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BIEN-ÊTRE ET ALCOOLISME

En définitive, il appartient aux chefs d'industrie — puisqu'en l'espèce, leur devoir et leur intérêt marchent d'accord — de réagir contre un mal dont ils connaissent Torigine mieux que tous autres. Qu'ils mettent leur influence et leurs ressources dans la balance, qu'ils encouragent et subventionnent les sociétés de tempérance, les cercles ouvriers de tempérance ^comme il en existe, et de somptueux, en Angleterre) (^), qu'ils fassent disparaître ce système néfaste de l'embauchage dans les cabarets, pratiqué, non seulement dans les ports, comme on Ta vu précédemment, mais encore dans la plupart des pays usiniers... !

e. Amélioration des salaires, du logeme>'T5 de la nourriture. — De nombreux sociologues ont voulu établir une corrélation étroite entre la misère et Talcoolisme, celui-ci devenant fonction de celle-là. Or, d'autres auteurs, bien informés et impartiaux (Gauderlier, loc. cit. ; Brunon, loc. cit. ; Commission d'enquête de la Chambre des lords, 1879, etc.), s'élèvent contre cette hypothèse. Que le manque de travail, les charges de famille exagérées, poussent l'ouvrier des villes au cabaret, cela se peut, cela existe. Mais ce que l'on voit surtout, actuellement, c'est l'ouvrier intempérant et, par conséquent, irrégulier dans son travail, tomber dans la misère, qui, à son tour, le confinera au cabaret. Ce que l'on voit encore un peu partout, c'est le progrès de l'alcoolisation coïncider avec l'amélioration des salaires. Ce que l'on constate enfin, c'est que maintes populations européennes vivant dans l'état le plus misérable, font preuve d'une sobriété relative.

Que le travailleur soit rétribué d'une manière plus équitable, c'est là notre vœu le plus ardent; mais nous pensons que l'influence d'une telle réforme, sur l'hygiène alimentaire des classes laborieuses, sera toujours discutable, si l'on néglige d'améliorer parallèlement leur moralité (^).

On a dit encore qu'une demeure étroite, mal aérée, misé-

(') RoMME. Loc. cit., p. i53.

(*) Comptes rendus du VII" Congrès, t. T, p. 3i5. — R. Dubois, loc. ci't.j p. uG cl suiv.

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rable, portait le travailleur vers le cabaret (*), et le Message du Conseil fédéral suisse [ïiOY. 1894) cite ce passage d'une lettre d'un ouvrier londonien. « La plupart des ouvriers ont un inté- « rieur trop peu agréable pour qu'il puisse servir à passer « quelques heures en compagnie d'un ami. Ce n'est trop souc( vent qu'une seule petite chambre située dans une maison « malpropre, sordidement meublée, sans aucun confort, rem- « plie de cris d'enfants... Une cité ouvrière avec des logements « agréables, commodes, salubres, vaut tout autant que dix « mille beaux discours et qu'un million d'attestations concer- « nant les effets désastreux de l'alcool. »

Ces assertions sont vraies dans une certaine mesure; mais on peut leur objecter que l'impossibilité où se trouvent maints travailleurs de posséder un intérieur propre et suffisamment spacieux, tient souvent à leur imprévoyance et précisément à leurs excès ruineux en boissons, en tabac, etc. ; on peut leur opposer (Voy. Cauderlier, loc. cit.) l'exemple des campagnes suisses et flamandes, où l'ouvrier des champs est propriétaire de sa maison, où les ménagères sont des modèles de zèle et de propreté, et où sévit pourtant l'alcoolisme le plus effréné. N'avons-nous pas, chez nous, cet autre exemple des riches départements agricoles du nord-ouest, dont la consommation alcoolique dépasse celle des grandes cités manufacturières (\ oy. E. Vandervelde, loc. cit,)

Quanta la mauvaise préparation et à la qualité inférieure de la nourriture, que l'on a encore incriminées, elles n'entrent que pour bien peu de chose dans la tendance croissante du peuple à abuser des boissons alcooliques. Une preuve : la population de Paris est une de celles qui se nourrissent le mieux ("); sa consommation en viande, poissons, œufs, par tête d'habitant, n'a fait qu'augmenter depuis le milieu du siècle ; or, au cours des trente dernières années, sa consommation en alcool a doublé (Verhaeghe). Que. dans maints ménages ouvriers, la cuisine manque de raffinement et fasse

(*) U n'y aurait qu'un mal très relatif à ce que le travailleur fit du cabaret une sorte de prolongement de sa demeure privée, si le cabaret était autre chose qu'un débit de poisons.

(*) Annuaire staiisi, de la ville de Paris, XX» année, 1899, p. 3j9.

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