AGE DU BOEUF
Les notions sur cette partie de l'extérieur du bœuf, sont encore incomplètes et bien moins avancées que n'étaient celles recueillies sur le cheval jusqu'au temps de Bourgelat et de Lafosse. Parmi les nombreux auteurs qui ont parlé de l'âge du bœuf, très peu ont donné de leur propre fond , la majeure partie n'ont fait que copier servilement ce que leurs devanciers avaient écrit. Presque tous se sont bornés à faire connaître l'âge seulement d'après l'ordre dans lequel les dents d'adulte font leur éruption; et ils ont négligé les changemens que ces parties pre'sentent en s'usant. Dans ces derniers temps, MM. Lionnet et Cruzel, vétérinaires, ont franchi l'ornière et ont démontré que les altérations imprimées sur la table des dents par l'effet du frottement , peuvent encore servir à la distinction du nom.bre des années. Après avoir indiqué sommairement l'état des incisives , peu de temps après qu'elles ont complété leur éruption , M. Lionnet dit que le cercle décrit par ces mêmes dents , diminue au fur et à mesure que l'animal avance en âge , et il ajoute qu'à huit ou neuf ans la rangée incisive ne forme plus qu'une ligne horizontale. A partir de neuf ans, l'usure des dernières dents sorties peut , selon lui , indiquer les progrès de l'âge jusqu'à quatorze ans , époque où ces mêmes dents sont courtes et rondes (1). La notice do
(1) De la connaissance de Vdge des bœufs. Annales de rAgricuItme Franraise, 2""* série, tome 19, page 380 et suiv.
M. Cruzel, insérée dans le Journal de Médecine vétérinaire, est incontestablement ce qui a paru de mieux sur l'afje des bètes bovines. Nous rendons pleine justice à l'auteur de cet article ; ses remarques sont en général judicieuses et exactes (1).
Les dents incisives du bœuf ne sont pas les seules parties propres à marquer, jusqu'à une certaine époque, les différens degrés de la vie de l'animal. Les cornes frontales portent aussi des empreintes d'après lesquelles on peut connaître le nombre des années; et ces indices sont en général assez constans et assez prononcés pour que l'on puisse y recourir avec avantage. Dans tous les cas , les changemens qui surviennent aux cornes , servent à rectifier ou à assurer les inductions tirées de l'inspection des dents incisives , et ils fournissent des moyens de rapprochemens qui ne sont jamais à négliger.
Les macboires du bœuf formé ou adulte sont armées de trente-six dents , dont vingt-quatre grosses molaires , quatre petites molaires ou molaires supplémentaires, et huit incisives à la mâchoire postérieure seulement ; l'antérieure porte , en place d'incisives , un gros bourrelet cartilagineux, qui sert d'appui pour que les incisives puissent agir efficacement et couper la pointe du faisceau d'herbe ramassé par la langue. Comparativement à celles du cheval , les dents du bœuf sont moins grosses , moins longues, et leur partie libre est séparée de la racine par un collet. Leur accroissement est aussi moins grand , il semble même s'arrêter à une certaine époque et cesser entièrement. Si les dents du bœuf acquièrent moins de longueur que celles du cheval , en compensation elles perdent moins par l'effet de l'usure , et elles résistent davantage au frottement.
', (1) Jnurtial (Je Modocino vétérinniro, Hiporique r( prdliijuc, iinnéc 1832, pnj;. 105 <'t suiv.
(49) $ V". Des dents incisives.
Fixées en clavier au bout de la mâchoire postérieure , les dents dont il s'agit se divisent en deux pinces , deux premières mitoyennes , deux secondes mitoyennes et deux coins. Les unes et les autres se distinguent en dents caduques ou de lait, et dents remplaçantes ou d'adulte. Considérées dans l'animal formé, les incisives sont lisses, blanches, et terminées en devant par un bord tranchant. Leur corps ou partie libre, est aplati d'avant en arrière, va en se rétrécissant du bord libre vers la gencive , et se trouve séparé de la racine par un collet bien prononcé. La face externe de cette première partie dentaire offre, comme dans le cheval, des stries longitudinales, dont la profondeur et le nombre varient , et il est des dents tellement unies qu'elles ne laissent apercevoir aucunes traces de raies.
A mesure que l'usure avance , le corps de l'incisive perd de sa hauteur et de sa largeur ; mais il conserve toute sa blancheur j et la dent ne commence à jaunir qu'à partir du collet , lorsque la racine se déchausse , et qu'elle se montre au dehors. Si l'on examine les incisives de remplacement quelques mois après qu'elles ont complété leur évolution (entre cinq et six ans), (pi. III, fig. 9), on voit que ces dents sont larges , blanches , d'une hauteur inégale, qu'elles se touchent par leur extrémité, et qu'elles décrivent dans leur ensemble un demi-cercle assez régulier. Cette rondeur de l'arcade incisive ne subsiste que peu de temps , l'usure l'altère insensiblement et finit par mettre toutes les dents sur un plan horizontal. En diminuant de longueur, les incisives diminuent aussi de largeur ; elles cessent d'abord de se toucher, et s'écartent peu-à-peu les unes des autres , de manière que dans les sujets très avancés en âge elles sont très claires^ fort éloignées les unes des autres {fi^. 1 1 et 12).
Comme il a élé dit précédemment , les incisives du bœuf jouissent d'un mouvement particulier de haut en bas, semblable à celui d'un clavier de clavecin. Ce mouvement , d'autant moins étendu que l'animal est plus vieux, semble avoir pour but de ména^i^er le bourrelet de la mâchoire antérieure, et d'empêcher qu'il ne soit blessé, lorsque la rangée incisive pose et frotte immédiatement contre lui.
La table des incisives du bœuf offre deux parties bien distinctes : le bord tranchant et l'avale. 1° Le bord tranchant, duquel il a déjà été parlé, forme le sommet de la dentj il termine en haut la face ante'rieure ou externe de la dent, sert à couper les végétaux implantés dans la terre, et qui sont appuyés contre le bourrelet calleux de la mâchoire antérieure. Etant encore intact, ce bord décrit une portion de cercle, et présente vers son milieu une petite convexité qui semble surajoutée; il se déprime par l'effet du frottement, devient droit, un peu moins tranchant, et ce genre d'altération produit son rasement {fig. 10, a. b.c. d.). L'usure du bord dentaire n'a pas Heu en même temps dans toutes les incisives -, elle s'opère progressivement, des pinces aux mitoyennes, et de celles-ci aux coins, qui rasent toujours les derniers. Il arrive conséquemment une époque où toutes les incisives sont rasées par leur bord tranchant, et sont raccourcies de telle sorte qu'elles sont de niveau les unes avec les autres. Pour désigner cet état de la rangée incisive, l'on dit vulgairement que l'animal est parvenu au ras {fig. H), comme il est considéré au rond, lorsque les incisives décrivent un demi-cercle réguher (/?7. 9).
2°. L'avale de la table (1) correspond au cornet den-
(1) Le terme avale nous a paru être l'expression la plus convenable pour désigner la partie de la table, qui est inclinée en dedans et qui descend >er9 la gencive interne. Ce terme a le même sens que celui d'avalure, usité
taire du cheval et comprend la presque totalité de la face interne du corps de l'incisive. Cette partie avalante est disposée sur un plan très oblique , s'étend du bord tranchant jusqu'auprès du collet, se trouve circonscrite par un rebord saillant, et présente deux cannelures longitudinales [fig, 3, a. a.), qui semblent avoir e'té faites par une gouge. L'émail qui la recouvre constitue une couche très mince, transparente, à travers laquelle on distingue la couleur de la substance osséiforme située par-dessous. L'usure qui procède toujours du bord tranchant, et conséquemment d'avant en arrière, détruit peu à peu l'émail, ainsi que les cannelures, finit par envahir toute l'avale, et produit alors le nivellement de la table. Avant d'avoir complété son nivellement, la table laisse apercevoir près du bord tranchant une petite bande transversale , diversement colorée. Par l'effet de l'usure, la zone dont il s'agit, gagne insensiblement le milieu de la table, s'élargit, devient carrée, puis ronde, et porte pendant quelque temps une légère bordure blanche. Cette étoile dentaire, semblable à celle du cheval , subsiste jusqu'à la chute de la dent, et les changemens qu'elle subit nous semblent devoir mériter quelque attention , par rapport à la connaissance de l'âge.
La racine des incisives {fig, 1, 2 et 3, Z>.), droite, presque cylindrique et creuse intérieurement, paraît comme tronquée à son extrémité. Sa cavité unique constitue un long et grand tuyau, qui renferme la substance pulpeuse, et qui se rétrécit dans la vieillesse, au point de ne plus former qu'un conduit étroit.
Les incisives caduques diffèrent sous plusieurs rapports de celles de remplacement que nous venons de passer en
pour exprimer la descente de certains cercles, qui se développent vers le bord supérieur de la muraille du sabot, d'où ils s'écartent insensiblement et gagnent peu à peu le bord inférieur de la partie.
revue ; elles sont en g-énéral plus étroites , beaucoup plus petites, et ne forment plus, lorsqu'elles sont déchaussées, que des petits chicots ou restons de dents , qui sont de véritables corps étrangers, et dont la chute précède la sortie des remplaçantes. La rangée incisive du veauformé (veau qui est pourvu de toutes ses dents fœtales) se compose de deux portions de cercle {fig. 4), disposées régulièrement à droite et à gauche, et séparées l'une de l'autre par un petit écartement , que laissent entre elles les deux pinces. Les quatre dents de chaque segment sont courbées , ployées en dehors , et chacune de ces dents représente un petit éventail terminé par un bord tranchant. Au fur et à mesure que le veau prend de l'âge , les dents incisives semblent se redresser ; elles se rapprochent insensiblement l'une de l'autre , et finissent par se toucher. Ce changement de position , simplement apparent, provient de ce que les dents n'étant courbées que par leurs extrémités, l'écartement diminue en raison de la dépression ou usure du corps dentaire.
La racine des incisives fœtales, semblable à celle des dents d'adulte , éprouve ;, pendant que ces dernières se développent et croissent dans l'intérieur du maxillaire, une telle altération, qu'elle finit par être complètement détériorée, et par ne plus recevoir de nourriture : la dent caduque est alors expulsée au dehors, ou bien elle forme une partie étrangère et incommode.
Éruption et usure. Tant que les incisives du bœuf subsistent, et qu'elles fonctionnent, elles peuvent fournir des indices d'âge. Ces dents font leur évolution à des époques peu variables, elles marquent toute la vie, et les nuances qu'elles présentent sont différentes suivant les degrés d'usure. Les changemens, résultats d'usure, offrent en général moins de certitude que l'éruption dentaire ; plusieurs de ces marques sont même peu prononcées , et qu(lqu<^s-unes subissent de telles variations , qu'il n'est
pas toujours possible de les apprécier à leur juste valeur, et de se garantir d'erreur.
L'apparition des dents incisives hors des alvéoles s'effectue , comme il a été dit ci-dessus , à des époques déterminées et assez bien connues ; elle peut cependant avancer ou retarder de quelques mois , suivant l'état constitutionnel des animaux, et selon que ces animaux ont pris plus ou moins de corps. Chez les sujets poussés en nourriture, et dont la croissance est prompte, la dentition participe à ce développement; elle est plus hâtive, et les dents, étant plus tôt formées, se montrent plus tôt au dehors. Au contraire, les sujets débiles, malingres et rabougris, retardent toujours ; et il en est de même pour les individus qui ont pâti , ont été excédés de travail , et ne se sont développés qu'imparfaitement. Dans la première édition de XAnatoinie vétérinaire, 1807 , nous avons fait connaître l'ordre d'après lequel les dents font leur évolution , et nous avons donné une table indicative de cet ordre pour chaque genre de quadrupèdes domestiques. Les observations recueillies depuis n'ont fait que confirmer l'exactitude de cette table , en ce qui concerne les incisives du bœuf.
Toutes les incisives de remplacement sortent de travers, et se montrent par une pointe tranchante, après s'être frayé une route à travers les os et la gencive. A mesure qu'elles s'élèvent et qu'elles s'alongent, elles deviennent moins obliques , prennent peu à peu le rang et la position naturelle qu'elles doivent avoir.
1° Éruption et usure des incisives caduques. Ces dents commencent à sortir avant ou peu de temps après la naissance du jeune animal, et elles complètent leur évolution en quinze à vingt-cinq jours. Le veau naît le plus ordinairement avec les pinces et les deux premières mitoyennes ; parfois il porte à sa naissance toutes ses dents incisives , ou bien il ne lui manque que les deux coins. Cer-
tains sujets sortent du ventre de leur mère sans avoir de dents incisives hors des alvéoles : dans ces derniers cas , les pinces et les premières mitoyennes ne tardent pas à paraître, et elles sortent du deuxième au troisième jour de la naissance. L'éruption des secondes mitoyennes a lieu du cinquième au neuvième jour, et celle des coins s'effectue du treizième au dix-neuvième jour. Dans les veaux que l'on conserve comme élèves, et que l'on désig'ne vulgairement par le terme de veaux de ferme, les dents de lait ou de première venue parviennent au rond entre cinq à six mois , et elles subsistent jusqu'à dix-huit à vingt mois, époque où commence leur chute, qui survient d'abord aux pinces , ensuite aux mitoyennes , et en dernier lieu aux coins.
Comme nous l'avons déjà dit, les dents ne s'usent que par suite du frottement qu'elles éprouvent : aussi point de frottement, point d'usure. Les veaux que l'on nourrit uniquement avec des liquides, pour les livrer ensuite à la boucherie, fournissent la preuve journalière du principe que nous venons de poser. Ces jeunes animaux n'ayant pas besoin d'exécuter de mastication , conservent leurs incisives parfaitement intactes. Il n'en est pas de même des veaux de ferme, qui font de bonne heure usage de substances fibreuses , sur lesquelles ils exercent leurs mâchoires : leurs dents incisives manifestent des traces d'usure presque en même temps qu'elles commencent à fonctionner. Cette usure, dont les progrès sont toujours en raison de la fréquence et de la force de la mastication , produit en premier lieu le rasement du bord tranchant , d'où elle s'étend sur l'avale, et finit par déterminer le nivellement de la table. Elle commence ordinairement aux pinces , se propage successivement sur les mitoyennes et sur les coins; mais elle éprouve dans sa marche un grand nombre de variations : elle peut avancer ou bien retarder suivant le régime , selon la nourriture , et même
suivant la nature particulière de la substance dentaire* car il est des sujets dont les dents éprouvent une plus g^rande déperdition de substance que d'autres individus, soumis au même régime et aux mêmes influences. Parfois les premières mitoyennes usent, rasent, et se nivellent en même temps que les pinces. Quoi qu'il en soit, l'on a calculé que l'usure des pinces du veau de ferme s'effectue le plus communément dans l'ordre qui suit : le rasement des pinces a lieu entre six à sept mois : on aperçait alors le collet de ces dents, et leur bord tranchant plus ou moins déprimé , est un peu plus bas que celui des premières mitoyennes. Dans les pays d'élèves tels que l'Auvergne et le Limousin, les jeunes animaux parvenus à l'âge de sept nK)is cessent d'être appelés veaux : le mâle prend le nom de bourre ^ et la femelle celui de velle.
De onze à treize mois , les premières mitoyennes se trouvent au niveau des pinces par leur bord tranchant , qui est dépassé à son tour par le bord tranchant des secondes mitoyennes. A cette époque, les premières mitoyennes peuvent être considérées comme rasées ; le bourre devient bourret, et la velle bourrette. Le mâle est aussi désigné par le nom àe taurillon ou. bouvillon, et cette dénomination est même le plus généralement adoptée par les agronomes.
Vers quatorze à seize mois , les secondes mitoyennes se mettent au niveau des premières mitoyennes et effectuent leur rasement. Les pinces sont alors courtes, déchaussées et vacillantes; parfois ces mêmes dents n'existent plus à seize mois, et laissent la place dégarnie.
Après l'âge de quinze mois, toutes les incisives caduques sont branlantes , plus ou moins détériorées , et les pinces ne forment plus , quand elles subsistent encore , que des restans, sortes de chicots, qui tiennent à peine dans les alvéoles , et que l'on peut arracher avec une
extrême facilité. Les coins sont les moins altérés et tiennent plus que les autres dents.
2** Éruption et usure des incisives d'adulte. A l'âge de dix-neuf à vingt-et-un mois, les pinces de remplacement prennent la place des pinces caduques {fig, 6), et elles sortent de travers en se pressant l'une contre l'autre. A cette époque , on dit vulgairement que l'animal a fait ses deuxpelles ou ses deux premières dents larges : le bourret devient alors doublon et la bourrette doublonne. Le premier ou le mâle perd aussi le nom de taurillon ou bouvillon, pour prendre celui de taureau , qu'il conserve jusqu'à ce qu'il soit privé des organes reproducteurs, soit par ablation, soit par bistournage.
Le remplacement des deux premières mitoyennes de lait s'opère entre deux ans et demi à trois ans (fig, 7) , rend le doublon terson et la doublonne tersonne.
De trois ans et demi à quatre ans , les secondes mitoyennes caduques sont remplacées par des dents d'adulte [fig. 8). Alors l'animal terson prend la dénomination de quarteron et la tersonne n'est plus désignée que par le nom de vacbe.
La sortie des coins de remplacement se fait remarquer vers quatre ans et demi à cinq ans ; et de cinq à six ans , la rangée incisive parvient au rond {fig, 9 ).
Dans le cours du commerce, l'incisive du bœuf est considérée comme étant rasée, dès que son bord tranchant est usé, déprimé et mis sur un plan horizontal. Ainsi que nous l'avons précédemment expliqué, l'usure commence toujours au bord tranchant, d'où elle se propage sur l'avale et l'envahit insensiblement. En raison de son étendue et de son inclinaison , cette dernière partie est long-temps à disparaître, de manière qu'il y a un intervalle de plusieurs années entre le rasement et le nivellement de la table de la dent, nivellement, qui suppose toujours la destruction préalable de l'avale.
La déperdition de la substance dentaire par suite du frottement subit des variations qu'il importe de bien apprécier, afin d'éviter autant que possible les erreurs. Tantôt l'usure est prompte et se fait en même temps sur plusieurs paires de dents; d'autres fois elle s'effectue lentement, retarde plus ou moins, ou bien elle procède d'une manière irrégulière. Ainsi les bœufs, dont les pinces et les mitoyennes sont plus relevées , plus courbées que dans l'état ordinaire , n'usent que du bout des dents, et cette anomalie , qui semble particulière à certaines races, constitue une sorte de béguité. Les animaux nourris à retable avec des fourrages tendres , qui ne nécessitent qu'une mastication légère, retardent constamment, et paraissent, à l'inspection des dents, plus jeunes qu'ils le sont réellement. Au contraire , les bêtes envoyées babituellement au pâturage dans les bois , sur des prairies sablonneuses, sur des cbamps d'ajoncs, de bruyères, etc., font une grande déperdition de substance dentaire, et ces animaux marquent toujours plus d'années qu'ils en ont. Nous devons aussi rappeler que la lenteur ou la rapidité de l'usure peut encore dépendre de la nature même de la substance composante des dents.
Dans l'intervalle de cinq ans et demi à six ans, le rasement du bord tranchant des pinces a lieu , et ces dents sont plus basses que les premières mitoyennes, qui les débordent de plus d'une ligne. A l'âge de six ans, l'usure a déjà envahi une grande partie de l'avale des pinces, elle se propage aussi sur l'avale des mitoyennes j mais elle y est moins avancée que sur les pinces.
A six ans et demi , sept ans , les premières mitoyennes complètent leur rasement ; l'avale de ces dents est usée sur environ ses deux tiers. La table des pinces approche de son nivellement , et le bord tranchant des secondes mitoyennes commence à s'user.
De sept et demi à huit ans , les secondes mitoyennes
subissent le même rasement que les premières mitoyennes. Le nivellement des pinces est complet , et celui des premières mitoyennes fort avancé.
De huit à neuf ans, les coins achèvent leur rasement , et l'usure a déjà gagné plus de la moitié de leur avale. La table des pinces et des premières mitoyennes commence à devenir concave, et cette concavité , qui augmente avec le nombre des années , correspond à la convexité du bourrelet, et semble être le résultat du frottement contre cette partie de la mâchoire antérieure.
A lage de dix à onze ans , l'étoile dentaire des pinces et des mitoyennes présente une forme carrée et une bordure blanche; les coins sont nivelés et l'arcade incisive arrive au ras.
Vers onze à douze ans , l'étoile dentaire est carrée et bordée sur toutes les dents. La concavité de la table est plus prononcée , les incisives sont courtes et écartées les unes des autres.
De douze à quatorze ans, l'étoile dentaire s'arrondit, l'usure se prolonge vers le bord interne , et coupe en quelque sorte le cercle formé par l'émail d'encadrement. Ce cercle, ainsi ouvert, a l'apparence d'un fer-à-cheval , dont les branches sont tournées vers la cavité de la bouche.
De quatorze à dix-sept ans, le cercle d'émail prend la même forme que ci-dessus sur les mitoyennes ; pendant cette période , la dent se déprime sur les côtés et se rapproche de la triangularité. L'usure continuant parvient jusqu'au collet, et détruit conséquemment tout l'émail extérieur; il ne reste plus alors que les racines dentaires qui constituent des chicots ou tronçons, courts, jaunâtres, arrondis et très écartés les uns des autres, comme on peut s'en faire une idée par la fig. 12. Cet état de détérioration ne se fait guère remarquer que dans les animaux qui ont atteint leur dix-septième année.
Pendant cette même période de quatorze à dix-sept ans et au-delà , l'usure ne s'effectue pas toujours régulièrement et en même temps sur chaque paire de dents; parfois les incisives droites se détériorent plus que les incisives gauches , ou bien celles-ci éprouvent plus d'altérations que les autres. L'animal devient souvent brèche d'une ou de plusieurs dents , qui tombent ou sont arrachées accidentellement. Nous ferons encore remarquer que dans beaucoup de vieilles vaches, les dents s'usent plus particuhèrement du côté du bord interne , tandis que le bord antérieur devient très tranchant et se déprime peu. La table prend alors une grande obliquité , une grande inclinaison; elle s'alonge d'avant en arrière et de haut en bas. L'étoile dentaire suit la direction de la table et s'alonge dans le même sens. L'arcade incisive ainsi usée conserve par-devant et en dehors une hauteur qui en impose et annonce bien moins d'années que l'animal n'en a réellement. Pour se rectifier et approcher autant que possible de la vérité, il faut retrancher par la pensée la moitié de la longueur de la table et supposer la dent usée de toute cette moitié : l'on aura par ce moyen la hauteur juste qu'aurait la dent^ si l'usure eut continué d'être régulière.
§ II. Des dents molaires.
Ces dents, au nombre de douze à chaque mâchoire, six à droite et six à gauche , sont pressées l'une contre l'autre, de manière à ne laisser entre elles aucun intervalle ; et elles sont fixées d'une manière immobile dans leurs alvéoles. Elles augmentent insensiblement de volume , à partir de la première jusqu'à la dernière , toujours un peu plus grosse et plus large que les autres. Chaque arcade dentaire du bœuf porte aussi deux petites molaires ou molaires supplémentaires , implantées l'une à droite el l'autre à gauche , contre la première des avant-
molaires,- ces sur-dents, qui n'ont pas d'usage connu , sont presque constamment expulsées au dehors , lorsque la première molaire de remplacement fait son évolution. La rangfée des molaires postérieures se trouve séparée de celle des incisives par un intervalle de près de cinq pouces.
Les molaires du bœuf offrent à peu près les mêmes considérations que les molaires du cheval ; elles se distinguent de même en dents caduques , dents permanentes et dents de remplacement. Les molaires de la mâchoire antérieure du bœuf sont également plus grosses, plus fortes que les mêmes dents de la mâchoire postérieure j et chaque rangée des premières décrit une ligne légèrement courbe, dont la convexité est en dehors , du côté de la joue. La table des molaires antérieures est aussi plus large, et forme une coupe oblique, disposée comme dans les molaires du cheval. La surface de la table des mêmes dents est irrégulière , garnie d'aspérités qui sont alternatives et en zig-zag. Leurs faces latérales sont cannelées , revêtues d'un cortical épais , dont la couleur est d'un noir azuré. Le frottement des molaires, les postérieures contre les antérieures , s'opère de la môme manière que chez les monodactyles; mais ce frottement produit moins de perte de substance que dans ces derniers quadrupèdes.
Jusqu'à présent , les molaires n'ont été d'aucun secours pour parvenir à distinguer le nombre des années j leur position d'ailleurs ne permettrait que très difficilement de les examiner, et il serait impossible de les inspecter dans tous les cas. Il devenait donc inutile de constater les nuances qu'elles peuvent présenter, suivant les différons degrés de leur usure. Les recherches qui ont eu lieu pour constater l'ordre de leur évolution , ont toutes été faites sur des cadavres et non sur des animaux vivans; il est vrai que ces recherches ont conduit à des résultats qui sont avantageux, pour les sciences en général , mais nuls en ])articulier pour la connaissance de l'âge
( ei )
Les trois avant-molaires caduques sortent constamment les premières, et se montrent toutes au dehors peu de temps après la naissance du sujet. La seconde et la troisième apparaissent les premières , et précèdent assez souvent la naissance. Toutefois, elles ne devancent que de quelques jours l'éruption de la première avant-molaire , qui perce la gencive du sixième au douzième jour. Au résumé , le veau peut naître sans aucune molaire hors des alvéoles, ou bien avec deux mâchelières de chaque côté, et il fait , pendant la première quinzaine de sa vie, toutes ses molaires caduques. Au bout d'un certain temps, ces dents sont expulsées au dehors et remplacées par des dents d'adulte ; ce renouvellement se fait dans l'ordre suivant : la chute des secondes mitoyennes caduques a lieu vers un an à dix-huit mois , et elle est immédiatement suivie de la sortie des remplaçantes j la même mutation pour la première molaire de chaque côté ne s'effectue qu'entre deux ans à trente mois, et le remplacement de la troisième avant-molaire caduque survient six mois à un an plus tard. Quant à l'éruption des molaires permanentes, elle subit les mêmes variations et se fait dans l'ordre ci-après : la sortie de la première arrière-molaire a lieu à un an et demi; celle de la seconde, entre deux ans et trente mois : et la troisième arrière-molaire qui termine la rangée dentaire, ne fait son évolution qu'à trois ans, et quelquefois plus tard (1). La sortie de la petite molaire ou molaire supplémentaire s'effectue aux environs de dix mois, et l'animal âgé d'un an en est toujours pourvu. Nous rappellerons que cette sur-molaire ne subsiste communément que jusqu'à l'époque où la première avant-molaire de remplacement , effectuant son éruption , la chasse au dehors.
(1) Dans beaucoup de sujets, la dernière arrière-molaire ne sort qu'à quatre ans. J'ai vu une tête marquant cet âge, et la dernière molaire n'était pas encore sortie.
( 62) § III. Des Cornes frontales ,
Les cornes frontales sont des instrumens de défense , fixés symétriquement de chaque côté du cliignon , ayant tous deux la même forme , la même configuration extérieure , et ne présentant de différence de l'un à l'autre que par suite de cas fortuits. Ainsi, toutes les fois que les deux cornes ne sont pas pareilles , que l'une est plus lonp-ue ou plus grosse que l'autre, ou bien que ces parties sont contournées en sens différens, on peut être certain que cette irrégularité n'est pas naturelle , et qu'elle a été déterminée par une cause accidentelle quelconque.
Les cornes frontales ne se développent qu'après la naissance ; elles croissent rapidement jusqu'à un certain âge , et parviennent à une longueur variable suivant les races, et suivant que les individus sont pourvus ou privés des organes propres à la reproduction. Quand elles ont acquis un certain développement , elles se contournent en sens différent, presque toujours en haut et en avant. Elles vont en diminuant de grosseur à partir de leur base jusqu'à leur pointe, qui est arrondie. Leur surface, dont la couleur est noire ou blanchâtre , suivant la robe de l'animal, peut être lisse ou écailleuse, terne ou luisante. Vers son origine et près delà peau, la corne offre une certaine flexibiUté qui rend la partie sensible à la pression du joug ou même de la jougle (1). Des cornes longues et bien contournées ornent la tête , et rendent l'animal bien coiffé. Les bœufs de la Romanie et de la Hongrie passent pour être les mieux coiffés , pour ceux qui portent les plus belles cornes (2). Il existe une race de bœufs sans cornes,
(1) La jougle est une longue courroie qui sert à fixer la têtière du joug À la base des cornes.
(2) Dans quelques-uns de ces bœufs, l'envergure des cornes eraporle près de cinq pieds.
que l'on a cherché à propager en France, mais qui n'a pas soutenu la réputation qu'on lui a attribuée lors de son importation en Europe.
Dans les taureaux , les cornes frontales sont très luisantes , d'une longueur médiocre , et simplement courbées en avant. Après la castration, elles prennent un grand développement, s'alongent , se contournent en haut, et acquièrent d'autant plus de longueur que l'animal a été mutilé plus jeune; mais elles perdent le luisant qu'elles avaient avant que l'individu fût privé de la faculté de reproduire. Les cornes des taureaux et des bœufs sont en général plus fortes et bien plus grosses , surtout vers leur base, que les mêmes parties considérées dans les vaches.
La partie cornée de chaque défense frontale représente, quand elle est détachée, une longue tige creuse , supportée par un prolongement osseux , vulgairement la cheville, mais mieux le support de la corne. Son organisation analogue à celle des poils , résulte de l'assemblage d'une multitude de cornets emboîtés les uns dans les autres , et formés eux-mêmes de fibres longitudinales intimement unies. Toute la face interne de cette tige est parsemée de petits trous destinés à livrer passage aux vaisseaux , qui pénètrent dans l'intérieur de la substance cornée , et y distribuent les sucs nutritifs.
Peu de jours après la naissance du veau, l'on peut sentir au toucher la première pousse de corne , qui apparaît sous la forme d'un gros mamelon, encore recouvert de poils qui sont redressés et écartés les uns des autres. A huit ou dix jours , le mamelon d'origine est déjà proéminent et présente une teinte qui indique la couleur qu'aura la corne. Au vingtième jour ou environ, il est dégagé de la peau , et forme un véritable cornillon flexible et lisse à sa pointe.
A cinq ou six mois, le cornillon a pris de la force, et commence à se contourner. Sa surface, recouverte par un
( 64) prolongement de lepiderme, est terne, inégale et écailleuse. Cette couche épldermique correspond à la lame caduque, qui revêt la muraille du sabot des poulains nouvellement nés. Elle subsiste au-delà d'une année, et commence à s'exfolier vers quatorze à quinze mois ; elle se détruit par lames, par écailles, et découvre peu à peu le feuillet ou cornet sous-jacent. Étant débarrassée de cette production cutanée , la corne frontale présente une surface lisse, luisante, et semble prendre une vigueur toute particulière.
A partir de dix à douze mois, la base de la corne devient noueuse , se garnit d'une succession de cercles , dont la formation est d'un par chaque année. Ces cercles prennent naissance à l'origine même de la corne frontale , d'où ils s'écartent progressivement, de manière que le cercle le plus ancien et le premier formé se trouve toujours le plus éloigné de la peau. Le développement de ces cercles commence par une dépression ou sillon circulaire, qui s'établit à la base de la corne, près de la peau, et survient entre dix mois à un an. Ce sillon généralement peu distinct établit la limite d'un premier cornet, qui comprend toute la pousse de la corne , et marque la première année d'âge. Chacun des sillons ultérieurs trace la ligne de séparation d'un cornet ou feuillet d'avec la peau (1).
De vingt mois à deux ans , il se forme à la base de la corne une nouvelle dépression ou sillon, qui diffère peu du sillon précédent, et limite du côté interne l'étendue d'un premier cercle ou bourrelet qui est le cachet de deux ans d âge. Toutefois, il est à observer que cette première nodosité est superficielle et qu'elle n'est presque plus distincte, lorsque l'animal entre dans sa cinquième année.
Vers deux ans et demi à trois ans , il survient un nou-
(1) Pour (le plus amples détails, on peut consulter l'article de la corne dans 1 Anaiomie cc'lénnairo, 31^ édition, tome 1"", png. D6 et suiv.
( 63) veau sillon bien plus marqué que les deux précédens. Ce sillon triennal que l'on regarde vulgairement et mal à propos comme le premier indice d'âge, ceint la base de la corne, et limite en dedans le cercle ou anneau bisannuel.
De trois ans et demi à quatre ans , il se détache de la base de la corne un troisième cercle remarquable par sa grosseur, et que les marchands prennent pour être le premier des nœuds fournis par la corne (1). Cet anneau, détaché du côté de la peau par un sillon peu différent du précédent, semble presser, refouler les anciens cercles qui se dépriment et finissent par disparaître , comme il a déjà été dit.
A l'âge de quatre ans et demi, cinq ans, la base de la corne donne un nouvel anneau semblable au nœud de quatre ans, et le même travail s'opère pour chacune des années suivantes, c'est-à-dire , que chaque année est marquée par la formation d'un cercle.
En résumé, les cornes frontales portent, à partir d'un an, une succession de sillons et d'anneaux alternatifs, qui sont autant d'indices d'après lesquels on peut déterminer l'âge du bœuf. A cet effet, l'on doit toujours procéder de la pointe de la corne vers sa base. Si l'on compte par sillons, ce qui nous a toujours paru plus facile et plus sûr, le premier sillon du côté de la pointe de la corne indiquera la première année et le plus près de l'origine de la corne formera le dernier nombre (2). Il importe, en faisant le calcul des années par sillons, de ne pas perdre de vue que les sillons des deux premières années sont superficiels, peu distincts à quatre ans, et qu'ils sont entièrement effacés à l'âge de cinq ans. Le sillon triennal, qui subsiste dans toute son intégrité , garantit d'erreur. Lors-
(1) Lorsque cet anneau se détache, l'on dit vulgaiiement que l'animal donne son premier nœud de quatre ans.
(2) Ces sillons sont toujours plus marqués, plus détachés dans la concavité de la corne et en dessous.
que l'oQ' compte par anneaux, ou cercles, ou nœuds, ou bourrelets , l'on doit également faire attention à la présence ou à la disparition des deux cercles primitifs superficiels, que l'on ne doit plus retrouver à cinq ans. Dans tous les cas, l'anneau qui se trouve en suite du sillon triennal, se distingue par sa grosseur et donne la quatrième année.
Les règles précédemment établies, et d'après lesquelles on peut distinguer le nombre des années, éprouvent des exceptions, parce qu'elles reposent sur des bases susceptibles de varier. Ainsi , dans les animaux faibles et raboupris, les cornes participant à cet état misérable, ne se développent qu'incomplètement, s'altèrent de diverses manières, et ne peuvent pas servir à la connaissance de râp"ej les marques qu'elles portent ne sont communément que des productions irrégulières, desquelles on ne peut tirer aucune induction sure.
Les anneaux de quatre, cinq, six, sept et même huit ans, se succèdent assez régulièrement, et sont en général assez bien prononcés; il n'en est pas de même de ceux qui poussent après cet âge , surtout dans les vaches. Lorsque ces femelles ont dépassé leur huitième année, la base des cornes se déprime , les cercles se rapprochent les uns des autres, et plusieurs commencent à se confondre ensemble; enfin, il arrive une époque où ces bourrelets ne forment plus que des rugosités irrégulières, d'après lesquelles il serait impossible de compter le nombre des années. Ajoutons aussi que les cornes des vieilles vaches se courbent, se contournent de différentes manières, et que les détériorations ne sont presque jamais les mêmes dans les deux cornes. Les prolongemens frontaux des vieux bœufs abattus dans les boucheries, n'offrent jamais ces sortes d'altérations , si fréquentes dans les vieilles vaches dont les cornes ont été râpées à une certaine époque. Au lieu de se déprimer et devenir rugueuses à leur
( 67 ) base , les cornes des bœufs conservent leur grosseur naturelle et toute leur vigueur; les cercles sont à la vérité peu distincts et presque tous de niveau, mais les sillons laissent encore des traces écailleuses, à l'aide desquelles on peut parvenir, avec un peu d'habitude , à compter le nombre des années.
Dans quelques pays, tels que les environs de Paris, les marchands sont dans l'habitude àQ7^efaire les cornes (1) des vaches, afin de les faire paraître jeunes et vivaces, et dans le but aussi de dissimuler l'âge des animaux. Ils commencent par les scier et les raccourcir, ils les amincissent ensuite avec une râpe, jusqu'à ce que toutes les inégalités soient détruites, et ils finissent par les lisser avec un morceau de verre ou avec un instrument tranchant. Cette manœuvre , qu'une simple inspection des dents fait déceler, ne se pratique que dans les contrées où les bêtes pourvues de petites cornes bien luisantes, sont regardées comme bonnes laitières. Une telle pratique serait très préjudiciable dans les localités où les vaches portent le joug et concourent aux travaux de culture.
§ IV. Résumé de l'âge du bœuf.
La connaissance de l'âge des bêtes bovines n'est bien utile que depuis dix-huit mois jusqu'à une dizaine d'années, période de la vie pendant laquelle ces animaux circulent dai^s^ le commerce, et offrent des avantages particuliers, suivant les degrés de leur âge. Les veaux livrés à la boucherie sont appréciés uniquement d'après leur développement, selon leur maigreur ou leur embonpoint. Les bourrets ou bourrettes portent toutes leurs dents de lait, et l'état des pinces, ainsi que des premières
(1) Refaire les cornes, signifie les arranger, les travailler de manière à leur donner une apparence favorable pour la vente des animaux.
mitoyennes, fait jujjer s'ils seront encore long-temps à déchausser, ou si la chute des premières dents est sur le point de s'effectuer. Les bœufs dépassent bien rarement l'âgée de douze ans, ils sont eng^raissés et abattus avant cette époque, ou bien ils meurent accidentellement. L'expérience prouve qu il y a perte réelle à les conserver au-delà de onze à douze ans. Aussi, il ne reste dans le commerce que bien peu de bêtes bovines, âgées de plus de douze ans; l'on ne rencontre guère que des vaches, que l'on a conservées parce qu'elles étaient bonnes laitières ou bonnes travailleuses. Nous dirons aussi que les vieilles vaches qu'il est dispendieux et difficile d'engraisser, restent dans les mêmes mains, et n'en changent que pour être conduites dans des abattoirs.
D'après les considérations qui précèdent, nous eussions peut-être dû nous borner à n'analyser ici que les âges depuis deux jusqu'à neuf ou dix ans ; nous avons donné à ce résumé à peu près toute l'extension dont il pouvait être susceptible, afin d'éviter les reproches.