‹ Traité de l'albuminurie et du mal de BrightChapitre 18 sur 109 · DANS L’URINE · texte numérisé non relu

DANS L’URINE

Dans certaines conditions, la matière colorante des hématies abandonne le stroma globulaire et passe dans les urines; c’est, ce qu’on nomme Y hémoglobinurie, — par opposition à l'hématurie, où le sang passe en nature à travers le filtre rénal avec ses globules rouges intacts. Les réactions chimiques des urines hématuriques et hémoglobinuriques sont les mêmes; le seul caractère différentiel est fourni par le microscope, qui, dans les cas d’hémoglobinurie, montre l'absence de tout globule rouge dans le dépôt urinaire, ou seulement quelques rares globules, dont le nombre n’est nullement en proportion avec l’intensité delà coloration du liquide.

Cette coloration varie du rouge clair au rouge brun et même au brun noir. Dans les cas typiques d’hémoglobinurie, dite paroxystique, l’aspect de l’urine est caractéristique; elle est limpide, transparente, d’une cou-

THAÏTÉ DK L’ALBUMINUHIK

leiiL- noire à peu près semblable à celle du porter. Mais, le plus souvent, elle esL trouble, et laisse déposer, par le repos, un sédiment abondant, couleur chocolat.

Les réactions de cette urine sont celles d’une solution d’hémoglobine (voir plus haut); elle se coagule parla chaleur et par les acides minéraux,. Le coagulum albumineux formé par la chaleur ne se rétracte pas en llocons; il forme une masse brunâtre, cohérente, qui surnage dans le liquide.

Si l’on ajoute de la lessive de soude ou de potasse jusqu'à forte réaction alcaline, et qu’on porte à l’ébullition, l’urine prend une coloration vert bouteille, comme l’urine hématurique (réaction de Heller). En même temps, les phosphates sont précipités en petits llocons d’une couleur rouge grenat ou brun de rouille.

Un papier imprégné de teinture de gayac bleuit au contact d’une urine hémoglobinurique.

On peut encore se servir d'un mélange de teinture de gayac et de térébenthine ozonisée, c’est-à-dire exposée pendant quelque temps au contact île l’air. On mélange parties égales de teinture et de térébenthine, et on laisse couler doucement le réactif sur l'urine placée au fond d’un tube à expérience. Que l’urine contienne du sang ou de l’hémoglobine, on voit se former au point de contact un anneau bleu indigo. En agitant, le tout donne une émulsion bleu clair.

Au lieu de térébenthine, on associe aussi l’éther ozonisé à la teinture de gayac. On ajoute à l’urine deux à trois gouttes de teinture, puis une certaine quantité d’éther; on agite fortement et on laisse reposer. Au bout de quelques instants, l’éther gagne les parties supérieures en se colorant en bleu.

Enfin, l’analyse spectroscopique montre les bandes d’absorption caractéristiques de la matière colorante du sang. D’après la plupart des auteurs, ce sont les bandes de l’oxyhémoglobine que l’on constate, entre les lignes D et E. de Frauenhofer, dans le jaune et le vert. D’après Hoppe- Sevler, on constate trois bandes d’absorption, deux entre D et E, une entre C et D, plus près de C dans le rouge. Cette dernière bande est caractéristique delà méthémoglobine. Hoppe-Seyler affirme que l’urine fraîche ne renferme que rarement l’oxyhémoglobine, mais toujours la méthémoglobine. La putréfaction altère la méthémoglobine et la transforme en hémoglobine, qui, à l’air, reproduit l’oxyhémoglobine. Une urine fraîchement émise, contenant du sang ou la matière colorante du sang, ne doit donc donner que la raie d’absorption de la méthémoglobine. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps, quand elle commence à se décomposer dans le vase ou dans le bocal, que le spectroscope montrera les bandes de l’oxyhémoglobine.

DE l’albuminurie

Tous ces caractères, nous le répétons, sont communs aux urines dites liémoglobinuriques et aux urines liématuriques. Le microscope seul permet le diagnostic certain. En examinant le sédiment couleur chocolat dont nous avons parlé, on voit qu’il est constitué surtout par un détritus de matière brunâtre, amorphe, granuleuse, qui représente vraisemblablement les produits de la désintégration du stroma globulaire. On y trouve encore des cylindres formés de la même matière, jaunâtre et granuleuse, et quelques cylindres transparents. Gull a constaté dans un cas la présence d’innombrables petits cristaux d’hématine. On y a souvent signalé des cristaux d’oxalate de chaux. Mais le fait caractéristique est l’absence des éléments propres du sang, des globules rouges; dans quelques cas d’hémoglobinurie indiscutable, ces éléments ont cependant été observés en très petit nombre au milieu des amas de matière amorphe.

Page 1