TRAITEMENT GÉNÉRAL DES BUVEURS
close d'alcool, il arrive que la dépression rapide, à tendance comateuse, ne permette pas l'évacuation libératrice de Testomac. Si on le peut, il faut passer la sonde œsophagienne et laver l'estomac, ou bien il faut donner un vomitif, car la première indication rationnelle est d'empêcher à tout prix l'absorption de l'alcool. A ce propos, un remède populaire, employé par les femmes des marins bretons, est préconisé par Gréhant (*) ; il consiste à donner au sujet ivre une tasse de café noir additionné d'une poignée de gros sel, qu'il doit avaler d'un trait.
Si l'ivresse est constituée (étourdissement, vertiges, somnolence), on peut administrer le remède classique : cinq à dix gouttes d'ammoniaque dans un verre d'eau sucrée, ou une potion avec I à 2 grammes d'acétate d'ammoniaque, à prendre en une fois. Trop souvent, l'ingestion de ces liquides par la bouche est devenue impossible ; il faut alors administrer un lavement additionné soit d'une cuiller à bouche de vinaigre, soit de dix gouttes d'ammoniaque. Le buveur se trouve-t-il en milieu enfumé, surchauffé, comme il arrive communément» il y a lieu de lui procurer aussitôt les bienfaits d'une aération vive et fraîche — mais encore doit-on savoir ménager les transilions. Insistons particulièrement sur la nécessité, au cas d'ivresse à tendance somnolente et comateuse, de mettre l'ivrogne à Tabri du refroidissement, cause de la plupart des complications broncho-pulmonaires.
La convalescence de Fivresse est presque immédiate, au cas d'empoisonnement superficiel et passager. S'il a été plus profond, s'il s'accompagne d'élat gastrique, il y a lieu de maintenir la diète pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures.
S'il y a un peu de fièvre, et surtout du subictère, il ne faut pas craindre d'exagérer les précautions diététiques, et le malade devra être soumis au régime du lait et à la médication alcaline plus ou moins prolongée.
IL Traitement de l'alcoolisme chronique. — Constitué insidieusement, ou par une succession d'empoisonnements aigus,
I') Gréhant. Les dangers de l'alcoolisme, 28 mars 190J, p. 388.
l'alcoolisme chronique se révèle par des syndromes ou par une série de symptômes évoluant pour leur propre compte, dans un organisme atteint en totalité. Il faut donc envisager successivement le traitement général du buveur et la thérapeutique des accidents de Talcoolisme chronique.
i^ Traitement général du biweur.
Brusquement abattu par une crise de délire toxique, ou sournoisement miné par son alcoolisme chronique, le buveur est, dans bien des cas, victime de la dénutrition ; il se cachectise.
Il faut parer d'urgence, par une médication appropriée, aux complications redoutables qui peuvent être la conséquence du mauvais état général. Une médication qui paraît avoir donné de sérieux résultats, consiste dans l'emploi de la strychnine. En Amérique, Clifton Mayfield, Breed, C. C. Hubbard, ont affirmé que la strychnine procurait le sommeil, rendait l'appétit, et amenait, en outre, assez rapidement, le dégoût pour la boisson. Pour eux encore, l'alcool et la strychnine doivent être la base du traitement de la pneumonie alcoolique avec phénomènes ataxo-adynamiques (').
En France, Gombemale a fait une étude approfondie de l'emploi de la strychnine chez les alcooliques (-). Voici ses conclusions principales.
L'indication capitale du traitement parla strychnine se trouve dans la période de l'alcoolisme sans épisodes aigus. Mais, s'il y a eu épisode aigu, surtout s'il vient de se produire un accès de delirium tremens^ il convient de ne pas attendre et d'injecter illico la strychnine ; l'opium a suffi à faire tomber l'accès, mais la strychnine seule en préviendra un autre, tout prêt à éclater si l'alcoolisé retourne à son alcool (et il n'y manquera pas), parce qu'elle dégoûte de l'alcool, comme l'ont constaté nombre de cliniciens.
La dose doit être portée à 3 et 5 milligrammes d'em-
(*) Cités in Uoudé. Reu, ihérap. des aie. y fév. 1898, n» 81.
(') Gombemale. Gong, des Soc. sav. Sorbonne, avril 1896. Rés. in Bull, méd., 1896, p. 358.