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I. — Fréquence de l’albuminurie suivant les aces

A. Albuminurie chez le nouveau-né et le fœtus. — Virchow el Dolirn ont les premiers signalé, comme un fait assez commun, la présence de l’ai Inimine dans l'urine des nouveau-nés. Dans les accouchements normaux, l’albuminurie s’observerait 38 fois sur 100 au moment de la naissance, et il fois sur 100, dans les accouchements difficiles (1). La proportion indiquée par Martin et Kuge (2) est moins forte, elle est seulement de I pour 17. La quantité d’alhumine est rarement abondante, 8 0/0 seulement des cas observés; le microscope montre des cylindres et des débris d’épithéliums dans le sédiment. Dans tous les autres cas, il n’y en avait que des traces dans l’urine. Ce n’est pas toujours la première urine rendue qui est albumineuse. L’albumine n’apparaît parfois que le deuxième ou le troisième jour; l’urine du matin parait en contenir plus que l’urine du soir. Cette albuminurie peut durer de six à huit jours, puis disparait. Contrairement à l’opinion de Virchow et de Dolirn, Martin et Ruge ne croient pas que la durée du travail exerce une inlluenee sur la production de l’albuminurie des nouveau-nés.

On a expliqué de différentes manières cette albuminurie. Ultzmanu attribue un rôle prépondérant aux infarctus uraliques, si fréquents dans les premiers mois de la vie. On sait, en effet, que .ces infarctus se rencontrent dans la moitié des cas, chez les nouveau-nés qui succombent du deuxième au quinzième ou au vingtième jour, sous la forme de petites aigrettes occupant les canaux collecteurs, ou de petits grains cylindriques, composés, suivant les uns, d’urate de soude, suivant les autres, d’ u rate d’ammoniaque. D’après Ultzmanu, l’irritation rénale, déterminée par ces infarctus, disparaît peu à peu, quand l’enfant commence à boire et que les concrétions se dissolvent au contact de l’eau éliminée par les glomérules (3).

On peut encore rapprocher de l’albuminurie des nouveau-nés la lésion décrite par Parrot sous le nom de tubulhèmatie rénale (i). Les tubes urinifères sont remplis de globules rouges plus ou moins altérés, sans lésion de l'épithélium, et, sur une coupe transversale, on voit leur lumière comblée par une masse jaunâtre, autour de laquelle les cellules intactes de l’épithélium cylindrique forment comme une collerette. D’après Parrot, les globules sanguins proviennent des vaisseaux glomérulaires par dia-

(1) Virchow, Ges. abhandl ., 1856. — Dohrn, Monatschr. f. Geb., 1857.

(2) Martin el Ruge, Loc. cit., 1876.

(3) Ui.tzmann, Wiener med. Woch., 1881, p. 222.

(4) Parrot, De l’ai h repaie, Paris, 1877.

UK L’ALBI'MINUKIE

pétlèse ou par rupture capillaire. Ou peut facilement supposer que, dans certains cas, l’albumine, par un mécanisme analogue, passe seule ou en même temps que les hématies.

Itibbert propose une autre interprétation. Pour lui, l’albuminurie n’est qu’une conséquence de l’état foetal des glomérules. 11 a examiné les reins et le' contenu vésical d’un grand nombre de fœtus, et toujours il a pu y constater la présence de l’albumine. Il pense que, chez l’embryon, il se fait une transsudation constante de l’albumine à travers les glomérules ; cette transsudation s’expliquerait par le développement encore incomplet de la couche épithéliale qui doit recouvrir le bouquet vasculaire. L’albuminurie serait donc normale chez le fœtus ; cette albuminurie pourrait persister, pendant les quelques jours qui suivent la naissance, sous l’intluence d’un retard passager dans l’évolution épithéliale au niveau des glomérules (l).

Nous adopterions volontiers l’opinion de Ribbert pour un certain nombre de cas, mais elle ne saurait s’adapter à tous. Pour que cette opinion lut vraie d’une manière absolue et générale, il faudrait que l’albumine apparût constamment dans la première urine émise. Or, il n’en est rien, et elle ne s’observe souvent que dans l’urine du deuxième ou du troisième jour Martin et Ruge). Il faut bien admettre que le fonctionnement des glomérules, normal pendant les deux premiers jours, a été modifié par quelque perturbation nouvelle. Cette modification ne peut être due qu’à une altération du sang ou à un trouble circulatoire, peut-être aux deux choses réunies.

L’albuminurie des premiers jours de la vie nous parait un phénomène comparable à l’ictère simple des nouveau-nés. La coloration jaune des téguments peut être aussi attribuée soit à une altération sanguine, soit à une perturbation vasculaire (2). La première hypothèse est moins soutenable pour l’albuminurie que pour l’ictère. Sans doute, le sang du nouveau-né présente des variations journalières qui attestent un état d’évolution non encore terminée (3). Mais, si la modification préparatoire qui détermine l’ictère peut être indiquée, l’altération sanguine serait encore à chercher en ce qui concerne l’albuminurie. Les troubles circulatoires sont, au contraire, patents. L’instabilité de l’équilibre vasculaire chez le nouveau-né n’est pas à démontrer. Avant que cet équilibre se soit établi, on comprend aisément la possibilité d’engorgements capillaires en différents organes, l’arrot et son élève llutinel ont étudié les troubles d’origine

(1) Ribbiut , Ueber Album. (1er .Xeugeborcu unit Fœtus (Vircliow’s Arcliiv ., Bd 98, p. 3-27).

(2) Voir Porak, Ictère des nouveau-nôs (Rev. mens, de mdd., 1878, p. 331).

(3) Hayem, in Thèse de Duper ri', 1878.

THAITÉ UE L’ ALBUMINURIE

veineuse, qui se produisent si fréquemment chez les nouveau-nés, les thromboses qui en sont la conséquence (1). Les infarctus sanguins, signalés par Parrot dans les canalicules u ri n itères, sous le nom de tubulhématie rénale, attestent l’existence de ces troubles veineux du côté des reins.

A notre avis, c’est à une perturbation circulatoire de cet ordre que l’albuminurie des nouveau-nés doit être rapportée. Pendant les premiers jours qui suivent la naissance, l’enfant est sans cesse exposé à quelque congestion veineuse; la moindre excitation cutanée, la moindre irritation intestinale a pour effet un rellux du sang vers les reins, d’où stase locale et ralentissement du courant sanguin, avec leurs conséquences habituelles sur la nutrition de l’épithélium glomérulaire, lequel s’altère ici d’autant plus rapidement qu’il est encore mal adapté à ses fonctions physiologiques. L’albuminurie sera encore plus rapide et plus abondante, si le trouble circulatoire vient surprendre l’épithélium dans cet état d’évolution inachevée, indiqué par Ribbert. En tout cas, l’albuminurie du nouveau-né n’a rien de physiologique; elle reconnaît le mécanisme des albuminuries par troubles vasculaires, par stase veineuse , et sa fréquence s’explique par la fréquence même des troubles de la circulation veineuse dans les premiers jours de la vie.

B. Albuminurie des enfants. — Nous avons indiqué plus haut le résultat des recherches de Furbringer. Sur 61 enfants de trois à six ans, bien portants au moment de l’examen de l’urine, cet auteur a trouvé 7 fois de l’albuminurie. De ces 7 albuminuriques, 3 étaient des garçons de trois à quatre ans et demi, et 4 des filles de trois à cinq ans et demi. Furbringer s’est servi du réactif en usage en Allemagne, le ferrocyanure de potassium et l’acide acétique. La proportion des cas d’albuminurie décelés par ce réactif serait donc de 11,47 0/0.

H. Leroux, à l’hospice des Enfants-Assistés, a recherché l’albumine chez 330 enfants de deux à quinze ans : 118 filles et 212 garçons. Aucun de ces enfants n’était couché dans les salles de l’infirmerie ; tous menaient dans l’hospice la vie commune de leurs camarades, soumis au même régime, pour la nourriture, le travail et les exercices. Les reactifs employés ont été l’acide nitrique par le procédé de Gubler, l’acide picrique et la chaleur avec l’acide acétique. Leroux trouve seulement 19 albuminuriques sur ces 330 enfants, 10 filles et 9 garçons; soit une proportion de moitié inférieure à celle de Furbringer, 5,75 0/0 au lieu de 11,47 (2).

En se servant d’un réactif beaucoup plus sensible, le réactif de Tanret,

(1) Hutinel, Do la thrombose <lcs veines rénales chez les nouveau-nés (Rev. mens, de miid., 1877, I, 156).

(2) H. Leroux, Rev. de med., IS83, p. 202.

DE I.’ALIllMINl'HIK

Capitan et Chateau bourg ont obtenu des chiffres bien plus élevés. Leurs recherches ont été laites dans le môme hospice des Enfants-Assistés. Sur il,! enfants bien portants soumis au môme régime, Capilan a trouvé 38 fois de l’albuminurie. Chez 16, l’urine donnait un trouble net, indiquant environ G centigrammes d’albumine par litre. Chez les 22 autres, par la méthode de contact, on déterminait la formation de disques, dont l’épaisseur et l’aspect variables correspondent, d’après le tableau fait par Capitan, chez 7, à environ 3 centigrammes d’albumine; chez 0, à 2 centigrammes; chez 9, à 7 milligrammes. 11 faut ajouter que l’urine de 8 enfants donnait encore, au point de contact, un léger trouble bleuâtre, que Capitan n’ose pas regarder comine un signe certain d’albuminurie. Chez 16 enfants seulement sur 92, le réactif de Tanret ne déterminait auoune modification dans l’urine (1).

Les résultats obtenus par Chateaubourg sont analogues, avec cette différence que Chateaubourg englobe parmi les albuminuriques les cas regardés comme douteux par Capitan . Dans un premier examen, fait dans l’après-midi, sur 61 enfants, il n’en trouve que 12 chez lesquels le réactif de Tanret ne produit aucun trouble dans l’urine. Dans un deuxième examen, pratiqué le malin au lever, sur 81 enfants, 19 seulement avaient une urine non modifiée par le réactif. Ce qui donne une proportion de 80 0/0 dans le premier cas, de 76 0/0 dans le second.

Ainsi, suivant l’observateur et suivant le réactif employé, la proportion des enfants albuminuriques varie de 6 à 80 0/0 ; et, pour le même observateur, avec le même réactif, suivant l’interprétation qu’on attache aux réactions constatées dans l’urine, la proportion s’élève à 80 ou s’abaisse à 28 0/0. Comment concilier de pareilles différences, et que conclure de données aussi incertaines?

Un peut dire d’abord que les assertions de Chateaubourg sont inadmissibles!^). Il n’est pas possible de regarder comme un précipité d’albumine tout trouble produit par le réactif de Tanret, même quand ce trouble ne disparaît pas par la chaleur. Nous avons suffisamment insisté sur ce point dans l’étude comparative des différents réactifs de l’albuminurie ininima. La solution acétique d’iodure double de potassium et de mercure donne avec d’autres matières albuminoïdes, et principalement avec le mucus, par la méthode de contact, un mince disque ou anneau, qu’il est à peu près impossible de différencier, quand il s’agit de minimes proportions d’albumine, du disque ou de l’anneau albumineux. Si l'on se sert d’un réactif sans action sur la séro-albumine, une solution concentrée d’acide citrique, par exemple, solution qui est en même temps

(1) Capitan, Th. Paris , 1883, p. 81.

(2) Chatkaubourg, De l’alb. physiologique (Th. Paris , 1883).

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TIIAITK UE L’ALBVMINUIUE

le réactif le [>1 us sensible de la mucine, on constate, comme nous avons pu nous eu assurer, que l’urine de cent sujets, pris au hasard, présente, au niveau de la ligne de contact, un anneau trouble, absolument semblable au trouble produit par le réactif de Tanret, et cela dans la proportion de 80 à 85 0/0. 11 est donc évident pour nous que la moitié, sinon plus, des urines regardées comme albumineuses par Chaleaubourg sont des urines muqueuses, d’autant plus que cet auteur ne parle même pas de cette cause d’erreur et n’en a par conséquent pas tenu compte.

Déduction faite de ces cas, il n’en reste pas moins acquis, en ne retenant que les observations indiscutables, que, dans certaines conditions, l’albuminurie est un phénomène fréquent chez les enfants de deux à quinze ans. La proportion varie entre fi et 11 0/0 (Leroux et Furbringer) et entre 30 et 40 0/0 (Gbateaubourg et Capitan). Mais ces conditions sont-elles celles de la santé? C'est le point à démontrer. Parce qu’un enfant n’a pas eu de maladie aiguë, rougeole, coqueluche, scarlatine, etc., l’ayant obligé à s’aliter, il ne s’ensuit pas qu’il doive être considéré comme en bonne et normale santé. Donner comme bien portants les enfants qui occupent les salles de l’hospice des Enfants-Assistés est une prémisse fort contestable. On peut dire, au contraire, que 1a. maladie est l’état normal de ces enfants. Troubles gastro-intestinaux, diarrhées, bronchites, angines, stomatites, impétigo du cuir chevelu, eczéma, etc., combien échappent à toutes ces misères de la pathologie infantile. Toutes ces irritations cutanées ou muqueuses sont autant de causes d’albuminurie transitoire. Dans un interrogatoire rapide d'enfants de deux à quinze ans, comment s’assurer que quelqu’une de ces causes n’existe pas au moment où l’examen de l’urine est pratiqué, ou n’a pas existé la veille ou les jours précédents?

Il est donc impossible d’admettre que les conditions où vivent les enfants d’un hospice sont les conditions de la santé ou de l’état physiologique. La proportion d’albuminuriques, chez ces enfants, fût- elle réellement de 80 0/0, il ne serait pas permis d’en tirer un argument en faveur de l’existence de l’albuminurie normale.

Trop de causes morbides sont réunies ici, pour qu’on ait le droit de chercher ailleurs que dans l’action d’une de ces causes l’explication de la fréquence du phénomène. Si l’on veut une expérience probante, il faudrait prendre vingt-cinq, trente enfants, vivant dans leur famille, dans de bonnes conditions d'hygiène, les suivre pendant un certain temps, examiner à différentes reprises leur urine ; dans ces conditions seulement, on pourrait dresser une statistique de quelque valeur, établissant la fréquence de l’albuminurie chez les enfants en bonne santé apparente.

C. Albuminurie des adolescents. — . Cette variété d’albuminurie a été signalée en 1873 par W. Gull. « J'ai si souvent trouvé de l’albumine,

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