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PLACEMENT DES ALCOOLIQUES ALIÉNÉS

lions de la vie libre. 11 importerait beaucoup, également, que le buveur indigent guéri ne se retrouvât pas, du jour au lendemain, aux prises avec les difficultés de l'existence; c'est à une société de patronage de lui procurer de suite une situation, sans qu'il ait à passer par les épreuves de l'embauchage. 11 serait tout aussi nécessaire que tous les buveurs guéris fussent affiliés à des sociétés d'abstinence (*), lesquelles leur prêteraient un appui moral de tous les instants, et s'efforceraient de prévenir les rechutes par des moyens variés : fêtes, spectacles, ronférences, brochures, etc.

b). On s'est demandé si les asiles d'aliénés ne pouvaient pas servir à la cure des buveurs d'habitude, comme ils servent déjà à celle des morphinomanes (^). Nous espérons avoir suiTisamment démontré que, dans l'état actuel de la législation, cela n'était possible que dans des cas exceptionnels; mais quand bien même la loi autoriserait le maintien du buveur, celui-ci ne s'y trouverait pas dans des conditions favorables à sa guérison. D'abord, il n'aurait pas autour de lui l'exemple de l'abstinence (^) : dans la majorité des asiles, on accorde du vin au malade, et la ration est augmentée pour les travailleurs. Ensuite, il est très facile à l'alcoolique de se procurer des boissons spiritueuses : on ne peut le séquestrer dans un quartier comme un aliéné ordinaire; rapidement il jouit d'une certaine liberté, fVéquente les ateliers, les services généraux ; il sait se rendre utile et même indispensable par sa bonne volonté et son habileté manuelle; bientôt les services rendus lui sont payés par les uns et les autres au moyen d'un verre de vin. Quelles que soient la discipline et la surveillance, des personnes charitables et bien intentionnées se chargent de ses commissions au dehors et lui rapportent des boissons. Bref,

(') Telles que :

La Société française de teiiipérunce de la Croix-Bleue (i883) (ù caractère religieux «l évangélique) qui coinpluit, en 1897, '20090 membres et adhérents, dont i ki7 en France, comprenant 2']0 anciens buveurs.

L'Union française antialcoolique (189:*)) qui comprenait, en 1899, 812 sections indépeu' Nantes, kb 000 membres, 2 journaux mensuels, l\-l/c-oo/ ciViCiotle bleue. (Voy. plus loin.)

(') De la séquestration des alcooliques. Soc. méd. psy., 1872.

f) DvRiCQ. Une campagne anti-alcoolique dans un asile d'aliénés (Journal V Alcool, >89:-i898).

38o THÉRAPEUTIQUE

il continue à s'intoxiquer lentement, et il s'enivre même à Toccasion.

Ne devraient demeurer à Tasile des aliénés que les déments alcooliques très avancés ou paralytiques généraux, les vésaniques alcoolisés, les alcooliques curables ou incurables qui délirent. Les alcooliques délirants curables devraient être transférés à Tasile de traitement des buveurs, aussitôt après la cessation des troubles cérébraux aigus.

c). La société, après avoir fourni le remède à celui qui peut en profiter, et l'assistance aux invalides du cerveau, a le devoir de se protéger contre les alcooliques incurables (^). « Pour « ceux-ci, il est évident que le principe de Tinternement déli- « nitif dans un asile spécial d'alcooliques incurables constitue « la seule mesure vraiment efficace pour les rendre inoffensifs. « Il n'existe aucune raison sérieuse pour que ce principe, uni- « versellement reconnu à l'égard des aliénés incurables, ne « trouve pas son application dans ce cas particulier. » (A. Jaquet.)

Devraient être placés dans les asiles d'alcooliques incurables (*), les récidivistes de l'intempérance, les épileptiques adonnés à l'ivrognerie et les nombreux sujets, hôtes habituels et intermittents des asiles et des prisons, chez qui l'alcoolisme n'est qu'une des manifestations de la débilité intellectuelle ou de l'idiotie morale. Quand ils jouissent de leur liberté d'action, tous ces vicieux, qui sont aussi des malades, arrivent fatalement à la rechute, même longtemps après la disparition des accidents immédiats dus à l'intoxication.

Ces sujets ne peuvent trouver leur place dans les asiles d'aliénés, où règne une discipline trop douce pour eux, où l'abstinence est difficile à obtenir, et où leur perversion morale provoque des désordres et parfois même des révoltes (').

(') Marandon de Momtyel. Le traitement do ralcoolisme et la liberté individuelle. BuL gén, de thérap,y\\x\i\ i8y6.

Lemerciek. Répression thérapeutique et sociale de l'alcoolisme. Thèse de l'on», 1^9^ (Jouve).

(*) FoREL. La question des asiles pour alcoolisés incurables. VII* Congrès internat., i8ç)9.

(') Marandon de Montyi-i.. Une révolte d'aliénés. Soc. méd. psy., 3o juin 1890.

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