BOISSONS DISTILLÉES
Alcool de consommation. — Sous le nom ai alcool de consommation, nous entendons désigner Talcool éthylique à peu près pur, fourni par Tindustrie moderne et servant à la confection des liqueurs, des apéritifs et des eaux-de-vie de fantaisie (v. p. 38).
C'est encore aux savantes exégèses de M. Berthelot, que nous emprunterons les éléments d'un court historique de la découverte de Talcool, tout en puisant dans la copieuse documentation d'Hoefer [Histoire de la chimie^ 184^).
Les anciens avaient observé que le vin contient quelque chose d'inflammable. « Le vin ordinaire, dit Aristoto (édit. Didot, p. 622) possède une légère exhalaison ; c'est pourquoi il émet une flamme. » Théophraste, disciple immédiat d'Aristote, écrit, dans son Traité du feu : « Le vin versé sur le feu jette un éclat. » Pline est plus explicite. Il dit, dans son
(') V. Freuoenreicii. Annales dt micrographie, 1897. IIallion. Presse médic, 3o mai 1900.
a8 NOTIONS GÉNÉRALES
Histoire naturelle (L. XIX, ch. vi)^ que le vin de Falerne produit par le champ Faustien « est le seul qui s'allume au (c contact d'une flamme » ; « ce qui, ajoute M. Berthelot, arrive « en effet pour certains vins très riches en alcool surtout par « les grandes chaleurs. » Les anciens ne. tirèrent pas parti, semble-t-il, de la connaissance de ces faits, bien qu'ils sussent déjà condenser certains liquides vaporisés : « L'expérience « nous a appris que Feau de mer réduite en vapeur devient « potable, et le produit une fois condensé ne reproduit pas « Teau de mer... Le vin et tous les liquides, une fois vaporisés, « deviennent eau. »
Les alchimistes de l'école d'Alexandrie, qui inventèrent et employèrent couramment les appareils distillatoires, ne nous ont laissé aucun texte que l'on puisse rapportera l'alcool.
Nous arrivons à l'école arabe. Pour Hœfer, c'est le fameux Geber (viii-ix° siècle), autour énigmatique souvent cité par les alchimistes arabes, qui traite le premier, de la distillation du vin. « Il cite, dans son Testameutum^ l'eau-de-vic préparée avec du vin blanc comme une chose connue de tout le monde. » Après lui, Razès (860-940) donne, dans son Liber perfecti magistriy la préparation de Teau-de-vie à l'aide des grains (Hœfer).
« Prends de quelque chose cVocculte la quantité (jue tu voudras « et broie-le de manière à en faire une espèce de pâte et laisse-le « ensuite fermenter pendant nuit et jour; enfin mets le tout « dans un vase distillatoire et distille-le [preparatio aquœ vilw <( simpUciter). » Ce quelque chose d'occulte, Hœfer n'hésite pas à en faire des grains de blé, ou, du moins, un produit sucré ou amylacé. Il ajoute que l'auteur arabe semble indiquer ensuite le moyen de rendre Teau-de-vie plus forte, en la distillant sur des cendres ou sur de la chaux vive.
M. Berthelot s'élève contre celte interprétation. H rétablit ainsi le passage en question : « Prends de la pierre secrète « lessivée {lapidis occulti eli.vati^), broie, laisse fermenter; tu « auras eau blanche comme lait. » Pour lui, l'expression /ermentari s'appliquait alors à toute action chimique lente; d'autre part, le mot « eau-de-vie » avait une acception multiple, et, dans le cas présent, devait s'appliquer à toute autre