestants et la Couronne. L'Edit de tolérance, sorti des vœux de 1 Assemblée des notables^ ne fut que le préambule de l'œuvre réparatrice de la Révolution française, comme le statut organique de l'an X en fat le couronnement,
M. Lods nous apporte, avec des documents nouveaux et en partie inédits, la preuve éclatante de la ferme volonté de Bonaparte de mettre catholiques et protestants sui' un pied d'égalité. En cela le premier consul se montrait vraiment le continuateur et l'organisateur de la Révolution ; mais le mathématicien politique reparut en lui quand il substitua aux paroisses et aux synodes des divisions factices, des Eglises consistoriales formées par le groupement artificiel de six mille fidèles. Les coni-cquences sont connues. Il fallut attendre un demi-siècle, jusqu'au 26 mars i852, pourvoir rétablir à la base cette unité naturelle et essentielle, la circonscriptiori paroissiale, et aujourd'hui encore la clef de voûte, un
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synode général et périodique, manque à l'Eglise réformée.
Tout autre fut le développement de l'Eglise luthérienne. Pour le saisir, il est nécessaire de le suivre depuis les premiers temps de la Réforme.
A ce moment, la haute main sur l'administration temporelle de T Eglise appartenait aux Évêques, aussi bien que le pouvoir spirituel leur était dévolu. Les réformateurs entendirent séparer les deux pouvoirs, conserver aux évéques Tautorité temporelle, réserver à la communauté des fidèles l'autorité en matière de discipline et de foi.
Ce double principe ne put cependant être appliqué dans toute sa rigueur. D'une part, les évoques résistèrent à la Réforme. II fallait donc les remplacer. Par qui ? On ne put songer qu'aux princes protestants, les seuls qui eussent, comme les anciens évêques, un pouvoir séculier suffisant pour faire respecter leurs décisions. C'est donc à eux que les droits épiscopaiix passèrent provisoirement, en attendant que les institutions de l'Eglise fussent réorganisées sur de nouvelles bases.
D'autre part, si le premier règlement ecclésiastique (fait pour la Hesse en i526) remettait à l'assemblée générale des fidèles de chaque paroisse le droit d'élire le ministre, de le déposer, d'exercer la discipline et de veiller aux intérêts matériels, — le tout sous l'autorité d'un synode, — dès 1539 on voit ces assemblées générales faire place à des conseils presbytéraux.
Néanmoins, le régime démocratique prévaut, et c'est lui qui va se combiner avec la transmission, provisoire d'abord, définitive ensuite, des droits épiscopaux aux princes protestants pour donner naissance a l'organisation qui a subsisté