ALBUMINURIE NERVEUSE
Observation. — Trois attaques apoplectiformes ; albuminurie passagère, avec glycosurie et polyurie clans la première; polyurie seule clans la seconde ; albuminurie seule clans la troisième. — G..., Yictorine, âgée de 66 ans, entrée le 6 janvier 1876, à l’infirmerie d’Ivry, service du Dr Ollivior. — A eu le choléra en 1849 et une pneumonie en 1850. Un enfant; ménopause à 49 ans. Hémorrhoïdes internes avec écoulement peu abondant de sang, d’une manière irrégulière. Bien portante habituellement, cette femme a eu un peu de céphalalgie dans la journée ; elle a dîné comme à. son ordinaire. A 6 heures et demie, elle tombe tout d’un coup sans connaissance. A 7 heures, nous trouvons la malade revenue à elle, mais encore un peu hébétée, sans paralysie ni déviation de la face ; ecchymose au niveau de la pommette droite.
A 8 heures, la malade répond bien aux questions ; elle ne se rappelle aucune circonstance de sa chute ; ello ne se plaint que d’un peu de céphalalgie. La face est rouge et animée ; pas do déviation des traits ; la malade serre avec une force égale ses deux mains ; peut-être y a-t-il un léger affaiblissement à droite. Sensibilité normale. T. Y., 36°, 2. Pas de selles, ni de miction involontaire. La malade n’a pas uriné depuis l’attaque.
Par la sonde, on retire 400 centimètres cubes d’une urine limpide, claire comme do l’eau, à peu près incolore. Densité 1,012. Légère opalescence par la chaleur et l’acide nitrique. Pas do sucre.
Pouls lent, plein, régulier. 60 puis. Souffle systolique à la base du cœur.
A 10 heures. — T. V. 36°, 4. La malade urine d’ellc-mème, sans cathétérisme. Quantité 300 centimètres cubes; D., 1,012; limpide, claire, à peine ambrée. Opalescence plus marquée par la chaleur et l’acide nitrique. Chauffée avec la liqueur de
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Fehüng, l’urine laisse déposer par le refroidissement, au fond du tube, un petit culot d’oxydulo rouge do cuivre.
Dans la nuit, la malado urine encore doux fois, 300 centimètres cubes chaque fois ; urine toujours à peine colorée.
7 janvier. — 8 heures du mutin. — Un peu de lourdeur do tête ; T. Y., 36°, 8. Pouls 60. — Urines : Q., 200 ; absolument incolores, comme de l’eau do roche ; la légèro toiuto ambréo n'existe plus; 1)., 1,006; plus trace d'albumine, ni de sucre.
11 heures. — T. V., 37°. P., 60. — Urines : Q., 200 ; color. un peu ambrée ;1)., .1,010 ; ni albumine, ni sucre.
1 heure. — T. V., 37°, 2. P., 63. — Urinos : Q., 130 [centimètres cubes; teinte ambrée plus prononcéo ; D., 1,013; ni albumine, ni sucre.
■1 heures. — T. V., 37", 4. 1\, 70; quelques intermittences. — Urinos : <}., 200 ; même coloration ; D., 1,011 ; pas d’albumine, ni de sucre.
8 heures. — T. Y., 37°, 3. — Urines : Q., 100 ; color. jaune ambré ; I)., 1,011 ; pas d'albumine, ni de sucre.
8 janvier. — La malade a bien dormi. La lourdeur de tète a disparu. 300 centimètres cubes d’urine dans la nuit.
0 heures du matin. — T. Y., 36°, 8. P., 60. — Urines ; Q., 130; D., 1,017 ; ni albumine, ni sucre.
La malade sort le lendemain complètement remise.
Deuxième attaque, avec aphasie transitoire. — Le 21 janvier, la malade revient d’ellc-mème trouver la sœur de l’infirmerie, vers dix heures du matin, en disant que a cela la reprenait ». Elle balbutiait, avait la figure rouge et s’exprimait difficilement. On la couche ; elle urine aussitôt abondamment, plus d’un demi-litre d’une urine incolore, limpide, aqueuse, qui, se trouvant mélangée avec des crachats, n’a pu être analysée.
.4 11 heures, nous la trouvons avec la figure animée, très rouge, les yeux brillants ; pas de déviation de la face, ni d’inégalité pupillaire. Pas do paralysie des membres ; tremblement et un peu d’incoordination des mouvements du bras droit. La malade est très agitée, ne comprend pas les questions qu’on lui pose, ou fait des réponses qui n’ont aucun rapport avec ce qu’on lui demande. Aphasie très nette ; ne peut nommer les objets qu’on lui montre et y renonce rapidement avec un geste d’impatience. Bien qu’elle sache très bien lire et écrire, elle est incapable de lire le titre d’un journal. Après avoir regardé les lettres un moment, elle se refuse même absolument à tenter l’épreuve et détourné la tôle d'un air de mauvaise humeur.
T. Y., 36°, 6. Pouls irrégulier, fort, 90. — Elle demande à uriner; Q., 330 centimètres cubes; absolument incolore, claire comme de l’eau; D., 1,003; neutre, ne modifiant la couleur ni du papier bleu, ni du papier rouge de tournesol. Pas d’albuminurie, pas de sucre.
A 4 heures du soir. — L’excitation a disparu, ainsi que l’aphasie. De temps eu temps seulement, la malade dit un mot pour un autre, mais elle s’aperçoit tout de suite du lapsus et dit : a Vous voyez, j’ai encore un peu de trouble. » T. Y., 37°, 2. Pouls, 80. Yers trois heures, la malade a uriné 300 centimètres cubes d’une urine limpide, jaune ambré ; D., 1,010 ; neutre ; ni albumine, ni sucre.
.4 6 heures, la malade urine encore 400 centimètres cubes; môme coloration et môme densité ; légère teinte rose au papier de tournesol ; pas d’albumine, pas de sucre .
22 janvier. — La polyurie a cessé. La malade n’a uriné qu’une fois cette nuit. Urines normales ce matin ; color. jaune ambrée; I)., 1,016; ni sucre, ni albumine.
Troisième attaque. — Lo 22 mai, à 6 heures du matin, G..,, causant avec une do ses voisines de salle, sa langue s’embarrasse tout à coup, puis clic s’affaisse sur une
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chaise. Contorsion do la faco qui devient <c toute bleue », déviation des yeux à droite.
,4 8 heures. — La malade est transportée ii l’infirmorie. Nous la trouvons dans le décubitus dorsal, avec déviation conjuguée de la tète et des yeux à droite ; contracture du sterno-mastoïdicn droit.
Pas de paralysie de la faco, ni des membres. Le bras et la jambe droite sont retirés cependant moins vite, quand on les pince ou quand on les pique, que les membres du côté gaucho. La malade ne répond rien, ne parait pas entendre; refuse tle tirer la langue ou d’ouvrir la bouche. T. V., 36°, 4. Pouls régulier, 60.
Pas de miction dès le début de l’attaque. Par la sonde, ou retire 100 centimètres cubes d’urine, limpide, jaune clair; D., 1,013; acides; léger nuage d’albumine parla chaleur et l’acide azotique ; pas de sucre.
9 heures. — La déviation de la tète et des yeux a disparu. La malade commence à parler ; de temps en temps, elle dit un mot pour un autre et fait un geste d'impatience. L’aphasie est toutefois bien moins prononcée que lors de la dernière attaque.
Urines : Q., 80 centimètres cubes; D., 1,013; color. jaune ambré; nuage d’albumine par la chaleur et l’acide nitrique ; pas de sucre.
1 heures du soir. — La malade est complètement remise. T. Y., 37°, 6. — Urines : Q., 200 centimètres cubes; color. jaune clair ; D., 1,015 ; il n’y a plus trace d’albumine; pas de sucre.
23 mai. — La malade a bien dormi. Pas d’urine dans la nuit. Ce matin, urines : fj., 150 centimètres cubes ; D., 1,016; color. jaune clair ; ni albumine, ni sucre.
La malade quitte l’infirmerie. Elle n’a plus eu d’attaques pendant le reste de l’année.
De ces trois attaques, qu’on doit attribuer à une anémie cérébrale partielle, siégeant dans le voisinage de la troisième frontale gauche, et due à une obstruction artérielle passagère, par thrombose ou par embolie, la première a été la plus violente, puisqu’il y a eu chute avec ecchymose de la face et perte de connaissance pendant deux heures. Elle a déterminé à la fois de la polyurie, de l’albuminurie et de la glycosurie. La polyurie a duré vingt-quatre heures, s’élevant à 2 litres et demi, d’une urine presque incolore. L’albumine a apparu dans la première urine rendue après l’attaque ; le sucre seulement dans la seconde, et en quantité infinitésimale. Douze heures après, il n’y avait plus traces ni d’albumine, ni de sucre. La seconde crise a été la moins forte ; il y a eu aphasie transitoire, sans perte de connaissance ; la polyurie a encore été assez abondante, près de 1,800 centimètres cubes en huit heures ; mais l’albuminurie et la glycosurie ont fait défaut. Enfin, dans la troisième attaque, c’est la polyurie qui a manqué ; la malade n’a rendu dans la journée qu’un demi-litre d’urine; l’albuminurie s’est produite immédiatement ; mais elle a été encore plus passagère que dans la première attaque ; elle n’a guère duré plus de trois heures ; dès la troisième miction, l’urine était redevenue normale.