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L'INITIATIVE PRIVÉE CONTRE L'ALCOOLISME

leetolalers (*), n'a que peu de chances de succès dans nos contrées, où, par tempérament. Ton penche vers les solutions moyennes ; où, d'autre part, la culture de la vigne et des pomacées est un élément fondamental de la richesse nationale. Est-il même à désirer qu'elle y prenne racine? Des hygiénistes très informés répondent négativement et taxent d'exagération les vues de certains partisans de l'abstinence totale (Voy. Jaquet, t Alcoolisme^ p. 21-22).

Le plus que Ton puisse demander et obtenir, chez nous, comme chez nos voisins immédiats, ce serait Toption locale pour les liqueurs et eaux-de-vie, et seulement après avoir préparé l'opinion publique par une vigoureuse campagne contre Talcool (Antheaume).

Pour clore le vaste chapitre de la prohibition, il est indispensable de citer au moins la législation spéciale de l'Etat du Congo.

Le gouvernement de l'Etat indépendant du Congo — constitué en i885 et placé sous la souveraineté directe du roi des Belges — a adopté, dès ses débuts, le principe de la prohibition ("). Il l'applique progressivement. Les décrets de 1887 ^^ '890, l'Acte de la conférence de Bruxelles (2 avril i8()9.), les décrets du 4 mars 1896, du 9 mars 1897 et i5 avril 1898, ont réduit de plus en plus la zone du commerce des boissons, aujourd'hui refoulé et localisé le long de la côte.

D'autre part, ce commerce a été rigoureusement réglementé ; on l'a frappé de droits de licence variant entre 1 000 et 20000 francs; l'importation des liqueurs à base d'absinthe a été interdite, etc., etc.

§ 3. — Initiative privée ,

L'Etat, armé de la loi, pourrait beaucoup contre l'alcoolisme. « 11 est intéressé à la disparition de cette habitude : le paupé- « risme et le vagabondage, la démoralisation en masse, en

(') Abstinents totaux (et non : buveurs de thé).

(*) Voy. V!l" Congrès internat. Comptes rendus, t. II, p. 420 cl suiv.

Triboulet. Mathieu et Mio'ox. Traité de l'alcoolisme. ay

45o LA LUTTE CONTRE L* ALCOOLISME

« dérivent directement pour une large part; les charges d'as- « sistance, d'hospitalisation et d'internement des fous et des « criminels, en sont augmentées dans une mesure inquiétante. » (^R. Dubois. Le combat contre l'alcoolisme. Thèse de droit, I 902.) Mais n'est-ce pas grâce à ce vice populaire, c'est-à-dire grâce aux centaines de millions qu'il en tire, qu'il peut, en maints pays, mener à bien cette tâche, pour lui vitale : la mise en équilibre du budget ? mais, encore, n'a-t-il pas les mains liées par Joutes les influences, petites et grandes, au service du commerce des boissons alcooliques ?

Il en résulte que, jusqu'ici, la plupart des gouvernemeuts n'ont pris part à la réaction contre l'alcool, que sous raiguillon de l'initiative privée, représentée, en général, par les sociétés de tempérance et les ligues antialcooliques.

L'initiative privée — qu'il ne faut pas confondre avec l'opinion publique, son antagoniste en maintes circonstances — est donc à la base même de la prophylaxie antialcoolique : c'est à elle que Ton est redevable des premiers succès; sans elle, ni les Etals-Unis, ni le Canada, ni les États Scandinaves, ni les colonies anglo-australiennes, pour ne parler que des contrées où de sérieuses législations sur la boisson ont été établies, n'auraient acquis l'énorme avance que l'on sait, dans la voie de l'antialcoolisme ; c'est d'elle aussi que dépend le triomphe définitif et durable de la cause antialcoolique.

Mais, pour fournir un pareil résultat, il importe que son action soit multiple et variée, pénètre partout où pénètre l'endémie alcoolique, et ne soit pas bornée à la propagande, toute théorique, par conférences et par brochures. Il faut, en un mol, que cette action descende dans la pratique, se mêle à la vie sociale et familiale; qu'elle s'exerce sur Tenfanl, dès le premier âge, suive l'adolescent à l'Université, à la caserne, à l'atelier, et, surtout, se continue sur l'adulte, au moment de l'existence où il procrée le plus activement. Il faut, enfin, qu'elle s'immisce dans les affaires publiques, influence les législateurs et soutienne l'ardeur, trop souvent défaillante, des pouvoirs administratifs.

^') R. Homme. Loc, cit., p. 127 et suiv.

SOCIÉTÉS ANTIALCOOLIQUES 45 1

a) Action de l'initiative privée sous la forme de sociétés de TEMPÉRANCE ET d'abstinence ('). — Lcs sociétés de tempérance ont vu le jour aux Etats-Unis, dans les premières années du xix^ siècle (New- York, 1808; Boston, 181 3). En i835, elles étaient déjà, dans ce pays, au nombre de 8000, et comptaient 2 000 000 d'adhérents (^). En Angleterre, il y a plus de 4 000 000 d'adultes groupés en sociétés abstinentes; en Suède, il y en a 23oooo. Il existe encore de nombreuses et puissantes sociétés d'abstinents en Norvège (ioo33 sociétés avec plus de 70000 membres; soit le i/ii® de la population), en Danemark (10 000 membres), en Finlande, etc.

Les sociétés antialcooliques sont fondées, les unes sur le principe de la tempérance (usage modéré des boissons alcooliques de toute espèce), les autres, sur celui de l'abstinence restreinte (abstinence de boissons distillées); enfin, le plus grand nombre a pour base l'abstinence totale ou teetotalisme (^).

Leur propagande se fait à l'aide de réunions, de conférences, (le congrès, de journaux et brochures, etc.

Les sociétés ont, dans maintes régions (Etats-Unis, Angleterre, Suisse, pays Scandinaves) fait entendre leurs desiderata jusque dans les Parlements, par l'organe de députés et de ministres aflîliés.

La plupart sont laïques ; mais il en est de religieuses (protestantes), comme la Croix-Bleue, qui rayonne sur tout le nord de l'Europe et les États-Unis ; de demi-religieuses, comme les Bons TemplierSy qui comptent plus de 600000 membres, en Amérique et en Europe.

Chez nous, elles sont à leur aurore. La plus puissante est la Société française contre V usage des boissons distillées, qui a réalisé en France la fédération de toutes les sociétés fondées sur le même principe (Union française antialcoolique) (*).

Depuis longtemps, et partout, on met en parallèle les

{*) Pour l'historique, consulter R. Dubois. Loc. cit. (*) 6000000, actuellement.

{*) Les Anglais emploient encore le mot néphalisme. (*) En 1900, 3oooo membres, répartis en 435 sociétés.

sociétés d'abstinence totale et celles de tempérance ou d'abstinence restreinte. Il faut reconnaître que, au moins dans les contrées non vinicoles, les premières ont montré une supériorité écrasante. En France, l'avenir semble appartenir aux sociétés de tempérance qui ne prohibent que les boissons distillées. Pour qu'il en fut autrement, il. faudrait qu'un nouveau Domitien vînt arracher du sol toutes les vignes et tous les pommiers.

Notons qu'en France, les allures confessionnelles gardées par la propagande, jusqu'en ces derniers temps, en ont retardé l'essor. Les rares sociétés vraiment laïques n^avaient fait que végéter dans une indolente expectative.

b) Protection et éducation de l'enfance. — La cause la plus commune des abandons d'enfants est, de l'avis général, l'alcoolisme des parents. D'autre part, les enfants d'alcooliques, du fait de l'hérédité qui pèse sur eux, ont, dès le jeune âge, une tendance instinctive à se livrer aux excès de boissons. Point n'est besoin de répéter qu'ils fournissent un fort contingent de malformés, de dégénérés, de débiles, de nains, d'épileptiques, d'imbéciles, d'idiots, de criminels-nés.

En conséquence, il importe, non seulement de recueillir ces enfants, mais encore de les soustraire, par une éducation spéciale, aux fatalités héréditaires qui les poursuivent.

On y parviendra en les élevant dans l'abstinence totale. On veillera à leur placement dans des institutions ou dans des familles où l'on pratique l'abstinence.

Ce n'est pas tout ; il serait nécessaire d'enlever aux ivrognes avérés, après enquête judiciaire et médicale, la tutelle de leurs enfants, lorsque le divorce n'est pas applicable pour une raison ou pour une autre.

L'initiative privée a créé dans les pays anglo-saxons de nombreuses sociétés ou cercles d'enfants (*), où règne l'abstinence totale : ce sont les célèbres Bands ofhope (Ligues de l'Espoir). Les enfants sont enrôlés dès l'âge de sept ans. II y a une réunion par semaine, le soir, vers sept heures.

(') aa ooo, avec 3 ooo ooo adhérciiU.

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