II. — Conditions physiques et mécaniques
Les principales conditions physiques qui peuvent influencer la filtration d’un liquide, c’est-à-dire sa transsudalion à travers une membrane sous une certaine pression, sont : l°les variations mêmes de cette pression ;2° la température du liquide filtrant; 3° s’il s’agit d’un liquide* en circulation, la vitesse du courant.
Au point de vue spécial de la sécrétion urinaire, c’est le rôle de la pression qui a surtout fixé l’attention des observateurs. Depuis le travail de Ludwig, la pression vasculaire a toujours paru la condition physique essentielle de la filtration de l’urine (1). Ce principe peut-il s’appliquer à la filtration de l’albumine? Nous nous sommes déjà expliqués à cet égard. La sécrétion urinaire ne peut être regardée comme un simple phénomène physique ; pour la filtration de l’eau, comme pour le passage des autres éléments de l’urine, l’élément épithélial, l’activité cellulaire, jouent un rôle indiscutable. À plus forte raison, ne pouvons nous admettre que le passage de l’albumine dépend d’une simple modification de la pression.il est possible toutefois que la pression, aussi bien que les autres conditions physiques de la filtration, ait une inlluence sur la quantité d’albumine qui, du sang, passe dans l’urine. L’étude de ces diverses
(1) Ludwig, Jieitragezur Lehre von Médian, der // irnsecretion, Marburg, 18i.'î.
TRAITÉ DE L’ALBUMINURIE
conditions physiques doit donc nous arrêter un instant. A tous égards, d’ailleurs, les intéressantes expériences de Runeberg, qui ont remis ce sujet en discussion, méritent une attention sérieuse et ne peuvent être passées sous silence.
A. — La filtration de l’albumine à travers les membranes animales étudiée au point de vue purement physique.
1° Influence de la pression. — Jusque dans ces dernières années, tout le monde était d’accord sur le rôle de la pression dans les phénomènes de filtration. Une solution quelconque filtre d’autant mieux qu’elle est soumise à une pression plus forte; et comme corollaire, l’excès de pression vasculaire est une cause d’albuminurie, — tels étaient les deux axiomes qui s’imposaient à tous et dont nul ne songeait à contester la vérité. Les travaux de Valentin, de Witticli, de Schmidt, de Funke, de Hoppe-Seyler (1) paraissaient avoir lixé définitivement la science sur ce point. Toutefois, ces différents auteurs n’avaient pas expressément noté que l’augmentation de pression accroît la proportion d’albumine filtrée. Les deux principales conclusions qui ressortent de leurs expériences sont résumées ainsi par Runeberg : 1° Dans la filtration des solutions albumineuses, le contenu du filtrat en albumine est plus faible que celui de la solution primitive; 2° une pression forte augmente la quantité de liquide filtré, ainsi que sa richesse relative en sels.
En 1877 , Newmann (de Glascow) publiait un travail , qui étend cette dernière conclusion à la proportion d’albumine contenue dans le filtrat. Avec une solution d’albumine à 40 pour 1000, et une pression variant de 10 à 50 millimètres de mercure , Newmann constate que, pour chaque 10 millimètres de pression en sus, la quantité de liquide filtré augmente de 21 centimètres cubes par minute. Et d’autre part, le pourcentage de l’albumine contenue dans le filtrat croit en relation directe avec l’augmentation de pression. Ainsi, sous la pression de 10 millimètres, 10 centimètres cubes du filtrat contiennent 0,093 d’albumine; avec 50 millimètres, le taux s’élève à 0,21 pour 10 centimètres cubes de liquide filtré. A chaque 10 millimètres de pression en sus, correspond une augmentation de 0,03 centigrammes d’albumine par 10 centimètres cubes du filtrat (2).
Or, la môme année 1877, le travail de Runeberg, sur la filtration des matières albuminoïdes à travers les membranes animales, remettait tout en question. D’après Runeberg, ni la quantité, ni la qualité du filtrat ne
(1) Schmidt, Ueber die Beschaffenheit bei Filtration von Eiweiss, etc. (Poggendorfl's Ann., Bd. XCIX).
(2) Newmann, Sonic physical cxpcriinoul. relations to thc fonctions of tbc kid-
DE L’ALBUMINURIE
sont dans des rapports déterminés avec la pression, et la même membrane, soumise à la même pression, peut, d’ailleurs, donner des résultats dissemblables. Mais, d’une manière générale, on peut fixer les règles suivantes, qui résument les conclusions de Runeberg :
La proportion pour lüü en albumine du liquide filtré est en raison inverse de la pression. Elle va en diminuant avec une pression forte ; elle augmente avec une pression faible.
Par exemple, la richesse eu albumine du liquide filtré étant successivement, sous la pression de 100 centimètres cubes d’eau, 1,3, 1,077, 0,66, sous la pression de 40 centimètres cubes, elle monte à 0,05 et 1,5. La pression 100 centimètres cubes étant rétablie, la proportion d’albumine devient 1, 0,7, 0,6, pour remonter de nouveau, avec la pression de 40 centimètres cubes, à 0,8, 1,3, 1,4, 1,5 (1).
neys ( Journal of (mat-, 1877-1878, t. XII, p. 608). — Voici une de ses expériences :
Pression en
Albumiue
Quantité de la solution filtrée par
Titre de la .
mill. de mercure.
par 10 ce. du filtrat.
minute.
solution d’albumine.