CHAPITRE XI CONCLUSIONS
ESQUISSE d'un système DE PROPHYLAXIE
Gomme ([uelques autres intoxications, mais beaucoup plus qu'elles, Talcoolisme, par ses causes et par conséquences, dépasse le domaine de la pathologie médicale ; de telle sorte que le médecin qui entreprend Tétude intégrale de l'alcoolisme, doit s'attendre a être porté, à un moment donné, sur le terrain de la sociologie appliquée ou sociotechnie.
Gela légitime le vaste chapitre qui précède et les lignes par lesquelles nous terminerons notre travail.
Ajoutons que si, au point de vue clinique, il est des degrés négligeables, dans l'intoxication alcoolique — la demi-ébriélé accidentelle, par exemple — , il en est autrement au point de vue de la vie sociale.
Une alcoolisation atténuée et passagère peut être une Je ces causes minimes dont les effets ont, sur la destinée d'un homme et sur celle de sa famille, un long et douloureux retentissement.
Si cet homme détient, en propre ou par délégation, une partie de l'autorité, il est à craindre que les conséquences de son « écart de boisson » ne prennent les proportions d'une calamité publique, nationale même.
Mais il s'en faut que la tempérance elle-même, c'est-à-dire Tusage modéré des boissons dites hygiéniques — et nous savons combien les limites de la modération sont imprécises — mette sûrement la personnalité humaine à l'abri de toutes les viciations qui, avec l'abus passager ou habituel, sont fatales ; et nous prétendons que, seul, Tabstincnt est, à tous les instants
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(le son existence, en possession aussi complète que possible, de ses facultés et de ses moyens d'action naturels.
Nous nous sommes jusqu'ici occupés de faire l'exposé historique et critique des moyens prophylactiques employés ou préconisés contre l'alcoolisme. Nous allons maintenant y opérer une sélection et édifier, à l'aide de ceux que nous aurons retenus, un système raisonné de prophylaxie — ou plutôt, une esquisse de système, car chaque détail d'un tel édifice exige un travail de mise au point qui excède notre compétence.
Dans la lutte contre l'alcoolisme, l'État a le devoir d'inter*venir, comme il intervient contre les grands fléaux et dans les cas de danger public. Il peut le faire législativement et administrativement ; mais les pouvoirs publics rencontreront d'invincibles résistances, si l'opinion n'est pas préparée, et les résultats obtenus risqueront d'être bien superficiels et bien éphémères. C'est l'action privée qui formera l'opinion, viendra en aide à la loi, imprimeraaux mœursune nouvelle et définitive orientation.
L'action de l'Elat et l'action privée doivent être pour ainsi dire ci;njuguées, dans toute transformation sociale, en particulier, dans celte grande évolution qu'est le mouvement a-'' alcoolique.
Action légale. — l'Tout buveiu- d'habitudedoitèlreinle d'olTice dans un établissement spécial (traitement de douce (lès qu'il est démontré que son intempérance provoque troubles nerveux, ne lui permet plus de subvenir à ses besi et à ceux de sa famille, ou qu'elle crée un danger, soit pou buveur lui-même, soit pour son entourage. L'internementt précédé d'une enquête judiciaire relevant les faits mater (séjours fréquents ou prolongés au cabaret, scandale, etc., e et d'une expertise médicale; il pourra être provoqué pa malade lui-même, sa famille, ou l'administration. Durant cel ternement, qui devra être prolongé au moins 6 mois, le buv sera frappé d'incapacité et dé(;hii de la puissance paterne La récidive autorisera le juge à prolonger dans les pério de liberté, cette incapacité et cette déchéance.
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sera en hiver, neuf heures, en été, six heures avant le lever du jour. Défense de servir à boire aux jeunes gens n'ayant pas dix-huit ans et aux gens ivres. Dans les débits de tout ordre, la hauteur des plafonds devra (loi suédoise) être suffisante pour assurer aux consommateurs un cube d'air convenable, et la ventilation devra s'opérer largement, à Taide d'un des multiples procédés connus.
6° Le débit de boissons spiritueuses sera interdit dans les édifices publics, les casernes, les arsenaux, les ateliers de chemins de fer, etc.
7° Interdiction d'afficher et de publier des réclames pour liqueurs, au moins dans la forme fallacieuse où elles sont conçues actuellement.
8^ Interdiction aux sociétés de secours mutuels, d'épargne, etc., d'avoir leur siège dans les cabarets.
Prophylaxie extra-légale a) administrative.
I** En dehors de l'enseignement antialcoolique dans les écoles, qui est du ressort de la législation spéciale, les inspecteurs provoqueront la formation de ligues scolaires de tempérance (abstinence des spiritueux; usage modéré des boissons fermentées) et dans l'armée.
2'' Subvention, aide, encouragements divers, des déparlements ou des municipalités, aux sociétés de tempérance, aux « Maisons de marins » et aux refuges de militaires coloniaux rapatriés. Elimination de tous les services publics (chemins de fer, transports maritimes, voirie, etc.), des buveurs avérés.
3** Dans les villes, obligation pour les propriétaires de ne mettre en location que des logements facilement accessibles, suffisamment spacieux, bien éclairés et bien aérés, pourvus d'eau, contenant une pièce spéciale pour la cuisine, laquelle sera bien ventilée. Primer les maisons ouvrières qui répondront le mieux aux indications de l'hygiène. Fermer d'office, avec ou sans indemnité, les immeubles ou les logements noirs, incommodes et malsains, comme il en est tant dans les grands centres.
b) Privée. — Il n'est guère possible, et il est d'ailleurs superflu, de donner un code à l'action privée, si complexe et d'une richesse de moyens suffisante pour suppléer la méthode
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absente. On peut toutefois lui fixer quelques objectifs primordiaux. C'est ainsi que l'initiative particulière est appelée à inspirer et à guider le législateur ; à stimuler le zèle des agents publics; à signaler les infractions aux lois et règlements, en évitant, autant que possible, les personnalités; à rechercher de nouveaux modes d'emploi industriel de Talcool; à multiplier les associations de tempérance et d'abstinence, les restaurants et cafés hygiéniques; à organiser les congrès antialcooliques. Les industriels, commerçants, directeurs de grandes entreprises de transport, médecins des hôpitaux et de ville, en général toutes les personnes possédant, grâce à leur situation, quelque autorité sur leur entourage, devront se faire une obligation de mettre leur influenee morale et leurs ressources matérielles au service de la cause antialcoolique.
Nous ne nous abusons pas sur les difficultés que ce système, tout opportuniste qu'il est, rencontrerait dans son application, surtout en ce qui concerne la tâche des pouvoirs publics. 11 est tellement, en tous pays, d'individualités ou de collectivités puissantes, intéressées à ce que les projets de ce genre restent à l'état de vœux platoniques ! Mais, considéré in globo, nous le croyons plus apte que tout autre à entrer dans la pratique. Il ne heurterait — chez nous, du moins — aucune coutume invétérée, aucune idée morale ou religieuse, aucun droit intangible- D'autre part, il tient compte des intérêts du Trésor et de ceux du pays envisagés dans leur ensemble.
Il représente une conciliation provisoire des mœurs et de l'hygiène, en attendant que, la propagande antialcoolique ayant suffisamment éclairé le peuple, le dernier mot reste aux hygiénistes.