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après quelques mois sur le même emplacement, préalablement aéré par (le profonds labourages.
Des installations de ce genre, établies pendant la guerre de Crimée d*abord, et à Paris pendant la guerre de 1870-1871, ont rendu de vrais services. On a même remarqué que la mortalité a été plus faible dans ces hôpitaux que dans les maisons bâties transformées en ambulances.
Hôpital Lincoln à Washington. — Parmi les grands hôpitauxbaraques permanents construits en Amérique, Thôpital Lincoln à Washington est un des plus remarquables par ses proportions et sa situation. Cet établissement est construit en échelons ; la galerie qui fait communiquer entre eux les pavillons forme les deux côtés d'un triangle dans le milieu duquel sont élevées des baraques affectées aux services administratifs. Tous les pavillons aboutissent parallèlement à la galerie et présentent la même orientation.
Darenth-Camp, près de Londres. — L'Angleterre possède aussi des hôpitaux-baraques. Le Darenth-Camp, notamment, situé dans la campagne , à 10 kilomètres de Londres, est un vaste établissement de 1,075 lits où sont traités les convalescents. Construit tout d'abord en tentes, ce campement est aujourd'hui presque entièrement formé de pavillons en bois, élevés sur pilotis, la violence du vent ayant fait renoncer à la toile. Ainsi aménagé, cet hôpital rend d'immenses services à la cité de Londres. Les baraquements y sont chauffés à la vapeur, et, grâce â ce moyen, une température égale existe nuit et jour dans les salles.
Les mesures sanitaires prises au Darenth-Camp pour empêcher la contagion sont très remarquables.
Un poste militaire sert à établir Tisolement. La barrière qui entoure le camp est sévèrement gardée. II est absolument interdit de parcourir la zone de 100 mètres qui sépare la barrière de la station. Aucun des malades ne peut recevoir de visites, et la raison qu'on donne officiellement aux familles est tirée de Tétat satisfaisant des internés. Les convalescents, dit-on, ne sont pas assez gravement malades pour qu'on ait la moindre inquiétude â leur sujet.
Avant de quitter le camp, le convalescent guéri doit prendre six bains en douze jours. Il revêt des vêtements neufs. Tous ses effets ont été détruits par un appareil crématoire établi dans un petit bois voisin.
Des précautions minutieuses sont prises au départ. Le sortant passe successivement dans trois salles : dans la première, il laisse ses vêtements; dans la seconde, il prend un bain; dans la troisième, soigneusement isolée des deux autres, il s'habille pour gagner directement la rue. La désinfection se fait à la vapeur surchauffée. Il ne sort rien, pas un atome, qui puisse receler un germe ou un microbe.
L'état moral des habitants est excellent. L'administration s'ingénie à leur procurer des distractions nombreuses. Une fois par semaine, une grande représentation a lieu ; la musique, le chant, la danse, les amusements forment le programme habituel des réunions quotidiennes du soir, et l'air est si vif, si pur, que la convalescence marche d'un pas rapide (1).
Hôpitaux flottants. — Les hôpitaux flottants sont des steamers exclusivement appropriés au service des malades ; ils sont employés avec succès, en Amérique et en Angleterre, comme ambulances, pour le transport des malades et aussi comme hôpitaux sédentaires où l'on soigne les malades jusqu'à leur guérison.
Un des premiers établissements de ce genre fut créé dans le port de Greenwich en Angleterre. Plus tard, les Américains ont employé les vaisseaux-infirmeries pour suivre le mouvement des armées et recevoir les malades et les blessés le long des fleuves.
Hôpitaux flottants d'Amérique. — Voici la description que M. Husson nous donne d'un de ces steamers (2). « Pour ceux qui n'ont pas vu en détail un des grands steamers de rivière américaine (3), il sera difficile de comprendre comment on a pu coucher et soigner commodément à leur bord de 300 à 800 malades. Cependant les malades et les blessés y étaient certainement mieux que dans les hôpitaux, surtout sous le rapport de la ventilation et de la pureté de l'air. Ces bateaux à aubes ont de 240 à 300 pieds (73'",15 à 78'",29) de largeur à leur milieu. Le pont de la chaudière contient les machines, qui, à peu de chose près, en occupent le quart ; il mesure environ 200 pieds (60",96) de longueur
(1) Gorrespondaiico de Londres, du journal 7e Tetaps, n* du 20 août 188r).
(2) Étude sur les hôpitaux.
(S) Les bateaux à vapeur dont il s'agit ici comporlcnl deux ou trois étages au-dessus de la ligne de flottaison. Ces étages sont disposés pyranudalouient dans toute la longueur du navire, de manière à ce que chacun d'eux présente une largo galerie ou terrasse prise sur la partie saillante de l'étage inférieur.
et 40 pieds (12™, 19) dans sa plus grande largeur. Un espace laissé libre à Tavant sert de magasin, un autre à l'arrière est réservé à Féquipage et au logement des officiers.
« Les passavants (1) ont facilement reçu une rangée de lits abrités au-dessus de la galerie du pont supérieur et du côté de Teau par des rideaux de toile imperméable.
c Le pont supérieur peut recevoir 200, 300, et quelquefois môme 400 lits disposés sur quatre rangs. Dans cette même partie, se trouve un vaste salon où Ton peut installer 100 lits ; il est éclairé et ventilé par de nombreuses ouvertures pratiquées dans la paroi.
* Tout autour de ce salon sont disposées, en temps ordinaire, des chambres réservées ou chambres d*apparat; mais on avait dû en abattre les cloisons, afin de faciliter le service et de rendre plus active la circulation de Tair. Ces chambres ont deux portes qui s'ouvrent, Tune sur le salon, l'autre sur les passavants. Ceux-ci ont de 8 à 10 pieds de largeur et peuvent facilement recevoir une file de lits sur toute leur étendue. On a également disposé quatre rangées de lits sur le gaillard d'avant.
< On comptait à bord trois ou quatre cuisines : une pour les officiers d'équipage, une pour les médecins et les infirmiers, et une pour les malades.
tt On a établi une hngerie, une pharmacie, une salle d'opérations, une salle de bains, des bureaux pour l'économe, les officiers commandants, pour les médecins et les chirurgiens. *
Hôpitaux flottants d'Angleterre. — Le Metropolitan Asylums Boavd, de Londres, possède en ce moment sur la Tamise une installation complète d'hôpital flottant, spécialement affectée au traitement des varioleux. ( lette installation comprend trois grands navires solidement amarrés et communiquant entre eux par des passerelles. Un de ces navires, rEndymion^ est consacré à Tadministration et aux services. Les deux autres, F Atlas et h Castalia^ reçoivent les malades dans six salles bien aérées et exposées à la brise marine, qui leur arrive attiédie par des appareils spéciaux. On peut loger, dans chacune de ces salles, 50 malades.
'Il Passage établi de chaque côlc d'un vaisseau do guerre pour servir de communication entre le gaillard d'avanl et le gaillard d'arrière.
Conditions à observer dans la construction des hôpitaux. — Les
conditions à remplir dans la construction des hôpitaux ont été exposées dans un rapport du Comité d'hygiène et de service médical des hôpitaux, qui a été approuvé par le ministre; le 28 avril 1865, et recommandé aux commissions administratives par les préfets. Voici les passages principaux de ce document.
Choix du sol pour la création (Tun hôpital,
La commission n*ignorait pas que les administrations hospitalières ont rarement le choix de la nature du sol sur lequel doit être fondé l'hôpital. Souvent rédilité est propriétaire d'un terrain qu'elle affecte naturellement à cette construction; cependant des conditions plus favorables, quoique exceptionnelles, peuvent se produire; la commission devait les prévoir.
Le terrain le plus favorable est le terrain rocheux, le moins favorable est le terrain de remblai. Celui-ci est d'autant plus défavorable que la qualité des terres rapportées est elle-même dans des conditions plus propices à la fermentation : ainsi, les boues des villes et les détritus de tous genres. Il est même des matériaux provenant d'usines, qui peuvent subir une décomposition par une fermentation souvent intermittente et de longue durée ; c*est le cas oii la chaleur renaissante du printemps et de Tété vient faire revivre cette fermentation, ou bien mettre à nu et dégager des émanations qui modifient l'air plus ou moins défavorablement : ainsi, les résidus des savonneries, des mégisseries, des usines à gaz, etc.
Mais il y a plus : un hôpital ne serait pas dans de bonnes conditions, s'il était placé sur un terrain de remblai de date récente, alors même que le remblai serait uniquement composé de terre végétale ordinaire. Il est, en effet, reconnu que le déplacement des terres dans une localité donne souvent lieu au développement de fièvres intermittentes, non seulement pendant l'année où ce déplacement a eu lieu, mais encore durant plusieurs années consécutives.
Il est donc sage d'éviter ces sortes de terrains pour la construction des hôpitaux.
Une autre condition de salubrité du sol a sa source dans Thumidité ou la sécheresse habituelle du terrain. L'hôpital construit sur un sol humide est un hôpital dont la mortalité sera fatalement plus grande que celui qui a été fondé sur un sol sec. Voici quelques exemples qui mettent co fait en évidence :
Ecosse. — Hôpital de Greenock. — 48 à 50 lits. Situé à 10 mètres de la Clyde. MortaHté, en 1862, 11.4 0/0.
Hôpital de Perth. —68 lits. Situé sur le versant d'une colline. Mortahté, en 1862, 7.07 0/0.
Hôpital de Dundee. — 170 lits. Situé sur le versant d'une colline. Mortalité, en 1862, 7.06 0/0.
Angleterre. — Hôpital de Notlingham, — 142 lits. Situé sur une hauteur et isole. Mortalité, en 1862-1863, 3.57 0/0.
Hôpital de Whitehaven. — 54 lits. Situé à un niveau très bas. Mortalité, en
Situation générale.
. Au point de vue de Thygiène, les hôpitaux devraient être établis loin des populations et des agglomérations d*individus. Ce fait a été consacré par la commission de l'Académie des sciences, par Tenon, et, en dernier lieu, par M. Michel Lévy, dans son excellent Traité d* hygiène. Ce principe a été eflicacemcnt et utilement appliqué à la plupart des malades militaires; car, dès le malaise, le militaire est transporté dans un hôpital éloigné, au moyen d'un service public de voitures tout spécial.
Mais il n*en est plus de même pour la population civile. Avant tout, Thôpital est Tasile des secours, et le secours doit être aussi à portée que possible de celui qui en a besoin ; car le malade civil attend au dernier moment avant de se décider à entrer à l'hôpital ; non qu'il faille placer l'hôpital au centre des agglomérations, mais bien dans leur voisinage.
Les administrations hospitalières ont donc à satisfaire, autant que possible, aux nécessités de l'hygiène d'une part, et, de l'autre, à la nature et à la spéciaHté des services que Thôpital doit rendre à la population nécessiteuse.
C'est toujours ainsi que l'ont compris les hommes de science et de pratique de toutes les époques. La commission de l'Académie des sciences, Tenon et Duchanoy en particulier, voulaient, pour remplacer THôtel-Dieu de Paris, au centre un hôpital de secours, et à chacun des quatre points cardinaux de Paris un hôpital répondant à l'intensité de la population.
Tout récemment, la Société des chirurgiens des hôpitaux a émis la même opinion, et la commission elle-même, durant le cours des éludes sur les hôpitaux à créer, éludes qui remontent aux six premiers mois de Tannée
1863, formulait la même manière de voir.
Elle s'était même demandé si l'on ne pourrait pas établir des voilures de transport des malades civils, à l'instar de celles des hôpitaux militaires. Celle pensée n'a pas prévalu.
Le choix de la localité doit donc reposer sur une balance comparative de deux intérêts principaux à satisfaire : la salubrité de l'hôpital, la proximité des secours pour les agglomérations de populations.
Mais la topographie de l'hôpital, vue dans son ensemble, exige encore d'autres conditions qui peuvent être exprimées en termes généraux.
Ces conditions sont tellement accréditées depuis longtemps, qu'il suffit de les rappeler ici :
Emplacement libre et vaste, éloigné des usines, des fossés de remparts où l'eau séjourne, des marais et des prairies humides, du bord des rivières
qui se tarissent en été; éviter les bas-fonds comme les sommets des collines, la première condition exposant à une humidité permanente; la seconde, à une ventilation excessive, souvent funeste aux malades.
Parmi ces exclusions énoncées en termes généraux, la commission croit devoir appeler rallention sur Tune d'elles, c'esl-à-dire sur le voisinage des cours d*eau. Ceux-ci varient suivant leur importance : les uns se tarissent plus ou moins complètement en été, et mettent à nu un fond vaseux qui se putréfie et répand des émanations insalubres ; car ces cours d*eau sont fréquemment des déversoirs d*égouts. Les autres, en se tarissant, mettent à nu des surfaces considérables de sol sablonneux mêlé à de nombreux détritus de végétaux; il en résulte, tous les ans, un développement de fièvres intermittentes qui viennent frapper les habitants du voisinage. Il est des cours d*eau qui se divisent en plusieurs bras d'importances relatives très différentes; et alors les bras collatéraux deviennent, en se desséchant en été, la source de foyers d'infection et de développement de lièvres intermittentes. C'est ce qui avait lieu, il y a quelques années, pour ne citer qu'un exemple, à l'égard de Ja promenade à la source des Célestins de Vichy : les personnes qui se rendaient aux eaux contractaient quelquefois des fièvres durant leur promenade du soir.
En dehors même de ces conditions hygiéniques très fâcheuses, les cours d'eau permanents, malgré leur encaissement par les quois, peuvent avoir des inconvénients pour un hôpital. Ils développent, en général, de l'humidité, et, en hiver, il y règne des brouillards souvent fort incommodes. Les brouillards de la Tamise et ceux de la Seine sont passés à l'état de proverbe ; de plus, durant plusieurs mois, les caves d'un hôpital pourraient être inondées. Alors, l'hôpital se trouve placé sur une masse d'eau plus ou moins considérable; c'est ce qui arrive annuellement à Paris pour les habitations particulières, malgré les quais très solidement construits.
Ajoutons qu'une construction dans de semblables conditions exige souvent des fondations et des précautions de tout genre, et dès lors, la dépense se trouve considérablement augmentée.
Enoncer ce fait dans toute sa simplicité a paru suffisant à la commission pour déterminer les administrations hospitalières à éloigner, autant que possible, les établissements des grands cours d'eau.
Toutefois, la commission reconnaît que les grands cours d'eau de fleuve ou de rivière rapides contribuent à déterminer une ventilation favorable à un hôpital, en même temps qu'ils donnent la facilité d'y puiser une eau généralement pure pour les besoins du service.
Enfin, les bâtiments des hôpitaux doivent être tout à fait indépendants de tout voisinage et de toute habitation étrangère. Il faut que la totaUté du bâtiment, des caves au grenier, sur la voie publique comme à l'intérieur, soit occupée par des malades ou par des dépendances de service appropriée» aux malades.
Supposez, par exemple, qu'un rez-de-chaussée, plus ou moins étendu, soit approprié à une location; que des baux de longue durée soient consentis; qu'un besoin vienne alors àserévéler pour l'établissement de calorifères, de conduites d*eau, de ventilateurs, etc., ctc Voilà l'administration hospitalière sous la dépendance d'étrangers ; il est donc d*une impérieuse nécessité, tant sous le rapport physique que sous le rapport moral, que, sous aucun prétexte, une partie quelconque des bâtiments ne puisse être distraite de son appropriation au service des malades.
Orientation n donner aux hôpitaux.
Les opinions onl été très partagées sur l'orientation à donner aux hôpitaux. La commission de TAcadémie des sciences a préconisé Texposition du raidi; elle se fondait sur ce que le soleil venait frapper directement les salles en hiver et y répandre une lumière et une gaieté favorables au physi(|ue comme au moral des malades, en même temps que cette exposition permettait aux vents du nord de balayer Tatmosphère environnante et d'établir une ventilation salubre au voisinage des bâtiments.
Mais la commission de l'Académie des sciences raisonnait pour Paris, et, sous ce rapport même, son opinion peut être facilement réfutée, La Société de chirurgie des hôpitaux de Paris, prenant en considération à peu près les mêmes arguments, a préconisé l'exposition du midi.
La commission d'hygiène devait envisager la question sous un autre aspect, c'est-à-dire à un point de vue très général, puisqu'on posant les règles d'hygiène pour la construction des hôpitaux elle avait en vue la France entière.
Kt d'abord, en dehors du principe général à établir, elle s*est préoccupée de cette condition variable résultant de vents qui régnent dans certaines contrées et qui exercent toujours une influence fâcheuse sur les habitants; tel est le mistral de la Provence, les vents du sud-ouest pour la Bretagne, etc.
VAlc n'hésite donc pas à déclarer qu'en dehors des enseignements de l'hygiène il est une orientation qu'il faut éviter pour un hôpital dans une localité donnée : c'est celle qui exposerait l'hôpital aux influences nuisibles (les vents qui peuvent régner habituellement dans certaines contrées de la France.
Cette restriction posée, la commission d'hygiène n'hésite pas à déclarer que l'orientation la plus favorable à un hôpital est celle de l'est. En voici les motifs :
L'air au matin est généralement considéré comme le plus pur; c'est celui qu<î Ton recherche en toute saison, en hiver comme en été. Il en est de uu'ine du soleil du malin, dont la douce température exerce à ce moment de la journée une heureuse influence sur la santé. Or, c'est le matin que se fait le service général d*un hôpital; c'est le moment où Ton ouvre les fenêtres
pour approprier les salles ; c'est alors qu'indépendamment des appareils de ventilation on peut opérer un renouvellement complet de Tair. On évite par cette exposition, d'une part, la chaleur du midi, en été, débilitante pour les malades, et qui oblige à la privation la plus complète de toute lumière; oa évite, en outre, le vent direct du nord, qui, du côté opposé du bâtiment, vient par sa température exercer un contraste souvent préjudiciable aux malades.
Il y a plus, l'exposition du midi a le grave inconvénient de projeter l'ombre du bâtiment sur le préau adjacent; il en résulte que le convalescent, au lien de trouver dans les promenoirs un soleil qui le réchaulTe, n'y rencontre qu'un air singulièrement abaissé en température par Tombre projetée du bâtiment de l'hôpital.
Enfln, il résulte d'observations météorologiques annuelles, que la somme des jours oii régnent les vents du sud-ouest et du nord-est est beaucoup plus considérable que celle des vents du sud-est et du nord-ouest, de sorte que, dans l'exposition du midi et du nord, les malades se trouveraient beaucoup plus souvent sous les vents régnants. L'exposition de l'hôpital à l'est et n l'ouest les en abrite beaucoup mieux.
En vain a-t-on allégué que le soleil couchant, par la disposition horizontale de ses rayons, pouvait venir incommoder les malades en s'introduisant directement dans les salles. C*est là un inconvénient auquel il est facile de parer au moyen de rideaux ou de persiennes; aussi la commission n'a-t-elle pas hésité à poser en principe, qu'à moins de conditions locales toutes parti' culières, du genre de celles que nous avons signalées tout à l'heure pour les vents incommodes qui régnent dans certaines contrées de la France, TexpO' sition des fenêtres des salles de malades devra être au levant et au coU' chant : condition essentielle.
De la forme générale des bfUhnents à adopter dans la création des hôpitaux.
La commission n'hésite pas à poser en principe, que toute disposition de bâtiment qui met obstacle à la libre circulation de Tair doit être rejetée. Elle repousse donc deux dispositions principales qui ont été proposées ou réalisées, c'est-à-dire la forme circulaire ou la forme quadrilatère donnée à un ensemble de bâtiments continus et non interrompus.
En dehors de ces formes, on peut dire que Ton a réalisé toutes les combinaisons possibles; toutes peuvent être ramenées à trois dispositions primordiales :
Un seul bâtiment double ou simple en profondeur, sur une seule ligne;
Plusieurs bâtiments réunis en fer à cheval ou à forme plus ou moins rectangulaire ;
Enfin, des bâtiments plus ou moins multiples qui irradient d'un centre vers la circonférence, tout en se reliant entre eux au centre.
Ces trois ordres de bâtiments répondent tous à une même pensée, celle
de la concentration des malades ou de l'agglomération des malades dans des bâtiments continus.
Cette agglomération peut n'être qu'un défaut relatif. Il est absolu et entaebé de conditions antihygiéniques s*il s*agit d*un grand bôpital ; il n*a plus les mêmes inconvénients s'il s'agit d'un très petit hôpital.
La commission de l'Académie des sciences a repoussé toutes ces formes parce qu'elle avait en vue un grand hôpital.
La commission d'hygiène partage l'opinion de la commission de l'Académie des sciences, toutes les fois qu'il s'agit d'un grand hôpital. Les motifs sur lesquels elle se fonde sont les suivants. La condition essentielle de la salubrité d'un hôpital, c'est Fisolement des salles; or, dans un grand bâtiment, on ne peut isoler les salles des malades que par des carrés qui sont les aboutissants d'escaliers.
Quand on a vu le soin que la commission de l'Académie des sciences a mis à démontrer l'influence fâcheuse des escaliers sur la salubrité des salles à ventilation naturelle, on abandonne vite la pensée des grands bâtiments uniques, quelque fractionnées que soient les salles par des carrés et des escaliers. Elle établit que, dans une atmosphère close de malades, l'air le plus impur occupe toujours la partie supérieure; elle a démontré ce fait â l'aide d'expériences instituées par Duhamel, et notamment par celle-ci: si l'on établit une cheminée d'évent à la partie supérieure d'une salle, il s'en échappe Une odeur infecte ; l'atmosphère fractionnée de la salle décroit d'intensité d'infection de la partie supérieure à la partie inférieure.
Elle considère un escalier comme constituant une atmosphère dans laquelle il se forme un appel continu de bas en haut, qui transmet aux salles supéneures les émanations des salles inférieures, de sorte que les séparations des salles par des escaliers et des carrés ne sont que des foyers permanents ^'infection.
La commission d'hygiène, qui partage entièrement cette manière de voir,
®Q tant qu'il s'agit d'hôpital non ventilé, repousse donc d'une manière absolue
*^ construction d'un grand hôpital formant un bâtiment unique sur un même
^^'^nement, et sans aucune séparation des ifalles dans le corps de bâtiment,
^^tre que celle que peut opérer un escalier.
Quant au bâtiment double en profondeur, c'est la plus mauvaise condition ^Ue l'on puisse réaliser. Dans l'ancien Hôtel-Dieu de Paris, les salles étaient ^^k^ouplées dans beaucoup d'endroits, et notamment dans le bâtiment qui donne ^Ur la rue de la Bûcherie. La commission de l'Académie a longuement insisté ^Ur l'impossibilité dans laquelle on se trouvait placé de renouveler l'air de ^^s salles, et par conséquent sur l'insalubrité qui résultait de cette disposition; aussi l'administration de l'Assistance publique, tout en conservant ^*Hôtel-Dieu jusqu'à présent, a-t-elle fait opérer, depuis longues années déjà, ^H démolition de tous les bâtiments qui doublaient les salles.
Toutes les considérations qui précèdent s'appliquent naturellement aux
grands bâtiments de forme rectangulaire ou représentant un fer a cheval, quand les bâtiments forment un tout continu entre eux.
En ce qui concerne les bâtiments multiples irradiant d*un centre à la circonférence, ainsi qu'il en existe plusieurs exemples, principalement à l'étranger, certes, cette disposition se prête merveilleusement aux besoins d*un service de tout genre pour les malades; pharmacie, cuisine, bains, tout part d*un centre commun et est à la portée de toutes les salles; mais les conditions hygiéniques dans lesquelles se trouvent placés les malades ne sont plus homogènes, comme nous allons le démontrer. Ainsi, tandis qu'une extrémité du corps d>3 chaque bâtiment est largement aérée, l'extrémité opposée ou celle qui aboutit à la jonction des bâtiments devient un foyer d'infection.
Là, l'air et le soleil, suivant les diverses expositions, n'arrivent que très imparfaitement dans les salles ou dans les préaux. L'atmosphère viciée des salles supei'posées se concentre autour du tronc principal de l'hôpital. Les fenêtres y deviennent contiguês et très voisines les unes des autres ; sous tous ces rapports, il règne au centre d'un hôpital de ce genre des conditions hygiéniques d'autant plus fâcheuses que le nombre des salles superposées est plus considérable.
Restent donc les bâtiments isolés contenant chacun un petit nombre de malades, et c'est à cette condition, la seule véritablement hygiénique, que s'est rattachée la commission d'hygiène. C'est aussi celle qui avait été adoptée en 1784 par la commission de TAcadémie des sciences. Ce n*est pas là une innovation, ce n'est qu'un jugement porté sur une comparaison à établir dans la disposition à donner à rédificatiou d'un hôpital. Déjà, en 1784, \â commission de l'Académie des sciences s*appuyait sur le grand hôpital de la marine de Woolwich, qui pouvait contenir plusieurs milliers de malades, et dans lequel la mortalité était aussi faible que possible, grâce à cette disposition adoptée pour tous les corps de bâtiment de l'hôpital.
Mais, hâtons-nous de le dire, cette disposition ne peut être prise qu'à une condition, c'est que le ten*ain sur lequel reposeront ces petits bâtiments sera vaste et bien aéré. Aussi Leroy, de l'Académie des sciences, qui a proposé ce système en 1777, demandait-il que les pavillons fussent espacés de 50 à 60 mètres les uns des autres. La commission pense qu'il ne peut y avoir rien de défini d'une manière absolue à cet égard. L'espace entre les corps de bâtiments doit varier suivant leur hauteur. Elle se borne donc à poser en principe que cet espacement doit représenter au minimum le double de la hauteur des bâtiments construits de manière à obtenir un rayonnement solaire suffisant et un grand renouvellement de l'air. Elle ajoute qu'il y a toujours avantage à ce que cette mesure soit dépassée.
Nombre des étages.
Ce que nous avons dit de l'insalubrité des escaliers desservant plusieurs étages, dans l'hypothèse où l'hôpital n'est pas ventilé, et de l'atmosphère
des salies, devait être pris en grande coasidératioa par la commission pour la fixation du nombre des étages. Quelque convaincue qu'elle soit déjà de Tinsalubrité des étages supérieurs, eu égard aux étages inférieurs, par l'observation journalière et les documents émanés, en 1814, du conseil d'administration des hôpitaux de Paris, elle aurait désiré mettre ce fait en toute évidence en s*appuyant sur une statistique bien établie dont le comité a provoqué les éléments et qu'il dépouille en ce moment.
Mais, dans l'impossibilité où elle était de faire reposer ses déterminations sur les chiffres d'une statistique exacte, la commission, considérant que l'état hygiénique des malades devient de plus en plus fâcheux au fur et à mesure que Ton superpose les salles, attendu que lors de l'ouverture des fenêtres des salles inférieures l'atmosphère viciée de ces salles longe et lèche en s'élevant les murs des bâtiments; que, dès lors, la salle supérieure dont on veut renouveler l'air prend naturellement l'air plus ou moins vicié de la salle inférieure, et que l'infection s'accroit avec les étages ; que le même phénomène de transmission s*opère au moyen des escaliers non ventilés; la commission a adopté la proposition suivante : 11 est désirable que les hôpitaux n'aient pas plus d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée dans l'hypothèse où celui-ci serait consacré au séjour des malades; mais, dans aucun cas, ils ne doivent en avoir plus de deux.
La commission n'a pas perdu de vue la question de savoir si le rez-dechaussée devait contenir des malades ou recevoir une autre destination.
A cet égard, la commission considérant que, dans la généralité des hôpitaux de Paris et des départements, le rez-de-chaussée est occupé par des malades; qu'on n'a jamais signalé aucun inconvénient de celte habitation; que dans les villes, et surtout dans la province, les rez de-chaussée sont tous habités; qu'il n'est pas besoin d'établir à grands frais des caves monumentales, comme cela a été fait pour un grand hôpital de création récente, et des sous-sols pour avoir un rez-de-chaussée parfaitement sec; qu'il suffit de le séparer du sol par de petits caveaux élevés avec beaucoup moins de frais, ou même de l'isoler du sol au moyen de béton, de bitume ou de tout autre moyen capable d*intercepter l'humidité; la commission n'a pas hésité à admettre rhabitation des salles du rez-de-chaussée par les malades, à la condition que ces rez-de-chaussée seront surélevés de cinq à six marches audessus du sol, et qu'il aura été pris des mesures efficaces pour les garantir de toute humidité ayant sa source dans les fondations.
Enfin elle devait porter son attention sur la partie supérieure du bâtiment, en tant qu*il s'agissait du séjour des malades.
Elle pose en principe que l'habitation dans les combles aurait de grands inconvénients : en été, où une insolation ardente vient placer les malades dans les conditions les plus défavorables ; en hiver, où de pareilles localités peuvent rarement être mises à l'ubri du froid, comme aussi des inconvénients permanents qui résultent de la pluie, de la grêle, de la neige et du vent.
Elle a, pour tous ces motifs, proscrit d'une manière absolue le séjour des malades dans les combles, et arrêté a cet égard la conclusion suivante :
La salle la plus élevée du bâtiment devra toujours être séparée de la toiture par des combles qui ne seront en aucun cas affectés au séjour des malades.
Le choix des bâtiments étant déterminé ainsi que le nombre de leurs étages, la commission devait se préoccuper de la question de savoir si ces bâtiments devaient être reliés entre eux. Nul doute que Tisolement le plus complet ne soit la condition la plus favorable; mais ce n*est pas au rapport seul de rhygiène stricte et rigoureuse que la commission devait se placer ; elle ne pouvait perdre de vue le service général de l'hôpital et sa gestion par l'administration. A cet égard, elle reconnaît qu'il est indispensable de relier entre eux les bâtiments par une galerie commune aboutissant à tous les services extérieurs, pharmacie, cuisine, bains, buanderie, etc. Il en est de même en ce qui concerne le service religieux de Thôpital.
Des aménagements de ce genre ont été institués dans beaucoup d'hôpitaux. Dans quelques-uns on a construit des galeries qui reliaient entre elles l'une des extrémités de chaque bâtiment, sans s'élever au delà de la hauteur des rez-de-chaussée; galeries couvertes, pouvant être closes en hiver, où toutes les portes principales d'entrée de chaque bâtiment débouchent, de manière à ce que ces galeries puissent servir de promenoirs d'hiver aux malades.
Des galeries d'un autre genre ont été construites. Au lieu de les faire régner le long de l'une des extrémités des bâtiments, on en a établi à tous les étages et sur la face des bâtiments, de manière que chaque salle eût, pour ainsi dire, un promenoir.
Il y a plus : dans quelques hôpitaux comme celui de Louis-de-Gonzague à Turin, par exemple, les galeries existent sur chaque face du bâtiment, à chaque étage, et l'embrassent dans toute son étendue. Elles y sont parfaitement closes; une porte de communication se trouve derrière chaque lit, de sorte que, pour faire le lit d'un malade, on peut le sortir tout entier dans la galerie sans porter aucun trouble aux autres malades et le rentrer de la même manière. Ces galeries servent en même temps de déversoirs aux ordures, au linge sale, sans qu'ils puissent séjourner dans la salle. On y fait le service des aliments et leur distribution par les portes de communication avec la salle. Elles servent naturellement de salle d'opération, et enfin de promenoir en hiver comme en été.
On ne peut douter qu'un service de ce genre soit beaucoup plus facile, qu'il ne trouble pas le repos des malades. Et, il faut bien le dire, en France, nos malades souffrent plus ou moins du service général de propreté des salles. Il se fait de très grand matin en hiver et surtout en été. Il a lieu au moment où le malade, qui a passé une mauvaise nuit, commence à goûter un peu de repos. Faire des lits, débarrasser et remuer toutes les tables de nuit, enlever les pots de tisane vides, balayer et frotter les salles dès quatre ou cinq heures
du matin, constituent un trouble grave apporté au repos des malades. Aussi les habitudes anglaises sont-elles bien préférables sous ce rapport, puisque le service ne s*y fait que de jour.
L'existence des galeries que nous venons de décrire atténue donc singulièrement ces inconvénients.
Toutefois elles portent atteinte à des conditions de construction qui sont pour le moral et l'hygiène des malades un motif puissant de les repousser. Qui ne voit qu'avec de pareilles dispositions la salle devient plus ou moins obscure, que Tair et le soleil n'y pénètrent que très incomplètement, deux conditions des plus importantes au moins dans nos climats, et que, dans l'hypolbèse même où une ventilation artificielle fonctionne dans de très bonnes conditions, certains malades pourraient ne trouver que tristesse et découragement dans un semblable état de choses?
La commission n'admet donc qu'une galerie de rez-de-chaussée destinée au
service des malades en toute saison et servant de promenoir en hiver. Mais
elle voudrait que cette galerie fût établie dans les conditions suivantes : 1® elle
régnera le long d'une des extrémités de chaque corps de bâtiment; 2® elle
s*élèvera à une hauteur qui ne dépassera pas le rez-de-chaussée, elle fera
terrasse à Titalienne à sa partie supérieure; S** elle desservira toutes les
portes principales d'entrée des corps de bâtiment; 4® elle desservira toutes
les portes d'entrée dans les préaux; 5° elle sera close; 6® elle prendra jour
par des baies ou fenêtres nombreuses et largement ouvertes; 7® elle aboutira
à tous les services principaux des malades, pharmacie, bains, cuisine,
comme aussi à la chapelle de l'hôpital.
La commission d'hygiène considère l'ensemble de ces prescriptions comme pouvant répondre à tous les besoins. La hauteur de la galerie ne dépassant pas la hauteur du rez-de-chaussée, ne saurait mettre obstacle a la libre circulation de l'air dans les préaux. Elle s'oppose même à une ventilation qui pourrait devenir dangereuse si les préaux étaient ouverts librement à la marche des courants d'air. Elle donne donc un abri de plus aux malades en dehors de celui qu'ils peuvent trouver le long des murs des bâtiments. Toute autre disposition contraire deviendrait préjudiciable.
Salles de malades.
Pour en déterminer l'étendue et les dispositions générales, il fallait d'abord fixer le nombre de lits qu'elles devaient contenir. Nous sommes loin du temps où l'on trouvait réunis dans la même salle jusqu'à trois cents malades; temps néfaste, où une mortalité effrayante était la conséquence de ces agglomérations.
Depuis cette époque, l'étendue des salles a toujours subi une échelle décroissante.
Tenon avait demandé que l'on établit vingt-quatre lits par salle. La commission de l'Académie des sciences avait fixé les chiffres de seize à trente
lits, comme étant réalisés avec de grands avantages en Angleterre dans presque tous les hôpitaux. Elle avait fait pressentir l'utilité d*un chiffre de lits qui ne s'élèverait pas au delà de trente par salle; puis elle s*est définitivement arrêtée, dans son mémoire de 1788, au chiffre de trente-quatre lits par salle.
La commission d'hygiène considère ce chiffre comme étant trop élevé; et, après s'être beaucoup occupée de ce sujet, elle pense qu'une salle de malades ne doit pas dépasser le chiffre de seize lits, sauf à adjoindre à Tune des extrémités de chaque salle une ou doux chambres d'un à deux lits pour les malades dont rétat rendrait l'isolement utile ou nécessaire, ce qui porterait la population de la salle à vingt lits.
On pourrait, dans les grands hôpitaux, accoupler bout à bout deux salles à chaque étage, sauf à les séparer au moyen de murs de refend, par des carrés et des escaliers très vastes, mais à la condition que les salles de malades et les escaliers seraient d'ailleurs soumis à un système spécial de ventilation efficace.
Avec cette disposition, la dépense en constructions, en surveillants ou gens de service, n'est pas plus considérable, et la surveillance est rendue plus facile.
Un pavillon de ce genre contiendrait quatre-vingts malades, dans l'hypothèse où il n'y aurait qu'un rez-de-chaussée et un premier étage, condition hygiénique singulièrement favorable. 11 en renfermerait cent-vingt, si Ton y établissait un second étage de malades. Quatre pavillons de ce genre atteindraient le chiffre de la population d'un grand hôpital, d'après les principes posés par la commission.
Ces dispositions peuvent se prêter aux plus petits comme aux plus grands hôpitaux.
Espacement des lits.
Dans la générahté des hôpitaux, les lits sont trop rapprochés. Ils sont séparés au maximum par un espace d'un mètre. La commission considère cet espacement comme étant tout à fait insuffisant. Elle propose de le porter à deux mètres. Cette distance fixe naturellement l'espacement des fenêtres, de sorte que chaque Ht se trouve ainsi adossé à un trumeau.
Hauteur et largeur des salles.
Quant à la hauteur et à la largeur des salles, la commission pense qu'une hauteur excessive, comme on l'observe dans certains hôpitaux, est inutile, et dans quelques cas nuisible ; les malades en profitent peu ; l'air y est plus difficilement renouvelé. Elle s'est arrêtée à une hauteur de 4", 50. La largeur de la salle doit être telle que chaque lit soit placé à 0*", 30 des trumeaux, et qu'il existe un espace de 3™, 40 des pieds d'un lit aux pieds d'un lit du côté opposé , de sorte qu'en réunissant ces proportions on arrive, pour la largeur de la salle, au chiffre de 8 mètres.
La conclusion générale de ces diverses mesures est la suivante : les salles de malades ne contiendront pas plus de seize lits, un par trumeau, avec 2 mètres de séparation entre chaque lit. La tête du lit sera séparée du mur par un espace de 0", 30, et les pieds d'un lit au lit du côté opposé, par un espace de 3"*, 40, de manière à assurer, en définitive, à chaque malade un espace cubique de 54 mètres. Enfin, à Tune des extrémités de chaque salle, il y aura une ou deux chambres d'un à deux lits pour les malades dont rétat rendrait risolement nécessaire, ce qui porterait la population générale de la salle à vingt lits.
Il est un usage trop généralement répandu dans les hôpitaux, c'est de recevoir, principalement en hiver, un nombre de malades excédant la population normale de l'hôpital. A cet effet, on surcharge les salles de lits supplémentaires, ce qui conduit à l'encombrement et ce qui place les malades dans les conditions hygiéniques les plus mauvaises et les pliis fâcheuses.
La commission demande en conséquence que le chiffre normal des lits soit inscrit sur la porte de chaque salle en caractères très apparents et à demeure, de manière à ne pouvoir jamais être dépassé.
Dépendances particuliôras aux salles.
Chaque salle de malades doitavoir: 1» une chambrette pour la religieuse ou la surveillante; 2^" un office; 3^" une petite salle de bains; 4"" des cabinets d'aisances; 5® un lavabo.
Ces appendices peuvent sans inconvénient occuper Texlrémité de chaque salle, eu égard à la population que nous avons chiffrée.
Quelle que soit la situation des cabinets d'aisance, ils doivent se trouver placés de manière à aboutir à la salle par un corridor recourbé sur lui même, de manière à ce que l'ouverture des lunettes ne puisse jamais donner d'air infect à la salle. Inutile d'ajouter, d'ailleurs, qu'ils doivent avoir une ventilation toute spéciale par appel, et que les cuvettes doivent être établies d*après la méthode dite anglaise.
Salles particuW'res à adjoindre aux salles ordinaires ; salles de rechange,
réfectoires et salles de conversation.
Les salles de rechange que l'on établit dans un hôpital ont des destinations diverses; dans les temps ordinaires, elle permettent d'évacuer certaines salles pour renouveler complètement leur appropriation ou y faire des réparations urgentes, sans nuire au chiffre de lits nécessaires aux besoins de la population malade.
Elles sont utiles lorsque, dans une salle, principalement dans les salles de chirurgie, il se déclare une maladie sous forme épidémique.
Enfin, en temps d'épidémie générale, elles accroissent accidentellement le
chifTre des lits disponibles à Thâpital et permettent ftux administrations hospitalières de satisfaire aux besoins de la population, sans introduire dans les salles de malades des lits supplémentaires, qui ont le plus grave de tous les inconvénients, celui de produire Tagglomération des malades dans un espace trop circonscrit.
Sous tous ces rapports, il serait préférable que les salles de rechange pussent constituer un pavillon isolé, le cas d'épidémie générale excepté, puisqu'il se trouverait placé en définitive dans la même atmosphère.
Mais, d*une part, il est peu d'administrations dont les ressources pécuniaires permettent ce luxe de bâtiments inoccupés pendant une partie de Tannée. D'une autre part, lorsqu*il s*agira d*une maladie endémique à la salle, si la maladie a une certaine gravité, ne sera-t-il pas à craindre que l'on ne puisse pas transporter les malades d*un bâtiment à un autre sans préjudice pour leur état de santé, par exemple dans la saison rigoureuse de Thiver, et cette circonstance ne pourra-t-elle pas arrêter l'exécution d'une mesure utile et même nécessaire?
Ces diverses circonstances ont engagé la commission à laisser les administrations libres dans le choix qu'elles peuvent faire des locaux destinés aux salles de rechange ; mais la commission insiste sur la nécessité de leur conserver toujours leur destination, attendu qu'en agissant autrement elles transformeraient un hôpital de 500 lits en un hôpital de 600; elles accroitraient le nombre des étages, condition toujours fâcheuse lorsque l'hôpital n*est pas muni d'appareils ventilateurs qui y maintiennent une aération suffisante et efficace.
Quant aux réfectoires et aux salles de conversation, ce sont là des créations modernes; elles ont été réalisées dans plusieurs hôpitaux et hospices. L'administration de l'Assistance publique se félicite des essais qu'elle a déjà tentés. Les résultats obtenus sont généralement très favorables aux convalescents et aux infirmes. Mais la commission devait se préoccuper de ce sujet au point de vue de l'hygiène des malades en médecine et des malades en chirurgie.
Sous le rapport de l'hygiène générale, il est constant que le déplacement d'un certain nombre de malades des salles pendant les heures des repas ne peut qu'être profitable aux malades obligés de rester en permanence dans leur lit. L'air est moins vicié, la tranquillité si nécessaire aux malades gravement atteints est une conséquence de l'absence temporaire des malades vaiides.
Le réfectoire n'a même que des avantages pour le malade qui peut en profiter, à la condition qu'il soit dans un état voisin de la santé. Aussi le réfectoire est essentiellement utile et favorable dans les hospices.
Mais pour les malades convalescents du service de médecine d'abord, ne sera-ce pas une cause possible de refroidissement? Etant à portions limitées et définies, ne pourra-t-il pas y avoir abus d'aliments, et sa convalescence ne
sera-t-elle pas compromise? Ce sont là des considérations qui ont porté l'hésitation dans ]*esprit de la commission.
Ces motifs n'existent pas sans doute' au même degré pour les malades de la chinirgie, et c'est pour cette catégorie de malades que la commission aurait été plus disposée à se rallier à Tinstallation des salles de réfectoire ou de conversation dans les hôpitaux. Elle a, en définitive, aiopté la conclusion suivante :
En ce qui touche les salles spéciales du réfectoire, la commission, tout en donnant une approbation complète aux essais tentés par Tadministration hospitalière de Paris, croit utile d*en attendre les résultats avant d'émettre une conclusion définitive.
Services accessoires.
Sous cette dénomination , la commission devait se préoccuper de la situalion de la pharmacie, de la cuisine, des bains, de la buanderie, de la salle des morts et de rentrée des approvisionnements de Thôpital. 11 est à désirer que la pharmacie, la cuisine et les bains, ainsi que la lingerie, soient situés au centre de Thôpital, lorsque Thôpital est composé de plusieurs bâtiments. Tenon avait proposé de construire deux pavillons, Tun à droite, Tautre à gauche, pour cette destination; mais on a fait remarquer que cette disposition, bonne en elle-même, ne pourrait être réalisée que dans le cas où Ton aurait une grande surface de terrain à sa disposition.
Dans l'hypothèse contraire, on peut placer un bâtiment au centre de l'hôpital et dans les conditions les plus rapprochées pour le service. On a fait observer qu'à la prison Mazas la cuisine est tellement à la portée de toutes les cellules qu'à l'aide d'un monte-charges la distribution se fait en un quart d'heure. L'usage de ces monte-charges ne saurait être trop recommandé dans le service général des hôpitaux.
La commission s'est donc arrêtée à cette conclusion : les services accessoires, tels que pharmacie, cuisine et bains, devront être placés à la plus grande proximité possible des salles de malades.
Quant à la buanderie, c'est, il faut bien le dire, une source d'inconvénients pour tous les hôpitaux et surtout pour les hôpitaux de province, où la lessive ne se fait souvent que tous les quinze jours, et où l'on a pendant ce laps de temps une accumulation de linge dans les conditions les plus fâcheuses de malpropreté et d'infection; sous ce rapport, c'est un très mauvais voisinage pour un hôpital. D'une autre part, les buanderies sont, par la buée qu'elles répandent, la source d'une humidité nuisible, et quoique aujourd'hui des appareils mécaniques soient employés dans les blanchisseries, il serait à désirer que le blanchissage du linge pût être opéré en dehors de l'hôpital, avec la condition formelle que le linge sale sera enlevé tous les jours et porté à la buanderie.
La salle des morts et la salle d'autopsie devront occuper la partie ta plus
reculée de l'hôpital, de manière que le service des corps ne soit pas en vue des malades.
Une porte de service sera établie dans la partie opposée à la porte d'entrée de rhôpital. Cette porte ser\'îra d'issue à tous les détritus et aussi d'entrée aux approvisionnements. C'est par elle que s'opérera la sortie des individus décédés.
La commission a été frappée des fâcheuses conditions dans lesquelles sont installées les salles des morts dans les hôpitaux. En dehors d'un inconvénient obligé, celui de Téloignement des services de malades, on enlève des salles les individus décédés, quelques instants après le décès ; on les place nus sur une table de marbre et on les y abandonne.
Si on n'a pas eu à signaler d'autres erreurs que celles qui ont été énoncées autrefois par le célèbre Louis dans son ouvrage sur l'incertitude des signes de la mort, il faut dire que Terreur est possible.
A cet égard, la commission voudrait voir deux mesures adoptées par les grands hôpitaux : la première consisterait dans la constatation du décès par l'élève de garde avant le transport à la salle des morts. La deuxième, dans l'étabUssement d'une salle mortuaire à Tinstar de celles qui existent en Allemagne, et comme il vient d'en ôive créé une dans le nouvel hôpital de la marine à Brest; le corps du défunt y serait placé sur un coucher ordinaire et y resterait le temps voulu par la loi. Un cordon de sonnette serait fixé à Tune des mains et répondrait à la loge d'un surveillant, toujours apte lui-même à donner des secours.
Ce serait de cette salle que les corps seraient transportés après vingtquatre heures^ soit pour être inhumés, soit pour les autopsies autorisées par les règlements.
Enfin la commission a fixé son attention sur les opérations qui se pratiquent dans les hôpitaux. Si ces opérations sont très rares dans un petit hôpital^ elles sont très communes dans les grands hôpitaux. Elle considère alors comme un acte d'humanité de soustraire les cris de celui qui souffre aux oreilles de ceux qui plus tard devront avoir à subir une opération, ou même qui ne doivent pas en subir. Elle a donc pensé que, pour les grands hôpitaux, il est nécessaire de créer une salle d'opérations.
Celle-ci pourra au besoin être disposée en amphithéâtre, s'il se fait un enseignement dans l'hôpital. En conséquence, la commission a arrêté la conclusion suivante :
11 devra être établi dans tous les grands hôpitaux une salle d'opérations qui pourra, suivant les besoins de l'enseignement, être disposée en amphithéâtre.
Elle sera placée de manière que les cris des malades opérés ne puissent être entendus des autres malades, et que le transport se fasse sans inconvénients pour les opérés.
Telles sont. Monsieur le Ministre, les mesures d'hygiène qui doivent présider à la création des hôpitaux.
La commission li'a pas cru devoir entrer dans le détail dos prescriptions particulières pour les hôpitaux de 30, 100, 200 lits. Tout ce qu'elle a conseillé pour un grand hôpital se prête facilement à Tinstallation d*un petit hôpital, car, dans le système adopté par la commission, un gi*and hôpital représente, en définitive, une série de petits hôpitaux.
Quant aux besoins généraux, ils sont les mêmes ; il a donc suffi de faire connaître comment ils doivent être réalisés.
La commission considère ce travail comme propre à répondre aux deux questions qui ont été posées par Votre Excellence au comité, à la condition qu'on le rapprochera toujours : 1** du rapport qui a été fait sur la ventilation des hôpitaux, et de Tinstruction qui concerne rétablissement des appareils ventilateurs ; 2® du rapport sur les appareils de chauffage; 3® de celui sur la mortalité des femmes en couches.
Ces divers rapports constituent un ensemble de documents propres à éclairer les administrations hospitalières dans la création d'établissements nouveaux, comme aussi dans les améliorations à apportei^aux hôpitaux déjà existants.
Conclusions.
1® Les gi'ands hôpitaux sont nécessaires au service des grandes villes ; mais la salubrité d*un hôpital étant en raison inverse de sa population, à conditions hygiéniques semblables, la population d*un grand hôpital ne doit pas, en général, dépasser 500 malades, sauf exceptions motivées;
2° L'entrée des hôpitaux doit être ouverte à tous les malades, quelle que soit Torigine ou la nature plus ou moins contagieuse des maladies;
3® Dans les grandes villes, les individus qui sont atteints de maladies contagieuses, admis sans exclusion, doivent cependant être traités, selon les cas, dans des hôpitaux spéciaux, dans des pavillons séparés ou dans des salles spéciales. S'il s'agit de villes ou localités moins importantes, les hôpitaux doivent également leur être ouverts, sauf à adopter à leur égard des conditions d'installation analogues aux précédentes.
4® Tous les établissements hospitaliers de la France devraient instituer des traitements extérieurs pour la guérison de la teigne faveuse, comme on l'a fait à Paris ;
b"" La division des malades par catégories de maladies et d'âge est avantageuse ; cette prescription, néanmoins, n'a rien qui soit absolu.
La séparation des enfants et des adultes est nécessaire. Les dispositions prises à Paris à cet égard doivent être respectées et imitées.
Dans tout grand hôpital des départements, il convient autant que possible d'assigner aux enfants une placo à part dans un pavillon distinct avec préau séparé.
A l'égard des hôpitaux de moyenne dimension et des petits hôpitaux qui ne peuvent pas constituer de service séparé pour les enfants malades, dont
radmife'sion doit toujours être prescrite, on isolera ceux-ci des autres malades et on les placera plus spécialement sous la surveillance directe du service.
6^ Les maisons de convalescence sont utiles; Tadmission des convalescents exige un contrôle sérieux pour prévenir les abus;
7* L'emplacement d*un hôpital est subordonné à deux intérêts principaux : la salubrité de Thôpital lui-même, et sa proximité des agglomérations de population qu*il est destiné à secourir;
8* Pour être éminemment salubre, tout hôpital doit réunir les conditions suivantes : sol non remblayé; emplacement libre et vaste; éloignement des habitations, des marais^ des prairies humides, des fossés de rempart oîi Teau séjourne et des rivières tarissant très notablement en été ; éviter les bas-fonds, tout comme les sommets des collines; tenir compte de Teffet des vents habituels dans la localité, tant pour le choix de remplacement que pour Torientation des bâtiments ;
9^* Les hôpitaux seront formés de plusieurs corps de bâtiment complètement isolés les un? des autres; ces bâtiments seront reliés entre eux pour la facilité du service. Ils ne doivent pas être doubles en profondeur. Les préaux qui les séparent doivent avoir en largeur deux fois au moins la hauteur des bâtiments. Il y a toujours profil à donner plus d*étendue encore aux préaux.
10^ L'exposition des salles de malades au levant et au couchant est préférable à toute autre ;
11® Il convient que les hôpitaux n*aient pas plus d*un étage au-dessus du rez-de-chaussée quand celui-ci est consacré au service des malades; en aucun c^s, ils ne doivent en avoir plus de deux.
L*étage le plus élevé du bâtiment devra toujours être séparé de la toiture par des combles qui ne seront pas affectés au séjour des malades.
12® Lorsque, dans le même hôpital, il existera plusieurs corps de bâtiment, ils seront reliés entre eux par une galerie dont la hauteur ne dépassera pas celle du rez-de-chaussée; elle formera terrasse à Titalienne. Elle desservira les portes principales d'entrée du corps de bâtiment, ainsi que l'entrée des préaux. Elle prendra jour par des baies closes ou fenêtres larges et nombreuses. Elle aboutira à tous les services principaux des malades, chapelle, pharmacie, cuisine, bains, etc.
13® A moins de circonstances particulières à apprécier par l'administration supérieure seulement, les salles de malades ne contiendront pas plus de 16 lits, un par trumeau avec deux mètres de séparation entre eux. La tète du lit sera éloignée du mur de 0",30. Les pieds des deux lits, placés vis-à-vis l'un de l'autre des deux côtés de la salle, seront séparés par un espace de 3'",40. La hauteur des salles sera de 4">,50 environ. Chaque malade jouit, par cet ensemble de proportions, d'un espace de 54 mètres cubiques.
Les salles seront éclairées sur les deux faces des bâtiments. A Tune des extrémités de chaque salle il y aura une ou deux chambres d'un à deux lits, ce qui portera la population de chaque salle à vingt lits.
Le chiffre indiquant le nombre des lits correspondant sera tracé en caractères apparents et à demeure sur la porte d'entrée de la salle.
14* Dans les grands hôpitaux, deux salles parallèles peuvent être établies a chaque étage, mais il convient qu'elles soient séparées par de vastes carrés et par des mui's de refend. En ce cas^ une ventilation régulière doit être établie dans l'hôpital pour le service des salles et des escaliers;
15*^ Chaque salle de malades comporte une chambrette pour la religieuse ou la surveillante, un office à l'usage des malades, un lavabo commun, une salle de bains pour les malades qui ne peuvent être déplacés, et un cabinet d'aisances à l'anglaise. Ceux-ci seront ventilés; ils seront séparés des salles par un couloir; ils ne doivent prendre aucun jour dans les salles, ni surtout leur transmettre aucune mauvaise odeur.
i&* Des salles de rechange seront établies dans chaque hôpital. Elles serviront à recevoir les malades quand il y aura lieu de procéder au nettoiement des salles ou de déplacer les malades pour les soustraire à des influences épidémiques accidentellement développées dans l'une d'elles.
il'' Il convient d'établir des réfectoires en commun dans le même bâtiment que les salles au service desquelles ils sont destinés. Les malades y seront disposés par catégories de rations alimentaires uniformes, pour éviter les écarts de régime.
18"^ Les services accessoires, pharmacie, cuisine, bains et lingerie, seront placés à la plus grande proximité possible des malades;
19^ La buanderie, la salle des morts et la salle d'autopsie occuperont la partie la plus reculée de Thôpital.
S'il se peut, même, la buanderie sera placée hors l'hôpital.
Quant aux salles des morts, elles seront installées sur le modèle des salles mortuaires qui existent en Allemagne. Avant le transport de la personne décédée à la salle mortuaire, le décès sera constaté autant que possible par rélève do garde, dans les grands hôpitaux.
Une porte de ser\'ice située à l'extrémité opposée de la porte d'entrée de l'hôpital donnera sortie aux corps des individus décédés.
20^ Il devra être établi dans tous les hôpitaux une salle d'opérations qui puisse, selon les besoins d'un enseignement, être disposée en amphithéâtre.
Elle sera placée à distance convenable des salles qui renferment les malades de l'hôpital.