‹ Traité de l'alcoolismeChapitre 138 sur 201 · OPTION LOCALE · texte numérisé non relu

OPTION LOCALE

et, comme en Amérique, est devenue une plate-forme électorale. Le premier pas dans la voie de la prohibition a été fait, en Angleterre (*) , à l'occasion du procès « Sharp contre Wakefield » . Dans ce paj'S, les concessions de débit ne valent que pour un an, et le pouvoir de les renouveler appartient à des magistrats spéciaux, lesquels, de tout temps, laissaient les licences se renouveler tacitement. La tenancière d'un cabaret de village, Susannah Sharp, s'étant vu refuser le renouvellement de sa licence par un magistrat acquis à la cause de la prohibition, lui intenta un procès, qu'elle perdit devant toutes les juridictions du Royaume-Uni (1891), malgré l'appui du puissant parti des « liquors lords (^) ».

Depuis le Scott Act de 1878, le Canada (^) est soumis législative ment au système de l'option locale, et les résultats en ont été des plus remarquables au point de vue antialcoolique. Mais ce pays vient de faire un nouveau pas en avant dans la voie de la restriction: à la majorité de 14000 voix, lors du plébiscite de septembre 1898 (*), la population a manifesté le désir de voir interdire toute vente au détail, toute fabrication et toute importation de boissons enivrantes, sur le territoire canadien.

L'option locale a encore été adoptée parla Nouvelle-Zélande, et elle a triomphé dans la votation populaire (femmes comprises) du 29 septembre 1898, par 20 000 voix de majorité.

Le système de la prohibition est évidemment, en théorie du moins, des plus aptes à satisfaire aux desiderata de Thygiène et de la morale. Quant à l'exacte estimation des résultats qu'il a produits aux Etats-Unis, le seul pays qui en ait fait une expérience suffisamment étendue et prolongée, elle nous semble impossible.

(') Pour rhistorique de la législation anglaise, voy. E. Fochier, loc. cit.f p. 6(3 etsuiv.

(*) Sur les 104000 licences existant en Angleterre, 4 à 5 000 seulement sont détenues par des caburotiers indépendants, à cause de leur prix élevé. Toutes les autres sont accordées ù de simples représentants de grandes entreprises de brosserie et de distillerie. Des ducs, des comtes, des lords, voire des membres du clergé, sont aussi propriétaires de débits. Il en est de même en Allemagne et en Autriche, où des têtes couronnées exercent la profession de distilluteur.

1^) Brunard. Loc. cit.

{*) Consulter Comptes rendus du V1I« Congrès, t. II. p. 38o et suiv. (Fieldcn Thorp, La Prohibilion).

L^Union américaine est, on le sait, la terre classique de l'outrance et des statistiques fantaisistes (^) ; aussi ne doit-on pas s'étonner que les antiprohibitionnistes aient trouvé le moyen de prouver que l'ivrognerie, avec son cortège de mauxphysiques et moraux, est particulièrement florissante dans les pays à prohibition. Un fait, en tout cas, n'a pas été contesté, c'est que les « permis fédéraux », délivrés aux pharmaciens et pseudo pharmaciens, ont servi à couvrir des débits clandestins, lesquels, dans certaines villes prohibitionnistes, sont proportionnellement plus nombreux que les débits à licence des Etats non prohibitionnistes. Et puis, dans un pays en proie à la prévarication, il faut faire entrer en ligne de compte les « négHgences » des autorités. « A Portiand, la capitale même du « Maine, Neal Dow, Tinstaurateur de la prohibition, a avoué « à des Anglais qui faisaient une enquête sur les résultats de « la prohibition, que l'on a constaté des irrégularités déplo- « râbles sous le régime d'un bourgmestre qui fermait les « yeux. » (Ladame.)

Enfin, l'on a vu des villes entières se soulever au cri de « à bas la loi contre les spiritueux », bloquer la police et le gouverneur, avec l'appui de la milice.

Quant à l'option locale, en particulier, on peut lui reprocher d'être, à cause de son caractère facultatif, à la merci des variations de la majorité; de n'avoir pas l'immuabilité des lois constitutionnelles.

En définitive, il faut s'étonner qu'un pareil système ait pu être inventé et adopté chez ce peuple américain si ennemi de toute entrave à ses libertés ou même aux licences qu'il s'arroge. Il semble mieux convenir aux froides et raisonnables populations du nord de l'Europe, et peut-être aussi aux pays de l'Europe moyenne, qu'une centralisation multiséculaire a assouplis et assagis, « pays où la loi est presque toujours respectée lorsqu'elle frappe d'en haut, impérative et souveraine » (E. Jotrand).

On doit toutefois reconnaître que la prohibition, cet idéal des

(') « si la statistique est bien exacte y il n'est pas douteux qu'il n'y ait eu, aux Etats- Unis, une réelle amélioration... » (H. Brunard).

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