ALBUMINURIE ET MAL DE BRIGHT D’ORIGINE CUTANÉE
Nous réunissons dans cette note :
1° Un exemple de mal de Bright, avec gros rein blanc induré, consécutif à un eczéma généralisé à répétitions annuelles;
2° Un cas d’atrophie rénale avec hypertrophie du cœur chez un jeune homme atteint de psoriasis, mais ayant eu aussi la scarlatine dans son enfance;
3° Un cas d’icthyose congénitale, chez une femme de soixante-dix ans, sans albuminurie;
•4° Un cas analogue d’eczéma psoriasiquo datant do quatorze ans chez une femme de quatre-vingt-sept ans, sans trace d’albumine dans l’urine;
3° Un exemple de mal de Bright en rapport avec un lupus de la face:
B0 Enfin, un cas d’érythème brightique, semblable à l'érythème urémique de Huet et Bruzélius, chez un homme atteint de néphrite saturnine.
Ors. I. — Eczéma généralisé à répétition annuelle. Anurie absolue pendant quinze jours; urémie gastro-intestinale et cérébrale. Gros rein blanc induré. — D. Louis, âgé de 22 ans, bijoutier, entré le 5 juin 1883. Go malado se présente à la consultation, se plaignant d’un malaise général, avec courbature, porto d’ap-
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petit, lcgor mouvement fébrile, dont le début remonte seulement à trois jours. Il est atteint en outre d’un eczéma généralisé qui occupe les quatre membres. On est frappé au premier abord par son faciès pâle et un peu égaré ; la parole est tremblante, les réponses lentes, la langue sèche; on le reçoit avec l’idée première d’une fièvre typhoïde au début. Mais l’interrogatoire et un oxamon plus complet ne permettent pas de s’arrêter à cette idéo.
Lo malade raconte qu’il habite Paris depuis 1880. Il est né à Genève et y a toujours vécu avant do venir à Paris. Il est bijoutier et ne manie dans son état d’autro métal que l’or et l’argent. 11 n'a eu aucune des maladies de l’enfance; pas de scarlatine. La santé a toujours clé parfaite jusqu’en 1875. A cette époque, il a eu une première poussée d’eczéma, peu abondante, sur les jambes, au bas des mollets, pendant six mois. Depuis lors, tous les ans, vers la fin de l’hiver, des poussées analogues se produisent sur les jambes, les bras, le tronc et même la face, plus ou moins abondantes et tenaces, persistant trois, quatre, cinq mois. Le reste de l’année, la santé est normale; d’ailleurs, ces poussées eczémateuses ne paraissent pas avoir eu de retentissement général et bien marqué; car jamais elles n’ont arrêté son travail, elles ne troublaient même pas son appétit.
En 1880, à son arrivée à Paris, la poussée annuelle se produisit, comme d’habitude, vers le mois de janvier. Au bout de deux mois, sans cause occasionnelle dont il puisse se souvenir, le malade enfle de tout le corps; les bras et les jambes étaient œdématiés, la face bouffie, les paupières tuméfiées. 11 ne peut dire comment étaient ses urines à ce moment-là, ni si on y constata de l’albumine. 11 fut soigné chez lui et resta un mois malade. Au bout d’un mois, l’anasarque avait disparu, et il reprit son travail. L’eczema qui avait persisté disparut à son tour vers le mois de mai.
Depuis 1880, lo malade n’a plus eu ni œdème de jambes, ni bouffissure de la face; pourtant, en 1881 et en 1882, l’eczéma s’est reproduit comme à l’ordinaire.
Cette année, la poussée eczémateuse s’est faite vers le milieu de janvier aux membres inférieurs et aux avant-bras, avec démangeaisons, vésicules, croûtes suintantes ; mais sans aucun trouble à la santé générale. Ce n’est que le 2 juin, il y a trois jours, que le malade a senti un malaise général ; il a eu mal à la tète et n’a pas mangé. Depuis lors, insomnie, inappétence, un peu de fièvre; il éprouve une lassitude générale et une grande faiblesse, il a remarqué que ses urines étaient peu abondantes.
État actuel. — Les deux membres inférieurs sont presque entièrement recouverts d’eczéma; les pieds et quelques centimètres carrés de peau, à la face interne des cuisses, sont seuls indemues. Coloration d’un rouge foncé avec épaississement de la peau; suintement continuel d’un liquide séro-sanguinolent qui tache les draps; nombreuses petites exulcérations saignantes, à vif, ou recouvertes de croûtes jaunâtres. Même aspect sur l'avant-bras et le dos de la main, à droite. Sur 1 avantbras gauche, il existe seulement quatre ou cinq placards, d’un rouge vineux, suintants et recouverts de croûtes humides. La chaleur du lit provoque dans toutes les parties affectées de vives démangeaisons. Rien aux bras, au tronc, à la tète.
Ce malade n’a jamais eu ni chaudepisse, ni chancre. 11 est impossible de trouver chez lui la moindre trace de syphilis.
La face est pâle, le regard un peu étrange; la parole tremblante ; les lèvres et la languo sont un peu sèches. Pas do vomissements, ni do diarrhée. Battements de cœur réguliers ; rien à l’auscultation des poumons. Le malade n a pas uriné depuis son entrée à l’hôpital. Température rectale du soir, 39°.
Le 6 juin, le malade a uriné à pcino lo matin 20 centimètres cubes dune urine un peu trouble. Cotte urine contient des flots d’albumine et se prend en masse par la chaleur et l’acide nitrique. Au microscope, on y constate, au milieu des cellules
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épithéliales de la vessie, do nombreux cylindres exclusivement formés de fines granulations, sombres ou très réfringentes; ni globules sanguins, ni globules blancs. On sonde en vain lo malade ; pas une goutte d’urine ne s’écoule. — T. M., 37°, 8.
T. S., 38°, 2. Bain d’une heure; régime lacté et eau de Vichy.
Lo 7, anurie absolue; lo malade n’a pas rendu une goutte d’urine; rien par lo cathétérisme. Insomnie complète, mais pas de céphalalgie. Douleurs vives dans lo ventre. T. M., 37°, 6. — T. S., 38°, 2.
Le 8, pas d’urine. Coliques violentes; cette nuit, 3 à 6 selles en diarrhée jaunâtre. Dans la journée, vomissements bilioux, porracés. T.M., 37, “4. — T. S., 37°, G. 10 ventouses scarifiéos sur la région lombaire.
Le 9, anurie. Insomnio la nuit; somnolence dans la journée. Un vomissement seulement; mais coliques et diarrhée abondanto. Pouls 64, tranquille, régulier. T. M.,37°.
Le 10, pas une goutto d’urine; rien par la sonde. Pas de vomissements. Coliques vives ; 10 à 12 selles liquides. La face est un peu bouffie. Les lèvres et la langue toujours sèches, les dents un peu encroûtées, l’halcino fétide. T.M., 37°. — T. S., 37°, 2.
Le 11, mémo état; anurie toujours absolue. 2 verres d’eau de Sedlitz. T. M., 37°.
Le 12, pas d’urine; 6 selles liquides; les coliques sont calmées. Extrait do convallaria : 1^,80. T. M., 37°, 2. - T. S., 37°, 2.
Le 13, 20 centimètres cubes d’urine, un peu trouble ; se coagulant on masse par la chaleur. Bouffissure de la face plus marquée ; les pieds commencent à enfler. — Injection d’un centigramme de nitrate do pilocarpine; pas de salivation; sueurs abondantes. Le soir, dyspnée très accusée; agitation. Respiration normale à l’auscultation. Dix ventouses scarifiées sur le thorax calment la dyspnée. T. M., 37°. — T. S., 37°, 6.
Le 14, anurie absolue. Un vomissement porracé; 4 à 5 selles diarrhéiques. Œdème mollasse de la face et des pieds. On continue le convallaria. T. M., 37°. — T. S., 37°, 4.
Lo lo, 30 centimètres cubes d’urine. La diarrhée a cessé. Dyspnco sans modification du murmure vésiculaire. Rien au cœur. Agitation incessante toute la nuit. T. JL, 36°, 8. — T. S., 37°.
Le 16, 30 centimètres cubes d’urine. Pas de diarrhée, ni de vomissements. Agitation et dyspnée beaucoup plus marquées; mais l’intelligence parfaitement conservée. Bouche sèche, fétide, encroûtée de matières jaunâtres. Suppression du convallaria. 30 grammes d’eau-de-vie allemande. T. M., 36°, 6. — T. S., 37°.
Le 17, 100 centimètres cubes d’urine. 5 selles en diarrhée. Dyspnée très prononcée; quelques râles sous-crépitants dans les deux bases. Œdème de la face et des deux membres inférieurs. Insomnie et agitation toute la nuit. T. M., 36°, 4. — T. S., 36°, 8.
Le 18, 100 centimètres cubes d’urine, se prenant toujours en masse par la chaleur et montrant au microscope do nombreux cylindres entièrement granuleux. Co matin, à 10 heures, au moment de la visite, le malade se redresse dans son lit, appelle l’infirmier et retombe sans connaissance. 11 fait encore quelques lentes inspirations; au bout d'une minute, il était mort.
Autopsie faito le 19, vingt-quatre heures après la mort. Infiltration œdématouso dos membres inférieurs. Un peu do liquide cilrin dans le péritoine. Rion dans les plèvres, pas d’adhérences pleurales. Les poumons offrent â peine une légère congestion liypostatique; pas de tubercules. Péricarde normal. Lo cœur est un peu dilaté, légèrement hypertrophié; il pèse 323 grammes. Les parois du ventricule gaucho ne mesurent pas
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plus de 15 millimètres d’épaisseur. Aucune apparence de lésion valvulaire. Aorte lisse et saine.
Le foio est très gros ; il peso 2,070 grammes ; il est surlout augmenté de volume en épaisseur ; cousistanco normale, coloration violacée. La rate est volumineuse, élargie, poids 250 grammes ; elle est molle, do couleur rougeâtre, tachetée do nombreux points blancs.
Los reins sont de volume ordinaire, mais beaucoup plus pesants qu’à l’état normal; ils pèsent l’un 180 et l’autre 210 grammes. La capsule s’enlève facilement; ils offrent le type du gros rein blanc; ils sont d’un gris blanchâtre, tacheté de violet et strié de nombreuses veinules en étoiles. La surface est lisse, et no présente ni granulations, ni kystes. La substance corticale est très épaissie, tranchant sur une coupe par sa coloration blanchâtre avec la teinte violacée des pyramides. Sur ce fond blanchâtre, on voit so détacher comme un semis de grains et de traînées jaunâtres. La consistance du rein est plutôt augmentée, et le tissu offre une certaine résistance à la coupe. La vessie est rétractée et vide; il n’existe aucune lésion des calices ou des uretères.
Sur des coupes colorées par la teinture d’iode et le violet de Paris, on ne voit aucune apparence de dégénérescence amyloïde, bien que l’aspect macroscopique eût fait penser à une lésion de ce genre. Après coloration par le picro-carmin, la gangue conjonctive apparaît fortement épaissie, formée de tissu fibrillaire fasciculé en beaucoup d’endroits, inliltrée de cellules rondes en d’autres. Les canalicules sont les uns remplis de grosses cellules granulo-graisseuses, les autres comme desquamés, avec leur lumière remplie par un cylindre colloïde. Les glomérules présentent une teinte réfringente; le bouquet glomérulaire est coloré en jaune par le picro-carmin; ils sont diminués de volume, revenus sur eux-mômes; un grand nombre sont réduits à une sorte do masse hyaline, toujours fortement colorée en jaune. Il n’y a pas d’endartéritc; mais les tuniques moyenne et externe de la plupart des artérioles droites sont épaissies par une substance claire, qui prend la même teinte jaune que les capillaires glomérulaires.
Uns. IL — Atrophie rénale avec hypertrophie du cœur. Psoriasis généralisé. Scarlatine dans l’enfance. — L..., âgé de 16 ans, apprenti, entré en novembre 1880. Gourmes et glandes dans l’enfance ; maux d’yeux fréquents. Scarlatine à lage de 10 ans , pas d’autre maladie. Il ne se rappelle pas s’il a enflé après la scarlatine.
L’année dernière, au mois d’avril, entré à l’hôpital Saint-Louis pour un psoriasis généralisé. On constata un léger nuage d’albumine dans l’urine à ce moment. Soigné pendant deux mois sans résultat, par huile de cade, pommade chrysophanique ; pilules de tannin contre l’albuminurie.
Le psoriasis a persisté jusqu’à la fin de l’année 1879; il a disparu alors, sauf quelques plaques qui ont persisté sur la figure.
Il y a un mois, douleurs de reins intermittentes. Depuis trois jours, ces maux de reins sont devenus continus et plus violents ; il a de la peine à se redresser.
Etat actuel. — Garçon petit, chétif, a encore l’air d’un enfant. Quelques plaques rouges psoriasiques sur les joues; rien ailleurs, ni aux coudes, ni aux genoux. So plaint exclusivement des reins; pas do douleurs ailleurs. Il a pourtant parfois, dit-il, (les palpitations, surtout dans ces derniers temps. Pas de fièvre. Jamais il n’a eu cl’œdème. Appétit conservé. Urines claires, abondantes ; n’urine cependant pas la nuit. Nuage d’albumine par la chaleur et l’acide nitrique.
Pouls fort, vibrant, dur, régulier. Cœur très hypertrophié. Battements sourds, violents, ébranlant la paroi thoracique sur une large étendue. La pointe bat très bas, dans le huitième espace intercostal, très en dehors de la ligno mamelonnaire. Pas de souffle. Bruits forts, bien claqués. Bien à l’auscultation des poumons.
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Le repos et quelquos ventouses scarifiées font disparaître les douleurs lombaires. Le malade ne rosto que quelques jours dans le service.
L'atrophie rénale est attestéo par la polyurio et l’énorme hypertrophie du cœur. La lésion rénale doit-elle être rapportée à la scarlatine ou au psoriasis? L’albuminurie a été constatée au moment de la pousséo psoriasique ; mais nous ne savons si l’hypertrophie cardiaque et la polyurie n’existaient pas à ce moment. Le développement considérable du cœur et la haute tension artérielle plaident en faveur de l’ancienneté do la lésion; le psoriasis remontait seulement à un an et demi, la scarlatine à six ans. Mais le malade ne se rappelle pas avoir ou d’œdème à la suite de sa scarlatine; d’autre part, on sait que 1 hypertrophie du cœur est singulièrement facilitée quand elle se produit au moment do la croissance du corps La question revient à savoir si une hypertrophie cardiaque aussi considérable que colle do ce malade peut se développer eu dix-huit mois sous l’influence d’une atrophie progressive des reins. Nous le croyons pour notre part, étant donné l’àge du sujet ; et tout en faisant une part à l’influence antérieure do la scarlatine, nous pensons que le psoriasis généralisé a été, dans ce cas, la véritable cause de la néphrite.
Obs. III. — Ichthyose congénitale. Pas cl’ albuminurie. — T..., âgée de 70 ans, entrée à l’infirmerie pour un léger embarras gastrique avec trachéite, sans fièvre. Son père est mort à 40 ans des suites d’une chute. Sa mère est morte à 75 ans; elle avait une maladie cutanée semblable à celle de la malade. Un dos frères et une des sœurs de T. . . auraient eu aussi de l’ichthyose. Réglée à 14 ans ; ménopause à. 50 ans; elle a eu plusieurs enfants; aucun n’a eu d’ichthyose. Pour elle, malgré divers traitements, elle s’est toujours connu cet état do la peau ; elle a tou jours eu la peau sèche et squameuse. Aux membres inférieurs, l’ichthyose est pityriasique ; l’épiderme s’enlève eu squames minces, blanches, semblables à des écailles de poisson. Aux membres supérieurs, la lésion est moins marquée; la peau, très sèche, présente des lignes entrecroisées en losanges, en carrés; les espaces circonscrits par les lignes sont plus larges à mesure qu’on descend vers les mains. Enfin la face offre, sur les pommettes et sur le milieu du front, entre les sourcils, une coloration rouge vif, saupoudrée d’une desquamation fino en poussière blanche. Les téguments sont d’une sécheresse extrême. La malade dit qu’elle ne transpire jamais. Elle n’a d'ailleurs jamais fait de maladie sérieuse. Les urines sont claires, abondantes, 1,500 à 1,800 centimètres cubes par vingt-quatre heures. Examinées à plusieurs reprises, elles n’ont jamais présenté trace d’albumine.
Obs. IV. — Eczéma psoriasique de la face et des membres supérieurs , datant de quatorze ans. Pas d’albuminurie. — V.,., âgée de 87 ans. Blanchisseuse jusqu’à l'âge de 57 ans. Jamais de douleurs rhumatismales. Bonne santé habituelle. Ménopause à 52 ans. A l’âge de 73 ans, elle perdit un do ses enfants. C’est à l’impression causée par cette mort qu’elle attribue sa maladie. L’affection débuta par les mains, puis apparut il la face. Depuis lors, malgré un traitement do six ans à Saint-Louis, dans le service de M. Hardy, il n’y a jamais eu que des améliorations passagères, pendant les mois de décembre, janvier et février do chaque année. Dès qu’arrive le printemps, une nouvelle poussée se fait. Des plaques rouges circonscrites se montrent aux doigts, aux avant-bras, s’étendant et se réunissant. Même évolution à la figure qui prend une coloration rouge de homard cuit. Do cette surface se détachent des squames abondants, assez larges. D’après la malado, le nom donné par M. Hardy à sa maladie était celui à' eczéma psoriasique. Celte teinte rougo persiste, avec des alternatives de coloration plus ou moins foncée, pendant toute l’année. Au mois do novembre, les squames cessent de se reproduire, la teinte rougo pâlit et finit par
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s’clTacor complètement, du moins aux avant-bras et aux mains. Mais la figure conserve toujours un certain degré do rougeur. L’eczéma existo aussi au cuir chevelu. Mais il no parait pas porter atteinte à la nutrition des cheveux. La malade possède, en effet, une chevelure blanche très abondante, malgré son âge avancé; pellicules abondantes. L’état général n’ost pas influencé. L’appétit est bon, les digestions faciles; aucune lésion pulmonaire; rien au cœur.
Les urines sont parfois un peu troubles; densité, 1,020; ni sucre, ni albumine.
Ces deux observations sont en contradiction formelle avec la théorie de l’albuminurie par suppression des fonctions cutanées. Malgré l’Age avancé de la malade, malgré la durée de l’affection cutanée, quatorze ans, et sa continuité, l’eczéma n’a pas détermine l’albuminurie. L’ichthyose est restée de même impuissante malgré sa persistance pendant soixante-dix ans et la suppression complète des fonctions sudoralcs. Il faut rapprocher de ces faits l’absence constante d’albuminurie, expressément notée par Percheron et Brocq, dans la dermatite exfoliatrice, affection qui atteint dans son enscmblo le système tégumcnlaire et qui entrave d’une manière si considérable les fonctions de la peau. 11 semble donc que c’est bien moins à la suppression de ces fonctions qu’à l’irritation nerveuse qu’on doit rapporter l’albuminurie d’origine cutanée.
Obs. V. — Lupus érythémateux de la face. Mal de Bright à évolution latente. — Femme de 56 ans, cuisinière. N’a eu d’autre maladie qu’une varioloïde dans l’enfance. Deux grossesses normales à 26 et 29 ans. Depuis vingt-cinq ans, lupus érythémateux de la face, traité à maintes reprises à Saint-Louis. Aujourd’hui encore, elle présente huit plaques do lupus sur la figure, au niveau de la région auriculaire et sur le cuir chevelu.
En 1878, elle fut soignée, pour des battements de cœur et de l’œdème des jambes, par la digitale. L’urine ne fut pas examinée à cette époque. Depuis lors, haleine courte, palpitations fréquentes ; œdème des pieds de temps â autre.
Il y a quatre ans, sa maîtresse étant albuminurique, elle eut l’idée d’examiner ses urines, comme elle le voyait faire souvent par le médecin, et y trouva de l'albumine en grande quantité par la chaleur et l’acide. Le médecin consulté confirma sa découverte et lui couseilla du lait. Elle n’avait pas de polyurie et ne se levait pas la nuit pour uriner.
Elle avait à ce moment et depuis plusieurs années déjà de vives douleurs lombaires qu’on considérait comme des douleurs de lumbago.
Elle n’a jamais eu d’anasarque. Quanta l’œdème des jambes, il doit s’expliquer eu grande partie par des varices extrêmement développées. Ce sont ces varices d’ailleurs qui l’ont fait entrer à l’hôpital.
C’est uue femme vigoureuse, d’une embonpoint marqué, et ayant toutes les apparences d’une bonne santé générale. Plaques de lupus érythémateux sur la face cl le cuir chevelu. Lacis variqueux extraordinairement développé aux deux jambes et aux cuisses. Pigmentation brunâtre do la peau et cicatrices d’ulcères anciens. Pas d’œdème actuel.
Le pouls est dur, vibrant, irrégulier. Cœur volumineux; battements fréquents et un peu tumultueux ; pas de souffle. Elle est au régime lacté depuis un mois, et rend 3 litres d’urine par vingt-quatre heures, contenant 50 centigrammes par litre.
Nous supprimons lo lait, et nous la mettons au régime ordinaire.
Huit jours apres, la quantité d’urine est tombée à 1 litre 1/2, avec 1 gramme d’albumine pour 1000. La malade n’accuse aucun malaise, sauf un peu d’oppression quand elle marche ou monte l’escalier. Elle a bon appétit et digère régulièrement.
Six semaines plus tard, la quantité d’urine était toujours de 1,200 à 1,500 centimètres cubes par vingt-quatre heures, avec 1 grammo d’albumine par litre.
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Ous. VI. — Mal (le Bright saturnin. Poussée aiguë consécutive à un traumatisme. Erythème brighiique. — I!..., âgé de GO ans, compositeur d’imprimerie, entre à l’hôpital, le 13 mars 1877. Cet homme est compositeur au Journal (les Débats depuis vingt-six ans. Pas do maladie aiguë, ni do syphilis. Aucun des accidents ordinaires du saturnisme, coliquo do plomb ou paralysie dos extenseurs. Mais, il y a quatorze ans, première attaque do goutte saturnine, douleurs violentes avec rougeur et gonflement dans lo gros orteil droit, pondant une dizaine de jours. Nouvel accès trois ans après dans lo gros orteil gaucho. II y a six ou sept ans, douleur, gonflement et rougeur du genou droit; il a gardé le lit pendant huit jours. Les poussées articulaires n’ont laissé aucune trace, raideur ou tophus. Lo malade n’a jamais eu do douleur dans les autres jointures.
Depuis sept ou huit ans, il se lève ordinairement une fois la nuit pour uriner; il urine abondamment quand il est obligé ainsi do se lever.
Le 16 mars, il fait une chute sur le côté gauche en butant contre le rebord d’un trottoir; douleur dans le tiers inférieur de la jambe gauche; un peu de fièvre les jours suivants. Le 22, il essaye do se lover et de marcher. Lo soir, petits frissons répétés, fièvre plus vive, gonflement de la jambe et du pied gauche. Il entre à l’hôpital le 23.
Homme robuste, bien constitué ; mais chairs flasques, visage pâle et terreux, paupières un peu bouffies. La jambe gauche est gonflée, tendue, luisante. Pas de plaie. Rougeur diffuse marquée surtout au tiers inférieur du membre et à la face externe du pied ; tout le pied est œdématié. Pas d’œdème de l’autre jambe, même au pourtour de la cheville. T. S., 89°, 2. La langue est un peu sèche, la soif vive. Rien aux poumons. Le cœur parait volumineux, mais ses battements sont réguliers, pas de souffle. Urines rares depuis le début de la maladie, foncées; 700 à 800 centimètres cubes par vingt-quatre heures. Densité 1,022. Pas do sucre; très mince disque d’albumine par l’acide nitrique. Cataplasmes. Potion de Todd. Eau de Sedlitz.
Le 24, T. M., 38», 9. — T. S., 37°, 8.
Le 23, même état. 1 litre d’uriue. T. M., 37°, 6. — T. S., 3S°.
Le 26, le matin, le malade se réveille avec une éruption érythémateuse couvrant le tronc et les deux membres inférieurs. Sur la poitrine, l’abdomen, dans le dos, l’éruption consiste en une rougeur diffuse légèrement papuleuse, donnant par places la sensation de légers soulèvements. Dans le dos, la coloration est plus intense que sur les parties antérieures. Sur les deux membres inférieurs, la rougeur est morcelée, faite de petites plaques irrégulières, séparées par des intervalles de peau saine. A la face postéro-externe du bras gauche, de l’olccràne à l’aisselle, rougeur érythémateuse semée de rugosités plus prononcées qu’au tronc; ces parties, rugueuses, papuleuses sont surmontées de petites vésicules, contenant un liquide citrin. Démangeaisons sur tous les points où existe l’éruption. Rien à l'avant-bras gaucho, à la face et au membre supérieur droit. Urines toujours peu abondantes, 800 centimètres cubes, malgré une soif vive; nuage d'albumine. T. M., 3S°,6. — T. S., 39°, 3.
Le 27, la rougeur est plus intense qu’hier. Elle est diffuse, scarlatiniforme sur le tronc; dans le dos, rougeur foncée, de homard cuit. Les plaques morcelées des membres inférieurs tendent à se confondre. Vers le haut du tronc et à la nuque, la rougeur s’émiette en quelque sorte en petites papules saillantes qui remontent jusqu’à la racine des cheveux. Il n’y en a toujours pas ni à la face, ni au bras droit, ni à l’avant-bras gauche. Urines limpides, mais hautes en couleur; densité 1,028 ; toujours très peu d’albumine. T. M., 37°, 4. — T. S., 38°.
Le 28, même état. Les vésicules du bras gauche sc sont rompues; petites croûtes jaunâtres. Sur l'avant-bras et la main, petites papules légèrement saillantes, disséminées. Mêmes papules sur le bras droit, mais très clairsemées. Urines très troubles,
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boueuses, 700 centimètres cuIjos; rendues en une seule fois ce matin; le malade n’a pas uriné dans la journée précédente depuis la visite. Elles s’éclaircissent par la chaleur, puis uu léger trouble albumineux apparaît. T. M., 37», 2. — T. S., 39».
Le 29, la rougeur commence A pâlir sur le tronc. Démangeaisons très pénibles. L’éruption do l’avant-bras et delà main gaucho est devenue légèrement vésiculcuse. La jambo gauche et le pied sont toujours tendus, gonflés, luisants. Apparition d’un pou d’œdème à droite remontant jusqu’au-dessus des malléoles. Urines toujours rares, foncées, 700 centimètres cubes; densité 1,014. T. M. 37», 9.
Le 30, mémo état. L’éruption tend à s’effacer.
Le 31, aujourd’hui, l’éruption a envahi la face qui est rouge cl tuméfiée; gonflement dos paupières ; démangeaisons vives. Sur le reste du corps, elle a presque entièrement disparu. Urines plus abondantes, 1,300 centimètres cubes, foncées, sédimenteuses.
Le 2 avril, incision de la jambe gauche, au niveau de la malléole externe. Écoulement d’un verre de pus ; décollements assez étendus vers le haut de la jambe et vers le bord externe du pied. Adroite, œdème remontant jusqu’au genou.
Le 3, depuis hier soir, un peu d’oppression ; insomnie; céphalalgie. Desquamation sur le tronc. Température normale. Urines, 900 centimètres cubes.
Le 4, desquamation généralisée, par petites écailles furfuracées, sur le tronc, les membres, la face. La figure reste bouffie. Les deux jambes sont œdématiées; l’œdème remonte jusqu’au haut de la cuisse. Toux et oppression plus marquée. Crachats visqueux, quelques-uns mélangés de sang. Râles ronflants et sibilants dans les deux poumons. T. M.,37». — T. S., 37», 2. Urines des vingt-quatre heures, 2,000 centimètres cubes ; densité 1,009. Opalescence diffuse et uro-hématine par l’acide nitrique. Vers 7 heures du soir, violent accès de dyspnée qui dure plus d’une heure et se calme après l’application de ventouses scarifiées.
Le 6, même état; bronchite sibilante généralisée; crachats visqueux et sanglants. Nouvel accès de dyspnée dans la nuit. Urines, 3 litres.
Le 8, les accès de dyspnée ne se sont pas reproduits. Même expectoration. Pas de fièvre. Le malade se plaint de démangeaisons très vives par tout le corps. Desquamation furfuracée très abondante. 4 litres d’une urine claire par vingt-quatre heures. Opalescence rosée par l’acide nitrique. Densité 1,010.
La bronchite disparaît rapidement. La plaie se cicatrise; le malade sort guéri le 24 avril, urinant toujours 3 à 4 litres d’urine donnant un léger brouillard d’albumine par l’acide nitrique.