I. — Albumine du sérum sanguin
Avant les recherches de Denis (de Commercy), on admettait l’existence, dans le sang, de deux variétés seulement de substances coagulables : 1 une, coagulable spontanément, qu’on appelait fibrine; l'autre, coagulable par la chaleur, les acides ou l’alcool, qu’on nommait albumine. En appliquant sa méthode d’ expérimentation par les sels à l’étude des substances albuminoïdes du sang, Denis démontra que l’on confondait sous le nom
DE L’ALBUMINURIE
d’albumine deux, principes distincts que l'on pouvait séparer et caractériser. 11 appela l’un sérine, c’est la véritable albumine du sérum, et l’autre sèro-fibrine ou fibrine dissoute, en raison du rôle qu’il lui attribuait dans la formation de la fibrine concrète, l’eu importe le nom et surtout la théorie ; nous n’avons pas à la discuter ici. Ce qu’il faut retenir, c’est le procédé employé par Denis pour séparer les deux albumines du sérum. Ce procédé, on l’attribue aujourd’hui couramment, même en France, à Ilammarsten. Il n’est que 'juste de rendre au médecin de Commercy ce qui lui appartient sans conteste.
La méthode de Denis consiste dans l’emploi du sulfate de magnésie ajouté en poudre jusqu’à saturation du sérum. — « En traitant directement le sérum par du sulfate de magnésie Jusqu’à le saturer de ce sel, dit l’auteur français, il devint tout à fait opaque, blanc jaunâtre, tant il s’y développa de corpuscules. Le filtre les retint tous, et ils formèrent à la surface une épaisse couche crémeuse très blanche. Après qu’elle eût été lavée sur le filtre même par de la solution saturée de sulfate de magnésie, jusqu’à ce qu’elle ne s’écoulât plus colorée en jaune et qu’elle cessât d’entraîner de la sérine coagulable par la chaleur, elle fut dissoute dans l’eau (1). »
D’après Denis, 1,000 parties de sang contiennent environ 53 parties de sérine et 22 parties de la substance précipitable par le sulfate de magnésie, ou fibrine dissoute. On sait que cette fibrine dissoute, jointe à la fibrine concrète, spontanément coagulable (3 parties pour 1,000), constitue ce qu’il appelle la plasmine (2).
La fibrine dissoute de Denis a reçu différents noms ; c’est la substance fibrino-plastique de Schmidt, la paraglobuline de Kuhne et d’Eichwald, l’hydropisine de Gannal, la caséine du sérum de Panum. Weyl et Hoppe- Seyler l’ont dénommée sérum-globuline, et cette dernière appellation parait devoir être définitivement adoptée (3). En tout cas, si on emploie le mot globuline, il est nécessaire de lui adjoindre un qualificatif pour la différencier des autres variétés de globuline qu’on rencontre dans les hématies, le cristallin, le jaune d’œuf, etc. Nous décrirons donc, sous le nom de séro -globuline, la matière précipitée du sérum sanguin par le sulfate de magnésie, de même que nous nous servirons indifféremment des mots séro-albumine ou sérine pour désigner l’autre matière albu-
ili Demis (de Commcrcy), Nouvelles éludes chimiques, physiologiques et médicales sur les substances albuminoïdes, p. 133. Paris, 1836. — Voir surtout l’introduction, p. 32-36, avec I exposé de sa méthode d’expérimentation par les sels.
(2) Demis, Mémoire sur le sang, 18311.
■ >j AVeye, Zeilsch. /. pliys. Chem.,18~n, t. J, p. TJ. — Hoppe-Seyler, Pliijsiolog. Chemie, t. III. Berlin, 1879.
8 TRAITÉ DE L’ALBUMINURIE
mineuse restée en solution dans le liquide après saturation par le sel de magnésie.
A. — SÉRO-ALBUMINE ou serine. — 1° Modes de préparation. — Les divers procédés employés pour obtenir l’albumine du sérum sanguin donnent-ils la même substance que la sérine séparée après précipitation du sérum par le sulfate de magnésie? Cela n’est pas absolument certain, surtout pour l’albumine fournie par le procédé d’Eichwald. Les trois principaux appartiennent à Hoppe-Seyler, à Eichwald et à Aronstein.
Voici comment Hoppe conseille d’agir pour obtenir la séro-albumine presque pure, ne contenant que des traces de matières salines. Ajouter au sérum sanguin ou au liquide d’une hydrocèle de l’acide acétique étendu, par petites portions, en ayant soin d’agiter jusqu’à ce qu’il se produise un précipité floconneux. Filtrer. Évaporer dans le vide ou au bain-marie, sans dépasser 40°, jusqu’à un petit volume, après avoir neutralisé soigneusement avec du carbonate de soude. Placer le liquide réduit et concentré dans un dialyseur et renouveler l’eau du vase extérieur toutes les six heures ; quand la dialyse des sels cristallisables a entièrement cessé, verser de nouveau le contenu de l’appareil dans une capsule pour le soumettre à l’évaporation à 40°, et réduire à siccité.
Eicliwald débarrasse d’abord le sérum de la paraglobuline et de la substance qu’il nomme caséine du sérum; il l’étend alors de 10 fois son volume d’eau et ajoute de l’acide acétique dilué, jusqu’à ce que le ferrocyanure de potassium donne un précipité permanent. 11 traite la solution par un égal volume de solution concentrée de chlorure de sodium et jette sur un filtre le précipité qui se forme au bout de quelques heures. Le dépôt est lavé avec une solution moitié moins concentrée de sel marin et additionné de quelques gouttes d’acide acétique; un deuxième lavage est fait avec du chlorure de sodium pur; puis on exprime le dépôt entre des doubles de papier buvard. Le précipité ainsi obtenu est soluble dans l’eau et coagulai^ e par l’ébullition.
Aronstein s’est servi de la dialyse pour obtenir une séro-albumine exempte de sels. Le sérum sanguin, étant placé dans un dialyseur de papier parchemin, laisse diffuser dans l’eau tous les sels cristallisables, les matières extractives, ainsi que diverses combinaisons de ces matières avec des sels plus ou moins insolubles dans l’eau. 11 ne reste dans le dialyseur que la paraglobuline et la sérine privée de sels. On sépare par filtration la globuline, et on obtient une solution de séro-albumine qui n’est pas coagulable par la chaleur ni précipitable par un excès d’alcool absolu. Mais si l’on ajoute le liquide contenant les sels dialysés à la solution albumineuse, le précipité d’albumine se fait comme à l’ordinaire en présence de l’alcool.
L’emploi du sulfate de magnésie, selon la méthode de Denis (de Com-
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niercy), remise en honneur par Hammarsten, permet à la lois la préparation de la sérine et de la séro-globuline. Nous avons dit comment opérait Denis. Hammarsten sature de même le sérum par le sulfate de magnésie en cristaux. 11 filtre pour séparer la séro-globuline précipitée, et le filtrat contenant la sérine est placé dans un dialyseur. On ajoute de l’eau tant qu’il passe des sulfates et des chlorures. On laisse ensuite évaporer le contenu du dialyseur dans le vide (1).
2° Caractères physico-chimiques. — Fraîchement déposée, la sérine est blanche, en corpuscules très fins. Préparée par dialyse et évaporation à -il) degrés, elle ressemble à du sérum desséché, et se présente sous l’aspect d’une substance amorphe, d’un blanc jaunâtre, résistante et sèche. Elle reprend son apparence primitive quand on l’humecte et ses propriétés chimiques restent les mêmes. Elle est dissoute lentement mais complètement dans l’eau. La solution concentrée est visqueuse et opalescente. Elle dévie la lumière polarisée à gauche, comme l’ont reconnu les premiers Biot et Bouchardat, et Becquerel a proposé d’utiliser cette propriété pour lé dosage des liqueurs albumineuses. Le degré de la déviation polarimétrique est variable suivant les auteurs. C’est ainsi que, d’après Béchamp, il est de 62, de 57,31 d’après Frédéricq, de 56 d’après Hoppe-Seyler. Ces différences tiennent à la difficulté d’obtenir une solution de sérine toujours identique et absolument débarrassée de séro-globuline et de sels. Quoi qu’en ait dit en effet Aronstein, dont nous avons indiqué le mode opératoire, Hoppe-Seyler, Heynsius, Haas, sont d’accord pour nier que la séparation complète de l’albumine et de ses sels puisse se faire par osmose. D’après ce dernier auteur, il reste environ 1 partie de sels pour 100 d’albumine sèche (2).
Le pouvoir osmotique de la séro-albumine est très faible. D’après Graham, une solution au dixième n’a perdu au bout de quatorze jours que 32,7 pour 100 de l’albumine dissoute, et l’albumine diffusée ne s’est pas répandue au delà du tiers de la hauteur du liquide (3).
Sous quelle forme se trouve la sérine dans les solutions aqueuses ? Est-elle réellement dissouteou tenue seulement en suspension, comme les graisses émulsionnées, par exemple ? D’une manière générale, on admettait autrefois deux formes distinctes d’albumine, une albumine soluble et une albumine insoluble. Davy, Scherer, Witticb, regardent l’albumine pure comme insoluble, se comportant chimiquement comme un oxyde indifférent, susceptible déformer, avec les acides ou les bases et même
(1) Hammarsten, P/luger's Archiv., 1878, Bd XVII, p. 453 et Zeilsch. f. phys. Chemie, t. VIII, p. 467.
(2) Heynsius, Arcli. f. d. ges. Physiol., Bd. XI et XII. — Haas, Ibid., Bd. XII, p. 395, et Chem. Centralb., 1876, u°‘ 50 à 52.
(3) Graham, Annales de chimie et de physique, 1862, 3° série.
TR AIT K dp: L’ALBUMINURIE
les sels, des composés solubles dans l’eau pure et insolubles dans un excès d’acide ou d’alcali. Miallie et Pressât ont émis l’idée que l’albumine soluble était dans un état moléculaire spécial différent de la véritable solution (1), et ils invoquent à l’appui son faible pouvoir diffusif. Runeberg, dont nous aurons à discuter plus loin les recherches sur la filtration de l’albumine, pense de môme qu’il s’agit là moins d’une dissolution vraie que d’une sorte d’émulsion (2). Peut-être est-on en droit de supposer qu’entre les deux formes extrêmes d’albumine soluble et insoluble il existe une foule d’états physiques intermédiaires, lit cette hypothèse, on est bien tenté d’en admettre le bien-fondé, quand on réfléchit, dit Schutzenberger, « à la manière d’être si variée de l’albumine vis-à-vis d’agents qui, dans les circonstances où l'on se place, ne sont pas de nature à la modifier chimiquement, mais qui tantôt augmentent, tantôt diminuent sa solubilité, tantôt élèvent, tantôt abaissent son point de coagulation. »
3° Réactions. — Nous passerons rapidement en revue les principales réactions de la sérine en présence des acides, des bases, des sels, des substances organiques, de la chaleur.
a) Action clés acides. — La plupart des acides minéraux coagulent la sérine à froid. L’acide phosphorique normal est sans effet, mais l’acide métaphosphorique détermine un précipité.
L'acide chlorhydrique concentré donne un coagulum qui se dissout dans un excès d’acide. Cette solution chlorhydrique précipite à son tour en présence d’une grande quantité d’eau, et le dépôt, lavé et exprimé, se redissout de nouveau entièrement dans l’eau.
Le précipité fourni par l’acide nitrique se colore en jaune orangé quand on porte le mélange à l’ébullition; il y a formation d’acide xanthoprotéique. Si le précipité de sérine est peu abondant, il se redissout par la chaleur en même temps qu’apparaît la coloration jaune.
De même que l’acide phosphorique, l’acide carbonique, les acides acétique, tartrique, ne déterminent pas de coagulation. Mais si la solution est saturée de sulfate de soude, de magnésie ou de chlorure de sodium, la sérine est précipitée par l’acide acétique.
b) Action des alcalis. — La potasse et la soude caustiques, ajoutées à une solution de séro-alhumine, donnent naissance à des alhuminates alcalins. Quand on additionne d’une solution concentrée de potasse une solution également concentrée de sérine, on obtient une gelée ferme, transparente, formée par de l’albuminate de potasse. Les solutions alcalines d’albumine ne coagulent pas par la chaleur; mais si on les neutralise pas l’acide acétique, la précipitation se fait en llocons.
(1) Mialhe et Pressât, Journ. de chimie et de pharmacie, 3° série, t. X, p. 161.
(2) Ruebeug, Arc hiv. der Heilkundne, 1877.
DE L’ALBUMINURIE
c) Action des sels. — Un grand nombre de sels métalliques, sulfate de cuivre, sublimé, sous-acélale de plomb, nitrate d’argent, précipitent les solutions d’albumine sous forme d’albuminates. Et la sérine peut être dégagée de la combinaison métallique par le gaz sull'hydrique. L’albuminate de cuivre précipité par le sulfate de cuivre est d’une coloration verdâtre; il se dissout dans une solution de soude ou de potasse, qu’il colore en bleu.
Le ferro-cyanure de potassium ou cyanure jaune, le cyanure de platine et de potasse, précipitent à froid les solutions albumineuses acidifiées par quelques goulles d’acide acétique; le précipité se dissout dans un excès d'acide.
Le bichromate de potasse, l’iodate de potasse, en présence d’un acide végétal, le pbosplio-tungstate de soude, en présence de l’acide acétique ou chlorhydrique, précipitent aussi la solution de sérine. 11 en est de même de l’alun en solution demi-saturée. En ajoutant du sulfate de magnésie au précipité obtenu par l’alun, tout se redissout. Aussi le sérum saturé de sulfate de magnésie ne précipite-t-il pas par l’alun.
Les sels alcalins ne produisent aucun effet à froid. Le chlorure de sodium peut être dissous dans une solution de séro-albumine sans y produire de changement. 11 en est de môme du sulfate de magnésie, à condition que la sérine soit bien pure. Mais, tandis que les carbonates alcalins empêchent, comme les alcalis, la coagulation à chaud, les autres sels alcalins ajoutés à une solution de sérine en facilitent la précipitation par la chaleur, et plus la proportion du sel est forte, plus le point de coagulation se trouve abaissé.
cl) Action clés corps organiques. — Le tannin, la créosote, l’acide phénique, l’acide picrique, coagulent la sérine. L’alcool la précipite ; en décantant immédiatement l’excès de réactif employé, le précipité se redissout presque entièrement; mais quand on maintient le précipité pendant un certain temps au contact de l’alcool, il ne se dissout que difficilement dans l’eau; l’action prolongée de l’alcool finit par le transformer entièrement en albumine coagulée.
L’éther n’a pas d'action sur les solutions de sérine ; il ne se forme pas de précipité quand on agite les deux liquides mélangés. D’après Àronstein, la séro-albumine privée de sels, préparée par son procédé, serait au contraire précipitée par l’éther.
é) Action de ici chaleur. — Une solution de sérine chauffée commence à se troubler entre GO et 70°; le point exact du début de la coagulation est 59°, 5. A 75°, la précipitation est complète sous forme de flocons, et Je précipité peut être recueilli sur un filtre. L’action de la chaleur sur une solution de sérine est très variable suivant la quantité et la proportion des matières étrangères ajoutées à la solution. j\’otis
TRAITÉ l)K L’ALBUMINURIE
aurons à revenir avec détails sur ce point à propos de l’urine albumineuse. D’une manière générale, il faut signaler l'influence prédominante de la propdrtion d’acide ou d’alcali contenue dans la liqueur. D’après Aronstein, la séro-albumine, complètement débarrassée de sels par la dialyse, ne se coagule plus par la chaleur (1). D’après Schmidt, lorsque la solution est très pauvre en sels, la chaleur détermine 'seulement un trouble opalescent; l’albumine n’est plus dissoute, mais elle ne se rétracte pas en flocons. Qu’on ajoute alors du chlorure de sodium ou du sulfate de soude et quelques gouttes d’acide, et le précipité floconneux se produit (2). Dans les solutions, au contraire, très riches en sels neutres alcalins, l’action de la chaleur est très rapide, le point de coagulation se trouve notablement abaissé. 11 en est de môme quand le liquide renferme de faibles quantités d’acide acétique ou d’acide pliosphorique. Le carbonate de soude et les alcalis agissent en sens inverse, ils élèvent le point de coagulation. A dose suffisante, ils empêchent même complètement l’action de la chaleur, et la sérine ne précipite pas.
Ces quelques faits expliquent la manière dont se comporte une solution faible de séro-albumine en présence de la chaleur. Une solution au dixième, par exemple, ne se coagule pas par l’ébullition si la réaction est alcaline; mais il suffit d’ajouter quelques gouttes d’acide acétique pour, faire apparaître le précipité. Si la chaleur ne donne qu’une teinte opalescente, il faut ajouter du chlorure de sodium, et on verra se former de l’albumine coagulée. La solution est-elle très acide, le précipité à la chaleur apparaîtra après addition suffisante de chlorure de sodium. Ces notions trouveront leur application directe dans l’étude de l’urine albumineuse; car il ne s’agit dans tous ces cas que de solutions faibles de sérine; les solutions très concentrées donnent toujours un coagulum à l’ébullition, que la réaction soit acide ou alcaline.
B. — Séro-globuline. — 1° Modes de préparation. — On peut obtenir la séro-globuline par plusieurs procédés. Le procédé de précipitation par le chlorure de sodium ou le sulfate de magnésie a été employé d’abord par Denis (de Commercy).
Denis recevait le sang qui coule d’une artère ou d’une veine dans une solution de sulfate de soude; le sang ne se coagule pas, mais au bout d’un certain temps les globules rouges et les globules blancs se déposent, et un liquide surnage. Ce liquide est décanté, puis saturé de sel marin en poudre; il se forme un précipité d’une substance coagulable, qui représente ce que Denis a appelé la ptasmine, c’est-à-dire un
(1) Aronstein, Archiv. d. ges. Pht/s., Bd VI It, p. 75.
(2) Schmidt, Archiv. cl. ges. Phys. Bd VI, 1872, p. 413.
DE l’albuminurie
mélange de fibrine spontanément coagulable et de fibrine dissoute, ou séro-globnline.
Par le sulfate de magnésie on obtient la séro-glolnilinc pure. Après coagulation du sang d’une saignée, la plias mine s’est dédoublée en fibrine concrète qui englobe les globules rouges dans le caillot, et en fibrine dissoute qui reste mélangée à la sérine. En ajoutant du sulfate de magnésie en poudre jusqu’à saturation, on précipite cette fibrine dissou te, qui est coagulée par le sel, tandis que la sérine ne l’est pas, et le précipité est recueilli sur un filtre. .
En 1858, Cannai a employé ce procédé pour analyser le liquide de l’ascite, et il a nommé lujdropisine la matière albumineuse précipitée par le sulfate de magnésie (1).
Enfin, en 1877, llammarsten a recommandé de nouveau l’emploi de ce sel pour l’étude des albumines du sang et en même temps de l’albumine urinaire. La substance précipitée a reçu une nouvelle dénomination, celle de sérum-globuline (2).
l'averet, dans le laboratoire de Lépine, a employé le chlorure de sodium pour préparer la séro-globuline. Voici comment il procède : 100 à 200 centimètres cubes de sérum sont saturés de sel marin en poudre jusqu’à ce que, malgré l’agitation, une couche de sel très appréciable se dépose au fond du verre. On laisse reposer pendant vingt-quatre heures; les llocons de séro-globuline se sont réunis en une ou plusieurs masses compactes et flottantes au milieu d’un liquide parfaitement limpide. On filtre. On lave le précipité avec une solution saturée de chlorure de sodium, de façon à le débarrasser complètement de la sérine qui l’imbibe; un ou deux lavages suffisent. La séro-globuline forme sur les parois du filtre une épaisse couche, dont on peut recueillir la plus grande partie avec une curette. Cette masse molle est soluble dans l’eau pure, car elle est saturée de chlorure de sodium; la dissolution sera obtenue quand la quantité d’eau ajoutée sera suffisante pour étendre au dixième la proportion de sel marin retenu avec la globuline (3).
Au lieu de sulfate de magnésie, Hofmeister ej; Pohl recommandent de préférence le sulfate d’ammoniaque pour séparer la séro-globuline de la sérine.
Un autre procédé consiste à diluer le sérum dans 15 à 20 fois son poids d’eau, puis à le traiter avec de l’acide acétique faible. 11 se forme un précipité mélangé d’un peu de matière fibrineuse. Ce dépôt est soluble dans l’eau additionnée de chlorure de sodium.
(1) Gansai,, Th. Paris, 1858.
(2) Hamjiarsten, P/luger's Archiv. f. Phys., Bd XVII, p. 450.
(3) Faveret, Th. Lyon, 1882, cl Rev. de médecine, 1882, p. «J58.
\'t TRAITÉ DE L’ALBUMINURIE
On peut encore obtenir la séro-globuline en faisant passer un courant d'acide carbonique dans le sérum dilué. Ëichwald opère de la façon suivante. Il ajoute au sérum sanguin dix fois son volume d’eau, fait passer dans la solution un courant d’acide carbonique et jette le précipité sur un filtre. Il lave le dépôt avec de l’eau distillée, tant qu’un mélange d’acide acétique et de cyanure jaune et une solution de nitrate d’argent troublent l’eau de lavage.
Ces différents procédés ne donnent pas les mêmes résultats. La méthode de Denis et de Hammarsten est çelle qui donne le plus de séroglobuline. Le procédé par l’acide carbonique est celui qui en donne le moins. La proportion obtenue par le chlorure de sodium est aussi moindre qu’au moyen de sulfate de magnésie.
Burkliardt a objecté que le sulfate de magnésie, outre la séro-globuline, précipitait une partie de la sérine (1); il prétend, il est vrai, que l’acide carbonique sépare toute la séro-globuline. Or, sur ce dernier point, la plupart des auteurs conviennent que la séro-globuline n’est qu’en partie précipitée par un courant d’acide carbonique, et Hammarsten, en réponse à Burkhardt, a montré qu’après l’action d’un courant d’acide carbonique on peut encore précipiter de la solution albumineuse par le sulfate de magnésie une matière albuminoïde (2). Comme la constitution exacte de la sérine et de la séro-globuline est inconnue, aucune démonstration absolue de la nature de cette matière albuminoïde ne peut être fournie. 11 y a là une simple question de convention et de définition, et, si nous admettons que la substance séparée du sérum par le sulfate de magnésie en excès est la séro-globuline, il n’y a aucune raison de prétendre que ce même sel précipite une partie de la sérine. En fait, il existe deux matières albuminoïdes dans le sérum sanguin, l’une qui est précipitée par le sulfate de magnésie, l’autre qui reste dissoute dans une solution sursaturée de ce sel. En appelant la première séro-globuline, l’autre séro-albumine ou sérine, nous convenons de deux termes qui consacrent cette différence,, mais qui ne préjugent en rien la nature intime de. ces deux substances. Et il est inutile de se demander si le sulfate de magnésie précipite ou non une partie de la sérine, puisque, par définition même, la sérine est la partie du sérum qui n’est pas coagulée par le sel de magnésie.
2° Propriétés physico -chimiques. — La séro-globuline, ainsi préparée, forme un précipité floconneux, blanc, qui se dépose peu à peu en s’agrégeant en une masse molle, compacte. Elle est insoluble dans l’eau pure et
(1) Burkhardt, Centrait), f. med. XViss., 1883, p. SU.
(2) Hammarsten, Ucbcr die Anwendbarkheit der magnesicsulfalcs 7.nr quantitativen Bestimmung von sérum albuinin und globulin ( Zeitsch . f. phys. Chem., Mil, p. 467).
DE l’albuminurie
flans les liquides très salés. Mais elle se dissout dans les solutions salines étendues, dans une solution de chlorure de sodium au dixième par exemple, dans une solution de soude, dans une solution étendue de potasse, Elle est soluble aussi dans les liquides légèrement acides.
La solution de séro-globuline dévie à gauche la lumière polarisée. D’après Frédéricq, son pouvoir rotatoire est de 47°, 8.
Son point de coagulation est un peu plus élevé que celui de la sérine. La solution chauffée reste claire jusqu’à plus de 00°; elle ne commence guère à se troubler que vers 65 ou 68°. Elle précipite entre 75 et 80°.
D'après la plupart des auteurs, et en particulier d’après Kuhne, d’après Schmidt, la séro-globuline, contrairement à la sérine, diffuserait facilement à travers les membranes animales. Les expériences plus récentes de Gotlwald, dans le laboratoire de Hoppe-Seyler, paraissent établir par contre qu’elle filtre beaucoup moins bien que la séro-albumine; la différence serait comme 2 est à 3 (2). 11 y a là une contradiction qui appelle de nouvelles recherches; car il n’est pas aisé de comprendre et il est diflicile d’admettre qu’une même substance possède à la fois un fort pouvoir de diffusion et un faible pouvoir de Filtration.
3e Réactions. — La séro-globuline possède la plupart des réactions de la séro-albumine. Ses solutions salines sont coagulées par l’alcool, par la chaleur, par l’acide nitrique. Comme pour la sérine, le précipité obtenu par l’alcool, s’il reste en contact avec le réactif pendant un certain temps, devient insoluble dans l’eau et dans les sels neutres. Nous avons dit que le point de coagulation par la chaleur était un peu plus élevé que celui de la sérine. Le précipité insoluble formé par l’acide nitrique prend une teinte jaune au bout de quelque temps et finit par se décomposer.
Les acides acétique, chlorhydrique, sulfurique, ajoutés avec ménagement aux solutions neutres de séro-globuline, déterminent un précipité; le coagulum se redissout avec facilité dans le plus petit excès d’acide.
Le tannin, le nitrate d’argent, les sels de mercure, de plomb, de cuivre, coagulent aussi la séro-globuline. D’après Brucke, le précipité formé par le sulfate de cuivre se dissout dans un excès de réactif en donnant une coloration d’un beau bleu.
Mais à cêté de ces réactions communes aux deux variétés d’albumine, il existe un certain nombre de réactions propres à la séro-globuline.
a) Elle 'est précipitée de scs solutions salines par un excès d’eau.
b) L’acide carbonique précipite également ses solutions neutres, mais le précipité est incomplet, surtout si la solution est très étendue.
c) Si on sature de chlorure de sodium une solution faible de sel marin
(1) Kuhne, Lehrbucli (1er phys. Chemie, 1868.
(i) Gottwald, Zeilscli. f. phys. Chemie , Bd IV, p. 123.
1(3 TRAITÉ DE L’ALBUMINURIE
où se trouve dissoute la séro-globuline, celle-ci est précipitée en partie, mais il en reste toujours une certaine proportion en solution.
(/) Une solution neutre de séro-globuline est entièrement précipitée par le sulfate de magnésie en poudre ajouté à saturation.
G. — Rapports de la sérine et de la séro-globuline dans le sérum, sanguin. — Dans quelle proportion réciproque ces deux variétés d’albumine se trouvent-elles dans le sérum? Cette question importante n’est pas complètement tranchée. Les réponses fournies par les différents auteurs ne sont pas concordantes.
D’après Denis (de Commercv), pour 10Q parties de sérum, il y a, en moyenne, chez l’homme, 7,8 de substances coagulables qui se décomposent ainsi :
Sérine 5.3
Fibrine concrète 0.3
Fibrine dissoute 2.2
Ileynsius a dosé la proportion de séro-globuline dans le sérum de diverses espèces animales. Il a employé la méthode de précipitation par l’eau, l’acide carbonique et le chlorure de sodium (1). Voici le tableau des chiffres qu’il indique pour 100 parties de sérum :
Chez l’homme 0.38
Chez la vache 1.88
Chez le mouton 1.65
Chez la chèvre 0.55
Chez le veau 0.51
Chez le lapin 0.14
Chez le cochon 0.80
Chez le chien 0.65
Chez le chat 0.54
Chez le poulet 2.53
Hammarsten estime que ces chiffres sont beaucoup trop faibles, le procédé employé par Ileynsius ne précipitant qu’une partie de la séroglobuline. Au moyen du sulfate de magnésie, il obtient des proportions bien plus élevées. Pour 100 de sérum, il indique les résultats suivants :
Albumine. Séro-albumine. Séro-globuline.
Homme 5.620 4.516 3.103-
Lapin 6.223 4.336 1.788
Cheval 7.257 2.677 » 4.565
Bœuf 7.499 3.330 4.169
On voit que, d’après Hammarsten, le rapport de la séro-globuline à la
(1) Heynsius, Arcliiv. f. ges. phys., Bd. lit, p. I.
DE L’ALBUMINURIE
sérine est, chez l’homme, de 1/1.51 1; chez le lapin, de 1/2.5; chez le cheval, de 1/0.591; chez le bœuf, de 1/0.842, c’est-à-dire qu’il y a plus de sérine chez l'homme et chez le lapin, plus de globuline chez le cheval et chez le bœuf.
Les résultats obtenus par Frédéricq chez le bœuf et le lapin concordent
assez bien avec ceux de llammarsten
Albumine.
Séro-albumine.
Séro-globuline.
Bœuf
Lapin
Dans un travail postérieur, Frédéricq donne les chiffres suivants pour 100 centimètres cubes de sérum du chien (2) :
Albumine.
Séro-albumine.
Séro-globuline.
Hoffmann a étudié les rapports de la sérine et de la séro-globuline dans le sérum sanguin et dans le liquide ascitique (3). Pour établir le rapport, il divise la quantité de sérine obtenue par la quantité de séro-globuline. Dans 30 analyses de liquide ascitique, il trouve que la proportion d’albumine totale a varié entre 0.19 et 4.61 pour 100. Le rapport de la sérine à la globuline, par division, était de 0.62 à 2.46. Chez douze malades, il a étudié en même temps le sérum sanguin, et il a constaté que la proportion d’albumine et le rapport des deux, substances étaient à peu près les mêmes dans le sérum et dans l’exsudât péritonéal, les chiffres du liquide ascitique étant toutefois plus faibles.
Enfin, chez deux hommes bien portants, Hoffmann a obtenu les propor-
tions suivantes pour
100 de sérum :
Albumine.
Séro-albumine.
Séro-globuline.
Rapport.
Hoffmann croit pouvoir conclure de ses recherches qu’à l’état pathologique le sérum sanguin est plus pauvre en séro-albumine, et il pense
(1) Frédéricq, Arcli. de Biologie, I, p. 17.
(2) Frédéricq, Arch. de Biologie, II, p. 379.
(3) Hoffmann, Globulin. bcsiirnniung in den Ascitisfluss (Arch. f. exper. Palh., XVI, p. 133).
TRAITÉ DK L’ALBUMINURIE
que, lorsque le quotient de la division de la sérine par la séro-globuline est au-dessous de 1, l’état du malade doit être considéré comme grave.
Estelle a analysé le sang de deux malades atteints de mal de Bright; voici les chiffres qu’il a trouvés pour 100 de sérum (t) :
Albumine.
Sérine.
Séro-globuline.
Ainsi, Denis et Hanmiarsten sont à peu près d’accord sur la quantité totale de l’albumine du sang chez l’homme, et sur ce fait que la sérine est en proportion plus élevée que la séro-globuline. Mais ils diffèrent assez notablement sur le rapport réciproque des deux substances. Tandis que Denis indique le rapport de 1 de séro-globuline à 2.4 de sérine, Hammarsten ne constate que 1 pour 1.5. Estelle, de son côté, trouve un rapport inverse; la séro-globuline est en proportion double de la sérine. 11 est vrai qu’il s’agit d’individus malades et de malades atteints d’albuminurie.
Mais cette même proportion renversée, Hammarsten et Frédéricq la trouvent chez le cheval et le bœuf; le sérum de ces animaux contiendrait plus de séro-globuline que de séro-albumine, et chez le cheval le rapport serait de 2 à 1.
Ces résultats, un peu discordants, appellent à coup sur de nouvelles recherches ; car ils tendraient à modifier les idées actuelles sur la constitution du sérum. Nous pouvons cependant admettre qu’au moins en ce qui concerne l’homme à l’état physiologique, la proportion de sérine est plus élevée que la proportion de séro-globuline, et que le rapport des deux substances albumineuses dans le sérum normal est sensiblement comme 2 est à 1 .