‹ Traité de l'albuminurie et du mal de BrightChapitre 80 sur 109 · TRAITE · texte numérisé non relu

TRAITE

DE L’ALBUMINURIE

nous a indiquées dans son Traité de la goutte. C'est à ce dernier titre surtout que Wagner conseille aux brightiques les eaux d’Ems, de Aeuenahr, Flesclisig; celles de Bilin, Rimer; celles de Wildungen et de Faclüngen.

La cure thermale n’est possible à la station môme que dans ces dernières circonstances, dans l’atrophie progressive goutteuse, ou bien contre les complications gastro-hépatiques. Il serait difficile, pour ne pas dire impossible et dangereux, de faire voyager un brightique au moment d’une poussée inflammatoire, comme de lui conseiller le moindre déplacement. On le pourrait, toutefois, dans les attaques à réaction peu vive, dans les poussées surtoutalbuminuriques, sans œdème ni retentissement cardiaque. Mais, en général, nous n’envoyons nos malades à Vichy, à Royat, à Saint- Nectaire, qu’au déclin de la crise inflammatoire, quand les accidents aigus ont fait place à une évolution plus calme. En raison môme des circonstances où les eaux bicarbonatées sodiques sont utiles, c’est donc surtout à la maison que nous en prescrivons l’usage en boissons. Senac dit avoir obtenu de bons effets des bains de Vichy dans le traitement de l’albuminurie liée au diabète, à l’impaludisme. En tout cas, la balnéothérapie ne serait applicable qu’à la station même. Nous ordonnons d’habitude la source des Gélestins, quand nous utilisons l’eau de Vichy. L’eau est prise tantôt seule, tantôt mélangée à d’autres liquides, au lait, à du vin blanc. Quand il existe des vomissements, nous ajoutons de la glace, parfois du champagne, à l’eau minérale. Pourvu que la tolérance soit facile, nous conseillons la dose d’une demi-bouteille à une bouteille par jour.

Même à une période avancée du mal de Bright, il ne faut pas craindre de se servir des eaux bicarbonatées sodiques dans le traitement des recrudescences aiguës. Cependant, si l’affaiblissement du malade était considérable, si la réaction générale était peu marquée, les eaux plus faibles de Royat et de Saint-Nectaire sont préférables aux eaux de Vais et de Vichy. En tout cas, on ne devrait pas prolonger l’usage de ces diverses eaux alcalines au delà de huit, dix, quinze jours au plus; il faut les suspendre, dès que la tendance à la diurèse parait se faire et que l’albuminurie commence à diminuer.

2° Eaux bicarbonatées et sulfatées calcaires. — Les eaux dites calcaires, bicarbonatées ou sulfatées — Capvern, Contrexéville, Vittel, Pougues, Evian, en France; Badenweiller, Johannisbad, Schlangenbad, en Allemagne — peuvent être prescrites dans les mêmes conditions que les bicarbonatées sodiques faibles. On les préférera à ces dernières lorsque le mal de Bright est ancien et le malade déjà anémié et épuisé. Mais elles sont surtout utiles dans les périodes intermédiaires ou dans les formes atrophiques lentes, quand la lésion rénale ne se traduit que par une albuminurie légère, parfois transitoire ou intermittente.

Elles modifient la sécrétion rénale en excitant la circulation de l’organe; en même temps qu’elles font disparaître la proportion d’albumine qui persiste encore, elles augmentent la quantité des urines. Nous avons vu de nombreux malades qui, rendant encore 50 à 60 centigrammes d’albumine à leur départ, ne présentaient plus trace d’albuminurie après une cure à Evian ou à Vittel. Cette guérison n’était souvent que passagère, et l’albumine reparaissait au bout de quelques mois, mais en faible quantité. Quelques-uns de nos malades, qui avaient eu une ou plusieurs poussées aiguës intenses, n’ont plus eu pendant plusieurs années, après quelques cures de ce genre, que des recrudescences légères d’albuminurie, sans œdème ni aucun autre phénomène brightique. Il est donc permis de dire que, si ces cures ne guérissent pas absolument, elles amènent au moins ce que nous avons appelé la guérison fonctionnelle, qu’elles ralentissent la marche de la maladie et en préviennent les complications.

L’abondante diurèse qui accompagne la diminution ou la disparition de l’albuminurie n’est pas un des effets les moins utiles des eaux bicarbonatées ou sulfatées calcaires. Elles produisent ainsi un véritable lavage du filtre rénal, qu’elles débarrassent de tous les produits irritants qui encombrent les canalicules ou les cellules tubulaires.

3° Eaux chlorurées. — Les eaux chlorurées sodiques, Bourbonne, Bourbon-1’ Archambault, Bourbon-Lancy, Uriage, Salins, Salies de Béarn, Hombourg, Nauheim, Ivreutznach,Kissingen, etc., sont utiles aux brightiques, dans la convalescence d’une poussée aiguë, dans les périodes silencieuses, et surtout dans les phases avancées de la maladie. Loin d’être sédatives et antiphlogistiques comme les bicarbonatées sodiques, les eaux chlorurées sont au contraire excitautes et reconstituantes. Elles activent le travail de nutrition et font monter le chiffre de l’urée. C’est à ce titre qu’elles conviennent aux brigh tiques anémiés et sous le coup d’une cachexie commençante. Nous avons vu très souvent, sous l’influence d’une cure chlorurée, les fonctions digestives se relever, l’asthénie circulatoire diminuer, et avec l’amélioration de l’état général coïncider la diminution de l’albuminurie.

Ajoutons que les eaux chlorurées ne sont pas seulement reconstituantes; elles sont en même temps diurétiques, comme toutes les eaux salines; sans doute même, en raison des iodures et des bromures qu’elles contiennent, exercent-elles une action favorable sur le filtre rénal et sur le processus morbide dont il est le siège.

On emploie ces eaux en boissons ou en bains, mais surtout en bains; aussi ne sont-elles guère utilisables que sur place, à la station. Prescrites en bains, elles stimulent la peau, dont elles augmentent l’activité sécrétoire, soit qu’elles contiennent, comme les eaux de Hombourg, de l’acide carbonique qui vient se dégager, au contact des téguments, sous forme

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de petites bulles; soit qu’on les additionne, comme à Kreulznach, d’eaux mères qui renferment de l’iode et du brome en excès. Pour Senalor, cette excitation cutanée serait le véritable mode d’action des eaux chlorurées chez les brigb tiques; elles produiraient par ce mécanisme une décongestion rénale, en reportant le sang vers la périphérie.

Ce sont les seules eaux minérales qu’il nous parait avantageux de prescrire en bains dans le traitement du mal de Briglit, en recommandant aux malades de s’entourer de toutes les précautions pour ne point se refroidir au sortir du bain(l).

4° Eaux ferrugineuses. — Les conditions qui réclament l’usage des eaux ferrugineuses sont les mêmes que celles que nous venons d’indiquer pour les eaux chlorurées. On peut combiner les deux médications, comme on le fait à certaines stations, à Ilombourg, par exemple, ou bien faire suivre une cure d’eau chlorurée d’une cure d’eau ferrugineuse. Ces deux variétés d’eaux minérales ont en effet les mêmes propriétés reconstituantes; toutes deux augmentent le travail d’oxydation et élèvent le chiffre de l’urée. Les eaux ferrugineuses ont toutefois, sur les chlorurées, l’avantage de favoriser l’hyperglobulisation, etcombattent par conséquent, d’une manière plus active et plus sûre, les effets de l’anémie brightique; elles stimulent en même temps lanutrition cardiaque et soutiennent l’hypertrophie compensatrice du ventricule gauche.

Certaines contre-indications doivent être formulées à l’égard des eaux ferrugineuses. Elles sont nuisibles à la période d’acuité des néphrites, ou au moment des recrudescences inflammatoires. En outre, on ne doit en conseiller l’usage que si l’état des fonctions digestives est normal ou satisfaisant. S’il existe du catarrhe gastrique, l’abstention est de rigueur, ou du moins est-il nécessaire de modifier l’état de l’estomac avant de prescrire une cure à une station ferrugineuse; c’est dans ces cas que la combinaison ou la succession des cures chlorurées et ferrugineuses est utilement pratiquée. 11 faudra de même en suspendre l’emploi, s’il se manifeste des troubles digestifs. En s’obstinant, on exposerait le malade à des accidents congestifs semblables à ceux que nous avons déjà signalés à propos de la médication ferrugineuse en général.

Lorsque les eaux ferrugineuses sont bien tolérées, ce qui est le cas ordinaire, il est surprenant de voir avec quelle rapidité les forces renaissent. Nous avons vu des cures de ce genre produire ainsi de véritables résurrections chez des brightiques qu’avaient épuisés la maladie et souvent aussi un régime lacté prescrit mal à propos ou trop longtemps prolongé.

(1) Voir, pour l’action des eaux chlorurées en général, Lecoiiché, Traité de la goutte , p. 637 et suiv.

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Les eaux ferrugineuses que nous conseillons à la maison sont celles de Bussang et d’Orezza ; les stations auxquelles nous envoyons le plus Iiabituellement nos malades sont celles de Forges et de Spa. Wagner, qui recommande aussi les eaux ferrugineuses pour combattre l’anémie des briglitiques, conseille Elster, Franzensbad, Schwalbach, Pvrmont.

5° Eaux sulfatées magnésiennes. — Bien que les eaux sulfatées magnésiennes trouvent moins souvent leur application dans le traitement du maldeBright queles bicarbonatées sodiques et calcaires, elles peuvent être utilisées dans certaines conditions, mais plutôt contre les complications de la maladie que contre la lésion rénale môme.

On peut conseiller les eaux de Marienbad aux briglitiques qui ont de la tendance à l’obésité et à la constipation; celles de Carlsbad, aux briglitiques qui présentent en même temps des troubles dyspeptiques, un gros foie, delà diarrhée chronique. La lésion rénale, dans ces cas, étant d’ordinaire liée à la goutte et à l’uricémie, nous renvoyons, pour l’emploi de ces eaux, à ce que l’un de nous en a dit dans son Traité de la goutte.

0° Eaux dites indifférentes. — Ces eaux thermales, faiblement minéralisées, peuvent être employées contre les complications névropathiques douloureuses, auxquelles les briglitiques, et surtout encore les briglitiques uricémiques, sont assez souvent exposés. Wagner recommande les eaux de Gaslein, de Wildbad, de Ragatz-Pfeiffer, quand il existe des manifestations rhumatismales chroniques. Nous croyons qu’on pourrait utilement prescrire, dans ces cas, contre les douleurs névralgiques ou musculaires, les eaux de Néris et de Plombières.

7° Hydrothérapie froide. — Nous avons déjà parlé de l’emploi des bains chauds à propos des sudorifiques. L’utilité de ces bains ne nous parait pas compenser les dangers qu’ils l’ont courir aux malades, et les bains minéraux, les bains chlorurés entre autres, nous semblent le seul mode de balnéothérapie applicable aux briglitiques.

Nous répéterons, pour l’hydrothérapie froide, ce que nous avons dit des bains d’air ou d’eau chaude. Si la stimulation générale provoquée par la douche est un effet à rechercher à certaines périodes du mal de Briglit, les effets à craindre de l’eau froide sont trop redoutables pour que l’albuminurique s’y expose dans l’espérance d’un résultat qu’on peut obtenir par d’autres procédés. Comme le dit avec raison Semmola, la réaction ne se fait pas ou se fait mal chez les individus atteints de néphrite brightique, et, pour activer cette réaction, on ne peut conseiller un exercice violent qui est lui-même un danger. C’est surtout, d’ailleurs, dans le petit rein contracté que l’hydrothérapie trouverait ses indications, et, à cette période, l’état du cœur ne permet pas à un médecin prudent d’y avoir recours.

Ce ne serait guère que chez les albuminuriques non encore briglitiques,

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dans ce qu'on a appelé l’albuminurie des adolescents, albuminurie en relation souvent avec un état languissant de la circulation, que les douches froides pourraient être essayées; et encore ne conseillons-nous un pareil essai qu’avec beaucoup de réserve. Nous avons employé l’hydrothérapie dans diverses occasions, soit chez des jeunes gens albuminuriques, à constitution débile, soit chez des brightiques plus avancés, mais nous n’en avons jamais retiré de bons effets. Nous sommes donc d’accord avec Semmola et Senator pour rejeter l’emploi de l’eau froide dans le traitement du mal de Bright. •*

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