L'ALCOOL RALENTIT LA NUTRITION
L'alcool, nous dit Pouchet (^), possède une très grande affinité pour l'eau, et cette afiinité est d'une telle intensité, qu'il est capable de déshydrater certains composés, et de modifier ainsi l'état physique de la plupart des substances organisées. L'alcool coagule les matières albuminoïdes et les précipite de leurs dissolutions aqueuses.
Il annihile l'activité des enzymes.
Ajoutons que l'alcool est une substance dysosmotique, c'està-dire non seulement incapable de traverser les membranes poreuses, mais encore douée du pouvoir d'entraver les phénomènes d'osmose.
La répartition de l'alcool dans l'organisme est, en général, rapide, car il est, avant tout, un toxique diffusible. Outre la sensation de chaleur vers les muqueuses, on éprouve, quelques instants après l'ingestion d'alcool, un réchauff'ement des téguments qui s'accompagne de rubéfaction de la peau, surtout au visage. Que cette sensation de chaleur soit due à une vasodilatation paralytique ou à une excitation vaso-dilatatrice, le rayonnement est augmenté chez le sujet éthylisé, et celui-ci se refroidit, alors qu'il croit se réchaufi^er. Cette illusion est encore accrue, à une période plus avancée de l'absorption, par, ce fait que l'alcool émousse la sensibilité thermique, comme la sensibilité tactile, et que l'individu alcoolisé ne cherche pas à se soustraire au froid ou à réagir contre lui, puisqu'il ne le sent pas. Ainsi s'explique le mécanisme de la mort chez maints ivrognes.
Même en dehors des influences extérieures, la température de l'alcoolisé s'abaisse rapidement d'un demi degré, parfois d'un degré. Dans l'ivresse profonde, on a pu la voir descendre au-dessous de 3o° C, pour se relever ensuite graduellement jusqu'à la normale, au fur et à mesure de l'élimination.
Ces faits constituent un argument puissant en faveur de l'opinion que l'action terminale de l'alcool séjournant en nature dans le sang et dans les tissus, est un ralentissement de la nutrition. R. Dubois (■) a montré que l'alcool agit, en vertu de
''l G. Pouchet. Leçons de pharmacodynamie, a» série, p. 139. i*) Résumé in Dict. de physiol. de Ch. Richet, t. I. Art. Alcool.
son pouvoir exosniotique, comme un déshydratant énergique de la cellule ; que le ralentissement des phénomènes de nutrition, qui accompagne toujours la perte de Teau normale du protoplasma, n'est pas compensé par les oxydations que peut subir Talcool dans l'organisme et par Faction de ces oxydations sur la chaleur animale, ce que prouve surabondamment la chute constante de la température centrale. Cette influence de la déshydratation des cellules organiques s'ajoute, d'ailleurs, à la paralysie fonctionnelle de l'hématie, du globule du sang.
L'effet de la déshydratation des protoplasmes se traduit par la diurèse, que constatent tous les observateurs, par Fhypersécrétion salivaire ou stomacale, et quelquefois par des sueurs profuses, de la diarrhée, etc. Personne n'ignore avec quelle énergie l'organisme réclame de l'eau, après un excès d'alcool. L'état de sécheresse excessive de la langue est, du reste, le meilleur signe du dessèchement général de tout le corps.
Donc, le phénomène du ralentissement de la nutrition n'est pas douteux : il n'est pas seulement rendu évident par l'abaissement de la température, par le sommeil et par l'inertie dans lesquels tombent les individus fortement alcoolisés, mais encore par la diminution de l'urée et de l'acide urique, ainsi que des autres produits de désassimilation contenus dans les urines.
B, Gonâitions qui font varier Inactivité du toxique. — Les
considérations multiples où il nous faut entrer, dans ce second paragraphe , expliquent les difficultés sans nombre — dont quelques-unes encore insurmontables — auxquelles se heurte l'expérimentation. Ces considérations ont été envisagées, en grande partie, au chapitre de la toxicologie, mais elles dominent à ce point la question physiologique, qu'il nous faut, de toute nécessité, y revenir ici, en y insistant.
a. L'action toxique de l'alcool varie avec la dose. Cette remarque, pour naïve qu'elle paraisse, a son importance. Sans doute, une dose faible, une dose moyenne et une dose forte ou très forte produisent des effets légers, moyens ou intenses; mais il est impossible de préciser davantage. Par exemple.