ARTICLE PREMIER
«ESCRIPTIOIV DES DEl^TS.
Les dents, instrumens de la mastication , sont des parties osséiformes, très dures, enchâssées plus ou moins profondément dans les alvéoles des maxillaires , qu'elles remplissent exactement, et d'où elles se prolongent au-
(l) Manuel d'il ippia II iquc.
( 3 ) dehors pour se mettre en contact , les supérieures avec les inférieures. Par leur mode de formation , elles offrent une certaine analojjie avec les productions cornées , et elles se rapprochent des os par leurs propriétés physiques et chimiques.
Fixées l'une à la suite de l'autre, au bord alvéolaire des os maxillaires , les dents forment à chaque mâchoire une ligfne courbe, parabolique, dite arcade dentaire, dont la supérieure est plus large, plus forte et plus longue que l'inférieure. Chaque arcade se compose elle-même de deux rangées de dents , interrompues vers le quart antérieur, et réunies inférieurement en demi-cercle.
Dans le genre cheval, on compte de trente-six à quarante-quatre dents, que l'on distingue en incisives, destinées à inciser les alimens; angulaires, ou crochets, ou laniaires , parce que dans les carnivores elles servent à déchirer ; molaires , qui broient les substances alimentaires comme entre deux meules.
Toutes les dents se développent dans l'intérieur des os maxillaires , d'où elles sortent après avoir acquis une certaine grandeur , et avoir usé , détruit la table extérieure de leurs alvéoles. Les unes , faisant leur éruption peu de temps après la naissance , portent le nom de dents de lait; on les nomme aussi dents fœtales , mais mieux caduques , parce qu'elles tombent à l'époque où l'animal arrive à l'âge adulte : ce sont les incisives et les trois premières molaires. D'autres, dont le développement et la sortie sont plus tardifs, sont d^^^Qlèe?» persistantes . Enfin, celles qui paraissent en arrière des caduques , et prennent leur place, sont (ïiies dents de remplacement,
§ P^ Dents incisives.
Ces dents sont au nombre de six ; elles forment l'extrémité antérieure ou inférieure de chaque arcade dentaire, et elles représentent dans leur ensemble un de.mi- cercle
assez régulier dans les jeunes chevaux , mais qui se déforme au fur et à mesure que le sujet vieillit.
Les deux antérieures , celles du milieu {médit) portent le nom depinces, sans doute parce qu'elles sont, en raison de leur position , spécialement destinées à pincer. Celles qui les touchent de chaque côté sont les mitoyennes (proximi); enfin les deux dernières qui terminent de chaque côté le demi-cercle incisif, se distinguent par la dénomination de coins [angulares],-
Toute incisive de remplacement ou d'adulte, lorsqu'elle a complété son éruption, qu'elle n'a point éprouvé d'usure , et qu'elle est encore vierge, offre deux parties à considérer : une libre, et l'autre enchâssée. La première, qui fait saillie de six à huit lignes au-dessus du bord de la p'encive, est aplatie d'avant en arrière, et représente un cône dont la base est à l'extrémité libre de la dent, et dont la pointe se trouve vers le bord alvéolaire. Cette disposition est telle , que dans le principe les incisives ne se touchent que par leur extrémité libre, tandis que du côté de la racine elles laissent entre elles un intervalle, dans lequel se prolongent les gencives et les cloisons alvéolaires.
La face antérieure ou externe est légèrement convexe , creusée dans le sens longitudinal par un ou deux sillons profonds , plus marqués ordinairement à la mâchoire supérieure qu'à l'inférieure, et qui se prononcent de plus en plus jusqu'à un certain âge. La face postérieure ou interne (jo/. 1'^, fig. 11), un peu concave et déprimée au côlé externe, ofFre bcauco;ip moins d'étendue que l'antérieure. Lorsque la dent semble déjà tout-à-fait sortie, cette face fait à peine exubérance au-dessus de la gencive ; tandis que dans les vieux chevaux elle est quelquefois presque aussi longue que la face antérieure. Dans la plupart des dents, elle est partagée en deux moitiés par une scissure très remarquable, surtout aux coins, et qui s'étend depuis l'alvéole jusqu'au bord postérieur de la dent.
L'extrémité libre [fig. 2, 3, 4 et 5), par laquelle les dents correspondantes des deux mûchoires se mettent en rapport, et frottent les unes sur les autres, offre une surface larjje aplatie d'avant en arrière., et que Ton désijjne sous le nom de table dentaire. Dans les dents vierjjes , cette table présente, 1° une cavité profonde, alonjjée d'un côté à l'autre, et qui ne tarde pas à se remplir d'une matière jaune et noire , à laquelle les anciens vétérinaires ont donné le nom de germe de fête; 2° deux bords tranchans qui circonscrivent la cavité , ont une hauteur iné- {jale , et se joignent de chaque côté à angle aigu. Le bord antérieur est plus étendu , plus élevé que le postérieur , et celui-ci offre dans son milieu une échancrure assez profonde, produite par la continuité du sillon de la face postérieure. La face de frottement ne devrait conséquemment porter le nom de table qu'après un certain degré' d'usure , que lorsque les deux bords sont de niveau. Alors la cavité ne forme plus qu'une partie de la surface de frottement , au milieu de laquelle on la voit enveloppée dans une espèce de cornet qui , à mesure que l'animal vieillit, se rétrécit, se rapproche du bord postérieur , et finit par disparaître entièrement. Le corps de la dent éprouve, de même que le cornet dentaire, des changemens analogues, à la vérité beaucoup plus lents, mais qui sont déjà fort sensibles, lorsque le cornet ne présente plus qu'un point rond et se trouve au terme de son usure; Il a, comme le cornet, une forme conique, et le rétrécissement qu'il présente du côté de la gencive est tellement marqué dans les incisives du bœuf, ainsi que dans les vieilles incisives caduques du cheval, que ces rlents paraissent comme étranglées vers le bord alvéolaire.
Quant aux bords latéraux de la partie hbre des incisives , l'interne , celui qui regarde le plan médian , est arrondi et beaucoup plus épais que lexterne, généralement mince, même tranchant dans les coins. Chez les
jeunes sujets, ces bords dentaires se chevauchent; l'externe se prolonge en devant , et se trouve appliqué sur l'interne. Ce genre de croisement semblerait dépendre du mode d'éruption des incisives , qui sortent toujours par paires et de travers , ne se mettent en ligne qu'insensiblement et au bout d'un certain temps, et cet entrecroisement ne cesse d'avoir lieu que vers l'âge de huit ans.
2° La partie enchâssée, plus communément la racine de la dent , fortement implantée dans l'alvéole maxillaire, est courbée en arrière, forme une convexité extérieure très marquée , et se termine par une pointe mousse. Parallèle à l'axe de la mâchoire dans les pinces , elle présente dans les mitoyennes une obliquité qui est encore plus prononcée dans les coins , dont l'extrémité est tournée en dedans. L'arcade formée par les racines de ces dents est beaucoup plus étroite , et occupe moins de place que celle de la partie libre.
La longueur , la forme et les dimensions de la partie enchâssée varient suivant les différens degrés de l'âge , et offrent quelques différences qu'il importe d'indiquer. A l'époque de l'éruption de la dent , la racine est généralement courte , ronde et entièrement creuse : sa cavité intérieure, dont les parois sont fort minces, n'a qu'une durée temporaire, et ne présente pas, comme la cavité extélérieure , un sac particulier , une espèce de cornet qui lui soit propre. Elle s'enfonce profondément , se prolonge dans la partie libre , entoure le cornet extérieur , et renferme une substance pulpeuse , qui semble être le foyer central de vitalité et de nutrition de la dent. A mesure que le sujet avance en âge, la cavité radicale diminue progressivement, et son oblitération procède du fond, en commençant vers le bord interne de la dent ; elle est refoulée du côté de la racine. Celle-ci s'alonge , prend toujours de l'accroissement, et les nouvelles productions, au lieu d'être arrondies, sont successivement triangulaires ,
puis aplaties d'un côté à l'autre ; enfin , arrive une époque , variable suivant les dents , où la cavité disparaît tout-à-fait : la raciue est alors pointue à son extrémité , et elle cesse tout-à-fait de croître.
La lon(jueur totale des incisives est à-peu-près de quinze à viii(jt lignes pour les dents caduques , et de deux pouces et demi à trois pouces pour les incisives de remplacement. Leur forme, comme on l'a vu, n'est pas la môme partout. Ainsi, aplaties d'avant en arrière, vers la surface du frottement , elles se rétrécissent du côté du bord alvéolaire , et deviennent successivement ovales , puis arrondies ; vers la base de la racine , elles sont triangulaires; enfin, leur extrémité est aplatie d'un côté à l'autre. Cette différence, beaucoup plus remarquable dans les pinces et les mitoyennes que dans les coins, est très facile à constater, en faisant plusieurs coupes transversales à une dent incisive, de deux lignes en deux lignes. {PL 1,fig. 10.)
Les incisives présentent quelques différences entre elles sous les rapports de leur longueur , de leur forme et de la profondeur des cavités. Les coins , en général moins longs que les mitoyennes et les pinces, n'ont pas une forme aussi régulière ; ils sont plus étroits vers le bord latéral externe, de manière à ne jamais former un ovale, une rondeur, une triangularité aussi parfaite que les autres; le cornet dentaire s'enfonce moins profondément dans l'intérieur de la dent.
En général, ce cornet dentaire représente , lorsque les incisives ont fait toute leur éruption , une longueur de six à sept lignes à peu près dans les inférieures , et de près du double dans les supérieures (1).
(1) Dans un cheval de six ans, le cornet des pinces Inférieures est de 6 à 7 lignes, celui des mitoyennes de 7 à 8, celui des coins de 5 à 6. Dans la mâchoire supérieure, la longueur du cornet des pinces est de lia 12 lignes; dans les mitoyennes, de 12 à 13 ; dans les coins de 8 à 9.
Les incisives supérieures sont, en outre , plus larges, plus fortes , et plus développées que celles de la mâchoire inférieure. Il en résulte que le bord externe des coins inférieurs repose sur le milieu de la surface des coins supérieurs, et les use de manière à y produire, dans quelques mâchoires , une échancrure triangulaire , au moyen de laquelle on peut se guider jusqu'à un certain point dans la connaissance de l'âge. Cette échancrure, qui n'existe jamais avant sept ans, disparaît avec le temps, et d'autant plus tôt que la mâchoire prend une direction plus horizontale.
Les incisives caduques , en général plus larges que celles d'adulte (relativement à leur longueur) , sont, dans les premiers temps, d'un blanc grisâtre j leur face extérieure est recouverte d'une multitude de petites stries peu profondes, et le sillon de la face postérieure est peu marqué. Dans un âge plus avancé , et à l'approche de leur chute, la surface extérieure devient luisante, polie, comme celle des dents d'adulte , et les stries font place à de légers sillons j mais les dents sont alors écartées les unes des autres, et présentent à leur base un étranglement, un véritable collet, qu'on ne rencontre jamais dans les remplaçantes , quelque vieux que soit l'animal. {PL \",fig.n,l1.)
§ II. Dents molaires ou màdielières (columellares dentés).
Les molaires, au nombre de vingt-quatre, dont douze à chaque mâchoire, six à droite et six à gauche, sont fixées les unes contre les autres dans les alvéoles maxillaires, et elles forment les branches ou parties latérales de l'arcade dentaire. Depuis la première molaire de chaque côté jusqu'au crochet, l'on compte environ quatre pouces , mais la distance est un peu moins grande dans la mâchoire inférieure que dans la supérieure.
Les avant-molaires , au nombre de trois de chaque côté, ont été lon(j-temps, et d'après l'autorité d'Aristote, considérées comme persistantes. Buffon , Bourgelat , Daubenton, etc., continuèrent à les regarder comme telles, quoique Ruini eût annoncé, en 1598, que deux de ces dents étaient caduques; et l'on persista dans cette erreur , jusqu'à ce que Tenon (1) eût établi d'une manière péremptoire que les trois avant- molaires étaient susceptibles de tomber et d'être remplacées.
Chaque molaire , considérée chez l'animal adulte, présente une partie libre et une enchâssée ; la partie libre est exubérante au dehors de cinq à six lignes; sa surface externe , dont la direction est à peu près verticale , offre, dans les dents de la mâchoire supérieure , deux cannelures longitudinales , presque constamment au nombre de trois dans la première molaire de remplacement ; à la sixième molaire inférieure, ces larges cannelures sont remplacées par deux sillons. Dans toutes les autres molaires inférieures , il n'y a qu'un sillon étroit et très profond , qui se prolonge jusqu'à l'endroit où la racine se divise. La face interne , un peu moins élevée que l'externe dans les dents de la mâchoire supérieure , est au contraire plus élevée dans la mâchoire inférieure. Quant aux faces latérales , elles sont droites et appliquées contre les faces correspondantes des dents voisines.
La surface de frottement dans la dent vierge est composée de petits rubans disposés en zig-zag, qui laissent entre eux des cavités d'autant plus larges et plus profondes, que la dent est plus jeune. Les rubans qui circonscrivent ces cavités sont également plus tranchans, lorsque la dent n'a éprouvé aucune usure ; et cette disposition, à n'en pas douter, facilite la sortie de ces dents par le bord alvéolaire. Lorsque les molaires ont
(1) Loco citato.
éprouvé de Tusure, elles n'ont plus le même aspect ; le bord des circonvolutions n'est plus tranchant ; les cavités semblent se remplir et se niveler ; enfin , la face de frottement se chanjje en une table anfractueuse et quadrilatère , dont la direction est légèrement oblique de dedans en dehors dans la mâchoire inférieure , et de dehors en dedans à la supérieure. La surface de cette table est alors garnie d'éminences et de dépressions transversales , disposées régulièrement dans le sens suivant lequel les dents mâchelières frottent les unes contre les autres.
La partie enchâssée , ou la racine des molaires , se prolonge dans le fond de l'alvéole, et présente une longueur et une disposition variables suivant les dents. La troisième et la cinquième sont ordinairement plus longues que les autres , et , suivant Tenon , elles conservent pendant toute la vie cette prééminence. Plus fortes dans la mâchoire supérieure que dans l'inférieure , elles offrent , dans toute leur étendue, la continuation des cannelures et des sillons que nous avons vus exister à la partie libre.
La racine de la première molaire est dirigée en avant ; celles de la deuxième et de la troisième sont droites ; les trois dernières se portent en arrière. L'extrémité de ces racines est percée de plusieurs cavités profondes , qui croisent celles de l'extérieur, ne communiquent point avec elles, et sont , ainsi que dans les incisives, d'autant plus profondes que l'animal est plus jeune. Enfin , à une certaine époque (ordinairement de quatre à cinq ans), l'extrémité de la racine pousse des radicules au nombre de trois dans la première et la sixième molaires supérieures , de quatre dans les autres molaires de la même mâchoire. Inférieurement, la première et la dernière deviennent tricuspides , et les autres bicuspides. Quelquefois cependant la première ne présente que deux pointes.
Outre ces molaires, il en existe quatre autres auxquelles on a donné le nom de supplémentaires. Celles-ci , qui présentent quelque ressemblance avec la première molaire du chien, sont situées de chaque côté et à chaque mâchoire en avant de la première molaire caduque \ et comme la première molaire de remplacement est plus largfe , il arrive presque toujours qu'en chassant la caduque , elle entraîne aussi la dent supplémentaire, de sorte qu'il est assez rare d'en rencontrer au-delà de deux ans et demi : leur existence d'ailleurs n'est pas constante (1).
Il en est généralement des molaires comme des incisives : celles de la mâchoire supérieure sont plus grosses, plus fortes , et leur arcade dentaire est plus large. Leur disposition relativement aux incisives est telle , que , lorsque les molaires se touchent, les incisives sont écartées et vice versa ; et cela était nécessaire , puisqu'elles agissent, les unes d'avant en arrière , et les autres latéralement.
§ III. Des Crochets {dentés canini).
Les crochets, ainsi nommés plutôt à cause de la forme qu'ils affectent dans le porc et le sanglier , que de celle qu'ils présentent dans le cheval , sont situés dans l'intervalle qui sépare les incisives des molaires, beaucoup plus près des coins dans la mâchoire inférieure que dans la supérieure, où ils en sont éloignés d'un pouce et demi à peu près. Il résulte de cette disposition, analogue à celle qui existe dans les carnivores , que les crochets ne frottent point l'un contre l'autre , mais s'entrecroisent lorsque les mâchoires se rapprochent.
(1) On trouve quelquefois aussi , mais très rarement, uuc arrière-molaire supplémentaire située près de la sixième.
La partie libre de ces dents représente un cône ayant sa base du côté de l'alvéole ; sa face externe est convexe, striée, et sa face interne laisse voir dans son milieu une éminence conique , circonscrite par deux cannelures trèsprofondes , qui se réunissent vers la pointe , tandis qu'elles se séparent à la base.
La partie enchâssée qui se dirige en arrière dans le sens de la racine des coins , présente à son extrémité l'orifice d'une cavité , prolonnrée dans les jeunes dents jusqu'à l'extrémité de la partie libre ; à mesure que l'animal avance en âjje , cette cavité s'oblitère en commençant par son fond ; la racine diminue d'épaisseur et augmente de longueur comme un tube de verre effilé à la lampe ; enfin , la cavité disparaît entièrement.
Les crochets présentent entre eux peu de différences ; ceux de la mâchoire inférieure sont cependant un peu plus longs et plus forts. Ils semblent exclusifs aux chevaux ; les jumens en sont dépourvues ou du moins elles n'en ont que des rudimens , analogues aux molaires supplémentaires ; il arrive très rarement qu'ils acquièrent un certain volume , encore n'est -il pas possible de s'y méprendre : ce sont alors de petites dents où l'on ne trouve ni l'éminence , ni les cannelures de la face interne (1) : la castration n'exerce aucun effet sur le volume et la force des crochets , et sur l'époque de leur éruption , époque qui , sans cause connue . est extrêmement variable (2).
(1) Les anciens supposaient stériles les jumens qui portent des crochets, et les nommaient brehaigncs ( du bas-breton, hrehaing) Ménage. Ils appelaient écaillntis les chevaux dépourvus de crochets , ou qui n'en portaient que de semblables à ceux des jumens.
(2) L'opinion générale est que les crochets du cheval sont des dents permanentes , et non susceptibles de renouvellement. Cette règle n'est cependant pas sans exceptions ; car M. Forlhome, actuellement vétérinaire au 6* régiment des laociers, nous présenta, en mai 1828, une paire de
Art. II.
Organisation des Dents.
Les dents sont composées de deux principales substances différentes par leur couleur, leur densité, leurs usao^es : Tune extérieure , qu'on appelle émail ; l'autre intérieure, nommée vulgairement substance osseuse, et qu'il convient mieux d'appeler ivoire , d'après Huntcr. et Cuvier. Cette substance , en effet , n'est point un os ; elle ne se produit, n'existe et ne se réjjénère point à la manière des os, elle n'a d'analor^ie avec eux que par sa composition chimique, encore présente-t-elle sous ce rapport quelque différence, d'après M. Morichini et M. Berzëh'us , qui y ont démontré la présence d'une petite quantité de fluate de chaux (1).
mâchoires , portant des crochets caduques très-bien développes , et par derrière lesquels se trouvaient ceux de remplacement mis à découvert. 11 n'était pas possible d'élever des doutes, puisque le fait était constaté par la pièce même, qui est restée déposée à l'école d'Alfort. Il ne s'agissait donc que de savoir si les crochets de remplacement existent constamment, ou si leur présence, dans le cas dont il s'agit , n'était qu'un phénomène particulier, tel qu'on l'observe dans les bêtes à laine, chez lesquelles les coins de lait ne sont pas remplacés après leur chute. M. Rigot, professeuradjoint , auquel nous avons parlé du renouvellement des crochets , nous a assuré que ce renouvellement n'est pas rare ; il a ajouté avoir fréquemment rencontré des crochets caduques dans les poulains de trois à quatre ans. Les recherches particulières que nous avons eu occasion de faire sur les jeunes chevaux , tant vivans que morts , ne nous ont pas fourni un seul exemple de crochets caduques , semblables à ceux recueillis par M. For- Ihome. Il est bien vrai que certains jeunes poulains portent , à la place du crochet adulte , une petite dent mince, alongée , et qui a l'apparence d'une aiguille 5 mais cette dent n'a point la forme d'un crochet. Son existence n'est pas constante, elle tombe de très-bonne heure sans attendre le déve. loppement du crochet.
(1) L'opinion générale des chimistes est qu'on ne trouve de fluate de chaux que dans les os et dans les dents fossiles.
L'ivoire, que nous désignons aussi sous le nom de •substance osséiforme , existe dans toute l'étendue de la dent : vers la partie libre , il est recouvert par l'émail et forme à lui seul la racine. Il est d'un blanc jaunâtre , trèsconsistant , formé de stries disposées tranversalement à l'axe de la dent , et qui lui donnent une apparence soyeuse.
Les injections les plus fines n'y démontrent point de vaisseaux ; on peut admettre cependant que l'imbibition fait pénétrer des liquides dans ses couches les plus profondes, de la même manière qu'il en pénètre dans la corne, toujours plus molle, ainsi qu'on le sait, à sa surface interne ; la couleur rourje que prennent les couches internes de l'ivoire, dans les animaux qui font usage de la garance, du moins pendant que les dents croissent encore , suffirait seule pour prouver que cette imbibition a lieu. Ce fait vient d'ailleurs à l'appui des observations récentes de MM. Magendie et Fodéi^é, lesquelles tendent à démontrer que le mécanisme de l'absorption n'est lui-même qu'une imbibition dans toutes les circonstances.
L'ivoire des jeunes incisives se prolonge jusqu'à l'extrémité de la racine \ il s'en éloigne au contraire à mesure que celle-ci s'alongeetque la dent est chassée au dehors.
L'émail forme une espèce de croûte apphquée sur la substance éburnée de la partie libre; il est d'un blanc laiteux , plus poli dans les dents d'adulte que dans celles des jeunes et des vieux sujets ; sa dureté est telle , qu'il fait feu au briquet ; il est tout-à-fait impénétrable par les injections. Sa composition chimique est un peu différente de celle de la substance éburnée ; il est presque entièrement formé de phosphate de chaux , et il contient une petite quantité de matière animale , qui ne s'élève qu'à deux pour cent d'après Bcrzclius , tandis qu'il en existe de vingt-huit à trente parties dans la substance osseuse de la dent.
L'intérieur des dents est pourvu d'une cavité qui com-
munique dans le fond de l'alvéole, au moyen d'une ouverture pratiquée à l'extrémité de la racine , et dont le diamètre est d'autant plus grand que la dent est plus jeune. Cette cavité diminue avec l'àpe ; elle est remplie par une sul:>stance gélatineuse, grisâtre, qui n'est autre chose qu'une papille renflée de la muqueuse de la bouche, enveloppée par une membrane parsemée devaisseaux et de nerfs , qui ne pénètrent point dans la substance éburnée.
La disposition de l'ivoire et de l'ém.ail varie dans chaque sorte de dents; elle n'est pas la même dans les molaires que dans les crochets , et dans ceux-ci que dans les incisives. Nous ne l'examinerons que dans les dernières qui sont l'objet principal de nos considérations.
L'émail, après avoir recouvert toute la surface extérieure, se replie vers la face de frottement et s'enfonce dans l'intérieur de la dent, en formant une cavité conique , qui se rétrécit, et s'approche du bord postérieur de la dent, d'autant plus qu'elle est plus près de la racine. Ce prolongement de l'émail présente donc deux parties à considérer : 1° la cavité qu'il forme à l'extérieur; 2° le cornet qui enveloppe celte cavité. Ce cornet , très-facile à apercevoir en faisant diverses coupes , est entouré dans les jeunes dents par la cavité de la pulpe qui se prolonge jusqu'à l'extrémité hbre, mais qui existe surtout du côté correspondant au bord antérieur de la dent (/^/. 1 ,/îy. 13 , 14, 15 et 16). L'animal avançant en âge, cette cavité intérieure s'obhlère, et le cornet dentaire n'est plus alors entouré que par une masse d'ivoire , beaucoup plus épaisseantérieureraent que postérieurement (/?/. p% fig. 7, 8, 9 et 10). Tenon et Cuvier. ainsi que l'auteur de XAnatomie vétérinaire, admettent une troisième substance dentaire, qu'ils appelle <:6>/-//c«/e ou cémenteuae , et qui est répandue sur l'émail. Cette substance , bien moins dure queles deux premières, produitsurla surface extérieure des
( 16 ) jeunes dents incisives un enduit ou vernis, que le frottement enlève promptement ; du côté de la table de ces mômes dents , elle forme un dépôt noir, que l'on désigne vulgairement sous le nom de germe de fève. Le corticule dont il s'agit, a beaucoup d'analogie avec la matière tartreuse , dont s'incruste la base des dents de l'homme ; il forme la couche noire , qui revêt la surface des dents molaires des animaux ruminans, et il s'insinue dans les replis qui se trouvent à la table des molaires des herbivores.
Comme il a été dit précédemment , les dents se forment dans l'intérieur des os maxillaires j mais leur développement est plus ou moins précoce , suivant les animaux. Dans le fœtus de jument de trois mois, il n'existe encore aucune trace de dent. L'intérieur des mâchoires laisse seulement apercevoir des cavités, qui plus tard doivent se convertir en alvéoles : ces cavités renferment des vésicules qui sont les futurs noyaux des dents. Vers le quatrième ou cinquième mois, chacune de ces vésicules présente à son sommet , du côté de l'alvéole , une ou plusieurs plaques de substance osséiforme, qui ne tardent pas à se réunir , et forment les circonvolutions que l'on remarque plus tard sur la table de la dent. Ces lames s'épaississent bientôt par l'addition de nouvelles couches à la face interne (1). Il s'en développe en même temps sur les côtés, toujours en procédant de l'extrémité qui doit faire éruption au dehors , de manière à ce que la racine soit la dernière formée et que les lames d'ivoire soient toujours plus épaisses vers le sommet du noyau dentaire. Il suit de là que la pulpe diminue, au fur et à mesure que la dent grossit ; et ce travail ou cette ossification (qu'on nous passe le mot) continuant toute la vie, il
(1) Cette opinion n'est pas tout-à-fait celle de M. de Blainvillc. Voy. l)icl. d'Uist. natiir., art. Dent.
il doit arriver et il arrive en effet une époque où la pulpe a tout-à-fait disparu, et où il ne reste plus aucune trace de la cavité qui la renfermait.
L'émail ne se forme point ainsi par une addition successive de couches de dedans en dehors; il est sécrété par la membrane qui tapisse les parois de l'alvéole et s'étend sur l'ivoire , qu'il recouvre jusqu'à l'extrémité de la racine. Une fois l'émail formé, son épaisseur reste toujours la même, elle ne varie plus. Dans les jeunes molaires, on aperçoit très-distinctement cette substance, appliquée à l'ivoire en forme de lames parallèles entre elles et à l'axe de la dent : ces lames ont une certaine analo^-ie d'aspect avec les feuillets du tissu réticulaire de la face antérieure du pied du cheval ; elles n'acquièrent toute leur densité que plus tard et peu de temps avant l'éruption , toujours en procédant du bord alvéolaire de la dent. L'émail ne reçoit pas plus de vaisseaux que la substance éburnée : sous tous les autres rapports , il diffère essentiellement de celle-ci. Son épaisseur n'aug^mentc pas avec l'âge ; il ne rougit pas par l'usage de la garance ; lorsqu'il est fracturé, les fragmens ne se réunissent pas, comme le font ceux de l'ivoire , par addition de nouvelles couches ; il ne contient pas de fluate de chaux; enfin, il se dissout plus ou moins complètement dans un acide affaibli , tandis que l'ivoire conserve sa forme , devient seulement transparent et flexible.
La formation des vésicules dentaires et leur ossification n'ont pas lieu précisément à la même époque dans tous les animaux.
Dans les fœtus de jument de quatre à cinq mois , on trouve douze vésicules dentaires opaques qui commencent à s'ossifier : six pour les molaires , et six pour les incisives. (Les coins sont encore peu marqués.) A mesure que le fœtiis approche du terme, l'ossification augmente, de sorte que vers neuf mois les dents sont déjà très-soli-
des, les coins eux-mêmes sont ossifiés, et l'on aperçoit assez distinctement les vésicules de toutes les dents qui doivent sortir par la suite.
La dent croissant continuellement et dans tous les sens, écarte progressivement les parois de la cavité , qui la renferme et qui n'est bientôt plus assez grande pour la contenir : elle doit donc tendre à perforer l'alve'ole du côté le moins résistant, et elle sort par conséquent du côté de la bouche, vers le bord alvéolaire du maxillaire, en perçant la lame osseuse et la gencive qui la recouvre.
Une fois que leur éruption est faite , les dents continuent à croître en longueur du côté de la racine, pendant un temps beaucoup plus long dans le cheval et autres monodactyles , que dans les autres grands herbivores domestiques. Cet accroissement continuel étant accompagné d'une égale tendance à faire éruption au dehors, il en résulte nécessairement que les portions usées sont constamment remplacées par d'autres , et que telle portion de la dent qui , à l'âge de six ans , faisait partie de la racine, forme la table à une époque avancée delà vie. C'est d'après cet accroissement continuel des incisives , que Tenon , Lafosse et Pessina ont établi des principes , d'après lesquels il est possible d'indiquer l'âge des chevaux qui dépassent sept ou huit ans, avec plus de certitude qu'au moyen des caractères donnés par Buffon, Danhc7iton, Bourg dut, etc.
Nous avons vu , en effet , qu'une dent incisive qui a fait toute son éruption , mais qui n'a point encore frotté , se trouve être , vers l'extrémité libre , aplatie d'avant en arrière; qu'à quelques hgnes plus bas elle devient ovale , puis arrondie, puis triangulaire , puis enfin aplatie d'un côté à l'autre. La dent sortant toujours dans la même proportion qu'elle use , chacune de ces parties, ovale, arrondie, triangulaire, etc., vient successivement former la surface de frottement; il a suffi de spécifier à quelles
époques ces changemens survenaient à la table des dents, pour avoir des notions assez précises sur l'âge des vieux chevaux. Il en est de môme de la cavité ; elle se rétrécit , devient ovale, trianjT^ulaire; et lorsqu'elle disparaît , elle fait place au cul-de-sac du cornet dentaire.
Ce n'est pas seulement à cause de leur disproportion avec les alvéoles , que les dents sont chassées au dehors. A l'époque où la cavité est oblitérée et où les racines cessent de croître, l'os maxillaire prend lui-même de l'accroissement , les pousse au dehors, et finit par rempHr et oblitérer en partie la cavité alvéolaire.
Cette action des mâchoires sur les dents n'est pas douteuse. La forme que prennent la tête et les dents , dans la vieillesse , en est une preuve. Nous avons dit que les incisives, très larges vers leur surface de frottement, étaient beaucoup plus étroites vers l'alvéole. Cette dernière partie , dans un âge plus avancé , forme la surface de frottement, et la dent est alors presque de la même largeur partout. Les incisives devraient donc être, comme dans le bœuf, écartées les unes des autres ; au contraire , elles se rapprochent, et ce phénomène ne peut être dû qu'à l'action des maxillaires.
Il serait difficile de déterminer de quelle quantité une ' dent incisive pousse par année. Pessina l'a cependant entrepris; il prétend qu'elles sont usées d'une ligne par an dans les chevaux de race distinguée , et d'une ligne et demie dans les chevaux communs. Comme leur longueur est toujours à peu près la même , du moins dans la majeure partie des chevaux , il suivrait de là que ces dents sont chassées au dehors, chaque année , de la même quantité de ligues.
Lorsqu'il manque une dent molaire, la dent correspondante dans l'autre mâchoire acquiert une longueur considérable : ce n'est donc pas l'usure qui détermine la pousse continuelle de la dent en dehors : l'accroissement
n'en continue pas moins. Les exemples de ce {jenre sont fréquens (1).
Tout ce que nous venons de dire s'applique spécialement aux dents d'adulte , à celles qui ont pris la place des dents fœtales et qui persistent le reste de la vie.
Ces dents suivent d'ailleurs, dans leur évolution, le même ordre que les dents de lait : tout porte à croire qu'elles existent en même temps, que seulement elles ont besoin d'un temps plus long pour arriver à leur perfection. Elles forment une rangée de vésicules en dedans ou en arrière, et en-dessus ou en-dessous des caduques, et présentent absolument les mêmes considérations. Dans le principe, elles existent au fond de l'alvéole, se rap~ prochent peu à peu du bord alvéolaire, s'ossifient, usent la cloison qui sépare leur loge de celle de la caduque correspondante , détruisent la racine de celle-ci , compriment ses vaisseaux et ses nerfs; elles finissent par déterminer sa chute, et ne tardent pas elles-mêmes à se faire jour au dehors.
Il y a non-seulement usure , mais encore absorption de la racine des dents caduques. Cela est surtout remarquable dans les molaires , qui ne forment plus qu'une petite plaque lorsqu'elles tombent.
Les molaires de remplacement poussant immédiatement au-dessus ou au-dessous des caduques , il est facile
(1) Tenon a calcule que les dents molaires du cheval pourraient acquérir la longueur d'environ six pouces, si elles ne perdaient rien par l'usure. Dans une tête de jument, sacrifiée en octobre 1805, pour les tra-, vauxanatomiques , et marquant de six à sept ans , les dents molaires supérieures droites n'avaient été usées que par leur face latérale interne, et elles s'étaient conservées intactes sur la face opposée ; la rangée inférieure, qui passait en dedans, avait perforé la voûte palatine; les molaires supérieures avaient acquis une longueur extraordinaire : l'une de ces dents, mesurée de l'extrémité de la racine à rextrémité de la tal)lc, marquait cinq pouces, et la diflérencc en moins n'était que de quehiues lignes pour les autres molaires.
de se rendre compte de la chute de celles-ci. Dans les incisives, il n'en est pas de même; les remplaçantes forment une rangée de dents , plus larges que les caduques et situées en arrière, de manière à ce que leurs extrémités ne se correspondent pas directement. Il suit de là que le remplacement des incisives se fait en général beaucoup moins régulièrement que celui des molaires, et que l'arcade incisive présente assez souvent des surdents.
Le mode d'accroissement et d'éruption des incisives de remplacement , explique encore pourquoi la racine des caduques se déprime par sa face postérieure et ne forme plus, à une certaine époque, qu'un long appendice, mince , susceptible de se briser plus ou moins près du collet dentaire, et de rester implanté dans l'alvéole, contre la dent de remplacement. Ces portions dentaires s'observent surtout lorsqu'on cherche à arracher de trop bonne heure les incisives caduques, et qu'on en brise la racine. La destruction de cette racine par les remplaçantes fait que la table de celles-ci ne présente jamais d'étoile radicale , et la raison en est trop sensible pour qu'elle ait besoin d'explication. Nous ferons encore observer que, lorsque l'incisive caduque cesse de recevoir de la nourriture, elle devient plus blanche, plus polie et plus hsse.
Art. in.
Signes aie moyen desquels on peut reconnaître rage.
Les dents sont incontestablement les parties du corps susceptibles de fournir les indices les plus surs pour distinguer le nombre des années des animaux, et les incisives servent spécialement à cet usage ; ce sont même les seules dents qui donnent des notions exactes sur l'ûge du cheval, pendant presque toute la durée de sa
vie. La difficulté d'examiner les molaires, i'irrégfularitc de leur table , s'opposent à ce que l'on puisse obtenir quelque résultat de l'inspection de ces dents. Quant aux crochets, outre qu'ils n'existent pas dans les jumens, l'époque de leur éruption est très-variable : comme ils ne frottent l'un sur l'autre que de côté et en se croisant, ils ne peuvent être regardés que comme des moyens accessoires.
L'étude de l'a^^e des monodactyles par l'inspection des dents incisives , offre trois périodes distinctes : les cliangemens particuliers aux dents caduques, l'éruption et le rasement des remplaçantes, enfin les nuances diverses que présentent ces dernières, à partir du rasement jusqu'à la vieillesse la plus avancée.
1° Éruption et rasement des caduques. — Les poulains régulièrement parvenus à terme , naissent ordinairement au printemps, et c'est aussi de cette saison que l'on compte pour les chevaux le commencement de chaque année. Il est très- rare qu'à cette époque aucune des dents incisives ait fait son éruption ; la première et la deuxième molaire sont les seules qui soient presque toujours sorties; lorsqu'elles ne le sont pas au moment de la naissance, elles ne tardent jamais plus de trois ou quatre jours; la troisième est constamment sortie avant la fin du l*"" mois.
Les pinces sortent de 6 à 8 jours.
Les mitoyennes, de 30 à 40 jours.
Les coins, de 6 à 10 mois.
On aperçoit, à ^instant où chaque incisive fiiit son éruption, un bord tranchant convexe antérieurement, concave postérieurement; c'est le bord antérieur; le postérieur n*est apparent que quelques jours après , et c'est alois qu'on distingue la cavité.
L'éruption de ces dents est d'autant plus précoce que la mère est mieux portante, le poulain mieux nourri et mieux portant lui-même. Au reste, une connaissance
précise de l'instant de la sortie des incisives caduques est peu importante à cette époque où le poulain n'a point encore quitté sa mère, ou bien ne s'en est pas encore éloi(jné, de manière à ce qu'on ne puisse pas se procurer de renseignemens positifs sur son âge {PL \, fig. l).
Les incisives de la mâchoire supérieure paraissent ordinairement un peu plus tôt. Cela n'est cependant pas tellement général, que le contraire n'arrive quelquefois.
Les deux molaires qui se montrent à la naissance, signalent encore l'âge de deux à deux ans et demi par leur chute et par la sortie des remplaçantes. Mais à partir de cette époque , les molaires ne peuvent servir à la connaissance de l'âge et l'on ne doit plus consulter que les incisives (1).
Dès l'instant où les dents incisives ont fait éruption, elles subissent quelques changemens par suite du frottement exercé sur celles qui leur correspondent. Leur bord antérieur, qui était beaucoup plus élevé et tranchant, commence à s'user. Bientôt il est au niveau du postérieur; alors ils s'usent simultanément; la cavité qui était d'abord très-aloogée , se rétrécit, devient triangulaire; enfm, à une certaine époque elle disparaît et elle est remplacée par le cul-de-sac du cornet dentaire; c'est fette usure exécutée régulièrement qui constitue ce que l'on appelle raseinent {PL 1", fg. 4.) Ce rasement a lieu dès l'instant où les dents sont en rapport , de sorte qu'il est souvent complet dans les pinces, lorsque les coins commencent à sortir : il est, du reste, très-variable dans les dents caduques, et ne peut donner que des indices
(1) Les molaires siipplémcntaires, lorsqu'elles existent, sortent ordinairement de cinq à six mois.
Quant aux arrière-molaires, il est trop dilTicile de les examiner pour qu'elles servent à la connaissance de l'âge. On aperçoit la première vers dix à onze mois, la deuxième à vingt mois, et la troisième de quatre à six ans.
peu certains , soit parce qu'il existe une (jrande irrégularité dans l'époque de l'éruption des coins, soit parce' qu'il y a de la variation dans l'époque où l'on a sevré les poulains et dans celle où ils ont fait usage de nourriture fibreuse, soit enfin parce que cette nourriture elle-même est plus ou moins dure, suivant les localités.
Lorsqu'une dent incisive a commencé à raser, que ses deux bords sont de niveau, la table présente deux rubans d'émail , un extérieur qui enveloppe la dent, c'est V émail d^ encadrement ; l'autre intérieur, qui circonscrit seulement la cavité, c'est Xéinail central {\) {PI. V\ fig. 3-4.) Dans tous les cas, les incisives de la mâclioire inférieure rasent plus vite que celles de la supérieure , et leur rasement est toujours beaucoup plus régulier. On a recherché la raison de cette différence sans pouvoir en donner de parfaitement juste : selon les uns, le corps frottant usant toujours plus que le corps frotté, et la mâchoire inférieure étant plus mobile, ses dents devaient élre rasées plus tôt ; d'autres ont pensé que cela tenait à la force et à la densité des incisives supérieures, chez lesquelles la couche d'émail extérieur et le cornet dentaire sont plus épais. La seule cause de cette différence gît dans la disproportion qui existe entre le cornet des incisives supérieures et le cornet des inférieures. Dans toutes les dents que j'ai examinées comparativement, la cavité était plus profonde et le cornet plus long d'environ un tiers dans les dents supérieures j et cela explique très-bien pourquoi les dents supérieures semblent s'user moins vite, tandis qu'elles s'usent tout autant que les inférieures. Quelle que soit la véritable cause de cette différence , elle est très-remarquable. On observe aussi que le rasement est beaucoup plus régulier dans la mâchoire inférieure; cela lient sans doute à la manière dont elle frotte contre la supérieure.
(1) Tenon , loc cil.
Il suit, dans tous les cas, de cette ohscrvatiou applicable surtout aux dcuts remplaçantes, qu'il est dilHcilc de déterminer réj)oque exacte du rasement des dents de la mâchoire supérieure, et que tous les auteurs qui ont regardé ce rasement comme pouvant servir à la connaissance de l'àfje , sont tombés dans l'erreur.
Les pinces inférieures sont toujours rasées à 10 mois.
Les mitoyennes à l an.
Et les coins de 15 à 24 mois.
Déjà les pinces supérieures sont presque tout-à-fait rasées , de telle sorte qu'à deux ans la cavité a disparu dans toutes les dents, tant de la mâchoire inférieure que de la supérieure.
A cette époque, les pinces semblent se rapetisser, elles deviennent colletées à leur base, se déchaussent et prennent une couleur d'un brun jaunâtre ; bientôt elles s'ébranlent , tiennent à peine dans l'alvéole et tombent pour faire place à d'autres dents. C'est alors que commence la deuxième époque de l'âge du cheval.
2" Éruption et rasement des remplaçantes. — Ainsi que nous l'avons vu , les incisives de remplacement sont rangées en arrière des caduques , et sortent successivement comme ces dernières, d'abord eu montrant le bord antérieur, dont l'apparition est suivie , un ou deux mois après, de celle du bord postérieur. Les dents de la mâchoire supérieure paraissent en général huit à quinze jours plus tôt.
Les pinces sortent de deux ans et demi à trois ans.
Les mitoyennes, de trois ans et demi à quatre ans.
Les coins, de quatre ans et demi à cinq ans.
De sorte qu'un cheval de trois ans doit avoir (jualre incisives d'adulte, un cheval de quatre ans on a huit, et à cinq ans toutes les incisives sont sorties.
Telle est la marche indiquée dans tous les ouvrages sans aucune explication , et ce laconisme est cause d(^
plus d'une erreur. Il est certain que si on laissait anir la nature, il on serait presque toujours ainsi; je dis presque toujours, parce qu'il est des cas où l'état de la maclioire est différent.
Nous avons déjà dit que l'on devait regarder tous les chevaux comme nés au printemps; mais la naissance peut être (d'un cheval à un autre) avancée ou retardée de trois ou quatre mois. Celui chez lequel elle a été retardée, est, je suppose, d'une race qui se développe lentement, d'un tempérament débile, il a été mal nourri; l'autre, au contraire, se trouve dans des circonstances tout-à-fait opposées. On les examine au mois d'août; dans l'un, les coins sont visibles , dans l'autre il n'y en a pas d'apparence; les mitoyennes seules sont dehors. Cependant l'un et l'autre n'ont véritablement que quatre ans. Yoyons-les neuf mois plus tard, au mois de mai : le premier a douze incisives bien sorties ; les coins dans le second ne font que paraître; ils ont cependant cinq ans tous les deux.
Il est toutefois assez rare que cela arrive lorsqu'on abandonne la nature à elle-même. Mais les marchands , qui sont intéressés à donner aux jeunes chevaux le plus d'âjje possible, arrachent les coins, quelquefois les mitoyennes caduques, hâtent ainsi l'éruption des permanentes, et donnent en apparence au cheval plus d'âge qu'il n'en a réellement. Il suit de là que tout cheval (sur tout si les autres parties sont très-développées) qui , au mois de mai , et à plus forte raison de juin , n'a pas les coins apparens et même bien sortis, doit être regardé comme n'ayant que quatre ans. 11 faut, en un mot, que le cheval ait soixante mois pour avoir cinq ans (1). Quand
(1) Ceci n'est pas une plaisanterie. Tous les vétérinaires savent bien que, suivant les marchands, les coins sont les dents de cinq ans; or, disent-ils ^ un cheval qui a les dents de ci.nq ans ne peut pas ne pas avoir cinq ans. Les ordonnances relatives aux remontes portent que les chevaux, pour être admissibles, doivent être âgés de cinq ans , ou soi.tanio mois rifcohis.
le cheval n'a pas encore cinq ans, mais qu'il ne s'en faut que de deux, trois ou quatre mois, on dit qu'il prcîul cinq ans. S'il est , au contraire, plus près de quatre ans que de cinq, on dit qu'il a quatre ans faits. La différence entre pre^idre un âge, et avoir un âge fait, est donc relative à l'époque où l'on examine les chevaux, puisqu'ils sont tous supposés nés au printemps (1).
La première molaire de remplacement paraît ordinairement du trentième au trente-deuxième mois ; les deux autres tardent quelquefois jusqu'à trois ans. Les molaires supplémentaires, lorsqu'elles existent, sont assez ordinairement expulsées par la première molaire remplaçante, en même temps que la première molaire caduque. Quelquefois celle-ci pousse à côté, alors la supplémentaire persiste plus long-temps; cela arrive plus souvent en bas, où la supplémentaire est moins près de la première avantmolaire.
C'est pendant cette époque que les crochets sortent. Le moment de leur éruption est peu fixe; quelquefois ils existent à trois ans, d'autres fois ils tardent jusqu'à six; mais l'époque la plus constante est quatre ans; on ne peut donc tirer de l'état de ces dents , que des principes fort incertains.
(1) La sortie des dents, tant caduques que persistantes, n'a pas lieu à la même époque dans tous les pays. Ainsi, dans les chevaux du midi de la France, qui sont élevés dans leur pays natal, l'éruption des incisives de remplacement a lieu quelquefois dans les premiers jours de septembre, le plus souvent au commencement d'octobre; elles sont toujours sorties dans la première quinzaine de décembre. Cette éruption est plus tardi^e(ians les climats plus froids : en ]Vormandie, par exemple, elle n'a lieu, lorsquelle se fait naturellement, que dans les mois de janvier, février, mars, et même avril. Dans le Limousin, elle est rarement tenuinée avant le mois de janvier. Ces variétés sont tellement dépendantes du climat, que lorsque les poulains sont transportés d'un pays froid dans un chaud, l'éruption est plus précoce; elle est plus tardive dans le cas contraire, et cela d'autant plus que la température des lieux est plus différente.
L*effort des dents pour faire leur éruption s'exerce dans tous les sens , et non pas seulement du côté de l'endroit où elles doivent sortir; il est facile de s'en convaincre sur les têtes des chevaux ou des poulains ,• morts pendant la dentition. Les lames des os maxillaires sont usées et souvent môme perforées; aussi ces époques, surtout celle de la seconde dentition , sont-elles dans tous les animaux le signal de maladies inflammatoires, différentes selon les espèces , et plus ou moins graves suivant que l'éruption se fait plus on moins difficilement. L'écartement des parois des os maxillaires, la fluxion qui en est la suite, donnent à la tète une rondeur, un air de jeunesse qui disparaît avec les causes.
Le rasement des incisives d'adulte se fait assez régulièrement, mais non pas au point de pouvoir déterminer rigoureusement l'âge d'un cheval, comme on serait tenté de le croire en lisant tous les ouvrages vétérinaires qui ont traité de cet objet.
Ils rapportent tous que les pinces inférieures rasent de cinq à six ans , les mitoyennes de six à sept ans , et les coins de sept à huit, etc. Mais depuis l'âge de trois ans, époque de la sortie des pinces, jusqu'à cinq, elles ont eu le temps de frotter, et elles sont déjà rasées presque tout-à-fait lorsqu'on aperçoit les coins; c'est donc à l'inspection des dents qui ont éprouvé le moins d'usure, qu'd faut s'en rapporter. Par conséquent, à cette époque, on doit consulter l'état des coins , et il sera difficile, pour peu qu'on ait d'habitude, de se méprendre sur l'âge exact de l'animal.
A cinq ans, lorsque les circonstances que nous avons signalées n'existent pas, les coins viennent de sortir; ils ne sont point encore au niveau des mitoyennes (1), et
(1) Nous parlons toujours des dents inrérieures lorstiue nous ne dési- ;nons pas, parce qu'elles seules rasent réj^ulicreuieiil.
Fciir bord antérieur est beaucoup plus élevé que le postérieur. Le bord antérieur des mitoyennes se trouve légèrement uséj dans les pinces, il est au niveau du postérieur, et la cavité dentaire a complètement ou presque complètement disparu. L'ensemble des incisives, tant supérieures qu'inférieures , représente un demi-cercle assez régulier ; les crochets sont le plus souvent entièrement sortis, mais n'olîrent encore aucune usure.
A six ans , les coins , étant un peu plus élevés, se trouvent presqu'au niveau des mitoyennes ; le bord externe est un peu usé, les mitoyennes sont dans l'état où étaient les pinces à cinq ans; les pinces sont tout-à-fait rasées (1).
A sept ans, les mitoyennes sont rasées, le bord externe des coins est au niveau de l'interne , on aperçoit quelquefois une échancrure aux coins supérieurs.
A huit ans enfm , toute la mâchoire inférieure est rasée (2), les dents sont de niveau, leur forme n'est plus la même , elles sont devenues ovales , et la cavité a fait place à une exubérance d'émail aloûgé transversalement, qui est le cul-de-sac du cornet dentaire , la terminaison de l'émail central (PL 1, fig. 10.)
3° Formes successives que prennent les dents; leur nivellement (3) et leur étoile. Après huit ans, le rasement
(1) A cette époque, la dernière molaire est sortie, et le cheval a quarante dents, dont douze incisives, vingt-quatre molaires et quatre crochets, sans compter les supplémentaires, lorsqu'elles existent.
(2) Cela n'est cependant pas constant. La cavité des coins subsiste souvent à neuf ans, même au-delà. Cela tient à ce que ces dents ne s'usent pas régulièrement.
(3) Par nivellement des dents , nous entendons exprimer l'époque où la table de l'incisive, complètement débarrassée de l'émail central, devient lisse, unie, et de niveau dans tous ses points. Cette période de l'usure suppose toujours la destruction entière du cornet dentaire , qui , tant qu'il en subsiste un restant, fait exubérance et rend la table inégale. Toute table nivelée peut cependant être o]jli(jue, ou horizontale , et même concave.
(les incisives supérieures est, suivant la plupart des auteurs , le seul moyen de reconnaître l'àjje. Dès long-temps on a senti l'insufiisance de ce moyen, puisque l'on déclarait hors dWgc tous les chevaux qui avaient plus de huit ans. Cette expression était une espèce d'anathème contre tous ceux auxquels on l'appliquait. Il y a cependant une grande différence , pour le prix et pour les services qu'on peut en attendre, entre un cheval de neuf ans et un de dix-huit, et il n'est pas indifférent de rechercher les moyens de distinguer l'âge de ceux qui ont passé cette terrible époque.
Nous avons vu que les incisives, comme les autres dents du cheval , poussaient toute la vie j que chacune de leurs parties formait successivement la table, et que lorsque l'usure avait été régulière , lorsqu'on un mot la dent avait bien rasé, cette table devenait, avec l'âge, ovale, arrondie, triangulaire, puis enfin aplatie d'un côté à l'autre (P/. 2, fig, 8 e^ 9). Nous extrairons des observations de Pessina , beaucoup trop minutieuses et trop circonstanciées sous tous les rapports, celles dont l'expérience nous a démontré l'exactitude, et que nous croyons pouvoir être admises.
Les incisives qui, à l'époque de leur éruption, à l'âge de trois, quatre et cinq ans, étaient aplaties d'avant en arrière et fort alongées d'un côté à l'autre, diminuent progressivement d'étendue dans ce dernier sens ; de sorte qu'à huit ans les pinces inférieures prennent une forme ovale , qui se fait remarquer successivement dans les mitoyennes et les coins , et qui se rétrécit peu à peu \ les tables de ces mêmes dents s'arrondissent jusqu'à treize ans; elles prennent alors un nouvel aspect et deviennent triangulaires dans le même ordre qu'elles étaient devenues ovales et arrondies (P/. 2, fuj. 1 et 8).
Cette forme triangulaire est peu marquée dans le principe, les bords en sont légèrement arrondis, et les trois
( 31 ) côtés sont à peu près de la raôme loii^^ucur; 1)icntot les parties latérales s'aloiirrent, tandis que le côté antérieur semble diminuer , les extrémités deviennent angulaires , et cet alonj^emcnt est bientôt tel , qu'à dix-neuf ou vinr^t ans les incisives se trouvent véritablement aplaties d'un côté à l'autre (1) {flg. 9). Cet aplatissement s'étend successivement des pinces aux mitoyennes et aux coins , de manière à pouvoir faire reconnaître Va^^e jusqu'à vinj^tdeux ou vinj^t-trois ans.
Telles sont en substance les remarques de Pessina, et, prises ainsi d'une manière p^énérale, elles présentent assez d'exactitude. Il n'en est pas de même dans les détails qu'il donne , et dans les divisions et subdivisions qu'il établit parmi ces différentes époques. Il raisonne d'abord comme si les formes arrondies, triangulaires, biangulaires, étaient aussi régulières que des figures géométriques; et certes, il est loin d'en être ainsi, au moins dans le plus grand nombre des cas. On croirait, d'après ce qu'il avance , que la mâchoire supérieure s'use avec autant de régularité que l'inférieure , et que les caractèrt ^ qu'elle présente et les principes que l'on peut en tirer , sont tout aussi réguliers et tout aussi peu variables. Nous ne pourrions , pour faire sentir dans quelle erreur il est tombé, que répéter ce que nous avons déjà dit sur le rasemcnt ou la disparition de la cavité extérieure dans l'une et l'autre mâchoire. Enfin, à l'en croire, il est arrivé, sous le rapport de la connaissance de l'âge au dernier degré d'exactitude ; et l'apparition de ces différentes formes est si régulière, si précise, son époque si bien indiquée, qu'il n'est pas possible de se tromper, même de quelques mois.
(l)Dans certains sujets, les incisives de la niàclioiie inférieure p^é^t'ntcn^, à l'âge de six ans faits, une forme triangulaire bien déterminée, telle à peu près qu'on l'observe à l'âge de quatorze à quinze ans. Cette triangularité extraordinaire, très facile à distinguer par la présence de l'émail central sur toutes les incisives infériciires , ne peut pas en imposer.
Nous laissons aux vétérinaires à juger de Tcxactitude de CCS assertions.
Lorsque , par suite du rasement , la cavité extérieure des incisives a disparu , on n'aperçoit plus sur la surface de frottement qu'un noyau de substance émailleuse, alongé d'un côté à l'autre , légèrement déprimé dans son milieu (1) , et situé un peu plus près du bord postérieur que du bord antérieur de la dent. Ce noyau , qui n'est autre chose que le cul-de-sac du cornet dentaire extérieur ou de l'émail central, persiste encore jusqu'à une certaine époque ; il se rétrécit , s'arrondit , se rapproche du bord postérieur et finit par disparaître entièrement {pi. %fig. 4 et 5). Ces phases successives et cette disparition ne doivent point étonner , si l'on se rappelle la disposition de ce cornet dentaire , telle que nous l'avons indiquée plus avant. Nous avons dit en même temps que la cavité pulpeuse se prolongeait dans la partie libre de la dent, entre les deux faces internes de l'émail central. Cette cavité s'oblitérant par l'addition de nouvelles couches d'ivoire , présente bientôt, comme celle de l'extérieur, un cul-de-sac de substance éburnée , qui , par suite de la pousse et de l'usure continuelle de la dent, paraît à une certaine époque sur la surface de frottement et y forme l'étoile dentaire. Avant la destruction complète de la première de ces marques (de l'émail central), lorsqu'elle est à peu près ovale , on voit paraître le cul-de-sac de la cavité de la pulpe , en avant de la première et contre le bord antérieur de la table, sous la forme d'une zone d'abord transversale et jaunâtre, puis ronde et grisâtre, ensuite blanche et alongée d'avant en arrière {fig. 3 et A).
(1) L'exubérance de l'émail central est due à ce qu'il est entoure d'ivoire qui, étant beaucoup moins dur, s'use plus proniptement. Cette inégalité est remarqual)Ie , surtout à la table des molaires, où Ton distinj^ue très bien les rubans d'émail, ce qui leur donne quelque ressemblance avec des meules de moulin déjà usées.
Elle diffère essentiellement de la première marque en ce qu'elle ne forme jamais saillie et qu'elle est toujours au môme niveau que le reste de la surface de la table; on observe aussi qu'elle persiste jusqu'à la chute de la dent, et que si elle disparaît quelquefois, elle est constamment remplacée par une petite cavité ronde et noire.
Nous devons rappeler, avant d'aller plus loin, que le cornet, bordé d'émail, n'est pas de la même longueur dans toutes les incisives; ii est ordinairement plus long dans les mitoyennes que dans les pinces , et dans cellesci que dans les coins ; cette différence est quelquefois telle, qu'il a déjà disparu dans les coins lorsqu'il persiste encore dans les autres incisives. On sait aussi que sa longueur est comparativement plus grande de près de moitié dans les dents d'en haut, l'émail central doit donc y persister plus long-temps. Cependant la longueur totale des incisives supérieures est la même que celle des infé^ Heures ; elles doivent donc toutes subir leur changement de forme en môme temps, puisqu'elles sont de la même longueur, qu'elles s'usent et poussent continuellement audehors de la même quantité de lignes, et les observations de Pessina , sous ce rapport , manquent donc tout-à-fait d'exactitude. Nous raisonnons dans l'hypothèse où l'usure des dents se ferait régulièrement à la mâchoire supérieure ; nous avons vu que le plus souvent il n'en était pas ainsi.
En faisant l'application de tous les principes que nous venons d'exposer, on peut reconnaître l'âge aux différentes époques , d'après les caractères suivans :
A huit ans {pi. 2, fig. 1), rasement complet (le plus souvent) de la mâchoire inférieure; les pinces, les mitoyennes et les coins sont ovales; l'émail central est triangulaire et plus proche du bord postérieur que du bord antérieur de la dent , l'étoile dentaire apparaît près du bord antérieur , sous forme d'une bande jaunâtre, alongée d'un côté à l'autre.
A neuf ans (/?y. 2) les pinces inférieures s'arrondissent, la table des mitoyennes et des coins se rétrécit, l'émail central diminue et se rapproche du bord postérieur.
A dix ans (^^. 3), les mitoyennes s'arrondissent, l'émail central est très près du bord postérieur, et arrondi.
A onze ans {fig. 4), les mitoyennes sont arrondies, l'émail central n'est presque plus apparent dans les dents inférieures.
A douze ans (/î^. 5) , les coins sont arrondis, l'émail central a tout-à-fait disparu , la table est nivelée ; l'étoile dentaire , plus étendue , occupe à peu près le milieu de la surface de frottement ; et le cul-de-sac du cornet persiste dans les dents de la mâchoire supérieure.
A treize ans {fig. 6) , toutes les incisives inférieures sont arrondies, les cotés des pinces s'alongent , le cul-desac du cornet s'efface dans les coins de la mâchoire supérieure ; il est rond et très rapproché du bord postérieur sur les pinces et les mitoyennes supérieures.
A quatorze ans {fig. 7) , les pinces inférieures ont une apparence de triangularité, les mitoyennes s'alongent sur les côtés , l'émail central des dents supérieures diminue , mais il persiste encore.
A quinze ans {fig, 8), les pinces sont triangulaires, les mitoyennes commencent à le devenir , l'émail central de la mâchoire supérieure n'a point encore disparu.
A seize ans, les mitoyennes sont triangulaires, les coins commencent aie devenir, l'émail central a souvent disparu dans les mitoyennes supérieures.
A dix-sept ans (^fig. 9), triangularité complète de la mâchoire inférieure \ mais , ainsi que nous l'avons vu , les côtés du triangle sont tous trois de la même longueur; à cette même époque les pinces supérieures qui usent réfj-ulièrement, perdent leur émail central et parviennent au nivellement.
A dix-huit ans , les parties latérales de ce triangle s'a-
Jonglent successivement des pinces aux raitoyennes et aux coins, de telle sorte que, à dix-neuf ans, les pinces inférieures sont aplaties d'un coté à l'autre.
A vingt ans, les mitoyennes ont la même forme.
Enfin , à vingt-un ans , cette forme paraît dans les coins.
A partir de cette époque , les incisives n'offrent plus de caractères distinctifs propres à guider même approximativement; ces dents s'aplatissent de plus en plus, et semblent converger les unes vers les autres en se touchant seulement par leur bord latéral antérieur; elles se déchaussent , les gencives blanchissent , les mâchoires se rétrécissent, la table dentaire devient grisâtre; les incisives sont jaunâtres dans tout le reste de leur étendue , enveloppées souvent à leur base d'une couche épaisse de tartre, tandis que tout annonce dans l'individu la vieillesse et la caducité.
La pousse continuelle des dents du cheval du côté de la racine, la longueur qu'acquiert cette racine sont telles , que l'alvéole ne se trouvant pas assez longue, l'efPort de la nouvelle portion de racine s'exerce sur la dent de manière à la chasser au-dehors. A cette considération, il faut ajouter que, les nouvelles productions dentaires étant toujours plus étroites, il était nécessaire que l'alvéole revînt sur elle-même pour fixer la dent; de là le rétrécissement et la direction horizontale des mâchoires dans un âge avancé , changement très remarquable , que Tenon et autres ont attribué à la manière dont les mâchoires frottent l'une contre l'autre ; tandis que cette ac tion des mâchoires ne peut être considérée que comme très secondaire dans la production de ces phénomènes. Quoi qu'il en soit de ces exphcations, il est constant que les côtés des maxillaires supérieurs s'afi^aissent, que le maxillaire inférieur se redresse , que la tète semble s'alonger et s'efiFder ; ce qui donne à l'individu un air de
vieillesse , sur lequel il est difficile de se méprendre, La direction horizontale des mâchoires , due à la même cause, est toujours aussi l'indice d'un âge avancé; mais cette direction , très marquée dans certains chevaux, ne l'est pas du tout dans d'autres : quelle en est la raison?
Au résumé , les incisives du cheval restent gnomones bien au-delà du terme assigné par les Grecs ; elles marquent toute la vie , et elles indiquent les divers degrés de l'âge jusqu'à vingt ans; 1° par l'ordre de leur éruption; 2" par le rasement de leur cavité extérieure ; S° par les changemens et la disparition de leur cornet ; 4^ enfin, par les formes successives que prend leur table après neuf ans, et qui sont Xovalité, la rotondité y la triangularitë et la hiangularité. L'éruption et le rasement sont assurément les changemens qui fournissent les signes les plus certains pour la distinction du nombre des années; pendant les quatre à cinq années qui suivent le rasement, la connaissance de l'âge est encore assez sûre, parce qu'il y a plusieurs moyens de rectification, tels que l'état du culde-sac du cornet, l'apparition de l'étoile dentaire, le nivellement de la table et la forme que celle-ci affecte. Les époques de la triangularité et de la hiangularité offrent les plus grandes difficultés : les données de ces dernières époques ne sont , le plus souvent , qu'approximatives; il est même impossible de prononcer affirmativement sur l'âge d'un cheval de seize à vingt ans.
Pour résumer les diverses considérations sur l'âge des chevaux, les rendre plus concises, plus faciles à saisir, nous avons cru devoir rédiger le tableau qui suit et que Von pourra consulter dans tous les cas. Ce tableau , dont le modèle se trouve dans Pessina, aura le double avantage d'éviter les recherches des observations éparses dans le corps du mémoire, et de mettre les principes établis à la portée de tout le monde.