PLACEMENT DES ALCOOLIQUES
Ladame (*), Garnier (*), Legrain et Antheaume ('), Marandon de Montyel (*), Joffroy (*), etc. On a cherché, à plusieurs reprises, à faire voter par notre Parlement des lois spéciales, destiné»)s à faciliter la lutte anti-alcoolique. En 1871, Théophile Roussel proposait d'appliquer aux buveurs V interdiction ; la commission parlementaire rejeta cette proposition. Desjardins (187a), à la Chambre, Testelin (1877) et Th. Roussel (1886), au Sénat, réclamèrent, sans plus de succès, des asiles pour buveurs.
Au Conseil général de la Seine, à la suite de Tintervention de MM. Dubois (1892), Dubois et P. Strauss (1893), Deschamps (1894), on décida la création d'un asile pour les alcooliques du département. Malheureusement, on n'a pas encore obtenu, à l'heure actuelle, la mise à exécution de ce projet.
De tous les obstacles qui s'opposent, en France, à l'établissement de l'assistance des intempérants, le plus important est Tabsence de dispositions légales.
Dans les pays où existent des asiles de buveurs, mais où les lois spéciales manquent, le traitement n'a pu être appliqué qu'au petit nombre de sujets ayant la volonté de guérir.
La lutte contre l'alcoolisme est beaucoup plus efficace là où Ton applique 'des mesures judiciaires spéciales, mesures auxquelles nous allons consacrer quelques lignes.
En Angleterre (•), depuis la loi de 1879 (habituai drunkards act), due à l'initiative du D' Dalrymple, le buveur qui a signé un engagement au moment de son admission à l'asile d'alcoo* liques, peut être maintenu, contre son gré, jusqu'à l'expiration
(*) Ladame. De l'assistance et de la législation relatives aux olcooliques. Congrès des médecins aliénistes de la langue française. Clermont-Ferrand, 1894.
(*) Garnier. Internement des aliénés. Congrès des médecins aliénistes et neurolégistes. Nancy, 1891.
0 Legrai?! et Antiieal'Mi:. De l'assisUince des alcooliques. Rapport présenté à lu Commission d'hospitalisation des aliénés au Conseil général de la Seine [Archives munieipalet 1899.
[*) Marandon de MOiNTYKL. Asilc projeté pour les alcooliques dans la Seine. France métlicale, :y octobre 1894. — Cure des buveurs à Ville Evrard, en 1894. Bulle~ tin de thérapeutique^ janvier 1893. — Asile de buveurs. Gaz. des hâp., septembre 1894.
(^) Joffroy. Des causes de Talcoolisme et des moyens de le combattre. Gaz. hebdomadaire de médecine et de chirurgie, 22 novembre 189C. — Rapport annuel sur le fonctionnement du service. 1898.
(*) Norman Kerr. Législation for inebriates in Britain. VII* Congrès intern. contre l'abus des boissons alcooliques, 1899.
du délai prévu ; l'engagement ne doit pas dépasser douze mois. L'absence de placement d'office était le point défectueux de cette disposition. La législation a été en partie complétée par une nouvelle loi (Inebriates act 1898), qui autorise les juges à envoyer d'office à Fasile de buveurs, pour moins de trois ans, l'alcoolique ayant commis un crime.
Le buveur d'habitude qui a été condamné trois fois en un an. peut également être envoyé à la maison de traitement, en cas de quatrième poursuite, même pour un délit de peu d'importance.
En Allemagne (*), le nouveau code (1900) admet l'interdiction de l'alcoolique chronique. Le tuteur de l'interdit a le droit de lui désigner pour lieu de séjour un asile de buveurs, dont il ne pourra sortir sans son autorisation. Le reproche que l'on est en droit de faire à l'interdiction est que son application n'est pas aisée, ni générale; elle ne peut être demandée que par les parents du malade (§ 63o) et non par les représentants de l'autorité ; elle nécessite en outre des démarches et des formçilités qui effraieront les personnes de la classe ouvrière. Inutile de démontrer les inconvénients d'une telle disposition.
Aux Etats-Unis (*), sauf dans deux États, il n'y a pas de réglementation pour les alcooliques non aliénés. Dans le Gonnecticut, le buveur peut se séquestrer volontairement quatre mois, et sa famille est autorisée à demander judiciairement un internement de trois ans. Dans le Massachussets, un asile d'Etat reçoit, pour un ou deux ans, les malades placés d'office par le tribunal.
La loi dont Fesprit répond le mieux, à l'heure actuelle, aux desiderata de l'assistance des alcooliques fut promulguée en 1891, en Suisse, dans le canton de Saint-Gall. A cause de son importance, nous en donnons ici le texte intégral :
Le conseil suprême du canton de Saint-Gall, considérant la nécessité d'augmenter les dispositions légales préservatrices contre l'alcoolisme, et par application de l'article l'i de la constitution du 16 novembre 1890;
Prescrit comme loi :
('} Krafft-Eding. Méd. lég^. des aliénés. ïrad. A. Kémond. 1900. (î) Crothf.rs. Loc. cit.