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RESPONSABILITÉ DES ALCOOLIQUES

c) Plus que tout autre aliéné, Talcoolique devenu délirant est exposé à commettre des actes délictueux en rapport avec les modifîcations de son caractère, avec Tintensité et la nature de son délire.

Au cours des épisodes aigus, le buveur se livre à des attentats contre les personnes et la propriété, sous Tinfluence d'idées de persécution, d'accès d'angoisse, et surtout par suite d'hallucinations, menaçantes ou terrifiantes, de la vue et de Touïe. Les signes habituels du délire toxique caractériseront suffisamment les faits accomplis dans cet élat.

Les délires systématisés alcooliques provoquent également des actes de violence, conséquences naturelles des idées de persécution et des troubles sensoriels.

Parmi ces psychoses, le délire de jalousie donne particulièrement lieu à des considérations médico-légales. Il entraîne fréquemment le meurtre ou la mutilation sexuelle du conjoint et du complice présumé. Les attentats accomplis dans cette circonstance font croire à l'existence d'un crime passionnel ; en général, les idées d'infidélité sexuelle du conjoint reposent uniquement sur des interprétations d'autant plus vraisemblables, que le§ ménages d'alcooliques sont souvent désunis. L'examen du prévenu révélera des inconséquences dans ses conceptions et l'absurdité de ses soupçons: chez le buveur, la jalousie s'éveille tardivement, alors que son conjoint est déjà vieux et à l'abri des tentations (Joffroy); les parents les plus proches peuvent être désignés comme étant les amants présumés ; la conviction est basée sur des interprétations d'ordre génital fréquemment absurdes, dont nous avons donné déjà ailleurs des exemples.

Dans la démence et dans la paralysie générale, l'alcoolique peut commettre les crimes et les délits les plus variés, soit en cédant à des accès de colèreimpulsifs, soit en obéissant à desinstincts qu'aucune considération morale ou intellectuelle ne vient plus réfréner. Dans les phases terminales de la désagrégation mentale, l'absence de capacité d'imputation est évidente ; aux périodes de début, l'appréciation de la responsabilité devient au contraire très difficile : elle dépendra du fait particulier, comme des tendances philosophiques de l'expert.

La jurisprudence, d'accord avec les criminalistes (Tardieu, Marc), reconnaît l'irresponsabilité du buveur délirant ou dément, qu'elle ne distingue pas des autres aliénés. Art. 64 : « Il n'y a ni crime ni délit, lorsque le prévenu était en état de démence au temps de l'action... ».

L'épilepsie alcoolique, dans les états intellectuels qui sont propres à la névrose, est assimilable, au point de vue médicolégal, à l'épilepsie dite essentielle. Dans l'intervalle des accès, le malade redevient un alcoolique dont la responsabilité variera suivant les circonstances. Les signes habituels de l'intoxication permettent de rapporter facilement les phénomènes convulsifs à la cause qui les a produits.

Dans la détermination de la capacité d'imputation de l'alcoolique, on ne doit pas oublier, au moment de Texamen du prévenu, combien les perturbations psychiques d'origine toxique sont transitoires et disparaissent facilement en prison, par suite de l'abstinence. On sera donc souvent obligé d'avoir recours aux renseignements fournis par l'enquête et par l'interrogatoire du sujet, pour démontrer l'existence de la maladie mentale, au moment de l'action.

Enfin, les actes incriminés, bien que réalisés au cours d'un état délirant, peuvent être l'accomplissement d'idées préexistantes au délire : le trouble intellectuel a fait disparaître toutes les résistances d'ordre moral qui s'étaient jusqu'alors opposés à ces actes.

11 arrive que, sous Tinfluence de l'ivresse ou d'un état délirant, des buveurs viennent se livrer d'eux-mêmes à la justice ; leur attitude rend souvent alors nécessaire une expertise médico-légale (*).

D'ailleurs, le magistrat instructeur devrait toujours recourir au médecin aliéniste, quand il se trouve en présence d'un auto-

(') CuLLERRE. Des foux témoignag-es des aliénés devant la juslîce. IV* Congrès de médecine menlale. La Rochelle, 1S93.

SÉGLAs et Brouardel. Persécutés auto-accasateurs. IV<> Congrès de médecine mentale. La Rochelle, 1893.

RouBiNOViTCH . Alcoolisme et délire de persécution avec auto-accusation. Soc. méd. psy., 28 mai 1894.

Dupré. Les auto-accusateurs au point de vue médico-légal. XII* Congrès des médecins aliénistes et neurologistes de France. Grenoble, 1902.

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