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HISTORIQUE DE V ALCOOL

chose qu'à un liquide alcoolique. M. Berthelot, à propos de Razès, fait remarquer qu^, si l'auteur arabe parle de vino falsa ex saccharo melle et riço, c'est-à-dire des liquides vis- (|ueux (vins prétendus) obtenus par fermentation du sucre, du miel et du riz, liquides dont Thydromel est un type, il ne propose nulle part de les distiller et d'en tirer un principe plus actif.

Abul Casis, le célèbre médecin de Cordoue (mort en 1107), décrit à nouveau les appareils distillatoires connus de son temps, et à l'aide desquels il prescrit de distiller l'eau de roses, le vinaigre et le vin (Berthelot). Il parle aussi de la préparation de Teau-de-vie, etc. (Hœfer). Bien que n'accordant aucun crédit à cette assertion de Hœfer, M. Berthelot admet « qu'on « s'était aperçu, dès lors^ que le vin distillé n'est pas iden- « tique à l'eau, contrairement à la vieille opinion d'Aristote »; « mais, ajoute-t-il, Abul Casis ne parle pas de l'alcool ou « mieux d'un princîipo identique à ce qu'on nomma plus tard « eau ardente et cau-de-vie, quoique la connaissance de ce « corps dût résulter presque immédiatement de Vétude des « liquides distillés fournis par le vin ».

Sans prendre parti dans la controverse, nous reconnaissons qu'en présence des données précédentes, et malgré l'absence de textes explicites, on est tenté d'accepter cette opinion d'Hœfer : « La découverte de l'eau-de-vio coïncide avec celle « de la distillation par alambic (*). »

Le plus ancien manuscrit qui renferme une indication précise sur les produits de la distillation du vin, est celui de la Mappœ clavicula ou clé de la Peinture-, non pas celui de Schlestadt, qui date du x° siècle, et qui est muet sur ce sujet, mais celui du XII* siècle. Le passage de ce manuscrit, qui nous intéresse, est une formule cryptograpliique que M. Berthelot est parvenu le premier à déchiffrer : « En mêlant du vin pur et très fort « avec 3 parties de sel (-) et en le chauffant dans des vases

I') La distillation « au couvercle )> (iii operculis), la seule connue des Grecs et de» Alexandrins, ne pouvait guère fournir que la partie aqueuse du vin. Les anciens n'ont pas connu l'alcool, parce que leurs appareils distillatoires ne tiraient du vin que de l'eau et laissaient échapper les vapeurs alcooliques (v. Uœfer; v. Berthklot : Introduction à la chimie des anciens, p. l'j-i).

(') Les anciens chimistes pensaient que la grande humidité du vin s'oppose à son

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« destinés à cet usage, on obtient une eau inflammable qui se (( consume sans brûler la matière... »

On trouve une autre formule plus étendue, dans le Livre des feux (Liber ignium ad comburandos hostes) de Marcus Graecus. L'auteur est un personnage énigmatiquedont Hœfer fait remonter l'existence au delà du xi® siècle. M. Berthelot considère comme postérieurs à Tan i3oo les manuscrits latins du Liber ignium^ les seuls d'ailleurs dont on ait connaissance.

« Prenez du vin noir épais. Pour un quart de livre, ajoutez « 9. scrupules de soufre vit en poudre très fine, une ou deux « livres de tartre extrait d'un bon vin blanc et deux scrupules « de sel commun. Placez le tout dans un bon alambic de « plomb, mettez le chapiteau dessus et vous distillerez Teau « ardente. » .

Un texte encore plus précis se rencontre dans le manuscrit n"*. 197 de la Bibliothèque de Munich. Ce manuscrit a été composé vers Tan i438, mais il contient des ouvrages antérieurs, une transcription du Liber ignium^ entre autres. Il s'agit là d'une transcription sans doute relativement très ancienne, car il n'y est fait aucune allusion à l'eau ardente. Le texte en question se trouve en dehors et la suite de la transcription du Livre des feux.

Le voici : « L'eau ardente se prépare ainsi. Prenez du vin « vieux et bon, de n'importe quelle couleur; distillez-le sur un « feu doux. Le produit distillé s'appelle eau ardente. En voici « la vertu et la propriété. Mouillez avec un chiffon de lin et « allumez ; il se produira une grande flamme. Quand elle est « éteinte, le chiffon demeure intact... Notez que l'eau qui dis- « tille la première est surtout active et inflammable (citation « de Humboldt). »

Parmi les auteurs anciens qui ont traité de l'alcool (ou, ce qui revient au même, des produits de la distillation du vin), le premier, sur le nom et les écrits duquel ne subsiste aucun doute, est Arnaud de Villeneuve (ia38-i3i4).

II faut toutefois se garder de croire, comme l'ont écrit beau-

inflammnbilité, et c'était pour la combattre qu'on ajoutait des sols, du soufre, etc.. dont la siccilé, disait-on, accroît les propriétés combustibles (Berthclotj.

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coup d'historiens, que la découverte de l'alcool lui appartient. Il s'est borné à en parier comme d'une préparation connue de son temps et qui l'émerveillait au plus haut point (Berthelot). " On extrait par distillation du vin, de la lie, etc.... le vin ardent, « dénommé aussi eau-de-vie... c'est la partie la plus subtile du « vin. )> {De coiisen-andà jtivenlute iSo*).)

Plus loin, il en vante les propriétés surprenantes : « Quel- " ques-uns l'appellent eau-de-vie .. Elle prolonge la vie, voilà a pourquoi elle mérite d'être appelée eau-de-vie. n

Il le range parmi les éli.\irs de longue vie, breuvage mystérieux dont on faisait grand cas et grand usage à i'époqtie médiévale.

Le pseudo-Raymond Lulle [Theairiim rhimiciim, t. l\j, auteur un peu plus récent, parle de sept distillations successives de Teau ardente, qui permettent d'obtenir un produit brûlant sans laisser de résidu. C'est là une sorte de rectification. Ortholain, de Paris, publie, en i358, luPralk-û alchimica^ou il décrit les eaux-de-vie à différents degrés de concentration, cl où il indique la préparation de la quintessence, ou plutôt, de In prime essence, c'est-à-dire de l'esprit de vin absolu (llœfer). Lesalchimistes, en distillant le vin, croyaient, et avec raison, en extraire une substnn<re préformée, wne. portion pins subtile, une essence. Aussi ne lit-on pas sans étonnement, dans un ouvrage réputé de la fin du xyiii' siècle : « L'eau-de-vie n'existe pas dans le vîn en tant qu'cau-de-vie, mais elle est le fruit de l'action de la chaleur de l'alambic sur quelques parlies du vin fermenté. » Traité du disuilaleur, par Demachy, 1 77,1- 1 771), in-fol., p. 67).

Il n'a été question, jusqu'à présent, que de l'alcool extrait du vin, La distillation des matières amylacées lèrmentées, sans être aussi ancienne que celle du vin, est déjà vieille de plusieurs siècles. Cette pratique devait fatalement prendre n"-"^-sance dans les contrées du Nord, où la vigne ne croît pai où le vin a toujours été d'un prix élevé. Le célèbre médt saxon Libavius (i56o-i6i(i) donne, dans ses Opéra med chimica (Ars probata, pars, 1. C, XII), le moyen d'extn l'alcool de la bière et des moûts fermcnlés. il n'en parle comme d'une découverte personnelle, mais comme d'une ch

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parfaitement connue. 11 expose un procédé de préparation de Teau ardente avec des grains, des fruits sucrés ou amylacés, tels que les glands, les châtaignes, etc.

Angelius Sala (mort en 1640) écrit, dans son Hydréléologie : « Tous les habitants des contrées du Nord savent faire Teau- « de-vie avec le fruit des céréales. A cet effet, ils se servent « du blé tel qu'il convient à la préparation de la bière. Après « l'avoir grossièrement moulu, ils le jettent dans une cuve, y « versent de Feau tiède et remuent cette pâte demi-liquide « avec des spatules, ils y ajoutent de la levure de bière et aban- « donnent le tout à la fermentation. 11 faut avoir quelque habi- « tude de la chose pour savoir quand la fermentation est parif faitement accomplie et quand il est opportun de soumettre la « matière à la distillation pour en retirer Teau ardente. » La fabrication de Teau-de-vie de grains se pratiquait déjà en grand, avant la guerre de Trente ans, à Magdebourg et surtout à Wernigerode, dans le Elarz.

L'emploi des mélasses en distillerie, doit aussi être relativement ancien, car on lit dans Touvrage de Demachy : « Je ne « dois pas négliger de parler d'une pratique, ancienne à la « vérité et très connue dans toule la France, que la disette des « vins et par conséquent d'eau-dc-vie a rendu plus commune « en France vers ces dernières années : c'est la fabrication des « eaux-de-vie de mélasses (*}. »

Ce n'est qu'au xix* siècle qu'on utilise les pommes de terre. Aujourd'hui, il est démontré que l'on peut tirer de l'alcool, par fermentation, de toute substance renfermant du sucre ou un hydrate de carbone saccharifiable ; et, de fait, l'industrie moderne traite, dans ce but, les tubercules (pomme de terre, topinambour, patate, etc.), les racines ((chiendent, gentiane, garance, carotte, betterave); des tiges (sorgho, lichen, canne), des fruits (châtaignes, marrons dTnde, figues, cactus, melon), des graines (froment, seigle, orge, avoine, riz, maïs, sarrasin, millet, dari), l'amidon commercial.

(') Il ne s'ng-it ici. sans doute, que dns mélasses de canne à sucre importées des Indes néerlandaises et de l'Amérique, car la découverte du sucre dans la betterave date de 1747, et cest seulement en 1787 que Koppi et Achard, de Berlin, tentèrent l'exploitation industrielle de la betterave sucrière.

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