ACTION PATRONALE
« Beaucoup de mécaniciens, écrit Brunon, sont alcooliques. « Ce sont des alcooliques gras, replets^ luisants, parce qu^ils « mangent bien tout en buvant.
(( Au point de vue social, leur alcoolisme peut avoir des « conséquences terribles. Les troubles de la vision, le dalto- « nisme, les hallucinations, le délire, peuvent apparaître tout <c à coup chez les alcooliques. »
Mais, par ailleurs, l'alcoolisation diminue grandement la valeur individuelle de l'ouvrier, amoindrit la qualité et la quantité de son travail et, conséquemment, met l'employeur en état d'infériorité vis-à-vis des concurrents nationaux ou étrangers.
Un industriel disait à Brunon : « Les descendants d'alcootf liques s'éliminent d'eux-mêmes : ils font de mauvais ou- « vriers. »
Un autre : « Dans un personnel nombreux (4oo travailleurs, « environ)» nous avons beaucoup de peine à trouver quelques (( jeunes gens capables d'apprendre le métier d'imprimeur ou « d'ajusteur. Je citerai une famille type (grand-père, fils et « petit-fils buveurs), dans laquelle l'intelligence et l'habileté « sont allées en diminuant à chaque génération : les petits- « fils sont de simples manœuvres et ne voudraient pas ac- « cepter un autre travail. »
Un troisième : « L'alcoolisme est une cause capitale d'inféii riorité pour l'industrie française ; elle tend à la ruine du « patron et au chômage de l'ouvrier. L'ouvrier sous l'influence « de l'alcool produit annuellement moins. Par suite du chô- « mage volontaire (« bombes », « bordées », « lundis ») ('), « il touche moins ; il mange au cabaret une partie de sa paie. <( Le patron, par suite du chômage, a plus de peine à faire « exécuter les travaux en temps utile. Ils lui coûtent plus « cher, d'où réduction des bénéfices. »
Un quatrième : « Il n'y a plus de bons ouvriers à Rouen. « Tous boivent. Us sont plus payés qu'autrefois ; ils travail- « lent moins et moins bien. Tous, sans exception, sont des
(*) a On a remarqué aussi que les lundis et mardis sont les jours qui fournissent le plus d'accidents, les veilles ayant été copieusement fêtées. » (D' Deffernez).
i6o LA LUTTE CONTRE L'ALCOOLISME
a ivrognes. Toute la question sociale est dans Talcoolisme des « ouvriers. »
Il arrive fréquemment que, pour être assurés de pouvoir livrer leurs travaux dans les délais fixés, et aussi pour éviter les ruineuses responsabilités qui leur incombent du fait des accidents (dus à la boisson), grâce aux lois dites protectrices du travailleur, les patrons ont recours à la main-d'œuvre étrangère (Brunon).
Donc, « plus que jamais, les patrons d'aujourd'hui se verront « forcés de faire une sélection dans le choix de leurs ou- « vriers.
« Déjà, actuellement, un industriel sérieux ne tolérera plus « dans ses usines un mécanicien qu'il ne peut pas con- « sidérer comme absolument tempérant et sur le compte « duquel il a des renseignements douteux concernant ses « habitudes.
(( Au Canada, aux Etats-Unis, on impose à ces hommes qui (( tiennent en main tant de vies humaines, on impose la pros- (( cription de Tusage de l'alcool, et cette exigence a donné des « résultats inespérés. En revanche, ils sont grassement rétri- « bues. » (D"" Deffernez, de Charleroi, médecin-inspecteur du Ministère du Travail.)
En France, depuis 1901, plusieurs compagnies de chemins de fer ont décidé de supprimer toute subvention aux sociétés coopératives d'employés qui vendent des boissons alcooliques autres que le vin, la bière, le cidre. Une d'elles a interdit aux gérants des buffets et buvettes, de vendre des spiritueux aux employés.
« Quant aux ouvriers intempérants, le jour est proche, où <f ils se verront délaissés par les chefs d'ateliers ou d'indus- « trie, parce qu'ils sont une source permanente de dangers <( pour eux et pour leurs compagnons ; que leurs blessures et « les mortalités par suite de sinistres entraînent des respon- « sabilités pour les maîtres, que ces responsabilités sont sur- (( tout sonnantes, puisque les tribunaux se montrent coulants « pour leur laisser incomber — même en cas de faute lourde « chez le travailleur — les dommages et intérêts réclamés par « les sinistrés. » (Deffernez.)