SYSTÈME SUISSE
les méfaits attribués aux impuretés des alcools d'industrie, qu'il s'agisse des cœurs^ des moyens goûlSj ou même du fusely sont beaucoup plus hypothétiques que réels. Voici encore des chiffres, dont la lecture est à la portée des moins éclairés et dont la valeur démonstrative ne saurait être mise en doute par les plus sceptiques.
« On évalue, dit M. Guichard (Industrie de la distillation^ « 1897, p. 347), que les impuretés des alcools sontcinq ibis plus <( dangereuses que Talcool lui-même. 11 en résulte que, si un « petit verre de liqueur contient 0,^4^ de produits toxiques « (comme c'est le cas de Tabsinthe, par exemple), Talcool « équivalent serait 0,242X5=1,210. Or un petit verre en « contient i5 centimètres cubes à peu près; Talcool d'un petit « verre de n importe quoi est donc i5 fois plus dangereux que « les essences qu'il contient ».
Le D' Fritz Strassmann, déjà cité, dans un rapport relatif à la pureté des eaux-de-vie et à la quantité des impuretés qu'on y peut tolérer, prétend qu'avec une eau-de-vie contenant i5 p. 1000 d'alcool amylique, l'intoxication n'est pas plus rapide qu'avec l'alcool pur (Voy. p. 62). Si donc on prend un verre de marc, qui renferme i/5oo®, ou 2 ou 3 p. i 000, d'alcool amylique, la différence entre l'effet physiologique de cette eaude-vie réputée des plus dangereuses et celui de l'alcool éthylique, présenté comme boisson saine, sera inappréciable.
L'alcool éthylique demeure ainsi le facteur essentiel de l'intoxication.
Si la rectification obligatoire des alcools d'industrie, une des caractéristiques du système suisse, ne suffit pas à combler les vœux des hygiénistes, il s'en faut, d'autre part, qu'elle satis» fasse le consommateur. En Suisse, par exemple, le public, habitué à la saveur particulière du schnaps (eau-de vie de pommes de terre des distilleries disparues), qui n'est autre que celle du fusel, s'est mis à assaillir de réclamations l'administration du monopole, qui lui livrait un alcool sans goût, trop pur. Il fallut lui donner satisfaction : « Afin, dit le rapport de la « régie pour 1887-88, de pouvoir faire une concession aux « préférences d'une certaine clientèle, une partie de l'alcool « brut de pommes de terre produit dans le pays n'a pas élé
« soumise à la rectification, mais vendue sous forme d'alcool « brut, contenant un maximum d'impuretés de i à i et demi (( p. I ooo ». C'était là, pour la rectification, une sorte de faillite morale.
En France, comme dans la plupart des contrées, l'alcool n'est que rarement consommé à Tétat brut. 11 ne figure sur le comptoir du débitant ou sur la table des particuliers, que sous les étiquettes de cognac, de kirsch, etc., etc. Avec le système précédent, ces breuvages auraient toujours pour origine l'alcool d'industrie neutre additionné de sauces (eaux-de-vie de fantaisie), ou bien seraient fournis par les bouilleurs (eaux-de-vie naturelles), puisque le monopole « genre suisse » tolère la distillerie des vins, marcs et fruits. Après comme avant le monopole, l'absinthe et les apéritifs divers demeureraient les boissons favorites d'une importante catégorie de buveurs. La quantité totale d'impuretés additionnelles ou naturelles, absorbées avec les eaux-de-vie et liqueurs courantes, resterait donc sensiblement la même après qu'avant l'application de la panacée officielle.
Encore pour ces motifs, les prétentions hygiéniques du monopole selon la formule suisse, ne sont pas justifiées, et cette institution n'a pour raison d'être que de vagues avantages fiscaux.
Pour en finir avec le monopole de rectification, nous rappellerons que, si l'Etat est un excellent vérificateur, il est presque toujours un médiocre fabricant : l'alcool de monopole sera vraisemblablement d'une pureté toujours discutable. L'alcool suisse officiel est moins pur que nos alcools bon goût d'industrie (Guichard).
D'ailleurs, l'Etat n'a aucune raison plausible pour ajouter à ses attributions, déjà trop nombreuses, le rôle d'épurateur d'alcools : <c II peut très facilement obtenir avant la sortie des « usines de fabrication et de rectification d'alcool, la pureté (c des alcools de consommation à un degré maximum conven- « tionnel. Un simple décret ministériel suffît... N'a-t-il pas dans « toutes les usines à alcool une légion d'employés de jour et « de nuit? Pourquoi ne ferait-il pas pour les alcools de consomc( mation ce qu'il fait pour les alcools dénaturés destinés au « chauffage? (Descroix. Congrès de Paris ^ '9^0.)