ALCOOLIQUES
Nous avons vu que l'analyse a décelé dans les boissons fermentées et distillées, d'abord Talcooléthylique — élément principal — , puis une ou plusieurs substances actives, assez nettement définies. Dans Tétude physiologique de ces breuvages, Texpérimentation et l'observation clinique devront donc porter successivement, sur Talcool en question, sur chacun des composants secondaires et, enfin, sur le produit intégral (liqueur, vin, cidre, bière).
L'énoncé de ce programme est, à la vérité, simple et précis ; mais la réalisation en est d'une complexité et d'une difficulté extrêmes, et actuellement elle présente une somme considérable de desiderata.
Disons dès maintenant que si l'on doit, au point de vue spéculatif, tenir compte de l'action toxi-physiologique des alcools supérieurs et des bouquets, le rôle de ces divers produits surajoutés est un rôle d'arrière-plan, et que si les boissons alcooliques modifient le jeu et la contexture de nos organes, c'est surtout grâce à l'intervention de Valcool éthyligue (Voy. p. 76). Nous ferons donc de ce dernier, l'objet principal de notre étude physiologique ^^), nous réservant d'exposer en quelques pages à part, ce qu'on sait ou ce qu'on croit savoir, actuellement, des essences.
[*) Dans ce chapitre, chaque fois que le mot alcool sera employé sans épithète. il s agira de l'alcool éthylique. — Les termes èthylique ei éthylisation sont respectivement .«ynonymes d'alcoolique et d'alcoolisation.
(*) On a vu, antérieurement, que les propriétés toxi-physiologiqucs des alcools supérieurs sont de même ordre que celles de l'alcool vinique (p. 63).
ROLE CAPITAL DB V ALCOOL ÉTinLIQUE 83
Le très ample chapitre de toxicologie qui termine la première partie de cet ouvrage, nous a fait voir que la plupart, sinon la totalité, des liquides de consommation à base d'alcool, ont une action nuisible, et qu'ils se comportent, vis-à-vis des corps vivants, comme des poisons d'allures particulières.
D'autre part, il établit que les infusoires, les insectes, les mollusques, les poissons, les oiseaux, les mammifères sont à peu près égaux devant l'empoisonnement expérimental. On pourra se convaincre, à la lecture des pages qui vont suivre, que rhomme n'est pas moins accessible que les animaux aux effets nocifs de Talcool, et que les faits observés par la clinique humaine sont bien du même ordre que les faits de Texpérimentation in anima vili.
Par déiinition, un poison est un corps qui, en raison de sa composition chimique, trouble ou rend impossible le fonctionnement normal des cellules, les perturbations déterminées étant tantôt légères et de durée passagère, tantôt permanentes et irréparables, suivant la dose, suivant la qualité, suivant la durée de l'action du toxique.
Tous ces termes peuvent s'appliquer exactement à Talcool (*).
Mais, pour agir sur l'organisme animal, les poisons doivent être absorbés et passer dans le sang ; or c'est ce qui arrive pour l'alcool. II est, en réalité, une substance chimique qui. anormalement introduite dans le sang, en modifiera les propriétés, dans un sens nuisible à la nutrition.
D'autre part, on voit des animaux en expérience résister à des doses toxiques, sans modification appréciable de leur état général ; de même, certains humains paraissent tolérer des doses oflFensives pour d'autres sujets.
Enfin, l'alcool n'est pas exclusivement un poison : il peut s'adjoindre à l'alimentation et modifier les échanges dans un sens non défavorable; c'est d'ailleurs un stimulant. Cela suffit pour que, tout en exposant la longue liste de ses méfaits, nous essayions d'établir scientifiquement quelle place il doit tenir dans notre alimentation.
{*) RiCHARDiÈRE. Inloxîcalions. Traité de méd., p. SSg, l. H.
Dans le chapitre qui va suivre, nous procéderons du simple au composé. Nous commencerons par envisager Talcool au point de vue de sa physiologie générale ; puis nous le considérons dans ses effets physiologiques sur les différents organes. Ensuite viendra le tour des composés à base d'alcool : spiritueux et liqueurs, boissons fermentées. Nous terminerons par la question de V Alcool- Aliment,
I I. — Physiologie générale de V Alcool.
Il convient actuellement de distinguer : A^ l'action générale de Talcool sur les tissus vivants; B, ses effets suivant la dose y suivant la qualité du produit expérimenté, suivant sa i^oie de pénétration y suivant la résistance ou suivant la déchéance organique du sujet, et, surtout, suivant la durée de Tintoxication.
A. Action générale de ralcool sur les tissus vivants. — Sur
ce point, la donnée capitale est que Talcool constitue un agent puissant de déshydratation ; ei celsL explique immédiatement bon nombre de ses effets généraux, le protoplasma de tous les êtres vivants, végétaux et animaux, ne pouvant fonctionner qu'à la condition de contenir une proportion d'eau déterminée.
Môle à Teau dans une certaine mesure, Talcool dégage du calorique. Si donc on l'applique sur une muqueuse, sur une peau dépouillée de son épidémie, il provoquera une sensation de chaleur piquante.
Mais la déshydratation n^'est qu'une partie de l'action générale de l'alcool. Celui-ci a, de plus, quelques-unes des propriétés des anesthésiques : il paralyse Tirritabilité, la sensibilité, la contractilité, l'activité de la cellulç vivante. Sous son action, les mouvements amiboïdes sont suspendus, ceux, par exemple,. des cils vibratiles, des spermatozoïdes, etc.
Nous prévoyons aisément la succession des troubles que ce toxique peut, grâce à de telles influences physiques et chimiques, susciter dans les divers parenchymes et dans les divers tissus où il est réparti.