‹ Traité de l'age du chevalChapitre 7 sur 11 · AGE DU PORC · texte numérisé non relu

AGE DU PORC

La connaissance de l'âge du cochon par l'inspeclion des dents offre peu d'utilité, nous le savons. Dans le commerce, l'on n'a que bien rarement recours aux dents pour juger si la bête est jeune ou vieille ; l'on ne peut d'ailleurs procéder à l'examen de ces parties qu'après avoir couché l'animal par terre, et lui avoir assujéti la tête au moyen d'un bâton passé dans la gueule , comme dans le cas où il s'agit de langueyer. Ces considérations n'ont pas dû nous arrêter. Le porc est un animal domestique très- répandu , et duquel il se fait un commerce considérable : il peut conséquemment donner lieu à des contestations judiciaires, et réclamer l'intervention d'un vétérinaire , qui , en dressant soit procès-verbal , soit rapport, est obligé d'indiquer l'âge de l'animal. Nous ajouterons que tous les porcs ne sont pas abattus à l'âge de deux à tjois ans; plusieurs, tant mâles que femelles, sont

conservés bien plus long-temps pour la reproduction , et Ton a souvent besoin de s'assurer de l'âge de ces animaux.

Outre les applications qu'elle peut présenter, la connaissance de l'âge du cochon intéresse comme objet scientifique, et elle devait trouver place dans un ouvrage spécialement consacré aux quadrupèdes domestiques. Dans son mémoire sur l'éducation du porc, mémoire couronné par la Société royale et centrale d'agriculture, M. Érick-Viborg, chef de l'école vétérinaire de Copenhague, n'a pas omis l'âge de l'animal qui a fait le sujet de ses considérations ; il lui a môme consacré un article assez étendu, qui a le mérite de réunir l'exactitude à la précision.

Lorsque le cochon a tout mis et qu'il n'a pas perdu de dents , chacune de ses mâchoires porte six incisives , deux crochets et quatorze molaires, distribuées régulièrement à droite et à gauche. Seize de ces dents sont caduques et font place à d'autres, non susceptibles d'être renouvelées, et ces dents caduques sont les mêmes que dans le chien.

§ 1", Des incisives et des crochets.

A. Les incisives de la mâchoire supérieure n'ont ni la même forme, ni la même grandeur que celles de la mâchoire inférieure , et les premières semblent remplir des fonctions distinctes. Quatre des incisives d'en haut, les pinces et les mitoyennes , présentent la même conformation, et sont cncliâssées l'une contre l'autre ; tandis que les coins, bien différens, sont écartés des mitoyennes, et semblent n'être que des sur-dents isolées , très peu utiles à l'animal. Les quatre premières, courlcs, épaisses et courbées en arrière du côté de la cavité de la gueule, ne diffèrent entre elles qu'en ce que les pinces sont plus fortes que les mitoyennes. Leur face externe, qui, dansles

premiers temps , est noirâtre , striée et comme chagrinée , prend insensiblement de la blancheur et du poli. Leur table , disposée sur un plan oblique , présente , comme dans le cheval , un cornet ou cavité dont le fond est noir et dont les bords sont inégaux , l'externe étant plus élevé que l'interne légèrement échancré. L'usure progressive déprime les bords , détruit la cavité et produit ainsi le rasement de la dent. La racine de ces mêmes incisives est pyramidale et pourvue d'une cavité intérieure, qui offre les mêmes changemens que dans les monodactyles.

Chaque coin supérieur, étant en quelque sorte hors de r^ng , réside dans le milieu de l'espace compris entre la mitoyenne et le crochet, et se présente sous la forme d'une dent courte, droite, fleurdelisée. Cette sur-incisive, dont la racine est simple et plus longue que le corps , a beaucoup d'analogie avec la petite molaire supplémentaire de la mâchoire inférieure. De même que cette dernière , elle n'a pas d'usage connu , elle éprouve les mêmes accidens d'être arrachée ou brisée , il est même rare qu'elle subsiste long-tem.ps.

Les incisives caduques de la mâchoire supérieure diffèrent de celles de remplacement, dont nous venons de parler, non-seulement parce qu'elles sont plus petites et presque rondes , mais encore par la position de la surincisive, qui se trouve plus rapprochée du crochet, au point même de gêner le passage du crochet supérieur. Cette gêne peut parfois empêcher le jeune animal de manger, et elle peut même le faire maigrir; il convient alors d'arracher l'incisive, ce qui s'exécute avec facilité et sans inconvéniens.

Les six incisives de la mâchoire inférieure sont implantées l'une contre l'autre, et dirigées en avant et en haut; les pinces et les mitoyennes se touchent, mais les premières débordent et dépassent un peu ; les coins ne posent pas contre les mitoyennes , ils en sont un peu écar-

( 100) tes. Ces dents, bien différentes de celles de la mâchoire supérieure, sont alongécs, arrondies, et presque d^-oites , elles constituent dans leur ensemble une véritable pince, prolongée en avant et préposée à soulever les corps, à les attaquer de différentes manières. Vers l'àg^e de deux à trois ans, les incisives inférieures sont noires et sans poli à leur extérieur, mais elles blanchissent par la suite et deviennent parfaitement unies. Ces dents n'ont précisément pas de table ; leur extrémité , irrégulièrement arrondie , laisse cependant distinguer un bord antérieur peu prononcé , et une sorte d'avalé. Celle-ci n'est pas circonscrite par un rebord , comme dans le bœuf et dans le chien, elle porte néanmoins deux cannelures longitudinales bien dessinées.

Les coins inférieurs ont une conformation analogue à celle des pinces et des mitoyennes , mais ces dents , bien plus courtes et bien moins grosses , ne constituent , comme à la mâchoire d'en haut, que des sortes d'avor tons, que des sur-incisives, isolées, placées en arrière des mitoyennes et en avant des crochets.

B, Les crochets, vulgairement les cjocs, les lanières, les défenses, sont de grandes et longues dents contournées en dedans et en dehors, et qui résident, comme dans le chien , entre le coin et la première molaire de chaque côté des arcades. Ces quatre dents dont l'animal se sert avantageusement, soit pour attaquer, soit pour se défendre, croissent pendant toute la vie, et diffèrent suivant la mâchoire à laquelle elles appartiennent. Ainsi , les crocs dépendant de la mâchoire supérieure d'un cochon adulte , sont plus gros , mois bien moins longs que ceux de la mâchoire opposée. Étant retiré de l'alvéole , chaque croc supérieur représente une 1res grosse dent, un peu pyramidale, dont la base est à l'extrémité de la racine, et qui est courbée de dedans en dehors dans toute sa longueur. La lanière supérieure frotte et s'use par sa

face antérieure contre le crochet de la mâchoire inférieure; à mesure qu'elle grossit et qu'elle s'alon<ife, elle se contourne en dehors, soulève la lèvre, finit par la déborder, et par se montrer au dehors de la gueule. Dans les jeunes sujets , l'extrémité de la même lanière porte un cercle noir, qui disparaît au bout d'un certain temps, mais à des époques variables. Sa face interne présente des cannelures longitudinales , superficielles , et dont les bords rendent cette surface inégale.

Les deux crocs de la mâchoire inférieure acquièrent avec l'âge une longueur prodigieuse , surtout dans les mâles, qui n'ont pas été mutilés; ils croisent les crochets inférieurs en passant par devant. Au fur et à mesure qu'ils grandissent , ils se courbent en arrière et en dehors , et comme leur croissance est continuelle, ils finissent par se contourner en spirale, par gêner, même annuler les mouvemens des mâchoires. Ces croissances insolites , si fâcheuses pour les sangliers, se font remarquer dans les vieux verrats , et nécessitent le retranchement des crocs entrecroisés et embarrassés les uns dans les autres , retranchement que l'on effectue soit en limant les dents , soit en les cassant d'une manière quelconque.

Les crochets caduques ou de lait sont en général très petits, comparativement à ceux de rerûplacement, pris dans l'animal adulte ou mieux à l'âge de trois ans.

Érudition et usui^e des incisives et des crocs. A sa naissance, le cochonnet porte ordinairement les coins et les crochets des deux mâchoires , et il est pourvu de toutes ses dents de lait vers trois à quatre mois.

A l'âge de six mois, les coins de la mâchoire inférieure tombent, et les coins de remplacement sortent au bout de quelques jours. A cette époque , les pinces et les mitoyennes sont un peu usées par le bout.

Vers dix mois, la sur-incisive de la mâchoire supé-

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rieure fait place à la dent d'adulte , et sa chute est suivie ou accompagnée de celle de la sur-incisive inférieure (1).

A l'âgée de huit à onze mois , les crochets de lait sont expulsés par ceux d'adulte, beaucoup plus forts, et qui peuvent acquérir une grandeur considérable.

Dans le cours de vingt mois à deux ans , les pinces des deux mâchoires tombent et sont remplacées par les pinces d'adulte.

De deux ans et demi à trois ans , les mitoyennes , tant d'en haut que d'en bas , subissent les mêmes changemens, et le cochon prend ses dernières incisives d'adulte. On dit alors que l'animal a tout mis et qu'il a la gueule faite.

Toutes les incisives et les crocs inférieurs s'émoussent et s'usent par le bout de leur partie libre ; les lanières éprouvent aussi une perte de substance par leurs faces de frottement contre les crochets supérieurs. L'usure des pinces et des mitoyennes de la mâchoire d'en haut détermine, à une certaine époque , l'effacement de leur cavité et produit leur rasement. Ces diverses altérations, qui se compliquent de chute , de casse de quelques dents , surtout des coins, n'ont pas jusqu'à présent fourni d'indices d'âge. Il n'est pas douteux qu'en les étudiant avec soin sur un grand nombre de sujets , on ne parvienne à en tirer des inductibns utiles ; nous laissons à d'autres le soin de poursuivre ces sortes de recherches, que les circonstances ne nous ont pas permis de faire.

(1) L'éruption précoce des coins, tant d'en haut que d'en bas, peut paraître extraordinaire ; elle semble former, au premier abord , une sorte d'anomalie, puisque ces mêmes dents chez les herbivores et les carnivores ne sortent qu'après les pinces et les mitoyennes. Cette singularité dépend incontestablement de ce que les coins du cochon ne sont que des sur-dents inrt peu importantes, et qui, étant isolées des mitoyennes, jouissent d'une vitalité toute particulière, indépendante, se développent et croissent sans être gênées par les dents \oisincs\

§ II. Des molaires.

Les molaires du porc, au nombre de sept de chaque côté des arcades dentaires, augmentent insensiblement de grosseur, depuis la première jusqu'à la dernière, toujours la plus grosse, et dont le corps est à triple couronne. La première de ces dents est la sur-molaire ou molaire supplémentaire , non susceptible de renouvellement et qui ne subsiste que jusqu'à un certain âge. La sur-molaire inférieure , moins grosse 'que celle de la mâclioire supérieure, est analogue à la sur-incisive de celte dernière mâchoire; elle porte, comme elle, une fleur de lis et se trouve isolée entre le crochet et la première avant-molaire. La supplémentaire de l'arcade supérieure touche la molaire voisine et semble concourir avec elle à la mastication. Les trois avant-molaires inférieures sont déprimées latéralement, leur table porte une lame, alongée d'avant en arrière , et divisée en plusieurs pointes inégales.

Les arrière-molaires , beaucoup plus grosses que les avant-molaires, ont des tables aplaties et garnies de pointes irrégulières. Les six molaires supérieures, plus grosses que les inférieures , ont entre elles la même conformation générale, et leur table ressemble à celle des trois arrière-molaires inférieures. Les dispositions que nous venons d'indiquer, rendent les mâchelières du porc propres à déchirer, à écraser et à broyer les substances attirées dans la gueule et soumises à la mastication.

Le goret porte en naissant quatre avant-molaires, deux à droite et deux à gauche de chaque arcade dentaire ; et il se trouve pourvu de toutes ses molaires caduques vers l'âge de trois mois. Selon M. Viborg, l'éruption des surmolaires s'effectue à cinq mois et demi ou six mois , et la sortie de la première arrière-mâchelière a lieu à la même

époque. La deuxième arrière-molaire fait son évolution aux environs de dix mois , et la dernière arrière-molaire ne sort ordinairement qu'à l'âge de trois ans. Le remplacement de la deuxième avant-molaire caduque s'opère en môme temps et a lieu vers quinze à dix-huit mois. La première avant-molaire caduque persiste plus long-temps, et elle ne livre sa place à la dent d'adulte qu'à deux ans passés.

§ in. Résumé de l'âge du cochon,

La connaissance de l'âge du porc , par l'inspection des dents , n'a pas encore été poussée au-delà de trois ans, et elle s'arrête à l'éruption des mitoyennes d'adulte de la mâchoire inférieure. Nous avons vu qu'à trois ou quatre mois, le cochonnet est pourvu de toutes ses dents incisives fœtales, ainsi que de ses crochets caduques; et le remplacement successif de ces dents est la seule base d'après laquelle on distingue l'âge de l'animal.

Age de six à dix mois. Chute et remplacemeut des coins de lait; — le changement des coins d'en haut précède de deux à trois mois celui des coins inférieurs ; — les crocs de lait font place à ceux d'adulte.

Age de vingt mois à deux ans. Remplacement des pinces caduques dans les deux mâchoires; — formation d'un cercle noir à la base des crocs.

Age de deux et derniàtrois ans. Éruption des mitoyennes d'adulte, tant supérieures qu'inférieures; — les pinces sont noirâtres, chagrinées et un peu usées par le bout.

Le tableau qui précède, est court , puisqu'il n'embrasse même pas toute la durée de la croissance du cochon, car il y a des races de porcs, qui, à l'âge de trois ans, continuent à prendre de la taille et du corps. Ce tableau ne peut être d'ailleurs d'une grande utilité dans le cours du commerce, puisque les animaux dont il s'agit no rcn-

( 105 ) dent aucuns services pendant leur vie, et qu'ils sont presque tous abattus entre deux et trois ans. Ajoutons que l'âge des jeunes porcs est à peu près indifférent, et qu'on ne s'attache en général qu'au développement du corps. L'âge des individus que l'on conserve au-delà de trois ans, s'apprécie par l'état des crocs, dont la croissance, étant continuelle, pourrait jusqu'à un certain point marquer les difFérens degrés de la vie à partir de trois ans. Ainsi , les crocs supérieurs d'un cochon entier de trois à quatre ans , soulèvent la lèvre d'en haut ; et ils la débordent, lorsque l'animal est près d'atteindre sa cinquième année. Aux environs de six ans, les crocs de la mâchoire inférieure se montrent hors de la gueule et commence à se contourner en spirale; c'est aussi à cet âge que le tour des yeux se charge de rides , les éminences latérales du chanfrein , produites par les racines des crocs supérieurs , deviennent saillantes. Après sept ans, le pourtour des yeux grisonne, les arcades surcilières sont d'autant plus proéminentes que les yeux deviennent plus caves et plus enfoncés. Ces altérations de la face, qui vont toujours en augmentant, concourent avec la longueur des défenses et la grosseur du boutoir, à donner à la tête de l'animal un aspect hideux, qui inspire l'effroi et annonce un âge déjà avancé.

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