‹ Traité de l'alcoolismeChapitre 113 sur 201 · ASILES POUR ALIÉNÉS CURABLES · texte numérisé non relu

ASILES POUR ALIÉNÉS CURABLES

tement pour alcooliques curables; les seconds ont leur place à Tasile d'aliénés; les troisièmes doivent être séquestrés dans des hospices spéciaux. Ces distinctions sont aussi légitimes que celles qui l'ont déjà séparer les malades aigus des chroniques, les aveugles des sourds-muets, etc.

a). La curabilité de la passion de boire, même chez les individus ayant présenté des accidents nerveux, d'origine alcoolique ou autre, est actuellement un fait nettement établi par l'expérience, en dépit des idées admises et des proverbes.

Aux Etats-Unis, à Tasile de Binghampton, une statistique de dix ans portant sur i 200 cas, montre que, dans 61 p. 100 des cas, la guérison s'est maintenue depuis dix-huit ans (Grothers, 1899). A Fort-Hamilton (New- York), on note 4o p. 100 de guérisons maintenues depuis huit ans. Pour Crothers, « l'impression est que tout au moins 33 p. 100 de tous les cas obtiennent une guérison durable ».

A Ëllikon sur Thiir, « depuis l'ouverture de Tasile (de 1889 à 1893), on a constaté 48 p. 100 de guérisons pour les internés restés plus de trois mois, et 38 p. 100 seulement pour les autres ». (Sérieux.)

D'après Marthaler (1899), 40 à 5o p. 100 des buveurs sortent guéris, c'est-à-dire abstinents totaux, des dix asiles suisses.

A l'asile de Rickmansvvorth (Hertlordsliire), le D" Norman Kerr a compté, sur 266 buveurs traités, 89 guérisons et 21 améliorations. (Sérieux.)

De l'ensemble de ces statistiques, il découle que 43 p. 100 des buveurs, environ, sont curables.

Le clinicien, en présence d'un buveur, ne pourra que dans des conditions exceptionnelles, déterminer s'il est curable ou non; aussi faudrait-il que tout buveur, non reconnu aliéné ou criminel, fasse d'abord un séjour à l'hôpital de traitement des alcooliques; selon les cas, il serait gardé ou bien transféré.

Des travaux récents, en particulier ceux de Forel et de Sérieux , ont bien déterminé les conditions matérielles que doit remplir Uasile de irailement pour alcoolisés curables. Résumons en quelques lignes les desiderata formulés par les auteurs. L'asile doit ôlre en pleine campagne, afin d'éviter les tentations du moindre cabaret, et se trouver dans la meilleure

situation possible, au point de vue de Thygiène. — Il ne doit comprendre qu'un nombre restreint de lits, ^o à 5o, pour permettre au personnel de bien connaître les malades et d'agir sur chacun d'eux individuellement et selon son caractère. On éliminera les sujets ne présentant pas de chances de guérison, les incurables étant toujours pour les autres malades une cause de désordre ou de découragement. — Tout le monde, dans l'établissement, doit observer l'abstinence complète de toute boisson alcoolique (il est plus facile d'obtenir des alcooliques psychopathes l'abstinence complète que la modération, d'ailleurs insuffisante pour eux) ; le médecin et le personnel doivent donner l'exemple au malade, qui, en les voyant, se convaincra de l'inutilité de l'alcool; et c'est d'ailleurs la seule manière d'empêcher des infractions au règlement. — Chacun doit être astreint à un travail manuel proportionné à ses forces; on donne la préférence aux travaux agricoles, car l'activité physique facilite les échanges nutritifs et contribue puissamment au rétablissement organique du malade. — Le personnel doit avoir une éducation et une compétence rendant possible le traitement moral individuel. Le niveau de l'intelligence et de la moralité de ce personnel doit être bien supérieur à la moyenne de celui des infirmiers des hôpitaux et des asiles. — Le traitement moral consiste, comme nous l'avons déjà dit, dans la lutte contre les préjugés et dans l'enseignement des dangers de l'alcool. Dans la majorité des asiles étrangers, à la tête desquels se trouvent souvent des pasteurs, une très grande part est faite aux exercices religieux. L'expérience a montré qu'il est très facile de se passer de cet adjuvant. — Le séjour à Tasile de traitement doit être prolongé suffisamment : la durée en variera selon les cas, mais ne sera jamais inférieure à six mois.

Toutes ces conditions se trouvent réunies dans certains asiles suisses et allemands, et en particulier à Ellikon, qui peut être cité comme un modèle du genre (Sérieux); aussi la moyenne des malades qui y guérissent, et restent guéris, dépasse 5o p. 100.

La sortie définitive de l'hôpital de traitement devrait être précédée d'une sortie d'essai (Marandon de Montyel, Kraeplin), ayant pour but d'éprouver la résistance du malade aux tenta-

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