DEGRÉS CLINIQUES DU DÉLIRE 70X1- ALCOOLIQUE
« la peau, cha,ude et brûlante, s'humecte d'une sueur profuse, « visqueuse, exhalant parfois une odeur alcoolique. La langue « peut conserver la fraîcheur naturelle ; elle est plus souvent « desséchée sur ses bords, à sa surface, et couverte, de même « que les lèvres, de croûtes fuligineuses. Communément la « soif est vive, inextinguible, la respiration plus ou moins « gênée ; l'altération des traits indique une prostration pro- « fonde; quant au pouls, tantôt accéléré et déprimé, d'autres « fois il contraste, par son rythme presque normal, avec Tentf semble des symptômes ». La fièvre s'élève rapidement â 40", 41**, et se maintient à ce niveau jusqu'à la fin.
Dans cette forme clinique, le délire hallucinatoire est capable (l'acquérir un degré d'acuité extrême ; mais parfois les troubles délirants et sensoriels sont d'une assez faible intensité, et les troubles de la conscience, assez peu marqués, pour permettre un examen régulier du malade (Magnan).
On portera le diagnostic du délire toxi-alcoolique suraigu, avec le pronostic grave qu'il comporte, en se basant, non sur le caractère ou le degré des troubles délirants, mais sur la persistance de V hyper thermie, sur Uintensitéy la généralisation et la continuité du tremblement (Magnan).
A la période d'excitation, qui dure habituellement sept ou huit jours, succède la période de collapsus, si les phénomènes morbides ne s'atténuent pas. La figure du malade se tire, son agitation cesse : à peine quelques soubresauts des tendons le secouent par intervalles. Le délire et les hallucinations disparaissent ; on entend un marmottement inintelligible ; les aliments et les boissons sont refusés ; enfin la mort survient, après 24 ou 48 heures, parfois avec une température très élevée (43**). Une amélioration passagère de tous les symptômes physiques et intellectuels précède dans quelques cas la terminaison fatale, qui survient subitement, alors que Ton commençait à espérer une heureuse issue (GhaufTard).
Cette variété du délire toxi-alcoolique s'observe chez d'anciens alcooliques porteurs de lésions méningées, chez les individus affaiblis par la misère physiologique ou sociale, ou bien encore profondément infectés (pneumonie, érysipèle, etc.). Elle pourrait rentrer dans le syndrome décrit en psy-
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chiatrie sous le nom de « délire aigu » (*) ; elle relève de la même pathogénie, Tinfection ou rauto-intoxication agissant sur un cerveau déjà lésé ; elle procède des mômes lésions, hyperhémie exsudative et diapédèse inflammatoire; elle présente la môme symptomatologie générale, qui se ramène à la confusion mentale hallucinatoire , avec agitation motrice automatique et dénutrition générale rapide ; elle comporte le môme pronostic, qui est ordinairement fatal.
Les analogies qui rapprochent le délire toxi-alcoolique suraigu et le syndrome « délire aigu », tiennent à ce que Fun et l'autre ne sont que la traduction, dans leur degré extrême, de phénomènes toxi-infectieux agissant sur Taxe cérébrospinal; les différences qui les séparent résultent de la nature particulière de la cause et du terrain qui sont en jeu chez Talcoolique chronique.
Le délire toxi-alcoolique évolue en peu de temps. Habituellement il dure de quatre à six jours. On a observé des cas où il se termine en quelques heures. Certains auteurs parlent d'accès ayant duré trois ou quatre semaines (Ware) ; mais, dans les faits de ce genre, le délire toxi-alcoolique n'est pas seul en cause, et une psychose secondaire est venue le compliquer.
Les accidents apparaissent, comme il a été dit, la nuitd'abord. Plus ou moins vite, parfois avec une extrême rapidité, ils atteignent leur maximum d'intensité. Ils sont toujours plus marqués pendant la nuit, et le malade est encore en proie à des hallucinations, à des terreurs nocturnes, alors que, pendant le jour, il semble guéri.
Quelquefois les troubles sensoriels persistent encore, alors que le sujet a déjà pris conscience de leur nature morbide. Une idée délirante (idée de persécution, de jalousie), après la disparition des accidents aigus, peut demeurer active pendant quelques jours et servir de point de départ à un délire secondaire.
Le pronostic que comporte le délire toxi-alcoolique a été diversement apprécié. Marcé donne une mortalité de 3 p. loo:
(') Cahrier. Du délire aigu. Congrès des aliéiiistes et neurologistes de France. Limoges. 1901.
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Earle (*), de 6 p. loo; Hermann, de 8,82 à 16 p. 100; Bail, de i5 p. 100 ; Krafft-Ebing, de 35 p. 100 ; Rose, de 3o p. 100. Cette difTérence dans les évaluations tient à la diversité des milieux d'observation ; les cas observés à Thôpital sont plus graves que ceux observés à Tasile.
II est de règle que les fails classés dans les variétés subaiguë et aiguë guérissent, tandis que le délire suraigu se termine généralement par la mort.
Le pronostic du délire toxi-alcoolique est aggravé par la maladie infectieuse au cours de laquelle il a pu apparaître. Parfois on voit, après deux ou trois jours, évoluer une pneumonie du sommet, qui se termine en général défavorablement. La gêne de la circulation et de la respiration, que provoque Tapplication de la camisole de force ou le maintien au lit, est capable d'entraîner de graves complications organiques et une issue fâcheuse.
Les crises convulsivesassombrissentle pronostic, lorsqu'elles se répètent, et les états délirants qui leur font suite prolongent la durée des troubles psychiques. L'hémorrhagie méningée est encore une redoutable complication de l'accès de délire ; elle coexiste généralement avec la forme suraiguë, et provoque des accidents convulsifs et paralytiques.
A la suite du délire toxi-alcoolique, on voit survenir, chez certains prédisposés, des états maniaques ou mélancoliques, ou bien encore un délire, plus ou moins bien systématisé, de persécution, de jalousie. Ces troubles délirants ne doivent pas être considérés comme d'origine toxique : les accidents éthyliques ont simplement mis en branle une prédisposition restée latente jusque-là (JofTroy). Il faudra craindre Téclosion d'une complication vésanique, lorscjuc l'on verra les troubles psychiques durer plus d'un septénaire, malgré Tabstinence, ou lorsque les hallucinations de l'ouïe revêtiront une intensité inaccoutumée, ou bien encore quand le malade formulera de fausses interprétations.
Après tout accès de délire toxi-alcoolique, on constate que l'ensemble des symptômes, tant psychiques que physiques, qui
(*) Ann.mcd. psy.^ i85o. p. 4^0.
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(caractérisent l'intoxioation chronique par Talcool, ont subi une aggravation plus ou moins grande. L'affaiblissement des facultés intellectuelles et morales reste rarement assez peu marque pour échapper à des yeux prévenus ; quand la déchéance mentale était manifeste avant Tépisode aigu, on s'aperçoit qu'elle a augmenté à la suite de la crise.
Lorsqu'un internement prolongé n'a pas été imposé au malade, la reprise rapide des habitudes d'intempérance, après un tel avertissement, est la signature de l'affaiblissement du pouvoir critique. La diminution de la résistance organiqueet psychique favorise la rechute, à laquelle on peut considérer comme fatalement voué tout alcoolique ayant déliré, qui ne cesse pas de boire (Legrain, Guiard). La rechute est caractérisée par le peu d'importance de sa cause occasionnelle, par la lenteur de la convalescence et par la fréquence des complications.
A mesure que les rechutes se répètent, l'intervalle de temps qui les sépare devient de moins en moins long; elles sont suivies d'une déchéance intellectuelle de plus en plus profonde. Mais certains sujets, des dégénérés héréditaires (Magnan),par suite d'une tendance à délirer sous l'inlluence du plus léger excès alcoolique, peuvent être internés aS, 3o fois, sans aboutir à la démence.
Il est facile de distinguer le délire toxi-alcoolique des autres formes vésaniques, grâce aux symptômes de la confusion mentale hallucinatoire joints aux signes de l'alcoolisme chronique, mais à la condition que l'on ait soin de ne pas imputer à l'alcool des troubles qui relèvent d'une autre cause, toxique ou infectieuse. L'erreur habituelle de diagnostic consiste à rapporter à l'alcoolisme un délire toxique de tout autre origine.
L'iode, l'iodoforme, la glycérine, la quinine, l'éther, le calé, le thé, l'atropine, le datura, la mandragore, d'après Legrain (^), produisent des troubles psychiques du « type alcoolique »; l'urémie (Vigouroux), l'insuffisance hépatique (Klippcl), les maladies infectieuses (Régis), ont parfois la môme action. Le délire d'origine alcoolique n'a pas de caractère propre qui le
(') Legrain. Etude sur les poisons de l'inteUigence. Ann. méd. psy.^ 189^, p. 2'iO.