ALCOOL ET ARMÉE
paralysés par le pouvoir civil, esclave d'une représentation nationale que producteurs et débitants de boissons tiennent dans leurs mains (^).
Pour notre part, nous souscrivons aux mesures prises contre Talcoolisme, dans l'armée néerlandaise, par le ministre de la Guerre des Ï^ays-Bas (Voy. Jaquet, loc. cit. y p. 37), et qui pourraient servir d'exemple à bien d'autres nations. Les cantiniers ont été supprimés, et ce sont les soldats eux-mêmes qui gèrent, sous la surveillance de leurs chefs, les débits de casernes. La vente n'est permise qu'à certaines heures et seulement au comptant. Les chefs de corps sont autorisés à interdire l'usage des boissons distillées, dans les cantines. Les hommes ivres sont sévèrement punis ; il leur est en outre défendu de porter le sabre pendant trois mois, et ils ne peuvent se coiffer que du bonnet de police ; tout congé leur est refusé. Mêmes défenses pour les sous-officiers, qui, de plus, peuvent être cassés.
En Belgique, depuis 1886, les cantines des casernes ne peuvent plus débiter de liqueurs spiritueuses. Il en est de même aux Etats-Unis, depuis la présidence du général Grant, et, en Angleterre, depuis 1840. En 1899, le grand-duc Wladimir a interdit Teau-de-vie dans les cantines du corps d'armée de Saint-Pétersbourg. En Roumanie, même interdiction pour toute l'armée.
Nos officiers généraux commencent, du reste, à s'émouvoir. Au mois de janvier 1900, le général Cornullier de Lucinière, commandant la 11° division (Nancy), transmit à ses généraux de brigade l'ordre suivant, qui était, dans son laconisme, l'expression adéquate du système à préconiser : « 11 est désormais <c interdit, de la façon la plus formelle, aux cantiniers régi- « mentaires, de vendre tout alcool, tels qu'eaux-de-vie, absin- « the, etc. ».
Le 3 mai de la même année, cette excellente initiative fut consacrée par une circulaire du général de Galliffet, ministre de la Guerre, et la vente des boissons distillées fut supprimée dans toutes les cantines de l'armée française. Enfin, la ration
( ) Voy. L016EAU. Loc. cil. et J. Bertillon. /^or cit p. 73.
de tafia de nos troupes coloniales a été remplacée par 20 grammes de café.
Il reste d'ailleurs à la bonne volonté des chefs de troupes, maintes façons de s'exercer pratiquement.
En Suisse, les officiers sont autorisés à vider à terre les bidons de leurs hommes, lorsqu'ils y trouvent des boissons spiritueuses.
En Belgique, le soldat en campagne ne reçoit plus aucune boisson alcoolique, rhum, vin ou bière. Dans toutes les casernes, les tableaux antialcooliques du D"" Galticr-Boissière ont été affichés.
Chez nous, cet enseignement antialcoolique par les yeux est adopté par un nombre croissant de chefs de corps.
Citons encore les cercles de soldats, athlétiques et récréatifs, des casernes anglaises.
Avec M. le lieutenant-colonel suisse Répond, nous pensons que les mesures administratives suivantes sont des plus propres à réduire l'alcoolisme dans Tarmée et, par conséquent, à exercer une puissante influence sur l'ensemble des citoyens :
i"* Elimination des officiers adonnés à la boisson.
2** Abolition de toutes distributions de boissons alcooliques.
3"* Prohibition de ces boissons à l'exercice et durant les marches.
4^ Distribution de boissons aromatiques sucrées.
5* Ouverture à la troupe de salles de lecture et de délassement confortables.
7° Adoption d'un régime alimentaire et d'un système de casernement propres à donner à la troupe le sentiment du bien-ôtre.
Nous ajouterons :
8** Interdiction de la vente des spiritueux dans les cantines.
Une réglementation de ce genre serait en tous points applicable à Tarmée de mer.
A ce propos, nous devons dire un mot d'une belle institution, due aux efl*orts privés et qui n'est encore qu'à son aurore, en France. Nous voulons parler des Sailor's home (maisons de marins), qui nous viennent d'Angleterre.
Les statistiques nous ont montré quelle était la propension